Affichage des articles dont le libellé est français. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est français. Afficher tous les articles

dimanche 12 novembre 2017

Le morse qui lit Thomas Mann

 Je descendais un escalier dans mon lycée. Après cinquante marches, je suis finalement arrivé en bas. Les alentours étaient obscurs. J’étais tout seul. Il n’y avait personne autour de moi. Je n’entendais aucun bruit. Au bout du couloir, j’ai aperçu quelques filles que je connaissais. Assises sur un banc, elles chuchotaient entre elles.
 Alors que je m’en approchais, elles se sont rendu compte de ma présence et elles ont adressé un sourire vers moi.
« J’ai quelque chose à faire dans la chaufferie, mais je me suis perdu. Pouvez-vous m’aider ? leur ai-je dit.
- Avec plaisir. Suis-moi », m’a dit l’une d’entre elles en se levant.

 Nous avons erré ensemble. Le couloir était sinueux et nous n’en voyons pas la fin. Chaque fois que nous tournions à un coin, un couloir en tous points semblable au précédent se présentait à nous.
« Dis donc, j’ai déjà vu ce tableau de la Joconde tout à l’heure, lui ai-je dit.
- Moi aussi. J’ai l’impression que le sourire de la Joconde est plus large que tout à l’heure. Tu ne trouves pas ? »
Je me suis arrêté un instant pour contempler la copie du chef d’œuvre de Léonard. Je n’arrivais pas à déterminer si elle souriait davantage ou pas. Il me semblait en effet que son sourire s’était élargi mais, en même temps, il me semblait aussi que rien n’avait changé.
« C’est un tableau. C’est impossible qu’un tableau change. Ou c’est à cause de cette lumière. Parce qu’il fait très sombre ici, tu vois ? lui ai-je dit.
- Ah, elle a cligné de l’œil. », m’a-t-elle dit.


« C’est une plaisanterie, m’a-t-elle, pourquoi penses-tu qu’un portrait clignerait des yeux ? »
 J’ai observé la Joconde. J’ai senti qu’il y avait quelque chose d’étrange dans ce tableau. Le sourire de la Joconde semblait être figée. La texture de la peau était plus matte et blanche, dénuée de subtilité. Était-ce à cause de cette obscurité ?
 Au bout de quelques instants, j’ai découvert qu’il y avait une étiquette au-dessous du tableau. Il y était écrit le nom d’une femme que je ne connaissais pas. À ce moment-là, j’ai compris que ce tableau était l’œuvre d’une ancienne lycéenne, et qu’il ne s’agissait pas d’une copie industrielle.
 Toutefois, il n’y avait aucune raison d’encadrer et d'accrocher au mur une copie réalisée par une étudiante. En l’observant, je me suis aperçu qu’elle n’était pas très réussie. Plus je la regardais, plus je lui trouvais de défauts. La perspective n’était pas correcte. La montagne au loin paraissait proche, tandis que le fleuve paraissait lointain. On apercevait des dents entre les lèvres, ce qui n’est pas dans l’original. Le pire, c’était que cette Joconde avait six doigts.
 Alors que ce tableau raté me mettait de plus en plus mal à l’aise, je ne pouvais pas me quitter les yeux. À ce moment-là, ma camarade m’a dit :
« Qu’est-ce que tu fais ? Allons-y »
Je lui ai vaguement répondu et nous avons repris notre chemin.

« Mais qu’est-ce que tu as à faire dans la chaufferie ? m’a-t-elle demandé en marchant.
- Un prof m’a demandé d’y aller. Il m’a dit que la chaudière a un problème et que je suis le seul à pouvoir la réparer.
- Quel genre de chaudière s’agit-t-il ?
- Il ne m’a rien dit.
- Tu as déjà réparé une chaudière ?
- J'ai seulement l'expérience d'avoir débouché les toilettes de chez moi. C'était un travail pénible, ai-je répondu fièrement.
- Que se passera-t-il si tu n'arrives pas à la réparer ?
- Le Mal va se répandre sur ce monde. »
 Mais je ne savais plus qui était ce professeur. J’essayais de me souvenir de son visage, et il était flou comme s’il était dans le brouillard.
Au bout de plusieurs minutes, j’ai trébuché sur quelque chose en marchant. J’ai baissé les yeux. Une planche était décalée.


 J’ai soulevé la planche. Elle était plus lourde que je ne le pensais. Aussitôt qu’elle a été enlevée, une vapeur nauséabonde en est sortie. J’ai inconsciemment couvert mon nez avec ma main. Ma camarade faisait la grimace. Le trou qu’on a ainsi découvert était totalement obscur. J’ai craintivement approché mon oreille. Un bruit régulier qui ressemblait à celui d’une locomotive à vapeur nous parvenait du fond. C’était sans doute la chaufferie.
« Je pense que c’est dangereux de descendre ici. Je descendrai tout seul. », ai-je dit à ma camarade et je l’ai remerciée.
« Bonne chance. », m’a-t-elle dit.

 Il semblait qu’une échelle était accrochée au mur. J’y ai d’abord mis un pied, puis une main. Les échelons étaient gras. La faible lueur m’a permis de découvrir qu’elle était entièrement rouillée. J’ai eu peur qu’un barreau ne tombe tout à coup. Je suis descendu petit à petit, en faisant attention à ne pas glisser.
Au fur et à mesure que je descendais, le bruit régulier devenait de plus en plus distinct. Parfois, la vapeur nauséabonde a traversé mon corps et à chaque fois j’ai eu des remontées acides. Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé, mais je suis finalement arrivé tout au fond.
 J’ai écrasé quelque chose de moelleux sous mes pieds. Le bruit de locomotive à vapeur ressemblait maintenant au gémissement d’un géant qui serait à la fois indigné et chagriné.
 Le couloir étroit était le seul chemin que je pouvais suivre. La main sur le mur, j’ai avancé tout seul.
 Au bout de quelques minutes, j’ai rencontré une porte rouge. Une plaque rouillée sur laquelle il était écrit « Chaufferie » y était accrochée. Elle était légèrement penchée et si rouillée que ce mot était à peine lisible. Mais j’ai su que mon intuition était juste. J’ai poussé un soupir de soulagement.
« Bonjour ! Je suis venu réparer la chaudière ! », ai-je crié en frappant fort à la porte.
Un bruit semblable à un grognement a retenti. J’ai crié de nouveau, plus fort que précédemment, mais en vain. Je ne voulais pas rester longtemps dans cet endroit. J’ai tourné la poignée, alors la porte s’est ouverte avec un grincement terrible.


 À l’autre côté de la porte s’étendait une vaste pièce rouge. Une maquette minutieuse de chaque planète du système solaire était pendue au plafond. Le Jupiter, qui tournait lentement a attiré mon attention. Dans un coin de la pièce, j’ai vu les pieds d’un lit. Je m’en suis approché. Chacun de mes pas faisait un bruit sec et retentissant. Je me suis arrêté à côté de ce lit, et j’ai découvert qu’un énorme morse y était couché.
 Ses yeux noirs et ronds étaient grands ouverts. Son museau se convulsait sans cesse. La bouche était béante comme s’il avait épuisé toutes ses forces, un fil de salive visqueuse en coulait. À un moment-donné, ce morse gigantesque a respiré profondément. Le lit de fer misérable a terriblement grincé. Puis il a recraché de l’air. Son haleine était si terrible que si un parfumeur le sentait, son odorat serait détruit pour toujours. À ce moment-là, je me suis rendu compte que c’est de là que venait le bruit ressemblant à la vapeur d’une locomotive. Les deux yeux noirs du morse ont été fixés sur moi. Le liquide jaunâtre est tombé de sa dentition irrégulière. Une tonne de chassie était collée autour de ses yeux.
« Je, je suis venu réparer la chaudière. Pouvez-vous me dire où elle se trouve ? », lui ai-je demandé en rassemblant tout mon courage.
 Le regard sombre toujours fixé sur moi, il a longuement gémi quelque chose. Mais je ne sais même pas si c’était dans une langue humaine ou dans la langue des morses.
 Je lui ai dit de nouveau que j’étais venu réparer une chaudière, que mon professeur m’avait demandé d’y venir. Le morse a répondu par le même gémissement.
J’ai poussé un soupir. Alors que j’avais enfin trouvé la chaufferie, tout ce que j’avais pour m’aider était ce morse malade. C’est même possible qu’il souffrait aussi d’Alzheimer.
À ce moment-là, j’ai aperçu une affiche des Beatles à un mur derrière moi. Une idée m’a traversé l’esprit.
« Par hasard, ne seriez-vous pas le morse de ‘I am the walrus’’ ? ai-je demandé.
- Oui, m’a-t-il répondu lentement d’une voix grave.
- Étiez-vous assis sur un banc anglais ?
- Effectivement. C’est il y a longtemps. Alors que j’étais assis sur un banc anglais et que je regardais le soleil se lever, un jeune homme à lunettes rondes est passé devant moi. Nous avons échangé nos avis sur les mille trous du Lancashire et la victoire de l’armée britannique.
- Je suis très enchanté de vous rencontrer », lui ai-je dit en tendant la main.
 Le célèbre morse s’est efforcé de lever sa patte, et m'a faiblement serré la main.
 Sa patte était grasse et visqueuse, puait. Puis il a toussoté plusieurs fois.

 J’ai aperçu une bouilloire et un paquet de thé sur une table à côté de son lit. Je prépare du thé, lui ai-je dit, mais il ne m’a pas répondu. Tandis que je mettais de l’eau dans la bouilloire, j’ai vu qu’il y avait aussi une radio.
« Allumons la radio. S’il y a de la musique, vous vous sentirez mieux. » ai-je dit.
J’ai tourné le bouton. J’ai cherché une bonne fréquence avec prudence. Au bout de quelques instants, une mélodie s’est écoulée de deux haut-parleurs.
C’était ‘’ Tannhäuser’’ de Wagner. À ce moment-là, le morse a été pris de terribles convulsions. L’écume à bouche, sa grosse tête ne cessait de trembler. Le lit de fer grinçait terriblement.
« Qu’est-ce qu’il y a ? », me suis-je empressé de lui demander.
 Apparemment, il ne pouvait pas me répondre, car ses yeux se révulsaient. Le Jupiter tournait toujours au plafond.
 C’est à cause de Wagner, me suis-je dit. Je n’aurais pas dû faire écouter Wagner à un morse. Sa musique contient probablement des ondes qui détruisent le fonctionnement organique du morse.
J’ai tout de suite tourné le bouton. Cette fois, on diffusait ‘’Pierrot lunaire’’ de Schönberg. Aussitôt, les terribles convulsions du morse ont cessé. J’ai poussé un soupir.
« Vous m’avez fait peur. », ai-je dit et je suis allé à côté de lui.
 Ses yeux étaient clos. J’ai touché son bras. Sa peau était rude. J’ai cru qu’il était mort. J’ai mis ma tête sur sa poitrine. Quelque part au fond, derrière les côtes, son cœur battait comme un poète solitaire qui chante au sommet d’une tour la nuit.
 J’ai décidé d’attendre qu’il se réveille. Je me suis assis sur une chaise à côté du lit. Comme je n’avais rien à faire, j’ai lu ‘’La montagne magique’’ de Thomas Mann. C’était le seul livre qui se trouvait sur l’étagère. Je ne sais pas pourquoi il y avait un livre Thomas Mann dans cette pièce. Est-ce un écrivain populaire dans le monde des morses ? J’ai imaginé des morses savants qui se discutent du rapport entre la tuberculose et la civilisation occidentale.
Il me semble que je me suis assoupi à mon tour. Quand je me suis réveillé sur la chaise, le morse était assis sur le lit. Il me fixait de ses yeux noirs et mouillés.
« Je me souviens. Je me suis levé comme d’habitude, je faisais bouillir de l’eau pour faire du thé. Je me préparais à travailler et j’ai allumé la radio. Alors à ce moment-là, j’ai entendu la musique de Wagner et je me suis senti mal, m’a-t-il dit d’une voix de baryton.
- C’est donc à cause de Wagner que vous ne pouviez plus bouger ? lui ai-je demandé.
- Exactement. On dit que la musique de Wagner trouble le fonctionnement cognitif des morses. Il est donc interdit d’écouter Wagner dans le monde des morses. Mais je suis guéri, parce que vous m’avez fait écouter Schönberg.
- La musique de Schönberg est-elle en revanche bonne pour les morses ? »
 Sans me répondre, le morse a chanté ‘’Papillons noirs’’ de ‘’Pierrot lunaire’’. Il était de bonne humeur.
« Faites attention à Wagner. Au revoir. », ai-je dit et j’ai fait un pas vers la porte.
« Attendez », m’a dit le morse.
Je me suis retourné. Le morse était debout. Il était immense. J’ai dû lever la tête. Sa nageoire énorme tenait la maquette du Jupiter.
« Permettez-moi de vous offrir ceci. Je n’ai rien d’autre chose à vous donner. Mais je suis sûr que ce Jupiter vous sera très utile un jour. »
 Je ne savais pas à quoi servirait ce Jupiter, mais je l’ai accepté avec plaisir. Il s’est incliné profondément. Nous nous sommes dit au revoir.
 J’ai gravi l’échelle que j’avais descendue. Lorsque je suis sorti, l’école était redevenue à la normale. Le couloir n’était plus sinueux. La copie ratée de la Joconde avait disparu. Et je me suis rendu compte que je ne pouvais plus me souvenir du nom et du visage de la fille qui m’avait accompagné jusqu’ici.

 Depuis lors, lorsque je m'endors la nuit, en regardant Jupiter tourner dans ma chambre, je me souviens du morse amateur de Thomas Mann que j’ai rencontré ce jour-là.

dimanche 5 novembre 2017

Setting Free The Bears



 Je lisais ‘’Setting Free The Bears’’ jusqu’à l’aube. C’est le premier livre qu’a écrit John Irving. Il a été publié en 1968. Irving est américain, mais l’histoire se passe en Autriche. Apparemment, il aurait écrit ce récit après avoir séjourné à Vienne.

 Je le lis en anglais. Honnêtement, ce livre n’est pas très facile à lire. Je ne comprends qu’environ soixante-dix ou quatre-vingts pour-cent de ce qui est écrit. Je rencontre souvent des mots qui ne se trouvent pas dans mon dictionnaire. Par exemple, l’un des personnages principaux, Siggy dit souvent ‘’Frot !’’. Je comprends vaguement que c’est une sorte d’apostrophe qui n’a pas beaucoup de sens, mais je ne sais pas que cela veut dire exactement. Dans ‘’Great Gatsby (Gastby le magnifique)’’ de Scott Fitzgerald, Gatsby dit souvent ‘’Old sport’’ quand il adresse la parole à Nick Carraway. Je ne comprends pas le sens de ce mot, mais on comprend facilement que c’est aussi une manière d'interpeller quelqu’un de familier.
'Setting Free The Bears (Liberté pour les ours !)’’ est un livre qui date, quand même. ‘’Gastby le magnifique’’ encore plus. La langue évolue avec le temps. Certains mots argotiques sont perdus et oubliés.

 Cependant, cette difficulté linguistique ne m’empêche pas de suivre l’histoire. Je ne l’ai pas encore terminé, mais c’est l’un des livres les plus intéressants que j’aie lus cette année. Siggy est quelqu’un d’excentrique, presque fou. Quand le héros, Graff le rencontre pour la première fois dans le parc de mairie (Rathaus Park), il tient une salière, une bouteille de bière et un radis. Plus tard, ils rencontrent une fille grassouillette, Karlotta et une fille maigre, Wanga. Siggy met le bloomer (short-culotte) de Karlotta sur sa tête comme un chapeau et il danse.

D’un autre côté, l’histoire ne se résume pas à la simple aventure de ces deux garçons. Dans le chapitre II, Siggy raconte l’histoire de ses grands-parents et de ses parents en y mêlant la situation politique de leur époque (l’Anschluss, le Nazisme, la seconde guerre mondiale) en parallèle avec l’observation d’un zoo viennois dans lequel il s’introduit secrètement la nuit. Son objectif final est de libérer les animaux de ce zoo.

''A quelques pas de notre table sous son parasol Cinzano, un couple d'Ours des Andes à lunettes, espèce rarissime, était accroupi à l'étroit dans la chaleur de sa cage ; l'air nous rabattait son odeur forte. C'étaient "des ours de dessins animés", disait le panneau. Ils avaient une tête à s'être fait expulser de l'Equateur pour cause de ridicule.''

 Ces ours seront-ils finalement émancipés ? Il faudrait lire ce roman si vous voulez le savoir.

mercredi 1 novembre 2017

''L'autre côté de l'espoir''



 J'ai fait un cauchemar dont je ne me souviens plus. Dans l’obscurité de la nuit, mon cerveau était éveillé tandis que mon corps était endormi. Quelqu’un a murmuré mon nom à mon oreille à plusieurs reprises. Qui était-ce ?

 Je me suis réveillé vers dix heures en gémissant. Après avoir bu un café, je me suis rappelé que j’avais des livres à rendre à la bibliothèque. J'ai mis ‘’The Buried Giant’’ et un album de reproductions de David Hockney dans mon sac à dos, je me suis vite habillé, et je suis sorti.

 Je marchais en écoutant les Concertos pour clavecin de Bach. Au bout d’un passage clouté que j’ai traversé, trois ou quatre policiers attendaient. L’un d’entre eux qui portait des lunettes de soleil sportives m’a dit de faire un détour. J’ai donc fait demi-tour et à ce moment-là, j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de policiers autour de la Cour européenne. Ils serraient tous des fusils dans leurs bras. Pour aller à l’arrêt de tram, j’ai emprunté un autre passage-piétons et là, il y avait d’autres policiers. Le chemin que je prenais toujours était barricadé.

« Bonjour», m'a dit l'un de ces policiers.


 Il avait une tête ronde. Ses joues étaient rouges comme une pomme à cause du froid. Lui aussi tenait un grand fusil.


« Bonjour, lui ai-je dit.
- Vous êtes invité ?»


 Évidemment je n'étais pas invité. Pourquoi a-t-il pensé qu'un homme asiatique à la barbe légèrement poussée, avec un sweat à capuche et un jean est invité. Je lui ai dit que je souhaitais prendre le tram.


« Le tram, il est fermé. Il faut le prendre là-bas. », a-t-il dit.

Son doigt indiquait le chemin que j'avais emprunté pour arriver jusque-là.


 Je ne voulais pas retourner à mon point de départ. J’ai décidé d’aller à la BNU à pied. Des gens en costumes-cravate marchaient à contresens vers moi. Les policiers et leurs motos blancs étaient partout. Sans doute y avait-il un congrès important aujourd’hui, sauf que cela n’avait aucun rapport avec moi.

 Pendant que je continuais à marcher, je me suis rendu compte que je me trouvais dans un endroit inconnu. J’étais perdu dans un quartier résidentiel. Il y avait des immeubles blanc et rose. Sur un pont, une femme d’âge mûr prenait des photos. Un vieux couple se promenait main dans la main. Je me suis arrêté et j’ai regardé les alentours. Au loin, j’ai pu apercevoir les deux tours de l’église Saint-Paul. Elle m’a permis de me repérer. Cependant, quelques minutes plus tard, l’église a disparu derrière des immeubles. Je me suis perdu à nouveau. À côté de moi, il y avait un bâtiment immense. Sur le panneau, il était écrit ‘’maison de retraite’’. Une vieille dame en noir y est entrée et s’est évanouie comme une brume. J’ai activé Google Map, toutefois la connexion Internet était faible. En fin de compte, j’ai renoncé et j’ai décidé de poursuivre sur le chemin qui s’ouvrait devant moi. C’était un bon choix parce qu’au bout se trouvait l’arrêt Wacken qui m’était familier.

 J’ai rendu ‘’The Buried Giant’’ et l’album de reproductions de David Hockney à la BNU. Après avoir erré d’étagère en étagère, j’ai finalement choisi la vieille édition de poche de ‘’Setting Free The Bears’’ de John Irving et je l’ai empruntée.
Avant de rentrer chez moi, j’ai visité l’exposition sur le Néo-gothique dans la BNU. Dès que je suis entré dans la salle, l’une des jeunes réceptionnistes qui chuchotaient entre elles m’a regardé et m’a dit bonjour à voix basse.

 L’exposition était plus riche que je ne m’y attendais. Il y avait beaucoup d’illustrations d’un artiste strasbourgeois qui s’appelle Léo Schnug. Ses œuvres représentaient souvent les légendes de l’époque médiévale, la composition était délibérément construite et toutes les formes étaient encadrées un peu comme les célèbres affiches de Mucha.

 Le plan représentant la maquette de la Cathédrale de Strasbourg a attiré mon attention. J’ai déjà la maquette en carton de la Cathédrale Notre-Dame de Paris chez mes parents. J’aimerais bien avoir aussi une Cathédrale de Strasbourg en miniature. 
 Il y avait aussi un dessin représentant la Cathédrale à deux tours. Ce projet de construire une deuxième tour n’a finalement pas abouti, mais cette asymétrie fait partie du charme de la Cathédrale de Strasbourg.

 Ce soir, avec l'ourson Talleyrand, j’ai vu le dernier film d’Aki Kaurismaki, ’L’autre côté de l’espoir’’. C’est l’histoire d’un réfugié syrien, qui demande l’asile en Finlande. Malgré son espoir, l’État refuse froidement de l’accueillir. Le pauvre Syrien va être raccompagné aux frontières turques. Il s’enfuit et il devient un sans-abri. Un groupe de néo-nazi le chasse et essaie de le tuer. Dans tout ce malheur, il rencontre le patron d’un restaurant et il commence à y travailler.

 Au milieu de l’histoire, ce restaurant se transforme en un restaurant de sushis et tous les clients qui viennent sont japonais. Mais je suis certain que les touristes japonais ne viendront pas dans un restaurant japonais en Finlande. Ils iront forcément dans un restaurant local. Quant à moi, je ne vais jamais dans les restaurants japonais en France. Je préfère goûter de la cuisine alsacienne.

 Bref, peu importe. Ce n’est qu’une petite remarque personnelle. Il paraît qu’Aki Kaurismaki a déclaré de prendre sa retraite cette année, si bien que celui-ci est son dernier film. Il avait affirmé qu’il tournerait une trilogie sur le thème du migrant. La première partie, c’était ‘’Le Havre’’, et la deuxième est ce ''L'autre côté de l'espoir''. Il n’y aurait donc pas de troisième.

 À propos, avez-vous remarqué qu'il y a 'le ‘’géant'' de Twin Peaks dans ce film ?

mardi 31 octobre 2017

Aki Kaurismaki



 Je n’ai rien fait aujourd’hui. Je suis allé à l’U-express de la rue Boecklin avant midi. J’ai acheté des snacks et une bouteille de deux litres d’Orangina. À la caisse automatique, la machine ne lisait pas le code-barre de mes produits. Je suis resté debout pendant un certain moment. Je l'ai transpercée du regard. Elle répétait à l’infini : « Passez vos articles devant le lecteur. »
J’ai regardé derrière moi.  Un homme chauve rangeait des articles sur l’étagère. J’ai fixé un regard intense, presque amoureux sur sa tête. Au bout de quelques minutes, il s’est aperçu de ma présence. J'ai hoché la tête dans sa direction et il est venu tout de suite vers moi. De près, il était très grand. J’ai dû lever la tête pour le regarder. Si j'avais vécu au Moyen Age, je l’aurais pris pour un extraterrestre. Après avoir comparé ma tête et la machine, il m’a dit que c’était parce que je mettais les articles à un mauvais endroit. Je l’ai brièvement remercié. Il m’a dit « De rien. » et il est retourné ranger des produits.

 Chez moi, j’ai vu ‘’The Godfather’’. Je l’avais déjà vu il y a longtemps, mais sans doute je suis maudit. Je n’arrive pas à retenir l’histoire des films de Francis Coppola. J’ai entendu dire qu’un fantôme apparaissait dans la scène du mariage, au début. Je l’ai cherché, mais je ne l'ai trouvé nulle part. Le film était excellent. Le changement subtil de Michael, interprété par Al Pachino est impressionnant. Comme la gradation d’une ombre qui s’assombrit, on comprend que Michael se transforme petit à petit en un véritable mafieux. Ma scène préférée est celle où explose la voiture dans laquelle se trouve Apollonia. 
 À vrai dire, les films de Coppola ne m’ont jamais fasciné malgré son grand talent et leur qualité. Un jour, mon père m’a dit la même chose. Alors, cette indifférence envers Coppola doit être héréditaire comme mes cheveux blancs. Les films de Coppola sont pour moi comme une belle femme irréprochable qui attire tous les hommes, sauf moi. Je suis toujours attiré par les filles singulières mais il n'y en a pas beaucoup.

 J’ai donc vu un film bizarre ce soir, ‘’La vie de bohème’’ d’Aki Kaurismaki. Dans ce film, il y a trois protagonistes. Marcel, un écrivain raté, pauvre et expulsé de son appartement. Il écrit une pièce en vingt actes mais son éditeur refuse de la publier parce qu’elle est trop longue. Une œuvre très longue et le prénom Marcel rappellent évidemment Proust. Le deuxième, Schaunard est un soi-disant compositeur, et il remplace Marcel dans son appartement. On ne sait pas vraiment ce qu’il fait dans la vie, mais il n’a pas l’air de se soucier de l’argent. Il plaît aux femmes. Se peut-il que ce soit un maquereau ? Le dernier est un peintre albanais, Rodolfo. C’est un personnage typique d’Aki Kaurismaki : taciturne, mystérieux, mais chaleureux.

 Dans les films de Kaurismaki, il y a toujours une scène d’interprétation musicale. Dans ‘’L’homme sans passé’’, le protagoniste va au concert privé d’un groupe local. Dans ‘’Le Havre’’ Little Bob chante à pleine voix et dans ‘’La vie d’un bohème’’, il y a une courte scène du concert d’un groupe de rock inconnu.

 Ce film semble avoir un lien avec ‘’Le Havre’’ parce que l’acteur qui joue le rôle de Marcel est le même que le gentil Monsieur qui aide un garçon africain, et il s’appelle aussi Marcel. (Cet acteur, André Wilms est originaire de Strasbourg !) Là, aussi, le thème de l’étranger est aussi présent. ‘’Le Havre’’ est l’histoire d’un garçon africain qui voudrait traverser la Manche pour émigrer en Angleterre. La police le poursuit, mais un Français âgé le cache. Il y aussi un Vietnamien, Chang qui explique qu’il a tout fait pour obtenir un visa pour la France. Dans ‘’La vie de bohème’’, il y a déjà deux étrangers, l’Albanais Rodolfo et l’Irlandais Schaunard. Rodolfo parle le français avec fort accent. Un jour, il se retrouve sans papiers, sommé de quitter le territoire français. Dans ‘’Le Havre’’, Jean-Pierre Léaud joue le rôle d’un homme qui dénonce le garçon africain à l’inspecteur. Il ne paraît que pendant quelques secondes. Dans ‘’La vie de bohème’’, il joue le rôle d’un collectionneur qui achète les tableaux de Rodolfo. Et dans ces deux films, l’histoire se passe en France à Paris, dans l'un, au Havre dans l'autre.

 À la fin du film, une chanson mélancolique s'élève, accompagnée à la guitare. Au début, j’ai cru qu’il s’agissait d’une chanson finlandaise. Au bout de quelques secondes, je me suis rendu compte que je comprenais les paroles alors que je n'avais jamais appris le finlandais. Cette chanson était en fait japonaise. Je savais que Kaurismaki est un grand admirateur d’Ozu, mais comme je ne m'attendais pas à entendre une chanson en japonais dans son film, j’ai été très étonné.

Seul un souvenir traverse un pays enneigé…
Ce souvenir vient d’un pays lointain…


mercredi 18 octobre 2017

À quoi puis-je comparer mon cœur ?



Je me demande toujours pourquoi les professeurs n’ont pas l’air d’avoir sommeil lorsqu’ils donnent un cours à 8 heures. Je n’ai jamais vu un professeur bailler. J’étais peut-être fatigué, bien que je me lève toujours à 6 heures, ce matin, quand je me suis levé, mon portable indiquait déjà 6 heures 45. De plus, à ce moment-là, mon cœur était déjà rempli de tristesse. J’ai pensé manquer le cours du matin, mais je suis quelqu’un qui n’aime pas changer d’habitude ; je me suis préparé vite et je suis parti.

C’est un mystère. Lorsque je me couche toutes les nuits, beaucoup de préoccupations surgissent en moi et m’empêchent de dormir. Pendant le cours, je peux m’endormir tranquillement. Quand le professeur nous racontait la vie de Thomas Mann, je l'ai transpercé du regard ; il ressemble à Truman Capote. Cet écrivain américain connu notamment pour ''Breakfast at Tiffany's'' et ''Cold Blood'' était un homme de petite taille, en revanche, cet enseignant est grand. Le nez petit, les cheveux blonds blanchissants, le front haut et les yeux bleus sont communs.  Après m'être assuré qu’il ne me regardait pas, j'ai sombré dans un profond sommeil. J’ai rêvé qu’une enseignante inconnue mourrait d’une crise cardiaque en cours. Lorsque j’ai rouvert les yeux, une fille à lunettes était en train de faire son exposé.

Pendant le cours de latin, j’ai appliqué la règle de la main gauche de Flemming pour vérifier les mouvements d'un générateur. Le pouce indique le sens du mouvement. L’index, celui du courant, le majeur, la direction du champ magnétique. Ensuite, j’ai dessiné une courte BD sur le revers d’une feuille que la professeure avait distribuée. C’est une BD assez ridicule et pas très réussie, dans laquelle un esprit méchant apparaît de la veine du bois du plafond et enlève un garçon endormi.

En cours d’allemand, je devais faire un exposé. Parmi les sujets concernant la mode, j’avais choisi ‘’Das perfeckte Outfit fur Kunstler (La tenue parfaite pour les artistes)’’. Je ne m’intéresse pas du tout à la mode, j’avais dû choisir un sujet qui semblait me convenir le plus. J’ai comparé deux compositeurs, Beethoven et Haydn. Beethoven était quelqu’un qui ne faisait aucune attention à son apparence. Selon son secrétaire, il était « comme Robinson Crusoé ». Le plus grand compositeur de l’histoire de la musique a même été arrêté par un policier qui l’a pris pour un clochard. Plus tard, le maire de Vienne lui a présenté ses excuses. Contrairement à lui, son maître (toutefois, Beethoven prétend qu’il n’a rien appris de lui), Joseph Haydn était quelqu’un de soigné. Il mettait toujours une perruque pour composer, alors que personne ne le voyait. On connaît aussi la personnalité de ces grands hommes aussi à travers leurs portraits. Tandis que Ludwig fronce les sourcils d’un air de défi, Haydn sourit tendrement comme une grand-mère qui regarde son petit-fils jouer dans le jardin. Et j'ai conclu mon exposé ainsi : « Quelque part dans le monde, il y a peut-être un compositeur qui travaille avec un scaphandre. »

Pendant que je parlais en public, je me rendais compte que je parlais très vite comme une mitrailleuse. Plus j’essayais de parler plus lentement, plus je bredouillais. Mes mains tremblaient, je baissais les yeux, je n'arrivais pas à regarder les visages des gens. Alors qu'ils ne me prêtent aucune attention d'habitude, une multitude d'yeux me regardaient, uniquement à l'occasion de cet exposé. Je me suis senti comme Adolf Eichmann au procès de Nürnberg. Tout ce que j'attendais, c'était le verdict et la condamnation à la peine capitale.

La professeure d’allemand avait distribué des feuilles sur lesquelles on devait écrire un commentaire sur ceux qui avaient fini leur exposé. Nous devions donner des bons points et faire des suggestions. J’ai reçu les commentaires que les autres avaient faits sur mon exposé. Sans les lire, je les ai insérés dans mon cahier. Je ne les lirai peut-être jamais. J’ai aussi écrit mes impressions de trois filles qui ont fait des exposés. J’ai écrit la même chose pour ces trois demoiselles ; « Vous parlez lentement et c’est bien. » En réalité, leurs exposés étaient beaucoup plus raffinés que le mien. Elles présentaient de beaux hommes et femmes avec de jolis vêtements alors que je leur avais montré les portraits d’un homme d’âge mûr qui fait une grimace terrible et d’un autre avec une perruque comique et démodée. À ce moment-là, pour la première fois, j'ai fait des reproches à mon compositeur préféré : il aurait dû faire attention à ses habits et il aurait dû au moins faire l'effort de sourire.

dimanche 1 octobre 2017

La saison mortelle

 Comment tuer le temps entre les cours est une question cruciale à l’Université. Au début, j’allais à la bibliothèque U2-U3 pour dormir jusqu’à ce qu’ils enlèvent les gros coussins.
À cause de la tension nerveuse, je n’arrive pas à lire lorsqu’il y a des gens autour de moi. J’ai toujours l’impression qu’un assassin va me tirer une balle dans le dos. Le deuxième problème, c’est que je ne peux pas écouter de la musique trop fort à la bibliothèque. Je souffre aussi de myiodésopsies qui m'empêchent de fixer les choses dans un endroit lumineux, et c'est pourquoi je ne supportais pas la cantine de la bibliothèque U2-U3. En en faisant la liste, je me rends compte que j’ai un tas de problèmes,
Si bien que je m’enferme souvent à la cantine du Patio, qui est, d’après Tony, ‘’ l'enfer, le pire endroit du monde". Je suis d’accord, et je tue le temps en traduisant un livre, sinon simplement je sombre dans la dépression. 
 Aujourd’hui je voulais déjeuner dehors. Mais la plupart des bancs étaient déjà pris par des gens qui s’amusaient et riaient alors qu’il n’y avait rien d’intéressant. Ils souffraient d’hallucination malgré leur âge ; c’est triste. Je me suis donc assis sur un banc juste devant la porte, et j'ai commencé à déjeuner en respirant le vent frais. Au bout d’un moment, un garçon du groupe qui était à côté de moi a allumé une cigarette. Mon sandwich, qui est toujours trop gros pour un Japonais, avait un goût de fumée blanche. J’ai toussoté à plusieurs reprises, et je suis retourné au ‘’ pire endroit du monde, autrement dit l’enfer’’.
 À la fac, je n’avais même pas le droit de manger dehors sous le beau ciel. J’étais triste. Dans ma dépression profonde comme le fond de la mer, j’ai trouvé une feuille que quelqu’un avait laissée sur une table. Je l’ai prise. Je ne l’ai pas lue attentivement, mais il m'a semblé que c’était à propos de la liberté de l’avortement, ou quelque chose comme ça. L’avortement ne m’intéressait pas. Je n’ai jamais touché une femme. Pour moi, la défense de l’avortement, c’est comme la météo de la planète Mars. Aujourd’hui, une grande tempête de sable dévastera la Terre, il faudra se cacher sous terre jusqu’à ce qu’elle se dissipe…

 Le revers de cette feuille était tout blanc. Inconsciemment, je me suis mis à écrire en japonais ‘’Shinitai (Je veux mourir)’’ jusqu’à ce que cette phrase remplisse la page. Pendant que j’écrivais cela, d'un trait comme un soutra, mon cœur s’est un peu apaisé. Aussitôt que j’ai terminé ce travail, j’ai remis l'imprimé à sa place d’origine.
 Quelques minutes plus tard, deux hommes d’âge mûr, qui ne sont peut-être pas étudiants sont venus et se sont assis devant moi. L’un était blanc, l’autre était noir. Ils bavardaient gaiement au début, mais une fois leur conversation épuisée, l’un d’eux a trouvé l'imprimé pour la liberté de l’avortement. Après avoir échangé quelques commentaires sur l’avortement, l'un d'entre eux a retourné la feuille et il a trouvé les nombreuses phrases que j’avais écrites ; ‘’Shinitai’’.
Après avoir fait la grimace, il a levé la tête et m’a regardé. Il a demandé à voix basse si c’était moi qui les avais écrites. J’ai essayé de faire semblant de ne pas avoir entendu, mais j’ai dû y renoncer parce que j'avais pouffé.
« ‘’Shinitai’’, ça veut dire ‘’Bonjour’’ en japonais », lui ai-je expliqué.
J’ai fait une grimace pour faire semblant de me concentrer sur ma traduction.
La tête baissée, j’ai entendu les deux hommes dire ‘’Shinitai, shinitai’’.
Sans jamais lever le regard, je leur ai répondu ; Shinitai. 

samedi 30 septembre 2017

Words are flowing out like endless rain



L’Université est relativement déserte le vendredi. Je ne sais pas si c’est parce qu’il y a beaucoup d’étudiants qui aimeraient prolonger leur court week-end, ou si c'est pour une autre raison.

En cours de littérature générale et comparée, la professeure nous a demandé d’échanger avec des avis avec notre voisin. Toutefois, j’étais assis seul et je n’avais pas de voisin. (La semaine dernière, ma voisine était une Américaine. Elle cherchait dans sa tête le nom de l’auteur de ‘’En attendant Godot’’. Je lui ai dit le plus gentiment possible que c’était Samuel Beckett et que Truman Capote et Franz Kafka étaient deux de mes auteurs préférés.) Quand j’allais commencer à songer aux motifs répétitifs du troisième mouvement de ‘’La tempête’’ de Ludvig Van Beethoven pour passer le temps, quelqu’un m'a tapé sur l’épaule.
Je me suis retourné et j’ai vu qu’un chat géant me regardait. C’est un mensonge. En réalité, une fille de haute taille que j’avais déjà vue plusieurs fois, mais avec qui je n’avais jamais parlé, me souriait et m’a dit « Bonjour ».
 Malheureusement, je ne comprends pas la langue des humains, je ne comprends que la langue des chats, me suis-je excusé. Alors elle a commencé à me parler en langue des chats noirs. J’ai eu de la chance. Si elle m’avait parlé en langue des chats tigres, on n’aurait pas pu se comprendre.
 À vrai dire, je n’avais pas fait ce que la professeure nous avait demandé ; c’est-à-dire, je n’avais pas écrit mon avis sur la littérature générale et comparée. Parce que simplement lire l'essai de Steiner m'a pris trop de temps. Je le lui ai dit franchement, à la fille aux lunettes rondes à monture en or et aux cheveux bruns, qu’on comprenait tout de suite qu’elle n’est pas française, avec son fort accent. Elle m’a dit « C’est pas grave », et m’a montré sa note. Pendant qu’elle m’expliquait son point de vue, je hochais la tête en disant de temps en temps : « C’est vrai.; « C’est vrai. » « Vous avez raison. » « Je suis d’accord. » Elle était éloquente et ne cessait de parler. Il semblait que beaucoup d’idées naissaient comme des étoiles dans sa tête. J’ai regardé dans ma tête. Elle était vide. Mais ça ne m'a pas rendu particulièrement triste, parce que je suis vide. Je me suis dit juste ; « So it goes and so on. » en imitant le héros du roman de Kurt Vonneghut, Slaughter House Five.
Pendant qu’elle m’expliquait ses idées, qui étaient vraiment impressionnantes comparées à ma page blanche, j’étais attiré par ses lunettes. Au bout d’un moment, la curiosité a vaincu ma raison. Je lui ai demandé pourquoi elle portait des lunettes rondes. Au début, elle n’a pas compris ma question. Je la lui ai donc répétée en français, puis en anglais, en faisant attention à ne pas faire de fautes de grammaire. « Why are you wearing round glasses ? »
 Légèrement étonnée, elle m’a demandé : « Mes lunettes ? »


 Après avoir réfléchi un instant, elle a levé sa tête et m’a dit ; « Je ne sais pas. Parce que j’aime bien ? » Derrière ses lentilles, ses grands yeux marron remuaient comme deux créatures indépendantes. Puis elle a enlevé ses lunettes et m’a dit ; « Ce sont des lunettes John Lennon. » Sur la monture, les caractères minuscules gravés « John Lennon » reflétaient la lumière. Elle a remis ses lunettes. Je l’ai regardée de nouveau et je me suis rendu compte que sa coiffure était aussi celle de John Lennon vers la fin des Beatles. Je lui ai demandé si elle aimait Lennon. « Je ne sais pas. », m’a-t-elle dit de nouveau. J’ai quand même eu le bon sens de ne pas lui demander de chanter « Across The Universe ».

jeudi 28 septembre 2017

Une brioche sucre cannelle

Toutes les semaines, j’achète une grosse brioche à la boulangerie.
De retour chez moi, je la coupe en cinq et j'en mange un morceau par jour au déjeuner.

Aujourd’hui, lundi, le début de la semaine, je suis allé à la boulangerie comme d’habitude. Une femme que je n’avais jamais vue se tenait au comptoir. Ses cheveux étaient blonds, ses yeux bleus tombants donnaient l’impression qu’elle avait sommeil.
Sans réfléchir, je lui ai dit en indiquant la vitrine que j’aimerais acheter une brioche sucre cannelle et un bretzel gratiné. À ce moment-là, elle s’est accroupie. Je ne comprenais pas pourquoi elle devait s’accroupir alors que la brioche que je voulais était dans la vitrine, pas sur le sol. Elle a sorti un petit sac de papier. Je me suis rendu compte qu’elle allait mettre une petite brioche sucre cannelle dedans. Effectivement j’avais oublié d’ajouter l’adjectif ‘’grosse’’. J’aurais pu lui dire effectivement en lui adressant un sourire angélique ; « Non, mademoiselle, ce que je veux, c’est une grosse brioche, pas une petite. »
Toutefois je suis extrêmement introverti. Je suis si timide que je n’ai eu que quelques amis dans ma vie, et je les ai tous perdus de vue. (Ils sont peut-être morts. C'est triste).
« Ah, ah… », ai-je gémi comme le sans-visage dans ‘’Le voyage de Chihiro’’. Toutefois j’étais plutôt un sans-voix. Parce que j’ai un visage, ce que je manque, c’est une voix. Mais dans ma tête, je lui disais « Qu’est-ce que tu fais ! Je ne veux pas de petite brioche, merde ! Comment veux-tu que je coupe cette petite brioche en cinq et que j'en mange pendant cinq jours ? Je suis pas grand mais je ne suis pas une puce ! »
Si j'étais un personnage d'un roman de Dostoïevski, je me serais évanoui sur place.

Pendant ce moment, en cachette, la blonde aux yeux bleus tombants comme ceux du Général De Gaulle a mis une petite brioche sucre cannelle dans le petit sac de papier. Elle a ensuite mis un bretzel gratiné dans un autre sac de papier.
« Trois euros cinquante, s’il vous plaît, m’a-t-elle dit.
- Puis-je payer par carte ? » lui ai-je dit.
« Puis-je payer par carte ? »
Qu’est-ce que je dis !
« Puis-je payer par carte ? »
Ce n’est pas ce que je voulais lui dire !

J’ai payé trois euros cinquante et j’ai mangé la petite brioche sucre cannelle et le bretzel gratiné. C’étaient bons.

mercredi 27 septembre 2017

La Cathédrale



 Je marchais dans l'étroit escalier en colimaçon de la cathédrale. Dans l'obscurité, je ne voyais rien. Je faisais attention à ne pas glisser sur une marche. Quelques moments plus tard, une barrière par laquelle s'introduisait la lumière est apparue. Les autres bâtiments s'éloignaient en bas, les gens rapetissaient de plus en plus. De temps à autre, il y avait une sorte de graffiti qu'avaient laissé des gens de l'époque. J'ai pensé aux gens du passé qui avaient gravi les même marches et à la vue qu'ils avaient sans doute regardée. 

 Devant moi, Aurore continuait à monter. Contrairement à moi qui étais surpris de voir combien il était difficile d'accéder au sommet de la cathédrale, ses pas semblaient confiants et habitués. 
« Cette année, c'est la cinquième ou sixième fois que je monte.», m'a-t-elle expliqué plus tard. 
 En montant cet escalier qui me semblait infini, je me rappelais le film de Hitchcock, Vertigo. Bien que je l'avais regardé deux ou trois fois, je ne me souvenais pas des détails. Mais il y avait une scène où le héros qui souffre d’acrophobie gravit l'escalier en colimaçon d'une tour. Le cinéaste représentait la peur qu'il ressentait par un truquage unique, qui allongeait et raccourcissait brutalement la hauteur de l'escalier. Les hauteurs ne me terrifiaient pas autant mais c'est vrai que je ne me sentais pas bien à ce moment-là. Aurore s'est retournée vers moi quelques fois pour voir si j'allais bien. Bien entendu, j'avais déjà payé trois euros cinquante, j'avais déjà monté plusieurs marches. Je me disais que la fin ne devait pas être loin, si bien que rebrousser chemin était impensable. 

 Un certain moment plus tard, nous avons découché sur un court passage.
 « C'est fini ? ai-je dit d'un air content. 
- Non, il y en a encore.», m'a-t-elle dit. 
 À la fin de ce passage, un autre escalier en colimaçon nous attendait. Alors que j'avais vu d'autres visiteurs à l'entrée, nous étions toujours tout seuls. 

 D’après un livre japonais intitulé ‘’L’histoire de Strasbourg’’, de nombreuses célébrités avaient monté cet escalier en colimaçon ; Alexandre Dumas, Victor Hugo, Goethe etc. J’ai inconsciemment cherché les ombres de ces grands hommes qui avaient sans doute regardé le même paysage. Je me suis senti étrange comme si j’étais entre la mort et la vie. Je faisais une marche solitaire parmi les milliers d’ombres de morts. 

 Au bout d’un moment, nous sommes sortis sur un espace relativement large. Il y avait un bureau vide. Nous avons passé la porte. C’était le belvédère. 

 Nous étions tout de même fatigués et nous avions tous les deux la respiration courte. Avant de profiter du panorama de l’Alsace, nous nous sommes assis sur un banc pour nous reposer. Alors que nous étions seuls pendant que nous gravissions, maintenant plusieurs personnes se fascinaient pour le paysage.
 « C’est étonnant que les gens de l’époque aient construit un édifice si haut et magnifique, lui ai-je dit. Je n’ai aucune idée de la façon dont ils ont pu construire un bâtiment si haut. 
- Cette deuxième tour a été ajoutée plus tard. Il y a eu de nombreux morts pendant la construction, m’a-t-elle dit. Tu vois la balustrade ? C’est pour prévenir le suicide. Ça veut dire qu’il y avait des gens qui se sont suicidés d’ici. 
- Comme la Tour Eiffel. 
- Peut-être. »

 Nous nous sommes levés et nous avons regardé le paysage de Strasbourg qui nous était familier. Évidemment, la cathédrale était l’édifice le plus haut de Strasbourg. Aucun bâtiment ne s’en approchait. De cet endroit, tout semblait petit et bas. J’ai vu un avion laisser un sillage au loin. C'est la première fois que j’ai vu une traînée d’avion de si près. C’était le point de vue de Dieu. J’ai aperçu mon université (la faculté de droit était très facilement reconnaissable), le parlement européen et ses drapeaux multinationaux flottant.
 « Nous avons marché par-là. », lui ai-je dit en indiquant la route qu’on avait suivie du doigt.
 Au loin, la forêt noire marquait la frontière entre l’Allemagne et la France. L’Allemagne, qui me semblait si proche quand j’étais sur la terre, me paraissait beaucoup plus loin maintenant.

 J’ai regardé en bas. Les gens, minuscules comme des poupées pour les maquettes de trains, marchaient minutieusement. J’ai eu le vertige et j’ai reculé d’un pas. Je ne pourrais pas être un ange, me suis-je dit. Je préfère être une crapule qui rampe sur la terre.
 Sur les murs étaient gravés les noms de personnes qui avaient visité la cathédrale autrefois. C’était tous des noms que je ne connaissais pas. La différence des dates marquées m’a rappelé la longueur de l’histoire que la cathédrale connaît. Il y avait aussi des dates relativement récentes. Je ne me rappelle pas précisément mais il y avait le nom d’un ministre de la culture qui datait des années soixante-dix. J’ai demandé à Aurore si elle le connaissait. Elle a secoué la tête.

 Tout à coup, une phrase d’une nouvelle de Sôseki Natsume, ‘’La Tour de Londres’’ m’est venue à l’esprit. En 1900, sur ordre du ministère de l’éducation, un jeune écrivain, qui n’était qu’un professeur d’anglais à l’époque, était parti en Angleterre. Par rapport à Ogai Mori qui s’était parfaitement habitué en Allemagne et qui avait même une petite amie allemande (‘’La danseuse’’ est une histoire intéressante), la vie en Angleterre exacerbait la nervosité de Sôseki. Au final, une rumeur d’après laquelle Sôseki était devenu fou a circulé auprès des gens, il est finalement rentré au Japon en hiver un an après son arrivée. Sôseki écrit son impression sur la Tour de Londres comme suit ;


 "L’histoire de la Tour de Londres est la concentration de celle du Royaume-Uni. Le voile qui couvrait cette chose incertaine que l'on appelle le passé se déchire et ce que reflète la lumière illusoire sur le XXème siècle, c’est la Tour de Londres. Lorsque le courant du temps qui ensevelit tout reflue et quand un morceau de l’ère passée flotte dans l’époque contemporaine, il faudrait regarder la Tour de Londres. Le sang, la chair, le péché des hommes se cristallisent et ils sont laissés dans les chevaux, les voitures et les trains, c’est ce qu’est la Tour de Londres."

 L’image de la Tour de Londres qu’avait regardée Sôseki est tombé comme une plume sur celle de la cathédrale de Strasbourg qui se levait solennellement devant moi. J’ai eu l’impression que cet édifice dont la première construction date d’il y a environ mille ans connaissait tout ce qui se passait à Strasbourg, qu’elle l'absorbait et le reflétait comme un miroir. La cathédrale de Strasbourg est la convergence de l’histoire de la ville, la peinture qu'une volonté collective peignait jusqu’ici.

 Nous sommes sortis par l’autre porte, nous avons descendu l’autre escalier en colimaçon. Le paysage que je voyais de temps en temps par la barrière baissait petit à petit. La descente était plus simple que la montée. Après avoir passé un espace sombre, Aurore qui marchait devant moi a ouvert une porte et nous sommes sortis sur la terre. La terre me manquait beaucoup.
 Chez moi, j’ai fait une petite recherche sur internet pour voir si ce qu'Aurore m'avait dit était vrai, et j’ai trouvé cette archive datant de 1922. 
"Ce dernier lundi de pâques, la ville de Strasbourg a été le théâtre d’un suicide qui a profondément ému ceux qui en furent témoins. Une jeune Belge, arrivée depuis peu dans la ville, se rendit, ce jour-là, à la cathédrale et, malgré l’heure insolite-il était midi et demie- monta sur la plate-forme de la tour. Là, elle resta une heure environ à rêver. Son allure étrange intrigua les gardiens, mais, comme elle continuait à demeurer immobile, ceux-ci cessèrent de s’en occuper. Tout à coup, la jeune femme franchit la balustrade et se laissa tomber dans le vide. Son corps vint s’écraser sur le sol. On attribue cet acte de désespoir à une crise de neurasthénie. Depuis 40 ans, c’est le dixième suicide qu’on ait à enregistrer et qui se soit produit dans de telles conditions. Le dernier en date remonte à 1909."
 En gravissant l'escalier en colimaçon sombre de la cathédrale, n’avais-je pas croisé l’ombre de cette jeune femme sans nom ? L’image d’une femme désespérée qui vole dans le vide a surgit dans mon esprit et disparu comme un rêve.

jeudi 24 août 2017

''L'observation des astres''(天体観測) BUMP OF CHICKEN



À deux heures du matin, une longue-vue sur mon dos, je me suis rendu au passage à niveau.
D'après la radio attachée à ma ceinture, il ne pleuvrait pas.

Deux minutes plus tard, tu es arrivé avec un gros bagage.
Commençons l'observation des astres, cherchons une commette.

Je résistais de toutes mes forces, pour que je ne sois pas avalé dans les ténèbres.
J'ai essayé de mettre ta main tremblante dans la mienne.

J'ai regardé dans la longue-vue pour attraper une chose invisible.
Beaucoup de voix sont nées en déchirant le silence.
Alors que ''demain'' nous appelait, nous n'avons jamais répondu.
Je cherchais avec toi la commette dite l'instant.

Inconsciemment, je cherchais toujours quelque chose.
La définition du bonheur, le dépôt de tristesse.

Je les cherche toujours depuis ma naissance jusqu'à ma mort
Commençons l'observation des astres, cherchons une commette.

Je n'ai jamais oublié ce que j'avais rencontré jusqu'ici.
Même la douleur de ne pas avoir pu prendre ta main dans la mienne.

J'ai regardé dans la longue-vue pour apprendre une chose inconnue.
J'ai cherché la lumière imperceptible qui illumine les ténèbres.
Je n'ai jamais oublié la douleur que j'ai connue ainsi.
Je cherche encore tout seul la commette dite l'instant.

Plus je grandissais, plus j'avais des choses à dire.
La pile de mes lettres sans destination s'est entassée de plus en plus, elle est sur le point de s'effondrer.
Je vais bien.
Je n'ai pas beaucoup de soucis.
Mais il y a une seule chose qui me tourmente encore.

Sous la pluie inattendue, je n'ai pas pu prendre ta main dans la mienne alors que tu semblais pleurer.

Je n'ai pas réalisé ce que je voyais. J'ai porté de nouveau la longue-vue sur mon dos, j'ai couru le chemin du retour dans les ténèbres silencieuses.
C'est la douleur que j'avais connue à ce moment-là qui me soutient toujours.
Je chasse encore tout seul la commette dite l'instant.

La longue-vue sur mon dos, je cours jusqu'au passage à niveau pour te revoir à deux heures du matin.
Commençons l’observation des astres.
Même si tu ne viens pas deux minutes plus tard, je chasse la commette dite l'instant avec toi.

mardi 22 août 2017

L'histoire d'ENIGMA ; le décryptage des codes nazis (3)

En Pologne…

Henrik « Pas mal de temps s’est écoulé depuis notre entrée au bureau du chiffre, mais nous n’avons rien trouvé. Marian est de bonne humeur aujourd’hui, a-t-il eu une quelque clé pour le décodage ? Marian ! As-tu trouvé quelque chose ? »
Marian « Non, rien du tout ! »
Henrik « D, d’accord…… »
Marian « Mais je pense qu’il vaut mieux trouver quelque astuce plutôt que de regarder uniquement le texte pendant des heures. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose d’important ici. »
Henrik « ……Je suis du même avis que toi. »

OQWNEA JVWOLA NQSJEW OUYNTM

 C’était un texte crypté composé de seulement six caractères, ce qui arrivait de temps à autre.
Rejewski et ses collègues avaient copiés tous ces messages de six caractères.
Ils avaient l’intuition que c’était la clé pour le décodage.

Henrik « Que signifient ces six caractères…… ? Le nom d’un avion ? »
Marian « J’avais aussi pensé la même chose mais c’est étrange qu’il y ait des noms d’avions alors qu’on n’est pas encore en guerre. »
Henrik « Alors, peut-être que ce ne sont pas des noms spécifiques. Est-ce possible qu’ils forment tous un même mot ? »
Marian « Je ne crois pas que l’armée allemande soit si idiote. Évidemment, ils savent bien que ‘’la répétition est l’ennemi du secret confidentiel’’. »
Henrik « Si on peut trouver une quelconque loi, ce sera plus simple. »
Marian « Loi…… »

OQWNEA JVWOLA NQSJEW OUYNTM

Marian « …… ! »
Marian « Eurêka ! »
Henrik « Quoi ? As-tu trouvé quelque chose ? »
Marian « Quand le premier caractère est O, le quatrième est N ! Cette loi est commune dans tous les cryptogrammes de six caractères ! Si le premier est O, le quatrième est toujours N ! »
Henrik « OQWNEAOUYNTM……C’est vrai ! »
Marian « Mais ce n’est pas tout. Quand le premier caractère est J, le quatrième est O. Si le premier est N, le quatrième est J ! »
Henrik « Il semble que chaque alphabet a une telle combinaison…… »
Marian « De plus, cette combinaison n’est pas seulement entre le premier et le quatrième caractère !
Regarde OQWNEA et NQSJEW ! Quand le deuxième est Q, le cinquième est E ! »
Henrik « Ça veut dire qu’il existe aussi une combinaison entre le deuxième et le cinquième caractère ?
Marian « Oui, il me semble. D’après cette règle, il doit exister également un rapport entre le troisième et le sixième aussi ! »

 D’abord Rejewski a découvert un rapport entre le premier et le quatrième caractère, le deuxième et le cinquième, le troisième et le sixième.
 C’était un point faible d’Enigma. Par conséquent, cette faille imperceptible était le premier pas pour vaincre le mythe de la machine de chiffrement invincible.