samedi 26 mai 2018

Tarte à la framboise










 Aujourd’hui, j’étais très occupé. Le matin, j’ai envoyé un message à un employé français. À midi, j’ai mangé un kebab avec mon patron, puis nous nous sommes reposés dans un café du village parce que manger un kebab, c'était quand même fatigant. Mon patron a pris un café long et une tarte à la framboise. J’ai aussi pris un café long et une tarte à la fraise. L’après-midi, pendant que mon patron écrivait des mails à ses employés, j’ai fait une longue sieste. Dans la soirée, nous sommes de nouveau allés à Mulhouse et nous avons dîné dans un restaurant indien. C’était vraiment dur d’envoyer un message à quelqu’un et de manger un kebab et du curry.

 La semaine prochaine, je serai encore plus occupé car mon patron sera dans un pays du Moyen-Orient pour un entretient avec un distributeur japonais. Je ne vais pas l’accompagner parce que les échanges seront forcément en japonais et que je ne servirais à rien même si j’assistais à la table ronde. (Et un long vol ne me dit rien). On m’a dit que je pouvais rentrer à Strasbourg pendant ce temps, mais j’ai choisi de rester dans ce village et de passer mon temps à lire les livres que j’ai apportés (« Fouché » de Stefan Zweig, « Eugénie Grandet » de Balzac et « Le Petit Joueur d’échecs » de Yoko Ogawa). J’aimerais profiter de cette occasion pour me promener aux alentours. En fait, j’ai toujours envie d’entrer dans l’église à côté de chez moi et d’écouter les grandes orgues. 

vendredi 25 mai 2018

La paella



 Aujourd’hui, nous, c’est-à-dire, mon patron et moi avons enfin accès à l’un des fruits les plus grandioses de la civilisation humaine, Internet. Nous sommes allés en voiture à Mulhouse et avons cherché un routeur wifi. On est allés à la boutique de SFR et de Free ; on est aussi entrés à la Fnac, mais nous n’avons pas pu trouver ce que nous cherchions. Enfin nous avons trouvé un routeur wifi à Orange. C’était toujours moi qui parlais avec les employés car mon patron ne parle ni français ni anglais (et c’est pour ça que je suis là). Comme il voulait savoir si le routeur wifi fonctionnait avec une carte sim d’autres entreprises, j’ai posé cette question à l’employée qui s’occupait de nous. « Je ne sais pas…Je vais chercher », a-t-elle dit, puis elle a disparu dans le fond de la boutique et n’est pas revenue. J’ai un peu exagéré, mais elle est revenue si longtemps après que je me suis demandé si elle était partie déjeuner, ou si elle avait été vexée à la vue du prospectus de Free que j’avais à la main. Lorsque je l’ai vue revenir de la porte réservée aux employés, j’ai eu envie de la serrer dans mes bras et de dire : « Oh, Marianne ! Tu m’as tellement manqué ! Je t’ai attendue si longtemps tout seul ! », pourtant je ne sais pas si elle s’appelle Marianne.

 Mon patron et moi avons vérifié sur place si le routeur marchait bien. Il a d’abord essayé d’enlever la coque pour mettre la batterie, mais en vain. À mon tour, j’ai aussi essayé d’ouvrir la coque, mais c’était si dur que j’ai cru me casser les ongles. Mon patron a sorti l’arme ultime, une sorte de clé fine, avec laquelle il a tenté d’enlever le couvercle, mais le résultat était le même. À cause de ça, notre routeur wifi tout neuf était déjà un peu abîmé ! En fin de compte, nous avons renoncé et j’ai demandé à une autre employée, une jeune fille qui n’était pas du tout musclée, d’enlever la coque. Elle a essayé, sans y parvenir. Lorsque j’allais lui dire d’un air fier : « Vous voyez, c’est super dur. C’est absolument impossible ! », elle a ouvert très facilement le routeur. C’est ainsi que nous jouissons de l’une des inventions les plus importantes de l’humanité maintenant.
 Au déjeuner, nous avons mangé une très bonne paella dans un restaurant espagnol.

 Quand j’étais venu dans ce village pour le même travail l’été dernier, je n’avais pas quitté l’usine et j’avais aussi dû faire un peu de travail manuel. Cette fois, du moins en ce moment, je n’ai pas beaucoup de choses à faire car les ingrédients nécessaires ne sont pas arrivés. Par exemple, aujourd'hui je n’ai fait que manger de la paella et choisir un routeur wifi. Y a-t-il un meilleur job que ça ?

jeudi 24 mai 2018

La tarte flambée forestière












 Et voilà, je suis arrivé dans le petit village d’Alsace dont j’ai parlé hier. J’écris ce journal dans un appartement mansardé que j’avais déjà habité pendant peu de temps. Près de là, il y a une église qui a de grandes orgues, mais je ne suis jamais entré dedans. Le carillon sonne fréquemment, même pendant la nuit. Ce qui est bizarre, c’est qu’il sonne sans logique. Par exemple , il ne sonne pas à deux heures pile mais à deux heures treize. C’est quand même étrange, n’est-ce pas ? J’imagine qu’un nain habite dans le clocher. La nuit, solitaire, il sonne le carillon de l’église.

 Je suis arrivé à Mulhouse vers dix heures. Tandis que j’attendais devant l’hôtel juste à côté de la gare, j’ai vu que mon patron japonais me faisait signe.
À côté de lui marchait une femme que je n’avais jamais vue. C’était en fait une vraie interprète qui travaille toujours pour lui, mais on m’a dit qu’elle devait rentrer dans la journée.

 Aujourd’hui, j’étais donc une sorte d’assistant de cette interprète. Mais en réalité, je n’ai rien fait. J’ai assisté à une table ronde, toutefois c’était toujours elle qui traduisait. Elle habite en France depuis longtemps, depuis que j’étais bébé. Elle parle donc très bien français ; son niveau est presque natif. J’imagine qu’il est inutile de préciser qu’elle traduisait mieux que moi.

 Le seul moment où j’ai travaillé, c’était pendant le déjeuner. Au restaurant j’étais assis entre le président et le PDG. Mon patron japonais était assis en face de moi, et je devais traduire ce qu'ils disaient. J’ai pris une pizza marguerite qui était très bonne. Mais j’étais très tendu et j’avais complètement perdu l’appétit.

 Dans la soirée, j’ai dîné avec mon employeur dans un restaurant où il y avait toujours une patronne drôle à la forte personnalité. Mais aujourd’hui, nous ne la voyions nulle part, et une autre femme d’un certain âge aux cheveux blonds et courts s’occupait des clients. Plus tard, nous avons demandé à une autre serveuse où était la patronne. « Elle n’est plus là » a été sa réponse. À ce moment-là, la dame aux cheveux courts est intervenue et expliqué qu’elle avait acheté ce restaurant, qu’elle était donc la nouvelle patronne depuis cette année. Mon patron a choisi une tarte flambée forestière. J’ai pris un filet de bœuf à la sauce au poivre vert.

 À partir de demain, c’est moi qui dois tout traduire. Ça va quand même être dur.

Promenade


















mercredi 23 mai 2018

Le nettoyage


 Demain, je pars. Où ? Je ne sais pas. J’irai d’abord à Mulhouse pour voir mon patron, mais ensuite, je ne sais pas où je devrai travailler comme interprète. Je pense que ce sera au même endroit que l’année dernière, dans un petit village d’Alsace. Mais ce qui m’intrigue, c’est qu’il m’a proposé de voyager.

 J’ai nettoyé ma chambre aujourd’hui parce que quand je serai de retour à Strasbourg dans trois ou quatre semaines, si ma chambre était salle, j’en aurais vraiment marre. Je pense que c’est la première fois que j’ai fait un grand nettoyage. Chaque semaine, j’avais l’intention de faire le ménage le samedi ou le dimanche, mais une fois arrivé le week-end, curieusement, cette volonté avait disparu. Par conséquent, ma table débordait de plus en plus de livres et de paperasse. Si je faisais tomber de la nourriture sur le plancher, elle était recouverte de poussière. En fin de compte, j’avais commencé à mettre mes vêtements sur le lit, car il n’y avait pas d’autre place.

 J’ai jeté des cartons et des cahiers inutiles ; j’ai passé l’aspirateur que j’utilise rarement ; j’ai rangé dans l’étagère mes livres dispersés sur la table et sur le lit ; j’ai aussi plié mes vêtements. Je porte toujours les mêmes habits, mais j’ai réalisé que j’avais bon nombre de vêtements. J’ai jeté aussi du chou chinois noirci qui se trouvait dans le frigo. Maintenant ma chambre est très propre. Je peux inviter une fille, mais il n’y en a pas.

 Je ne sais pas si je tiendrai mon journal lors de mon voyage. Je ne sais pas si j’aurai accès à Internet. La dernière fois, je suis descendu à l’hôtel de ce petit village. Ils prétendaient avoir le wifi et m’ont donné un mot de passe. En effet, il y avait le wifi. Je n’ai aucune contestation, mais le wifi qui se coupait à toutes les vingt secondes ! J’écrirai peut-être, ou pas. Je me demande si je pourrai me lever demain.

mardi 22 mai 2018

Chère Kitty...



 Hier, j’aurais pu terminer « Le Journal d’Anne Frank », mais peu avant le dernier journal, j’ai eu tout à coup peur de le finir ; j’ai fermé le livre et je me suis endormi.

 Et voilà, aujourd’hui, j’ai terminé ce livre.
 On n’a pas besoin d’expliquer « Le Journal d’Anne Frank » soit qu’on l’ait lu ou non, car on le connaît tous. Il s’agit du journal qu’a tenu une jeune fille juive de treize ans pendant deux ans, du 12 juin 1942 au premier août 1944. Anne Frank qui rêve de devenir écrivain ou journaliste plus tard, a commencé à tenir son journal dans un cahier à carreaux rouges et blancs qu’elle avait reçu en cadeau pour son treizième anniversaire.
 Son journal commence ainsi :
« Je vais pouvoir, j’espère, te confier toutes sortes de choses, comme je n’ai encore pu le faire à personne, et j’espère que tu me seras d’un grand soutien ».
 Peu après, sa grande sœur Margot a reçu une convocation des S.S lui ordonnant de se rendre dans un camp de travail, ce qui a poussé leur père Otto prendre la décision de vivre dans la clandestinité, dans des pièces dissimulées du bâtiment de son entreprise Opekta, appelées « Annexe ». Otto avait préparé ce projet d’avance et il y avait quatre protecteurs, tous employés de sa société : Bep, Miep, Kleiman et Kugler. Ensuite, une autre famille juive les Van Daan a rejoint l’Annexe, et finalement, un dentiste juif marié à une chrétienne, M. Dussel (de son vrai nom Fritz Pfeffer) s’y est aussi installé. Huit personnes vivaient donc dans l’Annexe : Anne, Margot, leur mère Edith, leur père, Otto, madame et monsieur Van Daan et leur fils Peter et M. Dussel.

 En quelque sorte, « Le Journal d’Anne Frank » est un livre curieux, car la plupart des lecteurs savent avant de le lire, comment l’histoire se termine. Et ça se termine mal. Ça se termine même très mal, car tous les clandestins sont arrêtés par la Gestapo le 4 août 1944. Ils sont envoyés dans des camps de concentration et des huit habitants de l’Annexe, seul Otto survivra. Toutefois, cette fin n’est pas comprise dans le livre. Le Journal d’Anne Frank se termine soudain le premier août. Dans le dernier journal, l’adolescente fait une réflexion relativement longue sur elle-même, et il n’y a plus jamais de suite, comme la pellicule d’un film qui se coupe tout à coup. On sait seulement qu’elle a été emportée quelque part, dans un endroit obscur et froid, et qu’elle n’est jamais revenue.

 À cause de son destin tragique, ceux qui n’ont jamais lu « Le Journal d’Anne Frank » ont peut-être l’impression qu’il s’agit d’un livre rempli de malheur et d’horreurs de la guerre. À vrai dire, j’avais aussi cette impression avant de le lire, puisqu’il est question de l’Holocauste et de la deuxième guerre mondiale. La plupart des livres ou des films traitant ce sujet ne sont pas joyeux. Mais en réalité, c’est un livre sympathique et plein d’espoir. Anne Frank décrit ce qui passe dans l’Annexe de manière humoristique et ironique. De temps en temps, elle sombre dans la tristesse, mais globalement, elle ne perd pas sa gaieté jusqu’à la fin du Journal. Beaucoup de passages m’ont fait rire particulièrement dans la première partie. Dans la première partie, parce qu’au fur et à mesure que je m’approchais de la fin, je me souvenais de la mort de l’auteur, et même si le style d’Anne restait joyeuse, je ne pouvais plus sourire.

 En même temps, il n’est pas difficile d’imaginer à travers les mots d’Anne que la vie dans l’Annexe n’était pas très gaie. Anne se dispute souvent avec sa mère ; de temps en temps, elle est fâchée contre sa sœur Margot, mais par contre, elle aime beaucoup son père et Peter. Madame Van Daan se querelle souvent avec plusieurs habitants, avec son mari, Anne, Edith et M. Dussel. Voici, le journal datant du lundi 5 juin 1944.
« Nouveaux désagréments à l’Annexe. Dispute entre Dussel et les Frank à propos du partage du beurre. Capitulation de Dussel. Grande amitié entre Mme Van Daan et ce dernier, flirt, baisers et sourires amicaux, Dussel commence à ressentir le besoin d’une femme. »
 D’autre part, il me semble normal que les habitants aient été plus ou moins instables psychologiquement, puisqu’ils vivaient dans la peur constante d’être découverts et déportés, et de surcroît, dans un espace si restreint pour huit personnes ! Anne était aussi très bien renseignée sur le sort des Juifs déportés par la Gestapo, car les clandestins obtenaient des informations à la radio. Avant de vivre cachée, Anne avait une amie juive qui s’était fait déporter. Elle rêve de cette amie Hanneli à plusieurs reprises.
« Hier soir avant de m’endormir, Hanneli m’est soudain apparue. Je la voyais devant moi, en haillons, le visage tiré et amaigri. Ses yeux étaient si grands et elle me regardait avec un tel air de tristesse et de reproche que je lisais dans son regard : ‘’Oh Anne, pourquoi m’as-tu abandonnée ? Aide-moi, oh aide-moi, sauve-moi de cet enfer !’’ (…) Hanneli, Hanneli, si seulement je pouvais te faire partager tout ce dont je profite. Il est trop tard, je ne peux plus rien changer, plus rien réparer des erreurs que j’ai faites. Mais je ne l’oublierai plus jamais et je prierai toujours pour elle ! »
 Ce passage permet de comprendre qu’Anne était presque sûre que Hanneli était morte dans le camp de concentration, et elle culpabilise d’être dans un endroit sûr. En réalité, cette amie Hanneli, de son vrai nom Hannah Goslar n’était pas morte, et le curieux hasard veut qu’Anne soit envoyée dans le même camp de concentration après son arrestation. Anne et Margot ont d’abord été envoyées à Auschwitz, puis transférées à Bergen-Belsen. Ce camp de concentration se composait de plusieurs bâtiments, et Anna et Hannah se sont rencontrées par hasard, séparées par des fils de fer barbelé en début de 1945. Hannah se rappelle qu’Anne lui a dit les larmes aux yeux : « Je n’ai plus de parents ». Elle témoigne également qu’elle l’a vue trois ou quatre fois, mais elle ne l’a jamais revue depuis la fin février ( On suppose qu’Anne et Margot sont mortes en fin févier et début mars). Ce qui est étonnant, c’est que Madame Hannah Goslar est encore vivante aujourd’hui, en 2018, à l’âge de 89 ans, ce qui signifie qu’Anne aurait aussi pu vivre jusqu’au même âge.

 Je sais comment Anne et Margot sont mortes à Bergen-Belsen. Les derniers jours des sœurs étaient aussi évoqués dans « Le Souvenir d’Anne Frank », mais je me borne à dire qu’elles sont mortes du typhus, parce que c’est une scène trop épouvante pour que je veuille m’en souvenir. J’ai regardé dans une vidéo dans laquelle une pile d’hommes et de femmes nus étaient jetés dans des fosses comme des ordures. Penser que les dépouilles d’Anne, de Margot et des autres clandestins ont été traitées de la même façon me brise le cœur même si c’est très probablement ce qui a eu lieu.

 La seule consolation que je puisse trouver, c’est le fait que le Journal a survécu. En fait, il aurait pu être perdu à jamais. Peu après l’arrestation des clandestins, l’un des protecteurs, Miep a ramassé le cahier et les feuilles volantes d’Anne, dispersés sur le sol par les nazis. Sans les lire, elle les a cachés dans un tiroir pour les rendre à Anne à son retour. Imaginons, si Miep avait aussi été arrêtée ou si la société Puls, collaborant avec les Nazis était arrivée plus tôt pour confisquer les affaires des clandestins ? Personne n’aurait pu lire le Journal. De plus, le Journal était quelque chose de très précieux pour Anne. Dans le journal du 11 avril, les habitants craignent l’arrivée de la police et la scène suivante se déroule : 
« ‘’À ce moment-là, ils trouveront aussi le Journal d’Anne, s’en est mêlé Papa.
- Il n’y a qu’à le brûler, a suggéré la plus terrorisée de nous tous.’’ 
Cet instant et le moment où la police a secoué la bibliothèque m’ont causé plus d’angoisse. Pas mon Journal, mon Journal, mais alors moi avec ! »
 En descendant l’escalier vers la sortie pour la dernière fois, j’imagine que, dans son cœur, Anne était préoccupée par le sort de son Journal. Si seulement on avait pu lui dire qu’il serait sauvé...

 Et je me pose cette question : « Qu’est-ce que le Journal d’Anne Frank » ? Ce livre comprend en effet des messages contre la guerre. Mais j’ai l’impression que c’est avant tout le journal d’une fille ordinaire et adorable plutôt que l'image que l'on se fait souvent d'elle en tant que symbole de l'Holocauste. Elle se dispute avec sa mère, tombe amoureuse d’un garçon, s’intéresse à la sexualité et attend avec impatience d’aller à l’école dès que la guerre sera finie. Et ce portrait d’une fille de treize ans (elle a quinze ans à la fin) semble si intime comme si ‘’Kitty’’ à qui elle s’adresse était le lecteur. Par ailleurs, c'est sans doute un aspect moins abordé quand on parle du « Journal d’Anne Frank », mais j’aimerais aussi souligner son talent d’écrivain. Puisque j’ai lu la traduction française, malheureusement je ne peux pas juger à quel point elle est proche de l’originale, mais son écriture est si vive et si fraîche qu’elle est capable de transmettre ses sentiments et l’atmosphère de son temps. Environ un mois avant son arrestation, Anne a écrit qu’elle a fait de la confiture de fraise avec ses colocataires.
« Autour de la table de la cuisine, le reste de la famille équeutait les fraises, ou du moins était censé le faire ; il en finissait plus dans la bouche que dans le seau. Il a bientôt fallu un autre sceau, Peter est retourné à la cuisine, on a sonné deux fois, le seau est resté là. Peter s’est précipité en haut, portes du placard verrouillées. Nous trépignons d’impatience, le robinet devait rester fermé et les fraises à moitié lavées attendaient de tremper dans leur bain, mais la règle de clandestinité restait de mise ; quand quelqu’un se trouve dans la maison, fermer tous les robinets à cause du bruit d’eau dans les conduites ».
 De plus, la perspicacité des remarques sur la Seconde Guerre mondiale et le féminisme m'ont vraiment étonné. Bien qu’il existe de nombreux documents sur la seconde guerre mondiale, « Le Journal d’Anne Frank » est particulièrement lu dans le monde entier. Je pense personnellement que c’est grâce au talent et aux efforts de l’auteur qui n’a cessé de travailler ses textes en rêvant du jour où ils seraient publiés. Lorsque Anne Frank est morte à Bergen-Belsen dans les conditions les plus horribles que l’on puisse imaginer en 1945, on a perdu deux personnes : une adolescente adorable et une future grande écrivaine.
 J’ai écrit longuement, mais à vrai dire, je ne sais pas vraiment pourquoi « Le Journal d’Anne Frank » me touche autant. Je suis peut-être attiré par son talent ou je suis peut-être amoureux d’elle. Mais si j'ai envie de relire son Journal, je pense que c’est parce qu'Anne écrivait pour survivre, et quand je lis ses textes, j'ai aussi envie de vivre.

lundi 21 mai 2018

L'Annexe


Margot Frank (gauche) et Anne Frank (droit)

 Aujourd’hui, j’ai passé la journée à lire « Le Journal d’Anne Frank ». En fait, je lis plutôt lentement, mais je vais bientôt le finir. Ce livre me plaît. Il y a longtemps que je ne m’étais ainsi plongé dans un livre. J’écrirai mon avis quand je l’aurai fini.

 J’ai découvert qu’on peut explorer virtuellement l’Annexe sur le site de la Maison Anne Frank. L’entrée de l’Annexe est cachée par une étagère : on la fait pivoter, et on découvre d'abord la chambre de la mère, du père et de la grande sœur d’Anne. Cette chambre ne semble pas si petite, mais quand même exiguë pour trois personnes. À côté, il y a la chambre que partageait Anne avec un dentiste appelé M. Dussel dans le ‘’Journal’’ mais qui s’appelait en réalité Fritz Pfeffer. L’étroitesse de cette pièce m’a étonné : dans un petit espace rectangulaire, deux lits, celui d'Anne et de M. Dussel sont presque côte à côte. J’imagine que pour une adolescente de quatorze ans, ce n'était pas agréable de partager une si petite chambre avec un homme d’un certain âge. En effet, Anne se plaint très souvent de ce monsieur dans son Journal. 
« M. Dussel commence, gratte, pas toujours bien, mais gratte, sans s’arrêter, regarde un peu à gauche et à droite, chacun s’y prend-il bien comme lui ? Non ! 
‘’Anne, rekarde, che prends le couteau gomme za tans ma main, kratte te haut ten pas ! Nein, so nicht… mais so ! 
- Je trouve plus facile de faire autrement, monsieur Dussel, dis-je timidement.  
- Mais z’est bourdant la meilleûre fazon, tu peux me croire. Bien entendu, za m’est égal, aber libre à doi de choisir’’ ».
J’avoue, ze pazzage m’a fait sourire.

 À côté de la chambre d’Anne et de M. Dussel, il y a la salle de bain commune. On l’appelle ‘’salle de bain’’, mais en réalité, il y a juste un lavabo et des toilettes, pas de baignoire ni de douche. Les habitants de l’Annexe se lavaient dans cet espace peu commode à l’eau froide. Sur le site, on peut lire que M. Dussel occupait très souvent les toilettes pour trouver un peu de solitude, et que cette habitude gênait ses colocataires qui voulaient faire leurs besoins.
 Au-dessus vivait une autre famille juive, les Van Daan. La pièce de Madame et Monssieur Van Daan semble être la plus grande dans l’Annexe et elle a l’air confortable. Il y a une cuisine, un poêle et une radio. Dans le Journal, c’est à la radio que les clandestins obtiennent des informations sur ce qui se passe à l’extérieur. À côté, se trouve la chambre de leur fils Peter dont Anne est tombée amoureuse pendant sa clandestinité. Sa chambre est très exiguë. Il semble impossible d’y marcher et on ne pourrait que dormir dans une pièce de cette taille. De surplus, il y a une échelle encombrante pour monter au grenier. Sous les combles, ils gardaient surtout des vivres. Se procurer de la nourriture saine était très difficile sous l'occupation nazie. Anne parle de la situation alimentaire avec humour.
« Notre déjeuner d’aujourd’hui se compose de potée de chou frisé, du tonneau. De là aussi les mesures de prévention avec le mouchoir. C’est incroyable ce que du chou, âgé probablement de quelques années, peut puer ! L’odeur qui flotte dans la pièce est un mélange de prunes avariées, de produit de conservation piquant et d’œufs pourris. Pouah, l’idée même de devoir manger cette saleté me lève le cœur ! 
 Pour tout arranger, nos pommes de terre ont contracté des maladies si singulières qu’un seau de pommes de terre sur deux aboutit dans le poêle. Nous nous amusons à identifier les différentes maladies et sommes parvenus à la conclusion que le cancer, la variole et la rougeole apparaissent à tour de rôle (…) »
 Son ton est humoristique, mais on peut facilement imaginer comme c’était dur de vivre avec une telle nourriture.
 Sous les combles, il y avait une fenêtre qui permettait de regarder la nature. Anne y venait souvent quand elle voulait être seule. Il y a plusieurs descriptions si saisissantes de la nature qu’on aurait du mal à croire que c’est une fille de quatorze ans qui les a écrites.

 Parfois, je suis pris du désir de partir loin, pour une ville quelconque où personne ne me connaît, même si au fond, je ne suis pas vraiment un voyageur. Mais maintenant j’ai vraiment envie de visiter la Maison d’Anne Frank et de voir de mes propres yeux l’Annexe où vivaient les huit clandestins. Si possible, je vais travailler un peu au Japon en juillet pour aller à Amsterdam en août. Devrai-je peut-être apprendre le néerlandais ? Goeienacht !