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dimanche 17 février 2019

''Une affaire de famille''



 Comme plusieurs personnes m'en ont parlé, j’ai aussi regardé « Une affaire de famille » de Hirokazu Koré-eda. Je préviens mes lecteurs (s'il y en a) que je gâche la fin de ce film dans cet article pour écrire mon avis. 
 « Une affaire de famille » parle d’une famille pauvre qui vit dans un quartier populaire de Tokyo. Le père, Osamu, est un ouvrier journalier. La mère, Nobuyo travaille dans une usine de pressing. La fille, Aki, travaille dans une maison de « peep-show ». Le fils, Shôta, aide Osamu à voler à l’étalage. La grand-mère, Hatsué vit de ses pensions. Elle rend régulièrement visite chez la famille du fils de son ex-mari défunt pour leur demander des « dommages-intérêts ». La famille vit du salaire d’Osamu et de Nobuyo, des pensions de la grand-mère, et de vols à l’étalage. (Aki garde son salaire à elle).
 Un soir d’hiver glacial, pendant qu'Osamu et Shôta rentrent ensemble chez eux, ils trouvent une petite fille qui tremble de froid dans le balcon extérieur d’un HLM. Osamu ne peut pas la laisser dehors, et l'amène chez lui. Après avoir partagé le dîner, Nobuyo et Osamu vont ramener la fillette au HLM, jusqu’à devant le balcon où elle tremblait de froid. À ce moment-là, ils entendent la dispute d’un couple, et le cri de la femme disant : « Je ne voulais pas de cette enfant non plus ! ». Abasourdis, Osamu et Nobuyo sont incapables de rendre la fillette, et ainsi un nouveau membre rejoint la famille qui vit de vol à l’étalage. 
 Ce qui est interrogé est le lien de la famille. En fait, dans la dernière partie du film, il s’avère que cette famille qui vit de vols à l’étalage n’a aucun lien de sang l’un et l’autre, et les (faux) parents, Osamu et Nobuyo, sont arrêtés par la police si bien que tous les autres membres se retrouvent séparés bien qu’ils vivaient comme une véritable famille. Aki retourne chez ses véritables parents qui la négligeaient. Shôta entre dans une institution qui accueille les orphelins, et la fillette est renvoyée à ses vrais parents qui la maltraitent. Le film se termine par la scène où elle joue toute seule dans le balcon de son HLM et qu’elle regarde l’extérieur comme lorsqu’Osamu l’avait trouvée, ce qui montre que la fillette est de nouveau maltraitée auprès de ses « vrais parents ». Cette scène de la fin m’a rappelé une véritable affaire de la mort d’une fillette agressée quotidiennement par ses parents, qui avait eu lieu il y a quelques semaines au Japon. Ainsi, une certaine critique envers la société japonaise de la part du cinéaste se transparaît dans ce film. 
 Par ailleurs, il est intéressant que l’idée d’une fausse famille qui vit de vols a une dimension très invraisemblable. Ce noyau imaginaire est entouré d’une dimension crue et si réaliste que le film fait penser de temps en temps à un reportage sur les gens d’en bas de la société. 
 J’avoue de ne pas connaître suffisamment de films japonais, mais j’ai l’impression que les cinéastes japonais ont traditionnellement tendance à construire un univers à partir de l’infime de la vie quotidienne. C’est aussi le cas d’« une affaire de famille ». Dans ce sens, je pense que Koré-eda s’inscrit dans la lignée du cinéaste Yasujirô Ozu, sur lequel Aki Kaurisumaki dit les propos intéressants : « Il n’a pas utilisé ni violence ni meurtre ni pistolet pour dire tout ce qui est essentiel de la vie humaine ». Cette esthétique ne correspond-t-il pas aussi à Koré-eda ?

vendredi 18 mai 2018

Strasbourg d'il y a dix ans


 Aujourd'hui, je me suis couvert d'une couette comme un escargot et j’ai lu le Journal d’Anne Frank toute la journée. Tantôt ce livre me fait rire, tantôt il me rend triste. Pour tenir son journal, Anne a inventé une lectrice imaginaire nommée ‘’Kitty’’, à qui elle raconte sa vie quotidienne dans l’Annexe. Je pense que la présence de ‘’Kitty’’ permet à son journal d’éviter d’être replié sur soi, ce qui le rend à la fois divertissant et intéressant.
 Je me demande si je vais créer aussi un lecteur fictif pour mon journal. Mais comment s’appellera-t-il ? Il faut imaginer aussi son apparence, son caractère et son âge. Si mon lecteur imaginaire était un homme névrose, souffrant du délire de la persécution, et arrêté sept fois pour viols et meurtres, je n’aurais plus envie de tenir mon journal. Au contraire, si c'était une belle fille douce, j’écrirais que des poèmes ratés. Il semble qu'il vaudrait encore mieux que je raconte ma vie quotidienne à un chat, ce que je fais réellement de temps en temps.


 Dans la soirée, j’ai regardé un film dont l’histoire se déroule à Strasbourg. Ce film semble être sorti il y a plus de dix ans, en 2007, mais ce décalage d’une décennie ne se sent pas trop. La seule scène qui m’a rappelé la date de la réalisation du film est celle où la femme que le héros suit dans les rues sort un téléphone portable pliable de son sac. Aujourd’hui, tout le monde utilise un smartphone. Dans le film, Strasbourg est comme aujourd’hui, le même tram, les mêmes cafés, les mêmes bâtiments. Mais le magasin de meubles près de l’université a fermé il y a quelques mois et les jeunes femmes présentes dans le film ont peut-être un peu plus de rides aujourd’hui.
 Ce film n’a pratiquement pas d’intrigue. Un homme voit une femme qui lui en rappelle une autre qu’il a rencontrée six ans auparavant, et il la suit dans les rues. Les mêmes personnages sans paroles, les mêmes rues, le même graffiti (‘’Laure, je t’aime !’’) apparaissent à plusieurs reprises, ce qui donne au spectateur la sensation de se perdre avec le protagoniste. Le jeune homme adresse la parole à quelques habitants, mais ils sont indifférents et il en est réduit à observer et dessiner les gens autour de lui. C’est vrai que les Strasbourgeois sont un peu réservés, mais j’aimerais dire pour leur défense qu’ils sont un peu plus amicaux en réalité.
 J’aime me perdre dans cette ville. Je marche souvent au hasard et j’entre dans des ruelles inconnues comme le héros de ce film. Ainsi, j'ai l'impression d'oublier mon passé, tout ce qui me retient au présent jusqu’à mon identité. Toutefois, je n’ai pas encore eu l’occasion de suivre quelqu'un dans les rues.


lundi 14 mai 2018

''Histoires extraordinaires'' (1967)



 J’ai un partiel de linguistique diachronique dans deux jours. Je dois donc réviser cette matière. Cependant, c’est mon dernier examen et j’ai l’impression que mon semestre est déjà terminé. En bref, je n’arrive pas à me concentrer. Je me dis que je dois travailler, mais mon cœur est attiré par d’autres choses, par mon job d’interprète, l’avion que je prendrai cet été, ou les livres que j’ai envie de lire pendant les grandes vacances.

 Aujourd’hui, j’ai regardé un film franco-italien « Histoires extraordinaires ». Il s’agit d’un film à sketchs. Le premier est « Metzengerstein » de Roger Vadim, le deuxième « William Wilson » de Louis Malle, et le dernier, « Toby Dammit ou Il ne faut jamais parier sa tête avec le diable » de Federico Fellini.

 Les deux premiers étaient aussi excellents, mais c’est celui de Fellini qui m’a laissé la plus forte impression. C’est l’histoire d’un acteur britannique qui s’est jadis rendu célèbre dans des rôles de Shakespeare, mais se trouve presque ruiné aujourd’hui. Séduit par une belle Ferrari qu’on a promis de lui offrir, l’acteur vient à Rome pour jouer dans un film western, mais sa perception du monde est fort perturbée par l’alcool et il prétend qu’une fillette avec une balle le suit partout, bien que personne ne l'aperçoive.

 La meilleure partie de ce film est sans doute la scène où l’acteur Toby Dammit erre dans la ville de Rome au volant de la belle Ferrari. Dans la ville nocturne, les humains ressemblent à des mannequins et les mannequins ressemblent à des humains. Rome devient tout à coup un dédale d’où il ne peut plus s’échapper.

 J’ai vu beaucoup de films de Fellini jusqu’ici et je les ai tous admirés. Chaque fois que je regarde ses films, je suis frappé par son extraordinaire capacité de visualisation, et son univers romanesque où la réalité et l’illusion, le passé et le présent se confondent de façon subtile.

 En écrivant cet article, je me suis souvenu de « La Mort à Venise » de Thomas Mann, car dans cette nouvelle, séduit par un beau garçon polonais, un écrivain allemand célèbre se trouve en quelque sorte enfermé dans la ville de Venise tandis que la mort s'approche pas à pas, mais inéluctablement.

mardi 24 avril 2018

''Jules et Jim'' (1962)



 J’aimerais voir tous les films de François Truffaut. Jusqu’ici, j’ai vu ‘’Les Quatre Cent Coups’’, ‘’Tirez sur le pianiste’’, ‘’La Peau douce’’, ‘’Fahrenheit 451’’, ‘’Baiser volés’’, ‘’L’Enfant sauvage’’, ‘’Domicile conjugal’’, ‘’Les Deux Anglaises et le Continent’’, ‘’L’Histoire d’Adèle H’’, ‘’L’Argent de poche’’, ‘’L’Homme qui aimait les femmes’’. Et je me suis offert le DVD de ‘’La Nuit américaine’’ pour mon dix-huitième anniversaire. D'ailleurs, j'ai commencé l’apprentissage du français pour voir ses films sans sous-titre.

 J’avais depuis longtemps la bande originale de ‘’Jules et Jim’’, par contre je n’avais pas encore découvert le film. J’ai donc regardé ‘’Jules et Jim’’ aujourd’hui. Il est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de ce cinéaste.

« Tu m’as dit ‘’Je t’aime’’, je t’ai dit ‘’Attends’’. J’allais dire ‘’Prends-moi’’, tu m’as dit ‘’Va-t’en’’. »
 Voilà, ce film commence par ces mots de Catherine (Jeanne Moreau). L’histoire commence avant la première guerre mondiale. Un jeune homme autrichien Jules (Oscar Werner) rencontre un garçon français Jim (Henri Serre) à Montparnasse, et ils deviennent tout de suite de grands amis.
 Jules et Jim rencontrent un jour une jeune femme qui s’appelle Catherine (Jeanne Moreau) et ils en tombent amoureux. Catherine est une femme libre, exubérante. Elle se déguise en homme, elle se jette dans la Seine.  
 Finalement, c’est Jules qui épouse Catherine. Mais la guerre éclate et les trois amis sont obligés de se séparer. En fin de compte, ‘’le pays de Jules a perdu et le pays de Jim a gagné’’(selon l’expression dans le film). Jules et Catherine commencent leur vie en Autriche. Lorsque Jim retrouve son meilleur ami et sa femme, Catherine n’est pas satisfaite de sa vie.

 On peut donc dire que c’est l’histoire d’un ménage à trois. Cependant, dans ce film, Jules accepte que Catherine entretienne une relation amoureuse avec Jim dont il n’est pas du tout jaloux, alors que normalement, les deux hommes sont rivaux dans un ménage à trois.

 La scène la plus célèbre de ce film est sans doute celle où Jeanne Moreau chante ‘’Le tourbillon’’ en s’accompagnant à la guitare. Lorsque cette grande actrice française nous a quittés l’an dernier, la radio diffusait cette chanson pour annoncer sa mort. À la base, c’est une chanson qu’un des acteurs de ce film, Cyrus Bassiak a improvisée pour distraire Jeanne Moreau quelques années avant le tournage de ‘’Jules et Jim’’. Et François Truffaut a intégré dans son film ce morceau qui était tout à fait personnel. Curieusement, les paroles de cette chanson semblent symboliser le thème de ce film (et ça doit être la raison pour laquelle le réalisateur a décidé de l’utiliser).

 Par ailleurs, une cascadeuse était censée se charger de la scène où Catherine se jette dans la Seine, mais comme elle a refusé, Jeanne Moreau elle-même a dû se jeter dans le fleuve. La Seine était sale et la jeune Jeanne Moreau a eu mal à la gorge.

 Je pense que si François Truffaut n’avait pas été réalisateur, il serait devenu écrivain, car on peut remarquer le goût littéraire du cinéaste dans ce film. La voix d’un narrateur intervient régulièrement et explique la situation comme un livre.

 Des tableaux de Pablo Picasso apparaissent tout au long de l’histoire et illustrent la psychologie des personnages. Quand Catherine se sent triste, le portrait d’une femme morose est accroché au mur. Quand Jim est avec Catherine dans un café, on voit le tableau d’un couple mélancolique à l’écran.

 Je voudrais aussi souligner que le jeu candide de Jeanne Moreau est une grande partie du charme de ce film. Elle rit comme une petite fille, elle court comme un garçon de dix-sept ans, et elle prend une expression triste comme une femme qui a vécu cent ans solitaire.

 Ce que j’aime chez François Truffaut, c’est qu’il arrive à raconter une histoire naturellement, sans exagérer ni dramatiser. Par exemple, il n’utilise pas de musique triste pour la scène de funérailles. C'est comme s'il nous disait que c'est la vie.

lundi 23 avril 2018

L'âne tuberculeux


 Depuis quelques jours, je ne peux m’empêcher de tousser comme un âne tuberculeux. J’étais fiévreux, j’avais légèrement mal à la tête, mais je croyais que c’était à cause du soleil. Aujourd’hui, en rentrant, j’ai pris ma température, et j’ai découvert que j’avais trente-sept trois degrés. En France, trente-sept n’est pas considérée comme de la fièvre. Au Japon, la fièvre, c’est à partir de trente-sept. Est-ce vrai que les Français, quand ils prennent leur température, mettent le thermomètre dans le trou du cul ? Si c’est vrai, j’imaginerai chaque Français que je croise dans les rues (un monsieur moustachu avec une cravate, une belle fille en jupe, des adolescents qui crient etc.) en train de mettre un thermomètre dans son cul et je perdrai confiance en l'humanité.

 Je suis de nouveau malade, mais j’aimerais écrire mon avis sur trois films que j’ai regardés hier. Je ne résume pas leur histoire parce que c’est ennuyeu…parce qu’on peut facilement la trouver sur Internet.

 D’abord, le film du cinéaste italien Nanni Moretti, intitulé ‘’La Chambre du fils’’. C’était un bon petit film chaleureux qui suit subtilement ce qui se passe dans le cœur d’une famille après la perte de leur fils. J’ai peur de me tromper, mais je pense que le thème de ce film est comment dépasser la douleur. Giovanni traite quotidiennement des patients qui souffrent, mais il se trouve aussi dans leur situation par la mort de son fils. Vers la fin, un des patients lui dit qu’il arrête de le voir car il veut se concentrer sur le traitement de sa maladie physique. Une autre patiente lui dit qu’elle attend que Giovanni retrouve une vie normale.

 Le deuxième film que j’ai regardé est ‘’Les Enfants du Paradis’’ de Marcel Carné. Un de mes professeurs en avait parlé pendant un cours, et comme c’est un film qui se trouve en bonne place dans les classements des meilleurs films, j'avais depuis longtemps l'intention de le regarder.
 J’avais un peu peur de m’ennuyer, mais c’étaient les trois heures les plus courtes de ma vie. J’ai l’impression que les Français sont forts pour raconter des histoires polyphoniques. Ce film m’a rappelé un peu les romans de Balzac. La dernière scène est émouvante. Le jour du carnaval où tout le monde est joyeux sous son déguisement, Baptiste essaie désespérément de rejoindre Garance en criant son nom dans la foule. Plus il tente d’avancer, plus la voiture à cheval de Garance s’éloigne. J’aimerais aussi souligner que ce film est sorti en 1945, ce qui signifie qu’il a été réalisé pendant l’occupation de Nazi. Dans ces conditions Marcel Carné a consacré trois ans à la création de ce film d'excellente qualité. J’avais vraiment l’impression d’être dans le Paris du dix-neuvième siècle.

 Et le dernier est un film allemand ‘’Le Tambour’’. Il s’agit de l’adaptation du roman du même titre de Günter Grass. J’avais acheté la version anglaise de ce livre au Japon, mais je suis venu en France sans avoir le temps de le lire. Je ne peux donc pas comparer le film avec le roman, mais à commencer par la conclusion, c’est l’un des films les plus étranges que j’aie jamais vus, avec ‘’Pink Flamingos’’ de John Waters et ‘’ Salò ou les 120 Journées de Sodome’’ de Pasolini. Il est même plus effrayant que la plupart des films d'horreur ordinaires. Il y avait plusieurs scènes cauchemardesques et répugnantes (des hommes sortent des anguilles de la tête d’un cheval mort, une fille de seize ans joue un jeu érotique avec un petit garçon, des nains qui se déguisent en officiers nazis etc). Ce film a reçu le Palme d’or du Festival de Cannes en 1979 avec ‘’Apocalypse Now’’ de Coppola. C’est un excellent film, je n’ai aucune objection, mais je dois cependant le classer comme ‘’l’un des films que je ne veux plus jamais regarder’’ dans mes Cahier du cinéma personnels, avec ‘’Hostel’’, ‘’All About Lily Chou Chou’’ et ‘’Vol au-dessus d’un nid de coucou’’. Je vous le conseille si vous voulez faire un cauchemar.

dimanche 22 avril 2018

''Mauvais Sang'' (1986)



 J’ai regardé ‘’Mauvais Sang’’ de Leos Carax pour la deuxième fois. La première fois, c’était il y a longtemps. C’est plutôt un film artistique qui n’est pas forcément facile à suivre. Les dialogues sont lyriques et la photographie est originale.

 L’histoire est la suivante : À Paris, la maladie qui se transmet par l’amour sans amour, le STBO se propage. Un jour, le père d’un jeune homme solitaire Alex (Denis Lavant) se suicide pour une raison obscure. Les amis de son père, Marc (Michel Piccoli) et Hans (Hans Meyer) se trouvent contraints de rembourser la dette de leur ami défunt et proposent à Alex de voler le vaccin contre le STBO. Alex se sentait vide même quand il était avec sa petite amie Lise (Julie Delpy). Il accepte leur proposition et quitte sa copine. Ainsi, il rencontre la maîtresse de Marc, Anna (Juliette Binoche).
 Mais franchement, l’intrigue n’est pas importante car beaucoup de scènes sont consacrées à des détails insignifiants.

 Il semble que Leos Carax était considéré comme le successeur de Jean-Luc Godard quand il a débuté. Il est vrai que beaucoup de séquences me font penser à ce réalisateur. Le zoom sur des journaux et des personnages, et la composition de couleurs vives me rappellent ‘’Pierrot le fou’’. Ce chef d’œuvre de Godard est un film dans lequel la lumière éblouissante du soleil du sud de la France est impressionnante. Au contraire, ‘’Mauvais Sang’’ est un film nocturne. La plupart des scènes se passent la nuit, même pendant la journée, le ciel est couvert d’épais nuages.

 Tantôt le style des dialogues de ce film m’a plu, tantôt il m’a irrité. Parfois j’avais l’impression qu’un garçon de 15 ans au visage plein de boutons qui se croit Rimbaud me chuchotait ses poèmes à l’oreille. Mais il y a beaucoup de scènes charmantes dans ce film, celle où Alex court sur un fond de ‘’Modern Love’’ de David Bowie, celle où il essuie les larmes d’Anna, et celle où il joue avec elle comme un enfant. J’aime aussi la scène du début où Alex fuit Lise dans le métro parisien, et la dernière où Anna court sur la piste d’un aérodrome, et où son visage se convulse comme celui d’une épileptique.

 Il semble que le cinéaste n’essaie de pas de cacher qu’il s’agit d’une fiction. Au contraire, il essaie de montrer l’artificialité de son œuvre. Dans la dernière partie, Alex est blessé dans le ventre, mais sa blessure n’est pas réaliste. Les relations entre personnages sont aussi superficielles. Alex est amoureux d’Anna, mais Anna ne quitte jamais Marc. Lisa poursuit Alex après qu’il l’a quittée, et lorsqu’il meurt, elle dit sèchement : « De toute façon, il en avait fini avec moi ». Et c’est cette superficialité qui est cruellement belle dans ce film.

 Ce n’est peut-être pas les propos d’une personne qui l’a regardé deux fois. Mais je pense que je ne l’aurais pas regardé jusqu’à la fin si l’actrice n’était pas Juliette Binoche.

 Si je parle de Juliette Binoche, j’aimerais aussi aborder ‘’Copie conforme’’ d’Abbas Kiarostami, dans lequel elle incarne une femme d’âge mûr qui feint de former un couple de longue date avec un écrivain anglais bien qu'ils viennent de se rencontrer.

vendredi 20 avril 2018

''Nausicaä de la vallée du vent''



 Il y a quelques semaines, j’ai écrit un article sur Hayao Miyazaki avant la fondation du studio Ghibli et ça m’a donné envie de regarder de nouveau « Nausicaä de la vallée du vent ». Je l’ai regardé d’innombrables fois depuis mon enfance, car la télé diffuse très souvent ce film au Japon (la monstruosité des œuvres de Miyazaki, c’est que leur popularité ne baisse pas même plusieurs années après leur sortie), mais je ne l’avais jamais regardé sérieusement.

 Donc, j’ai regardé « Nausicaä » en français la nuit dernière et j’ai découvert plusieurs éléments que je n’avais pas remarqués quand j’étais enfant. C’est aussi la particularité des œuvres de Miyazaki : elles sont divertissantes pour les enfants mais aussi pour les adultes (même si le cinéaste lui-même dit qu’il crée des films pour enfants).

 Au milieu de l’histoire, au-dessous de la fukaï (Mer de la Décomposition) dans laquelle Nausicaä et Asbel sont tombés, Nausicaä se souvient du passé. Quand elle était petite, elle a essayé de sauver un bébé d’Omu, mais son père et ses soldats le lui ont enlevé. La petite Nausicaä leur a crié : « Ne le tue pas ! Ne le tue pas ! » et elle se réveille. Dans la dernière partie de l’histoire, le royaume de Pejite essaie de lancer les Omus vers la vallée du vent pour anéantir l’armée de l’empire des Tolméques qui l’occupe. L’appât que le Pejite utilise pour attirer l’attention des Omus est leur bébé blessé. Nausicaä libère cette larve et ils se tiennent devant les Omus qui se jettent sur eux. Le petit Omu et Nausicaä se font renverser, mais tous les deux sont finalement sauvés. Et quand elle sauve un bébé d’Omu, le traumatisme que Nausicaä a subi dans son enfance disparait.

 Je ne sais pas si le cinéaste en avait l’intention, mais je pense personnellement que Nausicaä a une ressemblance avec Jésus Christ. Elle se sacrifie pour sauver son peuple et semble perdre la vie dans son combat. Les habitants de la vallée du vent sont chagrinés. Mais peu après elle se ressuscite et marche sur les tentacules des Omus qui semblent former une mer dorée. Cette scène me fait penser au miracle de Jésus marchant sur l’eau. De plus, elle ne tue pas ses ennemis alors qu'ils ont assassiné son père Jill, le roi de la vallée du vent. Au contraire, elle a sauvé Kushana d’un vaisseau aérien en flammes alors qu’elle aurait pu la laisser mourir.

 Au début de l’histoire, Nausicaä porte un vêtement bleu. Plus tard, elle se fait capturer par les gens de Pejite, et elle échange son vêtement bleu contre l’habit rouge d’une fille qui veut l'aider à s'enfuir. Nausicaä porte donc un vêtement rouge, mais au moment où elle essaie de libérer le bébé d’Omu, son sang tâche son vêtement qui devient bleu. Donc, le destin veut que le vêtement de Nausicaä soit bleu, comme la légende du Messie de la vallée du vent.

 J’ai aussi remarqué que le Dieu-guerrier géant ressemble beaucoup à Evangelion. Le Dieu-guerrier géant dans son œuf me rappelle exactement Adam dans le ‘’Central Dogma’’. Vous me direz sans doute que c’est normal, puisque c’est le jeune Hideaki Anno (le réalisateur de ‘’Neon Genesis Evangelion) qui l’a dessiné, mais ce que je voudrais dire, c’est que le Dieu-guerrier géant est devenu une sorte d’obsession pour lui. Par exemple, il a réalisé un film « Le Dieu-Guerrier géant à Tokyo » en 2012 et il dit toujours qu’il veut réaliser la suite de « Nausicaä » lui-même. Il y a des gens qui essaient d’associer « Evangelion » à « Gundam ». Anno est sans doute influencé par « Gundam » (comme beaucoup de gens de sa génération), mais pour moi, « Evangelion » est plutôt la mélange du Dieu-guerrier géant et d’Ultraman (Je pense que « L’Attaque des titans » a hérité de ce courant). Il faudrait aussi souligner que les ‘’Eva’’ ne sont pas des robots, mais des humains géants. Si Hideakki Anno, à vingt-trois ans, n’avait pas rencontré Hayao Miyazaki, et s’il n’avait pas dessiné le dieu-guerrier géant dans « Nausicaä », « Evangelion » n’aurait sans doute pas été né.

 J’ai fait une longue digression. Je voudrais terminer sur une dernière remarque à propos de la vie de Hayao Miyazaki. Son premier long métrage était « Le Château de Caligostro », mais c’était un projet dont il avait hérité de Yasuo Otsuka. Sa première œuvre totalement originale est « Nausicaä de la vallée du vent », et son dernier long métrage est « Le Vent se lève », sorti en 2013. En quelque sorte, la carrière de Miyazaki en tant que réalisateur de longs métrages commence avec le vent et s’achève avec le vent. Représenter le vent est pour lui l’un des thèmes fondamentaux. D’ailleurs, le nom ‘’ghibli’’ qu’il a donné à son studio est un mot italien qui désigne ‘’le vent chaud qui souffle dans le Sahara’’. Ça doit être un curieux hasard, mais le titre de son dernier long métrage ‘’Le Vent se lève’’ extrait d’un poème de Paul Valéry, semble comprendre la notion d’un commencement, une sorte de retour au début.

 Hayao Miyazaki est en train de réaliser un court métrage dont la sortie est prévue en 2019. Un documentaire sur ce nouveau projet, « L’homme qui n’en a pas fini », a aussi été tourné en 2016.

mercredi 10 janvier 2018

Hannibal

 J’ai vu Aurore vers onze heures trente sur la place Kléber. Je lui ai demandé ce que son médecin lui a dit. Elle n’a pas répondu à cette question. J'ai répondu à sa place que le médecin lui avait dit qu’elle était une dangereuse psychopathe et qu’elle devrait se faire interner. Elle a acquiescé.

 J'ai dit cela parce que ces derniers temps je regarde une série intitulée ‘’Hannibal’’. Elle parle de l’un des plus célèbres psychopathes de l’histoire du cinéma, Hannibal Lecter. L'histoire se passe avant qu'Hannibal ne soit arrêté et ne coopère avec une agent du FBI dans ‘’Le silence des agneaux’’. Toutefois l’acteur n’est pas Anthony Hopkins. C’est l’acteur danois Mads Mikkelsen. De plus, il vaut mieux penser que c’est une série indépendante parce qu’elle n’a pas forcément de cohérence chronologique avec les autres films sur Hannibal.

 Nous avons marché et nous sommes entrés dans un restaurant. Comme je n’ai toujours pas d’appétit le matin, nous avons partagé une tarte flambée champignon. Elle était bonne. La tarte flambée est un mets simple, et c’est ce qui permet de sentir la saveur particulière de chaque restaurant.
 Aurore m’a montré un livre qu’elle a achetée à la librairie Kléber. C’était un livre sur une jeune femme qui, au 19e siècle, se déguise en homme pour travailler en tant que médecin. Elle m’a souligné que c’était une non-fiction. Ce livre avait en effet l’air intéressant.

 Nous avions encore le temps avant que le film commence. Nous avons flâné sous la pluie. Sur le chemin, j’ai vu que l'eau de la rivière était complètement trouble à cause de la pluie d'hier. Des bancs qui se trouvent au bord des berges étaient à moitié submergés. Quelques minutes plus tard, Aurore est entrée dans une ruelle et a passé une porte. On est arrivés au musée alsacien.

 Pendant que je regardais des objets exposés, je me suis tout à coup senti mal. Je me sentais fiévreux, et j’avais un peu de mal à marcher. Nous n’avons donc pas contemplé les objets exposés à loisir. Tu peux rentrer si tu es malade, m’a-t-elle dit. Non, ce n'est rien, lui ai-je dit. Et nous sommes allés au cinéma.
Le cinéma était petit. Il n’y avait ni pop-corn ni hot dog, juste deux distributeurs automatiques. J'ai aimé cette simplicité pragmatique. Le cinéma projette des films, nous les voyons, et rien de plus.
 Il n’y avait que très peu de spectateurs dans la salle. Une fois installé dans le siège mou dans l’obscurité du cinéma, je me suis senti mieux. Après des pubs longues et ennuyeuses, enfin, ‘’Star Wars : Épisode 8’’ a commencé.

 Je pense que l’épisode 8 était mieux que le 7. Du moins, je ne me suis pas ennuyé pendant deux heures et demie. Mais je trouve dommage que les ennemies (Kylo Ren, Snoke, le capitaine Phasma) ne soient pas suffisamment charismatiques par rapport aux autres méchants de Star Wars. Kylo Ren oscille toujours entre le côté obscur et le côté lumineux de la force, ce qui rend sa personnalité floue. Le commandant suprême Snoke, alors qu’il avait l’air très puissant, meurt d’une façon vraiment ridicule. D’ailleurs, il n’y a que très peu de scènes de combats avec des sabres laser. Sinon, la scène de batailles dans l’espace est palpitante. Nous, les fans de SW, sommes des êtres tragiques. S'il y a le mot "Star Wars" dans le titre, on ne peut s'empêcher d'aller voir le film, même si on sait qu’on sera plus ou moins déçu.

 Lorsque nous sommes sortis du cinéma, il était environ seize heures. Nous sommes entrés chez Paul. J’ai pris un café et une part de galette. Aurore a aussi pris la même chose, sauf qu’elle a choisi un thé au lieu d’un café. Contrairement au cinéma, Paul était bondé à cette heure. Nous avons échangé nos avis sur le film. Je lui ai parlé de Kazuo Ishiguro et de ma vie à l’université.

 Nous sommes ensuite allés à la librairie Kléber. J’avais envie d’acheter ‘’L’histoire de l’œil’’ de Georges Bataille mais j’ai changé d’idée parce qu'il était fin et coûtait huit euros tandis que ‘’Les démons’’ de Dostoïevski était gros et il était aussi pour le même prix. J’ai donc acheté ce dernier. Je le lirai sans doute pendant les vacances d’été cette année.

 J'ai de nouveau ressenti ce malaise. Comme il ne faisait pas froid ce matin, je n’avais mis ni écharpe ni gants. J’ai peut-être attrapé froid. Nous nous sommes dit au revoir à la station Homme de fer. Aurore s’est mise à marcher vers la gare centrale et s’est fondue dans la foule de la ville nocturne. Bien que Noël soit passé, la ville était toujours illuminée de joyeuses décorations. 

samedi 30 décembre 2017

''Martyrs'', ''Suspiria'', ''Les frissons de l'angoisse''

 Hier, j’ai regardé trois films. Le film français de Pascal Laugier, « Martyrs » et deux films du cinéaste italien, Dario Argento, « Suspiria » et « Les frissons de l’angoisse (Rosso profondo) ».

''Martyrs'' (2008)

 Contrairement à l’image qu'ont les Américains de la France, le cinéma gore semble être développé aussi dans ce pays du Marquis de Sade. J'ai choisi « Martyrs » parce qu'il est réputé comme l’un des meilleurs films d’horreur. Si je commence par la conclusion, je suis plutôt déçu. Effectivement, ce film comprend beaucoup de scènes sanglantes, violentes et atroces qui donnent envie au spectateur de se couvrir les yeux. J’ai remarqué que le scénario est aussi original et j’ai bien aimé le design monstrueux de la femme séquestrée. Cependant, la fin ne m’a pas vraiment convaincu. Les notables torturent des filles pour qu’elles aient la vision de l’autre monde. Mais ne s’agit-il pas d’une simple hallucination due à la douleur excessive ? D’ailleurs, je pense que l’expression de la violence est le moyen le plus facile pour effrayer les gens. Dans « Shining », Stanley Kubrick a employé des truquages raffinés qui multiplient l’effet de la peur. L’immense quantité de sang qui jaillit soudain dans le hall des ascenseurs. Daniel qui explore l’hôtel labyrinthique sur son tricycle et les fameuses jumelles qui apparaissent de nulle part etc. Pour moi « Martyrs » est juste un film déplaisant plein d’expressions violentes, et malheureusement, je n’ai aucun goût pour les scènes de torture.


''Suspiria'' (1977)

''Profondo Rosso (Les frissons de l'angoisse)''(1975)

 En revanche, j’ai adoré les deux films de Dario Argento. « Les frissons de l’angoisse » est sorti deux ans avant « Suspiria ». Le premier est un film suspens à suspense tandis que le denier est un film d’horreur qui comprend des éléments surnaturels. Le scénario est très affûté ainsi que la technique cinématographique. J’ai aussi remarqué que Dario Argento utilise des accessoires de manière efficace et unique. Ce sont par exemple la poupée terrifiante qui apparait de l’obscurité, le dessin d’un enfant représentant un meurtre et un miroir dans « Les frissons de l’angoisse ». Le visage de la fillette rousse qui épie le héros par la fenêtre m’a fait personnellement très peur. En regardant le film, j’avais l’impression que j’avais déjà vu le visage du héros quelque part. J’ai fait des recherches sur Internet, et j'ai trouvé qu’il s’appelle David Hemmings et que c’est lui qui joue dans « Blow-up » de Michelangelo Antonioni. Au fait, suis-je la seule personne qui trouve qu’il ressemble beaucoup à Oskar Werner ?


 Lorsque « Suspiria » est sorti au Japon en 1977, son accroche était « Ne le voyez jamais tout seul ». Je l’ai regardé tout seul chez moi. Ce n’est pas si effrayant que ce qu’assure cette phrase publicitaire. En revanche, c’est un très beau film. On constate immédiatement que la technique cinématographique de Dario Argento a évolué depuis « Les frissons de l’angoisse ». L'emploi des trois couleurs fondamentales donne au spectateur l'impression d'être dans un rêve. L’effet de l’ombre qui rend chaque scène picturale est aussi subtilement préméditée. La musique du groupe de rock Goblin, est aussi singulière. C'est le genre de musique que l'on ne pourra jamais oublier après l'avoir écoutée une fois. Il y a une anecdote curieuse en ce qui concerne ce thème.
« Argento voulait une musique qui évoque la magie du médiéval. Quelques semaines plus tard, une femme grecque qui travaillait chez Cinevox en tant qu’impresario a envoyé à Goblin un morceau du Moyen Âge avec des paroles en latin. C’était une chanson composée entre 1500 et 1600. Elle était intitulée ‘’ Le tre streghe sull'albero’’ (Les trois sorcières sur un arbre). Par coïncidence, ce titre ressemblait à la fin de ‘’Suspiria’’. Fort impressionné, Dario Argento a adopté sans aucune hésitation le morceau de Goblin basée sur la mélodie de cette chanson médiévale. »
 Cela ne m’étonne pas qu’Argento soit admirateur de Federico Fellini. Il cite comme son film préféré « Huit et demi ». À l'instar des films de ce grand maître du cinéma italien, « Suspiria » s'orne d’images énigmatiques et cauchemardesques : une multitude de vers qui grouillent sur le plafond, l’ombre de quelqu’un qui pourchasse une fille, deux yeux qui surgissent soudain dans le noir, un passage secret et des édifices romains sur une place déserte…

 Ma scène préférée ? Il y en a beaucoup. La scène où deux filles nagent dans la piscine, celle où Sara court dans le bâtiment pour échapper au tueur… Mais si je dois en choisir une, ce sera sans doute la scène au début où Pat regarde dans la fenêtre obscure, puis elle est capturée et pendue du plafond en brisant la vitre.



dimanche 12 novembre 2017

Star Wars épisode VII : Le réveil de la Force



 Il a plu toute la journée aujourd’hui. Sans sortir de ma chambre, j’ai finalement regardé ‘’Star Wars, épisode VII : Le réveil de la force’’. C’était décevant. J’ai aussitôt regretté de l’avoir regardé, mais c’était trop tard.

 C’est vrai que ce film n’est pas ennuyeux. D’un point de vue commercial, je pense qu’il est réussi. Toutefois en tant qu’amateur de Star Wars depuis l’enfance, il faut que je dise que la qualité de ce septième épisode est inférieure par rapport aux autres. Le méchant, Kylo Ren ressemble à un Neville Longbottom tombé du côté obscur de la Force. De même, son masque est moins raffiné que celui de Darth Vader. (D’ailleurs, le masque de Darth Vader est un appareil respiratoire. Kylo Ren n’en a pas besoin, comme Han Solo le dit.) Le scénario ressemble trop au quatrième épisode (L'armée de résistance détruit une planète destructrice de l’ennemi). Si j’ose dire sans avoir peur d’être mal compris, je ne voudrais pas avoir une femme comme protagoniste de Star Wars. Depuis le début, Star Wars a été un monde masculin et c'était même l'un des thèmes de cette série : Le père et le fils (Anakin Skywalker et Luke Skywalker), le maître et l'élève (Qui-Gon Jin et Obi-Wan), la fraternité (Anakin et Obi-Wan même s'ils ne sont pas de vrais frères). Si le réalisateur voulait représenter la force des femmes, il s'est trompé d'endroit. Il aurait dû rejoindre le cortège d'une manifestation des féministes dehors, sans oublier de se maquiller.

Je ne comprends pas pourquoi George Lucas a vendu ses droits à Disney. Sans doute est-il lui aussi tombé du côté obscur de la Force. J’ai même l’impression que ce qui est détruit est plutôt la saga de Star Wars, et non pas la planète du Premier Ordre.

vendredi 3 novembre 2017

''La fille aux allumettes''



 J’ai rencontré la petite chatte devant l’un des bâtiments de ma résidence. Elle était figée dans un geste étrange. Un patte arrière levée, elle me regardait. Sans doute qu’elle était en train de se toiletter quand je suis passé, et que cela l'a interrompue. Je vois souvent cette petite chatte faire sa toilette, mais je n’ai presque jamais vu le gros chat se lécher. Elle fait attention à son pelage parce que c’est une femelle et l’autre s’en moque parce que c’est un mâle ?

 Nous nous sommes regardés pendant un certain moment. Au bout de quelques instants, elle s’est approchée de moi et a légèrement levé la tête. J’ai caressé sa tête, elle s’est frottée contre mes jambes. Dès que je me suis assis par terre, elle a sauté sur mes genoux. Devant le bâtiment où se trouve l’accueil, deux hommes d’âge mûr fumaient des cigarettes en discutant de quelque chose. Le ciel était gris comme dans les films de Tarkovski. Les nuages épais nous privaient du soleil. La petite chatte a roulé plusieurs fois sur mes genoux. Elle semblait plus agitée que d’habitude. Je ne sais pas si c’était à cause du mauvais temps ou de mon humeur mélancolique.

 J’ai sorti ‘’Le rideau’’ de Milan Kundera d’une poche de mon manteau. Je l’ai ouvert au hasard et je me suis mis à lire haute voix.
 « ‘’La Pologne n’a pas encore péri’’ est le premier vers pathétique de leur hymne national et, il y a quelques cinquante ans, Witold Gombrowicz, dans une lettre à Czeslaw Milosz, a écrit une phrase qui n’aurait pu venir à l’esprit d’aucun Espagnol : ‘’Si, dans cent ans, notre langue existe encore…’’ »
 Pendant que je lisais, une femme de ménage est passé, portant un chignon, avec l’air aussi mélancolique que le ciel. Ensuite, le gros chat est venu vers nous. Il nous a jeté un coup d’œil puis s’est éloigné d’un pas nonchalant.


 Chez moi, j’ai vu ‘’La fille aux allumettes’’ d’Aki Kaurismaki en buvant une demi-bouteille de vin blanc.

 Pendant que je le regardais, je me suis rendu compte qu’il n’y avait de sous-titre anglais ni français. Je ne comprenais rien en finlandais, mais cela ne m’a posé aucun problème, puisqu’il n’y avait que très peu de dialogues. Même dans les scènes où des personnages discutaient entre eux, je pouvais facilement imaginer ce qu’ils disaient. Il me semblait même que sans sous-titre, je pouvais comprendre mieux tout ce qui se passait.

 C'est ce qu'est un vrai film. Au début, le cinéma était muet. Ensuite l'ère de Talkie est arrivé. Dès lors, beaucoup de réalisateurs mais aussi de spectateurs oublient petit à petit le langage cinématographique. Le cinéma est une langue en voie de disparition. 

 Chaque scène était belle comme une peinture de Vermeer. J'ai remarqué qu’il y a une sorte de ‘’fétiche’’ envers les mouvements minutieux. La main d’une fille qui examine une boîte d’allumettes, l’harmonie que créent des assiettes et une carafe d’eau, la lumière de la ville nocturne…

 L’héroïne n’est en effet pas très belle. Son nez semble un peu trop long pour qu'on puisse la qualifier de "belle", et le contour de son menton est flou, ses épaules étroites. Mais Kati Outinen est l’une de mes actrices préférées. Elle a un certain charme, chacun de ses gestes a une beauté subtile. J’aime notamment la scène où elle lit un roman d’amour dans le bus, puis elle sourit humblement juste un instant.


 Je me demande si la scène où elle pleure au cinéma est un hommage à ‘’Vivre sa vie’’ de Jean-Luc Godard. Elle m'a rappelé Anna Karina versant des larmes dans l'obscurité devant ‘’La passion de Jeanne d’Arc’’.


mercredi 1 novembre 2017

''L'autre côté de l'espoir''



 J'ai fait un cauchemar dont je ne me souviens plus. Dans l’obscurité de la nuit, mon cerveau était éveillé tandis que mon corps était endormi. Quelqu’un a murmuré mon nom à mon oreille à plusieurs reprises. Qui était-ce ?

 Je me suis réveillé vers dix heures en gémissant. Après avoir bu un café, je me suis rappelé que j’avais des livres à rendre à la bibliothèque. J'ai mis ‘’The Buried Giant’’ et un album de reproductions de David Hockney dans mon sac à dos, je me suis vite habillé, et je suis sorti.

 Je marchais en écoutant les Concertos pour clavecin de Bach. Au bout d’un passage clouté que j’ai traversé, trois ou quatre policiers attendaient. L’un d’entre eux qui portait des lunettes de soleil sportives m’a dit de faire un détour. J’ai donc fait demi-tour et à ce moment-là, j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de policiers autour de la Cour européenne. Ils serraient tous des fusils dans leurs bras. Pour aller à l’arrêt de tram, j’ai emprunté un autre passage-piétons et là, il y avait d’autres policiers. Le chemin que je prenais toujours était barricadé.

« Bonjour», m'a dit l'un de ces policiers.


 Il avait une tête ronde. Ses joues étaient rouges comme une pomme à cause du froid. Lui aussi tenait un grand fusil.


« Bonjour, lui ai-je dit.
- Vous êtes invité ?»


 Évidemment je n'étais pas invité. Pourquoi a-t-il pensé qu'un homme asiatique à la barbe légèrement poussée, avec un sweat à capuche et un jean est invité. Je lui ai dit que je souhaitais prendre le tram.


« Le tram, il est fermé. Il faut le prendre là-bas. », a-t-il dit.

Son doigt indiquait le chemin que j'avais emprunté pour arriver jusque-là.


 Je ne voulais pas retourner à mon point de départ. J’ai décidé d’aller à la BNU à pied. Des gens en costumes-cravate marchaient à contresens vers moi. Les policiers et leurs motos blancs étaient partout. Sans doute y avait-il un congrès important aujourd’hui, sauf que cela n’avait aucun rapport avec moi.

 Pendant que je continuais à marcher, je me suis rendu compte que je me trouvais dans un endroit inconnu. J’étais perdu dans un quartier résidentiel. Il y avait des immeubles blanc et rose. Sur un pont, une femme d’âge mûr prenait des photos. Un vieux couple se promenait main dans la main. Je me suis arrêté et j’ai regardé les alentours. Au loin, j’ai pu apercevoir les deux tours de l’église Saint-Paul. Elle m’a permis de me repérer. Cependant, quelques minutes plus tard, l’église a disparu derrière des immeubles. Je me suis perdu à nouveau. À côté de moi, il y avait un bâtiment immense. Sur le panneau, il était écrit ‘’maison de retraite’’. Une vieille dame en noir y est entrée et s’est évanouie comme une brume. J’ai activé Google Map, toutefois la connexion Internet était faible. En fin de compte, j’ai renoncé et j’ai décidé de poursuivre sur le chemin qui s’ouvrait devant moi. C’était un bon choix parce qu’au bout se trouvait l’arrêt Wacken qui m’était familier.

 J’ai rendu ‘’The Buried Giant’’ et l’album de reproductions de David Hockney à la BNU. Après avoir erré d’étagère en étagère, j’ai finalement choisi la vieille édition de poche de ‘’Setting Free The Bears’’ de John Irving et je l’ai empruntée.
Avant de rentrer chez moi, j’ai visité l’exposition sur le Néo-gothique dans la BNU. Dès que je suis entré dans la salle, l’une des jeunes réceptionnistes qui chuchotaient entre elles m’a regardé et m’a dit bonjour à voix basse.

 L’exposition était plus riche que je ne m’y attendais. Il y avait beaucoup d’illustrations d’un artiste strasbourgeois qui s’appelle Léo Schnug. Ses œuvres représentaient souvent les légendes de l’époque médiévale, la composition était délibérément construite et toutes les formes étaient encadrées un peu comme les célèbres affiches de Mucha.

 Le plan représentant la maquette de la Cathédrale de Strasbourg a attiré mon attention. J’ai déjà la maquette en carton de la Cathédrale Notre-Dame de Paris chez mes parents. J’aimerais bien avoir aussi une Cathédrale de Strasbourg en miniature. 
 Il y avait aussi un dessin représentant la Cathédrale à deux tours. Ce projet de construire une deuxième tour n’a finalement pas abouti, mais cette asymétrie fait partie du charme de la Cathédrale de Strasbourg.

 Ce soir, avec l'ourson Talleyrand, j’ai vu le dernier film d’Aki Kaurismaki, ’L’autre côté de l’espoir’’. C’est l’histoire d’un réfugié syrien, qui demande l’asile en Finlande. Malgré son espoir, l’État refuse froidement de l’accueillir. Le pauvre Syrien va être raccompagné aux frontières turques. Il s’enfuit et il devient un sans-abri. Un groupe de néo-nazi le chasse et essaie de le tuer. Dans tout ce malheur, il rencontre le patron d’un restaurant et il commence à y travailler.

 Au milieu de l’histoire, ce restaurant se transforme en un restaurant de sushis et tous les clients qui viennent sont japonais. Mais je suis certain que les touristes japonais ne viendront pas dans un restaurant japonais en Finlande. Ils iront forcément dans un restaurant local. Quant à moi, je ne vais jamais dans les restaurants japonais en France. Je préfère goûter de la cuisine alsacienne.

 Bref, peu importe. Ce n’est qu’une petite remarque personnelle. Il paraît qu’Aki Kaurismaki a déclaré de prendre sa retraite cette année, si bien que celui-ci est son dernier film. Il avait affirmé qu’il tournerait une trilogie sur le thème du migrant. La première partie, c’était ‘’Le Havre’’, et la deuxième est ce ''L'autre côté de l'espoir''. Il n’y aurait donc pas de troisième.

 À propos, avez-vous remarqué qu'il y a 'le ‘’géant'' de Twin Peaks dans ce film ?

mardi 31 octobre 2017

Aki Kaurismaki



 Je n’ai rien fait aujourd’hui. Je suis allé à l’U-express de la rue Boecklin avant midi. J’ai acheté des snacks et une bouteille de deux litres d’Orangina. À la caisse automatique, la machine ne lisait pas le code-barre de mes produits. Je suis resté debout pendant un certain moment. Je l'ai transpercée du regard. Elle répétait à l’infini : « Passez vos articles devant le lecteur. »
J’ai regardé derrière moi.  Un homme chauve rangeait des articles sur l’étagère. J’ai fixé un regard intense, presque amoureux sur sa tête. Au bout de quelques minutes, il s’est aperçu de ma présence. J'ai hoché la tête dans sa direction et il est venu tout de suite vers moi. De près, il était très grand. J’ai dû lever la tête pour le regarder. Si j'avais vécu au Moyen Age, je l’aurais pris pour un extraterrestre. Après avoir comparé ma tête et la machine, il m’a dit que c’était parce que je mettais les articles à un mauvais endroit. Je l’ai brièvement remercié. Il m’a dit « De rien. » et il est retourné ranger des produits.

 Chez moi, j’ai vu ‘’The Godfather’’. Je l’avais déjà vu il y a longtemps, mais sans doute je suis maudit. Je n’arrive pas à retenir l’histoire des films de Francis Coppola. J’ai entendu dire qu’un fantôme apparaissait dans la scène du mariage, au début. Je l’ai cherché, mais je ne l'ai trouvé nulle part. Le film était excellent. Le changement subtil de Michael, interprété par Al Pachino est impressionnant. Comme la gradation d’une ombre qui s’assombrit, on comprend que Michael se transforme petit à petit en un véritable mafieux. Ma scène préférée est celle où explose la voiture dans laquelle se trouve Apollonia. 
 À vrai dire, les films de Coppola ne m’ont jamais fasciné malgré son grand talent et leur qualité. Un jour, mon père m’a dit la même chose. Alors, cette indifférence envers Coppola doit être héréditaire comme mes cheveux blancs. Les films de Coppola sont pour moi comme une belle femme irréprochable qui attire tous les hommes, sauf moi. Je suis toujours attiré par les filles singulières mais il n'y en a pas beaucoup.

 J’ai donc vu un film bizarre ce soir, ‘’La vie de bohème’’ d’Aki Kaurismaki. Dans ce film, il y a trois protagonistes. Marcel, un écrivain raté, pauvre et expulsé de son appartement. Il écrit une pièce en vingt actes mais son éditeur refuse de la publier parce qu’elle est trop longue. Une œuvre très longue et le prénom Marcel rappellent évidemment Proust. Le deuxième, Schaunard est un soi-disant compositeur, et il remplace Marcel dans son appartement. On ne sait pas vraiment ce qu’il fait dans la vie, mais il n’a pas l’air de se soucier de l’argent. Il plaît aux femmes. Se peut-il que ce soit un maquereau ? Le dernier est un peintre albanais, Rodolfo. C’est un personnage typique d’Aki Kaurismaki : taciturne, mystérieux, mais chaleureux.

 Dans les films de Kaurismaki, il y a toujours une scène d’interprétation musicale. Dans ‘’L’homme sans passé’’, le protagoniste va au concert privé d’un groupe local. Dans ‘’Le Havre’’ Little Bob chante à pleine voix et dans ‘’La vie d’un bohème’’, il y a une courte scène du concert d’un groupe de rock inconnu.

 Ce film semble avoir un lien avec ‘’Le Havre’’ parce que l’acteur qui joue le rôle de Marcel est le même que le gentil Monsieur qui aide un garçon africain, et il s’appelle aussi Marcel. (Cet acteur, André Wilms est originaire de Strasbourg !) Là, aussi, le thème de l’étranger est aussi présent. ‘’Le Havre’’ est l’histoire d’un garçon africain qui voudrait traverser la Manche pour émigrer en Angleterre. La police le poursuit, mais un Français âgé le cache. Il y aussi un Vietnamien, Chang qui explique qu’il a tout fait pour obtenir un visa pour la France. Dans ‘’La vie de bohème’’, il y a déjà deux étrangers, l’Albanais Rodolfo et l’Irlandais Schaunard. Rodolfo parle le français avec fort accent. Un jour, il se retrouve sans papiers, sommé de quitter le territoire français. Dans ‘’Le Havre’’, Jean-Pierre Léaud joue le rôle d’un homme qui dénonce le garçon africain à l’inspecteur. Il ne paraît que pendant quelques secondes. Dans ‘’La vie de bohème’’, il joue le rôle d’un collectionneur qui achète les tableaux de Rodolfo. Et dans ces deux films, l’histoire se passe en France à Paris, dans l'un, au Havre dans l'autre.

 À la fin du film, une chanson mélancolique s'élève, accompagnée à la guitare. Au début, j’ai cru qu’il s’agissait d’une chanson finlandaise. Au bout de quelques secondes, je me suis rendu compte que je comprenais les paroles alors que je n'avais jamais appris le finlandais. Cette chanson était en fait japonaise. Je savais que Kaurismaki est un grand admirateur d’Ozu, mais comme je ne m'attendais pas à entendre une chanson en japonais dans son film, j’ai été très étonné.

Seul un souvenir traverse un pays enneigé…
Ce souvenir vient d’un pays lointain…


lundi 20 mars 2017

Le film ''La Révolution française ; Les années lumières, les années terribles''



Ce film dure pendant six heures. 
La première partie est nommée ''Les années lumières'', la seconde partie, ''Les années terribles''. Ce long film couvre presque tous les événements historiques de la Révolution française depuis la prise de la Bastille jusqu'à la chute de Robespierre. 
Ce que j'ai apprécié avec ce film, c'est le fait que les deux cinéastes ont tenté de rester le plus neutre possible. 
Si bien que le film est réaliste sans enjolivement ni interprétation subjective.
J'ai eu la sensation que je regardais Paris en 1789 par le trou d'une serrure.
La Révolution française est attirante parce que le destin de gens s'entrecroise et vole comme le dernier feu d'artifice de l'été. 
La plupart d'entre eux, s'ils étaient nés dans une autre époque, auraient eu une vie différente. 
Louis XVI aurait pu mener une vie tranquille comme étant le roi de la bonté. 
Les cheveux de Marie Antoinette ne seraient pas devenus tout blancs. 
Robespierre aurait fini sa vie en tant qu'excellent avocat. 
Même les gens inconnus qui sont morts et enfouis sous un épais voile de l'histoire auraient aussi vécu différemment.

Maximilien Robespierre était un homme de parole. 
Doté de son intelligence et de son éloquence de naissance, il a d'abord commencé sa carrière comme avocat. Il est ensuite devenu député et quand il s'en est rendu compte, il était devenu l'un des premiers dictateurs de l'humanité.
C'était quelqu'un de progressiste et humaniste (au moins, au début). 
En France, la guillotine a fonctionné pour la dernière fois en 1977, elle a finalement été abolie avec la peine capitale sous le gouvernement de François Mitterrand en 1981.(La France est l'un des derniers pays européens qui l'a abolie. Même à l'époque, environ soixante pour-cent de la population était favorable à la peine capitale) 
Mais Robespierre avait déjà réclamé l'abolition de la peine de mort en 1791. 
On peut encore lire ce discours sur Internet. 
La vivacité de cette harangue m'étonne.
 
''Mais la société, quand la force de tous est armée contre un seul, quel principe de justice peut l’autoriser à lui donner la mort ? Quelle nécessité peut l’en absoudre ? Un vainqueur qui fait mourir ses ennemis captifs est appelé barbare ! Un homme qui fait égorger un enfant, qu’il peut désarmer et punir, paraît un monstre ! Un accusé que la société condamne n’est tout au plus pour elle qu’un ennemi, vaincu et impuissant ; il est devant elle plus faible qu’un enfant devant un homme fait.''
 

Si on m'avait dit que ce discours avait été écrit la veille par un homme politique quiconque, je l'aurais cru.

Cependant, plus tard depuis le trône du tribunal révolutionnaire, il a envoyé plus de deux milles personnes à l'échafaud. (Certains spécialistes disent qu'il y en avait encore plus). 
Dans le film, le jour de l'exécution de Danton, Robespierre est resté dans sa pièce dont touts les volets étaient fermés et dans la pénombre il méditait sur quelque chose. 
Une servante ou la propriétaire de sa pension lui avait proposé de les ouvrir mais il a refusé cette proposition d'un ton tranchant.
Il y a une anecdote célèbre où lorsque Louis XVI a visité le Lycée-Louis-le-Grand après son couronnement de Reims, Robespierre dans sa jeunesse s'était mis à genoux devant le roi en tant que représentant de tous les élèves et il lui avait adressé des félicitations en latin sous la pluie.
À ce moment-là, une moindre idée avait-elle traversé son esprit pour faire exécuter cet homme un jour ?
Il y a une scène qui s'est gravée dans ma mémoire. J'ai oublié si c'était le Palais des Tuileries ou le château de Versailles ou une auberge où ils étaient restés une nuit lors de la fuite de Varennes ; C'est le bâtiment où était la Reine qui fut soudainement entouré d'une foule surexcitée. 
Par une fenêtre, elle a vu danser la tête d'une femme décapitée. 
En réalité, c'était une tête qui se balançait au bout d'une pique. 
Elle a failli s'évanouir. 
Peut-être avait-elle reconnu son visage dans la tête de cette femme inconnue dont les yeux la fixaient.
Le 27 Juillet en 1794, l'homme de parole a perdu ses mots. 
Les députés et les citoyens qui ne supportaient plus la Terreur ont renversé les pouvoirs de Robespierre. 
Lui et ses partisans ont fui dans l'hôtel de ville de Paris. 
Comme son armée (dont le général était complètement ivre) attendait son ordre pour intervenir, s'il l'avait voulu, il aurait pu réprimer la révolte. 
Mais il ne voulait pas être appelé dictateur. 
Il ne devait pas comprendre pourquoi il était appelé tyran.
''Je me battais toujours pour la République, je me dévouais toujours à la réalisation de l'idéal de la Révolution et j'étais toujours à côté des opprimés...''
Durant l’invasion des soldats de l'Assemblée, Robespierre s'est grièvement blessé la mâchoire. Le corps de son ami fidèle, Le Bas, qui s'était suicidé avec un pistolet créait une mare de sang sur le sol.
On ne sait toujours pas comment il s'est blessé au menton. 
Les deux hypothèses principales sont les suivantes ; 1. Il a simplement échoué dans sa tentative de suicide (mais cette hypothèse me semble bizarre. Quand on se suicide, on ne tire pas sur son visage. Sa main tremblait-elle ? ). 
2.Il avait reçu une balle qu'avait tiré un soldat. 
Alors, comment cette scène était-elle dépeinte dans le film ? 
Dans le tumulte, un soldat s'était jeté sur son dos, et dû à son élan de ce saut brusque, au moment où Robespierre était tombé sur le sol, il avait tiré avec son pistolet par accident et la balle l'avait touché au menton. 
En tous cas, il ne pouvait plus rien dire. 
Dans le film, Robespierre blessé a été allongé sur une table, Saint-Just qui le regardait avec une certaine compassion mélangée au mépris, en jetant un coup d’œil sur l'affiche des droits de l'homme, a murmuré ''Au moins, nous avons fait quelque chose...''
Le lendemain, au tribunal révolutionnaire, le magistrat Fouquier-Tinville, qui exécutait de nombreuses peines de mort selon les instructions de Robespierre, a prononcé à son encontre la peine capitale. (Lui-même a été guillotiné plus tard)
Vers dix-huit heures, Robespierre est monté sur l'échafaud de la place de la Révolution auquel il avait envoyé des milliers de personnes. 
Comme il avait ressenti le besoin de l'exécution du roi pour mettre fin à l'ancien régime, les citoyens ont eu besoin de sa mort pour terminer la Révolution. 
La chute de sa tête était la cloche qui annonçait la fin de la Terreur.

Une Strasbourgeoise qui regardait la scène par hasard, a pris à la dérobée la tête de Robespierre qui se trouvait avec d'autres têtes dans le chariot. 
Dans son atelier, elle a secrètement créé son masque mortuaire.

samedi 25 février 2017

''Apocalypse now'' et ''Au cœur des ténèbres''

''Au cœur des ténèbres'' est un roman culte de Joseph Conrad.
Malgré la simplicité de l'histoire, il est difficile de disserter sur cette oeuvre énigmatique.
Le mystère de celle-ci nous intrigue et attire de nombreux lecteurs depuis la nuit des temps, en traversant les lieux et les ères.
Un jeune homme anglais, employé par une entreprise coloniale, s'embarque sur un bateau dans un état déplorable, avec la mission de rendre visite à un homme mystérieux qui se cache au fond de la jungle.
La plupart des lecteurs ont sans doute du mal à saisir le fond du récit.
On a l'impression qu'une énigme insaisissable s'ancre silencieusement en nous.

L'auteur de ''Au cœur des ténèbres'', Joseph Conrad.
Ce portrait me rend inquiet d'une certaine manière.


Cette oeuvre a attiré quelques grands cinéastes à l'instar d'Orson Welles et de Stanley Kubrick.
Ils ont tenté de l'adapter pour un film mais malheureusement ce projet n'a jamais abouti.
Finalement, c'est Francis Coppola qui l'a réalisé sous le titre de ''Apocalypse now''.

''Apocalypse now'' (1979)

Après avoir lu ''Au cœur des ténèbres'', j'ai tout à coup voulu revoir ce film.
Je l'avais déjà vu lorsque j'étais lycéen.
(Comme je n'avais pas d'ami, je tuais le temps en dévorant de nombreux films)
Mais je ne me souvenais pas de grand chose.
Tout ce dont j'ai pu me souvenir était le fait que ce film était relativement long et la scène où un hélicoptère américain massacrait les pauvres Vietnamiens.
C'est surtout la fin qui restait brumeuse dans ma tête.
J'ai tapé le titre du film sur Google, j'ai éteint la lumière de ma chambre, je me suis assis devant l'écran.
Le film a commencé avec une chanson langoureuse des Doors.
Au fur et à mesure que l'histoire avançait, ma mémoire se ravivait petit à petit.
Coppola avait changé quelques éléments.
La différence la plus remarquable était le changement de lieu et d'époque.
Dans l'oeuvre originelle, l'histoire se passe au Congo à l'époque de la colonisation.
Dans la version cinématographique, l'histoire est restituée au Vietnam durant la guerre du Viêt-nam.
Le courant majoritaire du récit est identique(Le capitaine Willard s'est vu confié par l'armée américaine la mission de s'introduire dans la jungle pour exécuter le colonel Kurtz qui avait complètement perdu la raison), mais quelques événements qui ne sont pas dans le livre apparaissent dans le film.(le personnage excentrique du lieutenant-colonel Kilgore ''I love the smell of napalm in the morning'', la scène des play-mates, et celle du dîner avec des colons français).
Je pense personnellement que ce film est l'interprétation intime du cinéaste.
(Il y aura des gens qui ne seront pas d'accords)
Lorsque je l'ai vu pour la première fois, je n'ai honnêtement pas compris ce que celui-ci voulait dire.
Mais cette fois je l'ai vraiment apprécié.
J'ai pu mieux le comprendre après avoir lu ''Au cœur des ténèbres''.
Le film avait bien fait resurgir l'ambiance énigmatique et lourde du roman.
''Au cœur des ténèbres'' est un roman sensoriel.
Les ténèbres d'une Afrique inconnue couvre le cœur du lecteur comme des nuages néfastes d'été.
J'ai également apprécié le goût musical du cinéaste.
Parmi les morceaux soigneusement choisis, celui qui était le plus percutant tout au long du film était ''The end'' des Doors.

This is the end, beautiful friend 
This is the end, my only friend, the end 
Of our elaborate plans, the end 
Of everything that stands, the end 
No safety or surprise, the end 
I'll never look into your eyes, again

La méfiance absolue et la mélancolie diabolique de Jim Morisson faisait un écho avec l'obscurité de la jungle du Viêt-nam.

Mais la fin et la scène du dîner avec des colons français m'ont moins plu.
Tout simplement parce qu'elles étaient trop longues et ennuyeuses.
Au début, le visage de Kurtz (Marlon Brando) était dissimulé par l'obscurité mais plus tard, il a été dévoilé sous le soleil.
C'est dommage car j'ai eu l'impression que le mystère et les ténèbres de Kurtz ont été perdus à ce moment précis.
La scène des colons français a été rajoutée plus tard dans ''la version complète,
Celle-ci est majoritairement consacrée à critiquer l'inintelligence des États-Unis.
Elle dure assez longtemps et elle me semble superflue.
Alors, si vous êtes intéressé par ce film, je vous conseillerais ''la version incomplète''
Or, j'ai aimé la scène où les soldats ont couché avec deux playmates.
Je pense que cette scène a été la seule parenthèse féminine du film car le reste était exclusivement un monde masculin.
Le monologue d'une playmate a surtout résonné dans ma tête.
''Le fait d'être Miss playgirl de l'année a été l'expérience la plus solitaire que je n'aurais jamais imaginé....''
C'est bizarre, n'est-ce pas ?
Ces deux jeunes prostituées étaient aussi déréglées d'une certaine manière par la folie de la guerre.

Lorsque le film s'est terminé, il était cinq heures du matin.
Il restait encore quelques heures avant le lever du soleil.
Je me suis inquiété si j'allais faire un cauchemar dans lequel je serais décapité comme Jay Hicks.
Lorsque je me suis réveillé, je me suis rendu compte que je n'avais eu aucun rêve, que de l'obscurité dans ma tête, comme si elle était remplie de paille