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mardi 28 mars 2017

La poupée de Robespierre(fin)

Je tenais la poupée au visage déformé pour l'examiner.
Son visage manifestait une certaine souffrance.
J'ai cru qu'elle était ratée mais en fait, la déformation de ses traits était due à sa douleur physique.
Une maladie dévorait son corps tels d'innombrables fourmis ingurgitent le cadavre d'une souris.
Une mort silencieuse  s'approchait déjà de lui.
La  Mort a donc pris la route dans un quartier lointain.
Elle est entré dans une ruelle et a traversé un vieux pont en pierre.
Elle a pris ensuite un train avec d'autres passagers. 
Là, elle a sorti ''Le château'' et s'est mise à lire la suite.
Le paysage défilait comme un vieux manège tournant à l'infini.
Et un jour, la Mort frapperait lentement mais d'une manière inflexible à la porte de l'entrée.

C'est ainsi que la Mort se présentait aux gens.

La poupée de la fille à la robe écarlate était posée dans ma main droite.
J'ai posé sa tête sur celle de l'homme agonisant.
Leurs lèvres se superposaient les unes sur les autres tel un théorème mal démontré.
Elles me rappelaient la collision de deux côtes découpées.
L'expression douloureuse ne quittait jamais le visage de l'homme tandis que la poupée gardait toujours un sourire angélique.
Je voulais la déshabiller, mais son habit  était trop compliqué pour moi.
A travers le vêtement, j'ai frôlé de mon index son corps.
Je craignis que ces poupées n'avaient pas de tronc, que seules les parties visibles telles que la tête, les mains, les jambes étaient soigneusement créées et qu'une masse en paille ou ouate ne remplissait leur taille, mais depuis l'étoffe du vêtement j'ai pu ressentir, que celle-ci possédait bien une poitrine et un ventre véritables.
Ma main a glissé et elle est tombée misérablement par terre.
L'agonisant fixait l'espace du regard comme s'il maudissait quelqu'un.
La poupée était couchée à plat ventre.
Comme si elle essayait de me cacher le secret de l'adolescence.
Ses longs cheveux se répandaient en étoile.
En la renversant, j'ai été aussitôt soulagé car elle me souriait comme à l’ordinaire.


La forme de la machine était si simple et raffinée qu'il n'y avait plus rien à ajouter.
Une lame triangulaire était suspendue par un fils entre deux supports de bois.
En direction de cette lame se trouvait une planche trouée pour qu'un condamné y soumette sa tête.
Ensuite un exécuteur lâche le bouton et en un clin d’œil, la tête du condamné est détachée de son corps.
Plus je la contemplais, plus je perdais la réalité.
Elle ressemblait à un instrument gigantesque tel un orgue.
Si la lame avait des trous qui étaient mis à la suite d'un calcul subtil, quel type de son créerait-elle lorsqu'elle tomberait ?
Le résultat devra ressembler aux cris harmonisés de femmes.
Elle m'a également rappelé une machine de calcul antique.
Par le mouvement répétitif de la descente et de la montée de la lame, les anciens pronostiquaient une saison néfaste.
Or, elle devait être le résultat de l'illusion d'un somnambule si bien que cet objet n'avait plus aucun sens.
La machine se dressait là tel le monolithe de ''2001, l'Odyssée de l'espace''.
Mais cette machine a-t-elle servi à l'évolution humaine ?

Je me demandais entre le roi et la reine.
Le roi avait une bonne mine, il souriait joyeusement comme un collectionneur de papillons lorsqu'il regardait son oeuvre.
Une serrure au bout d'un collier s'enfonçait dans son cou charnu.
La reine était vêtue d'un costume gonflé tel une montgolfière.
Une robe se superposait sur une autre et une autre doublait l'autre ainsi que l'entassement de tissus cellulaire de la peau humaine.
Sa tête était petite et ovale comme Humpty Dumpty.
Ses yeux étaient mi-clos en forme de croissant inversé.
Son nez et sa bouche se posaient discrètement comme si on les avait oubliés.
Sa mâchoire pointue esquissait la courbe d'une comète.

Je l'ai fixée sur l'échafaud.
Ses yeux étaient maintenant plus ouverts que lorsqu'elle était debout.
Elle regardait indifféremment vers le haut comme un enfant qui regarde les étoiles.
C'était le visage d'une femme qui avait tout abandonné.
Même la dernière goutte de l'espoir ne lui restait plus.
J'ai poussé son socle avant, j'ai ensuite baissé la planche trouée afin d'y figer sa tête.
J'ai dû soigneusement débarrasser les touffes de ses cheveux pour qu'ils ne se prennent dedans.
La lumière de l'après-midi lui donnait une ombre qui mettait ses traits en relief telle l'ondulation d'une chaîne de montagnes.
J'ai lâché le levier, la lame est tombée.
Elle s'est arrêtée à la racine du cou de la reine comme si quelqu'un avait suspendu une vidéo à ce moment précis.
La reine contemplait toujours les mouvements des astres inexistants.

Cette nuit, j'ai fait un rêve.
J'étais attaché sur l'échafaud.
Mes poignets étaient fermement liés par une corde âpre et ça me faisait mal.
J’essayais de remuer mais je ne pouvais même pas bouger d'une semelle.
Une ombre sans visage était debout à côté de moi.
Ses traits étaient flous comme ils s’étaient recouverts d’un nuage épais.
Au-dessus, je pouvais voir la lame triangulaire qui était tel un corps pendu à une branche d'un arbre.
La figure ombrageuse caressait ma joue du dos de sa main, puis elle descendait le long de ma poitrine.
La sensation que donnait cette main était aussi vague que son visage.
Je sentais un air tiède souffler.
La main me quittait et je voyais la lame tomber.

Ça a été un bruit imperceptible qui m'a réveillé.
Il ressemblait à un bruit de pas mais il était trop faible pour être celui que fait un adulte.
Quelqu'un faisait des allers-retours en faisant attention à ne pas me réveiller.
J'ai entrouvert mes yeux.
Mes rétines se sont habituée petit à petit  à l'obscurité de la pièce.
J'avais oublié de fermer les rideaux si bien que la lumière extérieure des réverbères s'introduisait par la fenêtre.
Je vis vaguement des figures danser sous le clair de lune.
C'était mes poupées.
J'ai mis des lunettes et à travers les verres je me suis rendu compte qu'elles ne dansaient pas.
Elles faisaient une ronde main dans la main autour de la guillotine
La reine riait, Robespierre trottait, la serrure au bout du collier du roi marquait une cadence, la robe écarlate de la poupée tremblait telle une feuille dans le tourbillon.
Leurs bouches qui n'étaient qu'une simple cavité ovale s'ouvraient et se fermaient.
Il semblait qu'elles chantaient en chœur mais dans un silence absolu.
L'agonisant n'était pas là.
Je cherchais sa silhouette et je vis qu’il était figé sur l'échafaud.
Le regard fixé dans le vide, il avait une expression de souffrance identique à celle de tout à l'heure à part le fait que sa bouche était maintenant pleine ouverte.
Aucun son ne sortait de sa bouche parce que la poupée n'a pas de cordes vocaliques.
Le roi s'est avancé d'un pas, après avoir pris une ultime respiration, il s'est incliné devant le public comme un chef d'orchestre avant l'exécution puis il a lâché le déclic.
En un clin d’œil, la tête de l'agonisant est tombée.
Ses yeux écarquillés, sa bouche ouverte à tel point que la mâchoire était sur le point de décrocher, se découpaient telle une peinture baroque sous la lumière de la nuit.
Tout à coup, les autres poupées  s’arrêtèrent et elles ont longuement applaudi telle une audience qui venait d'assister à un concert inoubliable.
Les applaudissements ont retenti comme la sirène d'un bateau perdu au milieu de la mer.

Le lendemain lorsque je me suis réveillé, toutes les poupées avaient perdu leurs têtes.
Alors que la nuit précédente encore, seul l'agonisant l'avait perdue.
Leurs corps s'étaient dispersés comme à la suite d'un génocide
Il n'y avait aucune trace de sang.
La découpe des cous était aussi plate que celle d'un fromage.
J'ai fouillé partout pour les retrouver.
J'ai tiré tous les tiroirs, je me suis faufilé sous le lit, j'ai cherché dans les toutes les poches de mes vêtements ainsi que le placard poussiéreux.

De temps à autre, je fais encore un rêve.
C'est un rêve dans lequel les têtes de ces cinq poupées sont juxtaposées.
Et la sixième est la mienne.

dimanche 12 mars 2017

La poupée de Robespierre (3)

Une pensée métaphysique sur la guillotine 

Je lui ai dit que j'aimerais acheter la poupée de l'homme à lunettes et celle de la fille sobre.

''-Je vous ai dit que c'est la série Révolution, m'a-t-elle dit.
-C'est-à-dire ?
-C'est un assortiment.Ils ne sont pas séparables comme un service à thé, comme les Gémeaux, comme deux amants qui s'aiment ! Vous ne pouvez pas choisir celle-ci ou celle-là. Ne vous en souciez pas, de toute façon, le prix ne changera pas...''

C'est ainsi que j'ai acheté ces poupées pour seulement soixante-dix euros.
La vieille m'a gentiment offert la maquette de guillotine.
J'ai fait un bon achat.

Ma préférée était la fille sobre.
Contrairement aux autres poupées qui étaient habillées en couleur douce, celle-ci était habillée d'une robe écarlate.
Ses grands yeux bleus purs comme un ciel d'été m'ont beaucoup plu,
Un jour, dans un livre je suis tombé sur le portait d'une jeune femme qui lui ressemblait.
Cette femme avait le même éclat dans ses yeux que ma poupée.
Elle souriait timidement, une masse de cheveux châtains était tombée sur son épaule comme un écureuil dormant.
Sur l'annotation il était écrit que ce portrait en pastel avait été dessiné en prison, le jour même de l'exécution de cette femme.
Malgré le fait qu'elle allait être guillotinée dans quelques heures, elle gardait sa sérénité.
Elle portait une chemise blanche, qui était dorée sous l'effet de la lumière.
D'après ce qui était écrit dans ce livre, juste avant son exécution, elle avait souhaité mourir en portant sa robe écarlate et c'est pourquoi elle avait changé d'habit.
Le bourreau qui l'avait accompagnée jusqu’à la place de la Révolution avait laissé une note détaillée.
Il décrivit la scène comme le suivant ;

''Nous montâmes dans la charrette. Il y avait deux chaises, je l’engageai à s’asseoir, elle refusa. Je lui dis qu’elle avait raison et que, de la sorte, les cahots la fatigueraient moins, elle sourit encore, mais sans me répondre. Elle resta debout, appuyée sur les ridelles. Firmin, qui était assis derrière la voiture, voulut prendre le tabouret, mais je l’en empêchai, et je le mis devant la citoyenne, afin qu’elle pût y accoter un de ses genoux. Il plut et il tonna au moment où nous arrivions sur le quai ; mais le peuple, qui était en grand nombre sur notre passage, ne se dispersa pas comme d’habitude. On avait beaucoup crié au moment où nous étions sortis de l’Arcade, mais plus nous avancions, moins ces cris étaient nombreux. Il n’y avait guère que ceux qui marchaient autour de nous qui injuriaient la condamnée et lui reprochaient la mort de Marat. À une fenêtre de la rue Saint-Honoré, je reconnus les citoyens Robespierre, Camille Desmoulins et Danton. Le citoyen Robespierre paraissait très animé et parlait beaucoup à ses collègues, mais ceux-ci, et particulièrement le citoyen Danton, avaient l’air de ne pas l’écouter, tant ils regardaient fixement la condamnée. Moi-même, à chaque instant, je me détournais pour la regarder, et plus je la regardais, plus j’avais envie de la voir. Ce n’était pourtant pas à cause de sa beauté, si grande qu’elle fût ; mais il me semblait impossible qu’elle restât jusqu’à la fin aussi douce, aussi courageuse que je la voyais, je voulais m’assurer qu’elle aurait sa faiblesse comme les autres, mais je ne sais pas pourquoi, chaque fois que je tournais mes yeux sur elle, je tremblais qu’elle n’eut défailli. Cependant, ce que je regardais comme impossible est arrivé. Pendant les deux heures qu’elle a été près de moi, ses paupières n’ont pas tremblé, je n’ai pas surpris un mouvement de colère ou d’indignation sur son visage. Elle ne parlait pas, elle regardait, non pas ceux qui entouraient la charrette et qui lui débitaient leurs saletés, mais les citoyens rangés le long des maisons. Il y avait tant de monde dans la rue que nous avancions bien lentement. Comme elle avait soupiré, je crus pouvoir lui dire : « Vous trouvez que c’est bien long, n’est-ce pas ? » Elle me répondit : « Bah ! nous sommes toujours sûrs d’arriver », et sa voix était aussi calme, aussi flûtée que dans la prison.Au moment où nous débouchâmes sur la place de la Révolution, je me levai et me plaçai devant elle pour l’empêcher de voir la guillotine. Mais elle se pencha en avant pour regarder et elle me dit : « J’ai bien le droit d’être curieuse, je n’en avais jamais vu ! » Je crois, néanmoins, que sa curiosité la fit pâlir, mais cela ne dura qu’un instant et presque aussitôt son teint reprit ses couleurs qui étaient fort vives. Au moment où nous descendions de la charrette je m’aperçus que des inconnus étaient mêlés à mes hommes. Pendant que je m’adressais aux gendarmes pour qu’ils m’aidassent à dégager la place, la condamnée avait rapidement monté l’escalier. Comme elle arrivait sur la plateforme, Firmin lui ayant brusquement enlevé son fichu, elle se précipita d’elle-même sur la bascule où elle fut bouclée. Bien que je ne fusse pas à mon poste, je pensai qu’il serait barbare de prolonger, pendant une seconde de plus, l’agonie de cette femme courageuse, et je fis signe à Firmin qui se trouvait auprès du poteau de droite, de lâcher le déclic.''

J'aime bien cette parole, « J’ai bien le droit d’être curieuse, je n’en avais jamais vu ! », puisqu'on y reconnaît tout de même une sorte de bravade d'une fille de son âge.
A-t-elle au moins regretté à ce moment-là son acte brave ?
Peut-être un peu ou un instant, mais je suis sûr qu'elle dirait ''non''.

Il y a une anecdote célèbre sur l'exécution de cette fille.
Un adjoint de ce bourreau, probablement surexcité par l'exaltation de la foule, a frappé sa tête maintenant détachée de son corps.
L'enthousiasme du grand public a vite changé en une frayeur car ils ont vu la tête rougir et transpercer l'adjoint d'un regard haineux.
Malheureusement l'époque était encore loin de l'invention du smartphone.
Personne n'a pu filmer la scène.
D'après certains spécialistes, à cause du rayon du soleil du crépuscule et à la suite du changement brusque de la pression artérielle, sa tête semblait rougir et indignée.
Mais cette opinion ne dépasse pas la limite d'hypothèse car nul ne sait ce qui se passe après être guillotiné.
Cependant, d'après un de ses parents, c'était une fille décidé ;
''Elle ne faisait que ce qu’elle voulait. On ne pouvait pas la contrarier, ceci était inutile, elle n’avait jamais de doutes, jamais d’incertitudes. Son parti une fois pris, elle n’admettait plus de contradiction.''
Ce témoignage n'est guère douteux.
Sinon comment une jeune femme de son âge aurait pu assassiner ''l'ami du peuple'' d'un seul coup de couteau ?
Si elle avait un caractère opiniâtre, le fait que le grand public ait cru que sa tête rougit d'indignation serait devenu probable.

J'imagine encore et encore le moment où le tranchant de la guillotine s'est enfoncé dans la chair de sa nuque, l'instant où sa tête est tombée sur le plancher, le moment précis et éphémère où une jeune fille charnelle a été transformée en une poupée gigantesque.
Qui aurait cru que le temps était sans retour ?
Quand j'étais enfant, mon psychiatre m'a demandé de ne jamais dire aux autres, puis il a chuchoté à mon oreille qu'en réalité, chaque instant est éternel et que le temps est sporadique.

Maximilien Robespierre reviendra infiniment pour guillotiner un millier de citoyens, le tranchant de la guillotine tombera pour la millionième fois, afin de décapiter la poupée de la fille.

vendredi 10 mars 2017

La poupée de Robespierre (2)


Le 30 Juillet, 30 de la rue des Cordeliers

J'avais acheté des poupées aux marchés aux puces lorsque j'ai voyagé à Paris.
Il y avait de la brume.
Le ciel était grisâtre et instable comme une femme qui était sur le point de sangloter.
Je longeais les stands en jetant un coup d’œil sur les vieilleries.
Les affiches des années vingt, les bouquins qui sentait la moisissure, les poteries dont je ne connaissais pas la valeur....
Sur un stand, des jolies poupées ont tout à coup attiré mon regard.
Malgré un tas de vieilleries qui les entouraient, elles étaient facilement remarquables comme si cette rencontre était prédestinée.
Il semblait qu'elles me fixaient du regard.
J'ai été aussitôt ensorcelé.
Au fond de ce stand, une vieille dame dont les yeux étaient dépolis était assise.
Elle m'a jeté un coup d’œil mais elle était indifférente à ma présence.
Ses yeux étaient brouillés telle une rivière après l'orage, je me suis demandé si elle n'était pas aveugle.
Elle s'était rendue compte que j'étais attiré par ses poupées.

-C'est la série Révolution, m'a-t-elle dit d'une voix rauque, très désagréable à entendre.

Il y avait la poupée d'un homme coquet, celle d'une fille sobre et d'une femme en robe splendide et d'un homme potelé.
En outre, il y avait aussi la poupée d'un homme dont le visage était étrangement déformé.
Le dessous de son visage était courbé comme s'il était tiré par une main invisible.
Son teint était livide comme s'il agonisait, son expression semblait à fois douloureuse et voluptueuse selon les aspects.
Je me suis convaincu que le créateur de ces poupées avait raté celui-ci.
À côté de lui, se trouvait un objet étrange qui ressemblait à une porte immense et dépouillée.
Deux supports en bois noirâtre s'étendaient vers le ciel comme des cyprès juxtaposés.
Je me suis rappelé soudainement que dans une nouvelle de Kafka, il y avait une histoire dans laquelle un homme était exécuté par une machine étrange.
Elle ressemblait à deux coffres.
Un prisonnier a été attaché fixement sur l'un des coffres, puis l'aiguille qui était fixée sur l'autre s'est mise à graver petit à petit le verdict sur son dos.
Lorsque cette machine a achevé son travail, l'homme n'était plus qu'un cadavre.
Au moment où je songeais au cadavre de ce condamné sur le coffre, je me suis rendu compte que cet objet était une guillotine minuscule.
Elle avait même un tranchant triangle.
Le tranchant était partiellement rouillée comme elle avait réellement été utilisée.
Or, était-ce des traces de sang ?

''-C'est comme une vraie guillotine !, fis-je.
-Voulez-vous l'essayer ?, m'a-dit la vieille.''

Cette idée m'a un peu terrifié, mais je me suis dit que même si elle était vraisemblable, elle n'était qu'une maquette.

J'ai mis mon auriculaire dans le trou où les condamnés à mort devaient poser leurs têtes.
La vieille riait en me montrant ses dents jaunies.
Elle avait l'air à la fois triste et joviale.
Aussitôt qu'elle a lâché le déclic, la lame minuscule est tombée.
J'ai eu la sensation du fer froid sur mon doigt.
Je l'ai tiré et j'ai confirmé qu'il n'était pas tranché.
Peut-être le tranchant était-il factice ou peut-être était-il trop rouillé.

J'ai poussé un soupir.

jeudi 9 mars 2017

La poupée de Robespierre



J'avais une poupée de Robespierre. 
Il y a quelques semaines, j'ai lu sur Internet un article sur la reconstitution faciale de ce fameux dictateur de la Révolution française.
En bref, contrairement à ce que les documents historiques disaient, le visage reconstitué de Robespierre était laid.
À travers l'écran, ses petits yeux bleu-gris me transperçaient, son nez était bas telle une colline érodée.
Ses lèvres opiniâtrement serrées m'ont rappelé un coquillage bivalve qui ne s'ouvrait jamais.
D'ailleurs, sa peau était couvert de multiples petits trous comme la surface de la lune.
Cependant, ce Robespierre reconstitué à nouveau avait quand bien même des traits communs avec son portait peint au XVIIIe siècle.
Le profil, les lèvres droites, ses sourcils montraient sa volonté obstinée de ne jamais renoncer à la Révolution.
Par contre, sur ce portrait, sa peau est lisse comme une mer sans vague.
Ce fait prouve que l'auteur de ce portrait, qu'on a jamais pu identifier avait réellement vu ce jeune révolutionnaire.
Mais si ce visage a été reconstitué correctement, ça veut dire que ce portait est beaucoup plus embelli que la réalité.
Alors pourquoi ce peintre inconnu l'avait-il embelli ?
Il était sans doute un de ses partisans.
Il devait le voir comme un ange qui venait d'arriver sur la terre, et l'ange ne contracte jamais la variole.
Sinon, il peut-être avait peur d'être envoyé à l'échafaud s'il avait peint un portait réel de Robespierre.
Heureusement, ma poupée se différait de la reconstitution faciale.
Elle était plus proche du portait historique.
Ce Robespierre miniature, mesurant environ vingt centimètres, avait la peau lisse telle une faïence.
Ses lèvres roses esquissaient un sourire angélique.
Son visage cependant était aussi dénué d'expression qu'un masque de nô, mais il me semblait toujours qu'il fronçait un peu le sourcil à travers ses lunettes de poupée comme s'il essayait de voir au loin.
Cette poupée était minutieusement faite, pas seulement son corps, mais aussi l'habit qu'il portait et la note qu'il tenait à la main.
C'est comme si ces objets avaient été rapetissés par une force surnaturelle.
Il avait des articulations sphériques aux membres.
Ainsi je pouvais lui donner la position que je le voulais.
Je l'ai mis dans une boîte en verre, je l'ai posée à côté de la fenêtre.
Je me plaisais à le contempler.
À cause de la douceur de la lumière matinale, ses joues avaient un effet rosâtre comme s'il était réellement en vie.
Il lisait attentivement sa note sur une chaise de poupée en bois.
Peut-être était-ce une liste des gens à guillotiner.
Le verre a reflété de temps à autres mon visage qui l'admirait.