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lundi 21 janvier 2019

''Mes cahiers préférés'' Yoko Ogawa


 J’aime les cahiers. Les cahiers ordinaires sans décoration et agréables au toucher sont mes préférés. Lorsque je contemple des pages blanches dans lesquelles s’alignent à l’infini des lignes droites, j’apprends alors, que je suis tout à fait libre dans le monde des mots.
 La période durant laquelle j’utilisais le plus souvent des cahiers, c’est quand j’étais étudiante. À chaque semestre, j’achetais de nouveaux cahiers. Avec un marqueur, j’écrivais sur leurs couvertures « littérature classique », « éthique » ou « mathématiques ». Si je regardais mes cahiers joliment superposés sur ma table, j’avais l’impression que j’avais déjà achevé mes études.
 Durant cette même période, j’utilisais un cahier d'étudiant ordinaire sans décor ni artifice, et je m'en servais en tant que journal intime. J'y consacrais d'ailleurs un temps considérable puisque j'écrivais dedans tous les jours. À l’adolescence, remplir des pages blanches de mes mots de manière si étroite qu’il n’y avait plus un seul espace, était ma seule façon de m’exprimer. À l’époque où il n’y avait ni traitement de texte ni ordinateur, le cahier était mon compagnon indispensable. C’était comme un miroir qui reflétait mon image. La machine n’est qu’une machine, mais les cahiers reflètent naturellement l’esprit des personnes qui les utilisent. L’écriture propre à soi, un pli au coin d’une page, des soulignements, des traces de doigts, des taches de boisson…….Les cahiers décorés de ces choses étaient quelque peu énigmatiques et adorables.
 Puis je suis devenue femme au foyer, et j’avais de moins en moins d’occasion d’utiliser un cahier. Je notais sur un bloc-notes qu’on m’a donné à la banque des dates de récupération des objets inutilisables et de nettoiement des égouts de ma ville, et collais ces notes au réfrigérateur.
 J’éprouvais une certaine insatisfaction. Sans vraiment savoir à quelle fin l’utiliser, je suis allée à la papeterie et j’ai acheté un cahier qui m’a plu. Je l’ai ouvert sur la table de cuisine. J’ai pris un crayon et j’ai écrit quelque chose. C’était une chose qu’on ne pouvait nommer autrement que « quelque chose ». Et c’est de là que sont nés mes romans.
 Même depuis que j’ai pris l’habitude d’écrire à l’ordinateur, j’utilise toujours un cahier pour faire un plan de roman. En même temps que je note mes quelques idées, que je colle un article de journal qui m’intéresse, et que je dessine un plan de maison, je vois petit à petit le contour de mon histoire. J’efface une partie ; je dessine une flèche ; j’entoure un élément important avec un stylo fluorescent ; j’ajoute une scène qui donnera des indices. Mon cahier devient de plus en plus désordonné, mais il n’y a pas à s’inquiéter, parce que plus mon cahier est chaotique, plus mon histoire s’approfondit. Il y a un moment où la lumière que même l’auteur n’attendait pas naît du fond de ce chaos. Bientôt on pourra écrire la première ligne.
 Lorsque je rouvre mon cahier après l’achèvement et la publication de mon roman, il m’arrive souvent de ne pas comprendre ce qui est écrit. Bien que je sois auteur et que je me trouve dans la position la plus proche de mon œuvre, je ne sais pas d’où est venue une histoire et comment elle s’est formée. Quel que soit le nombre de romans que j’écris, pour moi, l’histoire est un mystère.
 J’ai un autre cahier secret. C’est un cahier pour noter les mots que j’ai découverts pendant une lecture, qui expriment combien la littérature, les mots, l’art sont importants pour une personne.

« Ils ont voulu écouter encore et encore les mots de Bill : ‘’Les autres ne peuvent pas faire ce que vous pouvez faire’’, même s’ils les connaissaient parfaitement par cœur » - ‘’Here but Not Here: A Love Story’’ Lilian Ross 
« Ce sont des mots du poète britannique du XVIIe siècle, John Donne. Alors que je ne l’ai jamais connu, et que je vis dans un pays et une époque différents, je peux connaître ses mots grâce au moyen de communication dit de livre. J’avais lu ce poème plusieurs fois jusqu’ici, mais il m’a fallu plus de vingt ans pour le comprendre. Ainsi, je suis rassurée que les livres m’attendent toujours » - ‘’L’Étagère du plaisir » Yûko Tsushima
 L’éditeur légendaire du magazine littéraire américain, « New Yorker », Bille Shawn a encouragé des auteurs en leur disant que personne d’autre ne pouvait écrire ce qu’ils écrivaient. Ce qui a rassuré Yûko Tsushima était le poème suivant : « Nul homme n’est une île, complète en elle-même (…) N’envoie donc jamais demander pour qui la cloche sonne : elle sonne pour toi ».
 Chaque fois que je n’arrive pas à écrire, j’ouvre ce cahier. Quelque part dans le monde, quelqu’un attend ce que seule moi peux écrire. Je remplis mon cœur de ce sentiment ; je ferme le cahier et je retourne dans l’univers de mon histoire.

samedi 10 novembre 2018

''Le coffret à bijoux dans la fontaine'' Yoko Ogawa


 Lorsque je lis une nouvelle magnifique, j’ai envie de l’accaparer comme mon trésor. Je vais la mettre dans mon petit coffret à bijoux, mais bien construit, et le cacher dans un endroit que personne ne connaît.
 Il n'en va pas de même avec les longs romans. Ils s’étalent sur le monde comme la mer ou le fleuve, de sorte qu’il est impossible de les cacher quelque part. Les gens peuvent les contempler ou nager librement dedans quand ils souhaitent.
 J’ai l’impression que la relation que j’ai avec les nouvelles est plus subtile. Au cours d’une lecture, lorsque je suis impressionnée, je dis : « Qu’est-ce que c’est que ça….. ». Quand il s’agit d’une nouvelle, le ton de ma voix s’affaiblit. Je ne crie pas en tapant sur la table, mais je murmure pour moi-même en cachette. Lorsque je termine ma lecture, je cache la nouvelle dans mon coffret à bijoux ; je la verrouille, et l’immerge dans le fond de la fontaine qui jaillit secrètement dans un coin de mon jardin.
 Lorsque je suis si épuisée que je ne peux pas me lever et que je n’arrive pas à atteindre le bord de la mer ou du fleuve, je prends mes bijoux que j’ai caché dans mon jardin. Je plonge la main dans la fontaine et sors le coffret. Je confirme que même un monde si minuscule qu’il tient dans ma main est rempli de vies humaines et je suis rassurée. Ainsi, je peux ressentir que je ne suis pas abandonnée toute seule sur la lande, et que je suis protégée par la chaleur de quelqu’un.
 L’œuvre que j’ai choisie cette fois, « The Many Things That Denny Brown Did Not Know (Age Fifteen) (Beaucoup de choses que Denny Brown ignorait (quinze ans)) » d’Elisabeth Gilbert est très importante pour moi. À vrai dire, j’aurais voulu la laisser dans la fontaine. Ce n’est pas par le désir de possession, mais face à une œuvre si extraordinaire, j’avais peur d’être déconcertée au point de ne plus savoir quoi écrire.  
En même temps, ce n’est pas une histoire tapageuse. Elle ne traite pas de nouveau thème surprenant ; elle n’a pas de truquage méticuleux non plus. Il s’agit simplement de l’histoire relatant les expériences qu’un lycéen de quinze ans ordinaire fait pendant les vacances d’été, dans sa petite ville des États-Unis.
 Comme le titre l’indique, le garçon, Denny Brown ne connait rien du monde. Il ne connait pas l’origine du nom de sa ville, ne sait rien de la mitose des cellules, ignore que Beethoven était sourd. Il ne comprend pas trop en quoi consiste le travail de ses parents, infirmiers, ni pourquoi la grande sœur d’un ami prend sa main dans la sienne. Les deux tiers du roman sont consacrés aux choses qu’il ignore.
 Un jour, un petit hasard a lieu. La sœur d’un ami, la jeune femme attrayante à la forte poitrine qui prend sa main silencieusement, contracte la petite vérole.
 Depuis cet événement, l’histoire se développe de manière tout à fait inattendue. Je le répète : comme ce n’est ni remarquable, ni méticuleux, ni étonnant, même si j’explique avec détail ce qui va se passer, beaucoup de lecteurs seront déçus. Je préfère donc ne rien expliquer pour l'instant. La seule chose claire, c’est que Denny Brown, qui mène, main dans la main, la jeune fille, victime de vérole, dans la salle de bain, touche la partie la plus profonde de l’esprit humain. À cet instant, le garçon qui ne savait même pas que Beethoven était sourd, apprend une chose inexplicable qui n’est mentionnée dans aucun manuel scolaire.
 Elisabeth Gilbert a sauvé un petit miracle de la vie quotidienne qui aurait disparu sans que personne ne le découvre. Elle a accompli cet acte seulement en quelques pages. En relisant et relisant cette nouvelle, à la fois émue et déconcertée, je murmure : « Qu’est-ce que c’est que ça……. ».
 Je pense que le travail des écrivains n’est pas de créer un miracle, mais de le découvrir. C’est aussi l’un des critères qui, pour moi, définissent un bon roman.
 On me demande souvent si je suis plus forte pour le roman ou pour la nouvelle. Je ne suis forte ni pour l’un ni pour l’autre. Que ce soit un roman ou une nouvelle, écrire une histoire est toujours difficile. Je ne peux vraiment pas répondre que je suis forte pour l’un ou l’autre. Cependant, s’il y a des gens qui pensent qu’une certaine technique est nécessaire pour écrire une nouvelle, je pense que c’est faux. Écrire une histoire que l’on a découverte, c’est la chose unique et la plus importante.
 Lorsque j’ai du mal à écrire et que je souffre, je vais à la fontaine de mon jardin, et j’ouvre la serrure de mon coffret à bijoux. J'immerge mon secret dans le fond de la fontaine et je me remets à écrire la suite de mon histoire. C’est ainsi que je continue à écrire.

jeudi 20 septembre 2018

''Privée de la parole'' Yoko Ogawa


 Rien n’est plus misérable qu’un écrivain que l’on a privé de la parole, me dis-je chaque fois que je voyage à l’étranger. Même si le réceptionniste d’un hôtel me parle affablement, je ne peux lui dire que le minimum en quelques mots. Au restaurant, je choisis un plat intuitivement et je commande en l’indiquant du doigt.
 Je pense que même si je leur disais que je gagne ma vie avec les mots, ils ne me croiraient pas. Après tout, ils n’ont rien à faire de romans écrits en japonais.
 Même les romans que j’ai écrits passionnément perdent leur sens au moment où je prends l’avion et quitte le Japon. Ils sont si fragiles, incertains et éphémères.
 Il y a quelques années, on m’a invitée à un festival de littérature qui a eu lieu à Saint-Malo, en Bretagne, en France. On m’a dit qu’il n’y aurait rien de formel comme une conférence ou un symposium et que je pourrais y aller en touriste sans avoir besoin d’être préparée.
 C’était un événement beaucoup plus important que je ne l’imaginais. Environ cent écrivains (je pense qu’ils étaient écrivains) y assistaient. La plupart d’entre eux parlaient le français. Ils étaient séparés en trois ou quatre groupes. Parler librement de littérature devant un public sous la direction de l’animateur était le style de ce festival.
Toutefois, je ne peux pas l’affirmer. Il se peut qu’ils parlaient de problèmes qui n’avaient rien à voir avec la littérature. Je ne pouvais qu’imaginer parce que tout se déroulait en français. Chaque fois que je revenais à mon hôtel, couchée sur le lit, je regardais la brochure, mais je n’ai finalement compris ni le thème du festival ni la raison pour laquelle j’étais invitée.
 Pendant que je tournais des pages de la brochure ainsi, j’ai découvert mon nom sur la liste des conférenciers du lendemain après-midi.
 J’ai encore la gorge séchée lorsque je me rappelle la frayeur éprouvée à ce moment-là. Personne dans l’audience ne comprenait le japonais. Il n’y avait pas d’interprète. L’animateur ne parlait que le français. Dans cette situation, que pouvais-je faire ?
 J’étais totalement impuissante. Je suis montée sur la scène dans le seul but de montrer mon impuissance au public. J’ai écrit des romans et j’en écrirai toujours : cette vérité était la seule chose sur laquelle je pouvais compter.
 Finalement, j’ai parlé en japonais. J’étais désespérée et j’ai dit sincèrement et sans aucune hésitation ce que mes romans signifiaient pour moi. L’audience m’a écoutée passionnément. Personne ne se détournait. Il y avait même des gens qui hochaient la tête. Après avoir dit tout ce que j’avais à dire, je suis descendue de la scène. Je me sentais très bien.

samedi 15 septembre 2018

''Les mathématiciens et la beauté" Yoko Ogawa


 « La gloire et l’échec des génies : la vie des mathématiciens historiques » est un livre sur les mathématiciens en tous temps et en tous lieux que Monsieur Masahiko Fujiwara a écrit du point de vue chaleureux d’un homme de la même profession. Si on lisait ce livre, même ceux qui n’aiment pas les mathématiques seraient attirés par les mathématiciens, en comprenant combien les fardeaux qu’ils portent malgré leur talent sont immenses.
 Par exemple, on peut dire que Mozart est un génie aimé par le dieu de la musique. De même, les mathématiciens prodigieux sont des gens qui vouent un amour éternel envers Dieu. Même s’ils sont cruellement repoussés, ils ne cessent de chercher de beaux théorèmes et s’agenouillent devant leur Dieu. L’être humain qui mène une existence instable et changeante, peut trouver la vérité éternelle dans le monde des mathématiques.
 La découverte est née quand le dévouement des mathématiciens a atteint son apogée. Toutefois, lorsque leur passion a pour objet un être humain, se produit de temps à autre une tragédie. Au XIXème siècle, Hamilton, surnommé le « nouveau Newton », a aimé durant plus de trente ans une seule femme, son premier amour, sans que cet amour soit jamais récompensé. Au comble du désespoir, il a embrassé le plancher sur lequel elle se tenait lorsqu’il l’avait rencontrée.
 Par ailleurs, Turing qui a décrypté les codes de l’Allemagne nazie et qui a inventé la base de l’ordinateur, est tombé amoureux d’un camarade. Il a même aimé la terre que ce garçon foulait. Mais ce dernier est mort de tuberculose.
 Lorsque je pense au fait que la raison de l’être humain a remporté la victoire dans les souffrances d’embrasser le plancher et d’aimer la terre, je ne peux m’empêcher de chérir les mathématiciens.

lundi 3 septembre 2018

''J'aime les personnes qui lisent'' Yoko Ogawa


 J’aime regarder les gens qui lisent. Autant que j'aime lire moi-même. À la fenêtre des cafés, aux tables des bibliothèques, sur le quai des gares, sur les bancs des parcs, chaque fois que j’aperçois quelqu’un qui lit, je le regarde.
 Lorsque j’étais lycéenne, je rêvais d’aller à l’école en train. Ça aurait été vraiment merveilleux si j’avais pu lire à loisir dans le train qui me conduisait à l’école. Mais en réalité, j’y allais en vélo. Les jours de pluie, en faisant tomber les gouttes de mon imperméable, les jours où il faisait chaud en été, chancelante, accablée par la chaleur, je pédalais tous les jours.
 Je ne sais pas si c’est parce que je traîne toujours ce rêve inachevé. Même aujourd’hui, lorsque je prends le train, je cherche des lycéens qui lisent. J’ai l’impression que leur nombre diminue chaque année. La plupart des lycéens regardent leurs portables plutôt qu’un livre.
 Mais c’est pour cela que lorsque je découvre un lycéen qui répond à mon attente, je suis heureuse et je ne peux m’empêcher de le regarder.
 Ce lycéen qui a encore les traits d’un petit garçon a des goûts plutôt mâtures. Il lit « De sang-froid » de Capote. Comme le col de son uniforme est encore neuf, je suppose qu’il est en première année. Il n’est pas très musclé. Ses membres sont longs et minces, et ses lèvres sont serrée. Ce n’est pas le type de garçons qui s’inscrit à un club de sport. Il n’attire pas particulièrement l’attention des gens, et il est calme, mais il a un ami dans une autre classe avec qui il peut parler franchement. Il parle de livres seulement avec cet ami.
 S’il lit « De sang-froid », il a dû déjà finir « Les Domaines hantés ». Va-t-il prêter ce « De sang-froid » de poche à cet ami ou le lui a-t-il emprunté ? Quoi qu’il en soit, maintenant il est en train d'affronter une violence irraisonnée, dissimulée en lui……..
 La lycéenne là-bas semble étonnement mâture. Ça ne veut pas dire qu'elle ait l'air vieille. L'ombre de ses yeux a l’air disproportionnellement pensive par rapport à son âge. Elle lit « Nine Stories » de Salinger.
 La porte-clef d’une mascotte attachée au fermeture éclair de son sac et une épingle sur sa mèche laissent voir qu’elle est encore au lycée. Cependant, elle dégage une sérénité absolue. Elle porte des socquettes blanches à bord replié. Elle n’a même pas mis de crème à lèvres. Elle a de bonnes notes à l’école, mais elle n’est pas prétentieuse. Avec son regard pensif, elle devine les contradictions que cachent ses professeurs et son école.
 Elle pourra comprendre le suicide de Seymour orné du jaune du « poisson-banane ». Elle pourra pleurer la mort de l’ami invisible de Ramona, Jimmy Jimmereeno…….
Ainsi, mon observation va loin et mon imagination s’envole à mon insu. Les personnes qui lisent libèrent toujours mon imagination.
 Il y a longtemps, à l’époque où j’allais à l’université, près du campus, il y avait un restaurant qui servait des shôgayaki délicieux. Un jour, assise au comptoir de ce restaurant, tandis que je lisais en attendant mon repas, un garçon à côté de moi m’a adressé la parole.
« Est-ce ‘’ Man'yōshū’’ ?
- Oui.
- Qui est votre préféré ?
- Nukata no ôkimi.
- Moi aussi ».
 La conversation s’est terminée. Peu après, on m’a apporté mon shôgayaki.
 Cet échange de quelques secondes m’a fait une forte impression. Deux étudiants passionnés de littérature se rencontrent. Ils deviennent proches grâce à « Man'yōshū ». Il n’y a pas d’accessoire aussi élégant que ça. Au début, ils échangent juste des propos anodins. Quelques jours plus tard, ils se rencontrent de nouveau sur le campus. Et c'est là qu'une histoire d’amour passionnée commence…….À l’époque, j’étais obsédée par mon imagination débridée comme aujourd'hui.
 Depuis ce jours-là, en marchant dans le campus, j’ai cherché ce garçon qui m’avait parlé de « Man'yōshū ». Mais comme le campus était immense, ce n’était pas si facile. Évidemment, je n’ai pas cesser de fréquenter le restaurant. Au fur et à mesure que le temps passait, mon imagination se gonflait et s’intensifiait.
 C’est sur la longue pente qui descend de la porte de la faculté des lettres que je l’ai enfin retrouvé. Je descendais, tandis qu’il montait.
« Ah », ai-je dit.
 Ou j’avais le cœur qui battait à grands coups et je ne pouvais rien dire. Je me suis arrêtée et j’ai regardé le garçon. Toutefois, il est passé à côté de moi sans se rendre compte de ma présence.  
 Je m’amuse encore à imaginer ce qui se serait passé si seulement j’avais eu le livre à la main à ce moment-là.


vendredi 17 août 2018

''La princesse et le mensonge'' (extrait) Yoko Ogawa


 Lorsque j’allais à l’école, je feignais souvent d’être malade. Le plus souvent, c’était pour ne pas aller à l’école. Il m’arrivait aussi de faire semblant d’être malade après le déjeuner pour rentrer chez moi. J’éprouvais un sentiment spécial quand je traversais toute seule la cour, en entendant des élèves réciter la table de multiplication ou jouer de la flûte à bec. C’était comme si le bruit que faisait ma trousse dans mon sac à dos avait un sens important, ou comme si j’étais devenue un peu plus adulte.
 Parmi mes camarades, il y avait une fille qui disait des mensonges extravagants avec lesquels mes prétendues maladies ne supportaient pas la comparaison. L’un de ses mensonges les plus impressionnants, c’était :
« Mon cousin est ami des Beatles ».
 Ni de John ni de Paul mais ami des Beatles. C’est adorable. Elle disait qu’il les avait rencontrés lorsqu’il faisait ses études aux États-Unis.
« Mais les Beatles sont anglais », a dit une autre fille discrètement, sans avoir l’air de la critiquer.
« Euh, donc, il a rencontré les Beatles pendant leur tour aux États-Unis », nous a-t-elle expliqué tout de suite.
 Je pense que tout le monde se rendait compte qu’elle mentait. Mais personne ne l’accusait en public. Au contraire, on avait peur de faire remarquer les contradictions de ses histoires, et on prenait garde à ne pas chercher trop loin. Chacun gérait ses mensonges à sa façon. Et la fille elle-même, qu’elle le sache ou non, se comportait comme si de rien n’était.
 Je ne me rappelle plus à quelle occasion, mais un jour, elle m’a proposé d’aller voir sa véritable maison. Selon elle, le logement qu’elle habitait actuellement était provisoire, et la résidence occidentale de trois kilomètres carré qui se trouvait en banlieue était sa véritable maison.
 Nous avons marché longtemps et traversé une passerelle. Nous sommes passées à côté d’un sanctuaire. Bien qu'ayant quitté la circonscription scolaire, nous soyons arrivées à une ligne de chemin de fer, on ne voyait nulle part la maison qu’elle avait décrite. Elle gardait son sang-froid, mais je m’inquiétais de plus en plus en me demandant si elle serait obligée d’admettre son mensonge. Le crépuscule approchait. Faire semblant d’être dupée était beaucoup plus facile que d’avoir la cruauté de lui faire remarquer qu’elle mentait.  
 Pendant que nous longions les rails, un vacarme effrayant s’est fait entendre et nous nous sommes retournées. Écrasé par une voiture, un homme d’un certain âge était couché au milieu du chemin. En peu de temps, les badauds se sont rassemblés, mais nous avions trop peur pour nous approcher. J’ai vu, à travers la foule, une chaussure de cuir noir à moitié enlevée.
 Naturellement, nous avons rebroussé chemin.
« J’irai à ta vraie maison la prochaine fois », ai-je dit, et elle a hoché la tête.
 Je me demande comment elle aurait fait apparaître la maison occidentale de trois kilomètres carré si rien ne s’était produit. Ou l’accident de voiture faisait-il aussi partie de son scénario ?
 Je ne sais pas ce qu’elle est devenue plus tard. Si ce n’est pas pour tromper les gens, et c’est pour échapper à la réalité, j’espère que le mensonge lui sert à quelque chose.

mardi 14 août 2018

''Fuveau et le voleur de fontaines'' Yoko Ogawa


 Ça s’écrit ‘’Fuveau’’ mais je ne sais toujours pas comment ça se prononce. En septembre 2003, invitée à participer à un festival de littérature, je suis allée à Fuveau, un village de France.
 Si je reçois une invitation comme celle-là, j’accepte souvent sans bien réfléchir ni au thème ni au programme ni aux autres invités parce que ça a l’air intéressant et que j’ai du temps libre. De toute façon, même si j’ai envie d’examiner le contenu, je n’arrive pas à lire la lettre d’invitation à cause de mon ignorance de la langue.
 Avec ma traductrice Rose-Marie, j’ai pris le TGV à Paris. À la gare d’Aix-en-Provence, un homme affable qui allait parfaitement bien avec le soleil du Sud de la France, était venu nous chercher. Il a mis nos valises dans le coffre de sa voiture, et nous a conduit jusqu’à l’hôtel, en nous racontant l’histoire du village remontant jusqu’à la période glaciaire, en indiquant du doigt des fleurs sur le chemin et en s’inquiétant pour la météo du lendemain. Je pensais que c’était un employé de l’office du tourisme, mais il s’est avéré que c’était en fait le maire du village, l’organisateur en personne de ce festival, ce qui m’a étonnée. En même temps, j’étais rassurée en me disant que c’était sans doute un festival détendu et peu cérémonieux si le maire lui-même prenait le volant pour nous.
 Fuveau se trouve à vingt ou trente minutes en voiture d’Aix-en-Provence et de Marseille. C’est un petit village sur une colline, comme le laisse deviner l’expression ‘’petit village’’. La rue principale n’a que quelques dizaines de mètres. Il y a de charmantes maisons en pierre dans un bois d’oliviers. Au loin, s’étend l’arête de la Sainte-Victoire que Cézanne aimait.
 Le festival a eu lieu dans une sorte de salle de réunions au centre du village. Comme le thème principal était le « Japon », elle était décorée de dessins de sumo, de kimonos et de bambous. Ils n’étaient pas très raffinés et un peu étranges, mais j’y ai vu l’intention des organisateurs d’accueillir chaleureusement les écrivains venus d’un pays lointain. L’animatrice, dont les cheveux roux coupés court étaient adorables, était l’épouse du maire.
 Pendant les trois jours du festival, nous, les écrivains japonais avons participé à des symposiums et avons fait une séance d’autographes. Nous avons aussi visité l’école du village. Mais ce qui reste gravé dans mon esprit, ce n’est pas ce que j’ai fait, mais ce que les villageois ont fait pour nous.
 Par exemple, pendant la séance d’autographes qui a eu lieu dans le boulevard sous des tentes, des volontaires qui s’occupaient de la vente des livres, de l’argent et même de la distribution des boissons, sont restés près de chaque écrivain. La personne qui s’est occupée de moi était une petite femme d’un certain âge, élégante et calme. Elle semblait participer à ce festival tous les ans. L’air timide, elle m’a dit : « Je suis fière d’aider les écrivains ». De plus, elle a pris mes romans traduits en français sur la table et m’a dit « J’ai lu ceci, cela aussi ».
 Non, je ne suis pas une romancière que vous deviez être fière d’aider, aurais-je voulu dire, mais comme je ne connaissais pas la langue, j’en étais réduite à répéter « Merci, merci ». Le plaisir d’avoir une personne qui ne parle pas la même langue que moi comme ma lectrice est immesurable. Cette volontaire m’a donné confiance en moi.
 C’est une entreprise qui nous a prêté des voitures pour faire les aller-retours entre l’hôtel et l’endroit où se tenait le festival. Ce sont des jeunes gens qui apportaient les livres dans le hall. Les interprètes étaient des étudiants qui avaient fait des études au Japon, ou des étudiants japonais des universités proches du village. La bonne volonté d’innombrables personnes réunies par amour de la littérature était ce qui soutenait le festival de ce petit village.
 Le déjeuner était encore plus intéressant. À l’heure venue, les volontaires, les employés du maire, les écrivains, le maire et son épouse prenaient des bus qui roulaient sur un sentier si étroit que des branches d’olivier frottaient contre les vitrines, pour aller au bout du village. Là-bas, il y avait une grande maison qui semblait appartenir à un grand propriétaire terrien. Nous allions déjeuner dans son jardin.
 Dès qu’on entrait dans le jardin, on apercevait une fontaine. À la surface de l’eau vert foncé se reflétait l’ombre du sommet de platanes. L’eau qui jaillissait du fond faisait des ronds. Des feuilles mortes et des branches coulaient lentement. Si on regardait bien, on voyait que de petits poissons nageaient dans la lumière tamisée.
 La fontaine ressemblait à une créature. C’était la première fois que je voyais une véritable fontaine. Un long moment, je suis restée clouée là où elle baignait dans un rayon de lumière.  
 La propriétaire de la grande maison avait des cheveux magnifiques, tout blancs. Je pense qu’elle prêtait sa villa pour le festival chaque année.
 Elle portait une veste classique en tweed. Les cheveux blancs courbés vers l’intérieur, elle nous a accueillis une canne à la main. J’étais désolée parce que j’étais habillée pour le voyage, un T-shirt et un pantalon.
« Cette fontaine est magnifique », n’ai-je pu m’empêcher de lui dire.
 La dame a serré sa canne plus fort et hoché la tête deux ou trois fois. Elle semblait habituée à ce que l'on lui fasse des compliments sur la fontaine. Elle avait hoché la tête plusieurs fois sans déranger un cheveu de sa coiffure.
« Récemment, un voleur de fontaines a failli la dérober », a marmonné la dame.
« Eh, un voleur de fontaines ?
- Oui. Nous l’avons attrapé de justesse ».
 En fait, je comprenais que l'on ait envie de voler une fontaine aussi belle, mais qu’est-ce qu'un voleur de fontaines…….
 À ce moment-là, on nous a dit que le déjeuner était servi, et j’ai perdu l’occasion de demander la signification de cette expression.
 « Venez ».
 En agitant des feuilles de platanes sur la terre avec sa canne, la dame a marché devant nous.
 Une lumière tamisée jouait sur la nappe. Une abeille s’était posée sur le bord d’un verre et de ci, de là, on entendait des rires. De ma place, je pouvais voir le dos courbé de la propriétaire. Je pense qu’elle riait aussi.
 À la fin du déjeuner, le cuisiner d’un restaurant et son fils sont venus saluer les invités. Le garçon n’avait encore qu’environ douze ans, mais comme il avait bien travaillé pour aider son père, tout le monde a applaudi pour le remercier.Tous les participants ont signé leur nom sur sa toque.
 Plus tard se souviendra-t-il parfois de ce déjeuner formidable de septembre, en regardant ces signatures en kanji ? N’oubliera-t-il pas ces romanciers venus du Japon, un pays lointain, dans ce petit village ?
 À partir du paysage de Fuveau et des mots de la dame ‘’voleur de fontaines’’, j’ai écrit « L’Enterrement de Brahman ». Je l’ai écrit avec l’intention de remercier les habitants du village. Je suis heureuse d’être écrivain et de transformer en romans mes précieux souvenirs.

mercredi 8 août 2018

''Le Salinger écrit à la main'' Yoko Ogawa


 Il y a longtemps, à l’époque où je travaillais en tant que secrétaire dans un hôpital universitaire, dans le bâtiment des expériences animales, il y avait une assistante de recherches qui aimait de tout son cœur « L’Attrape-cœurs ». Son obsession n’était rien d’autre que ce que l’on pourrait qualifier d’amour.
 Je l’ai rencontrée pour la première fois dans le bureau d’un professeur qui enseignait la littérature pour le cours de culture générale. Je ne me rappelle plus pourquoi j’y suis allée, mais lorsque je suis arrivée, l’assistante était déjà assise sur le canapé. L’expérience animale et le cours de littérature n'avaient sans doute aucun rapport. Visiblement, il leur arrivait souvent de causer d’un air décontracté.
 Les professeurs qui ne portaient pas de blouse blanche étaient rare à la faculté de médecine. Dans ce sens, il faisait déjà partie des rares professeurs qui attiraient mon attention. Mais il m’a surtout fait une forte impression parce qu’il avait mis un vieux piano allemand dans son bureau. L’air pensif, il marchait en baissant un peu la tête ; il avait glissé ses mèches trop longues derrière les oreilles ; il parlait d’une voix de baryton ensorcelante et limpide.
 Quant à elle, maigre comme un oisillon, elle était de taille si modeste que même la blouse blanche la plus petite était trop grande pour elle. Sa blouse blanche était toujours tachée, sans doute par les liquides organiques des animaux de laboratoire.
 Un jour, je déjeunais avec elle à la cantine. Elle m’a demandé ce que je pensais de « L’Attrape-cœurs ». « Ah, c’est l’histoire un garçon qui se révolte contre les adultes », ai-je répondu. Je n’ai jamais oublié son expression quand elle m’a répliqué avec passion.
« Non, ce n’est que l’étiquette que les adultes ont collée à Holden. C’est le type d’adultes qu’il déteste le plus », a-t-elle dit.
 J’ai été étonnée lorsqu’elle a sorti « L’Attrape-cœurs » de la poche de sa blouse. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander si elle la portait toujours sur elle.
« Eh, oui », a-t-elle répondu comme si de rien n’était. Avec le programme des expériences, des photos de tumeurs et les clefs des cages, ce livre se trouvait toujours dans sa poche.
 Selon elle, Holden n’est pas du tout le symbole du garçon innocent qui se révolte contre la société et qui est blessé, mais c’est une personne qui a atteint déjà la maturité malgré ses seize ans, de sorte qu’il est plus mûr que les adultes. Ce qu’il affronte ne se trouve pas à l’extérieur, mais en lui. Comme preuve, l’auteur Salinger refusait de sortir des murs qu’il avait construits lui-même.
 Le plus important, c’était la mort d’Allie. Puisque Holden a appris la mort de son petit frère, il peut trouver un sens à la vieille couverture Navajo de son professeur d’histoire, et il se sent triste quand il voit une personne avec une valise bon marché, qu’il suspend la robe de la prostituée à un cintre et qu’il pense à la nonne qui n’entrera jamais dans un restaurant chic.
 Nous passions souvent la pause du midi sur le toit de l’hôpital. De temps en temps, elle lisait à haute voix quelques passages d’une voix frêle comme son corps. Son épisode préféré, c’était celui du poème écrit sur le gant de base-ball gaucher d’Allie à l’encre verte.
« Qui pourrait avoir l’idée d’écrire un poème sur un gant de base-ball ? a-t-elle dit. Quand il n’y a personne dans le champ de batteurs et qu’aucune balle ne vient, Allie lit ce poème. Mais il meurt de leucémie. Et ce gant est la seule chose qui reste à Holden ».
 C’était aussi sur le toit pendant la pause de midi qu’elle m’a dit un jour quelque chose d’inattendu.
« Je pense offrir un cadeau au professeur pour son anniversaire. Qu’en penses-tu ? ».
 Je savais qu’elle avait rencontré le professeur quand elle lui avait demandé de traduire en anglais sa lettre d’admiratrice à Salinger, et qu’elle ne cessait de fréquenter son bureau depuis lors. « Ça lui plaira, je pense », ai-je répondu sans réfléchir. Mais lorsqu’elle a parlé de son cadeau, j’ai honnêtement été gênée.
« Je vais transcrire toutes les pages de ‘’L’Attrape-cœurs’’ à la main. Je vais les relier et offrir au professeur ».
 Cela prendrait beaucoup de temps. D’ailleurs, on pouvait acheter le livre en librairie. Je n’étais pas vraiment sûre que ce cadeau plairait au professeur. Mais finalement, j'ai préféré me taire. J'ai essayé de me convaincre que ce genre de coutume existait sans doute en Occident.
 Une fois, elle m’a montré son travail dans sa pièce de la résidence des employés. Il n’y avait rien sur son bureau en face de la fenêtre, sauf les objets nécessaires à la fabrication de son cadeau. Il y avait l’édition de Hakusuisha de « L’Attrape-cœurs » et un presse-papier en verre à gauche. À droite, il y avait une liasse de feuilles de la couleur olive, un stylo et des buvards. De la qualité des papiers qu’elle a commandés spécialement à Maruzen, de la couleur de l’encre, la taille de la plume du stylo au nombre de caractères dans une page, tout était soigneusement calculé. C’était la forme qu’elle considérait idéale pour « L’Attrape-cœurs ». Son écriture était plus forte que ce à quoi faisait penser son corps, mais les pleins et déliés avaient de la douceur. Tous les caractères étaient parfaitement alignés, ce qui m’a fait imaginer à quel point sa concentration était profonde. À ce moment-là, elle en était à la moitié du chapitre vingt, à la scène où Holden fait tomber et brise le disque qu’il a acheté pour sa petite sœur.
 Elle a préparé des pancakes pour moi. Je les ai mangés dans un coin du lit, loin de la fenêtre, pour ne pas salir « L’Attrape-cœurs ».
 Je ne sais pas si elle a pu achever son cadeau. Un jour, elle a tout à coup quitté son travail sans me dire au revoir. Selon les rumeurs qui couraient au secrétariat, elle avait eu des ennuis.
 La dernière fois que je l'ai vue, c'était devant les placards à chausseurs dans l'entrée des employés. Elle ne portait pas de blouse blanche, mais ses vêtements de deuil.
« Je vais à la cérémonie qui a lieu au temple pour les animaux morts », s’est-elle dépêchée de me dire, et elle a couru jusqu’à l’arrêt de bus. Je n’ai pas eu le temps de lui poser des questions sur son « Attrape-cœurs ».
 Depuis lors, chaque fois que j’entends dire qu’un fan qui a tenté de franchir les murs de la maison de Salinger a été arrêté, je me souviens de l’assistante en deuil.

jeudi 2 août 2018

''Le mot de la fille'' Yoko Ogawa


 En 1972, invité à l’université du Michigan, un jeune mathématicien japonais a traversé la mer pour tenter sa chance aux États-Unis. Il ne le cédait à personne en matière de mathématiques. Sa première conférence a eu beaucoup de succès. Toutefois, avec l’arrivé du rude hiver, il s’est senti seul et a eu le mal du pays. Ses recherches stagnaient. L’impatience devenue sentiment d’échec l’accablait.
 Il est parti en voyage en quête du soleil de Floride pour se changer les idées. Pendant qu’il regardait la mer à West Palm Beach, il a rencontré une fillette d’environ dix ans, Celina, qui jouait toute seule avec du sable.
« Sais-tu ce qu’il y a au-delà de cette mer ? », lui a-t-il demandé.
Celina lui a répondu d’un seul mot : 

« Horizon ».

 Les yeux de la fillette étaient d’un bleu profond, tout comme la mer.
 Tout à coup, ému par les résonances de ce mot, et il a eu envie de pleurer. Le mot de la fillette, comme si elle acceptait le monde tel quel sans être prisonnière des connaissances, était beau.
 En peu de temps, il a repris des forces. Il a poursuivi sa carrière aux États-Unis. Plus tard, ce mathématicien, Masahiko Fujiawara a raconté cet épisode dans son livre : « Les États-Unis d’un jeune mathématicien ».
 Ce qui a sauvé son talent mathématique à ce moment-là, c’était sa vive sensibilité. Le mot d’une petite fille qui l’a ému.

mardi 31 juillet 2018

''La collection de Matthieu'' Yoko Ogawa


 Une amie m’a fait monter dans sa voiture à Arles. Sur les sièges, des noix, des pierres et des coquilles d’escargots étaient éparpillés. « Je suis désolée. Tout ça, c’est la collection de mon fils », a-t-elle dit. En faisant attention à ne rien abîmer, elle a rangé d’un air habitué pour me faire de la place.
 Je me suis rendu compte que divers objets tels que des branches de lavande, des morceaux de carrelage et une chaîne rouillée se trouvaient à mes pieds.
Le propriétaire de la collection, Matthieu, trois ans, ne peut s’empêcher de ramasser tout ce qu’il trouve intéressant sur son chemin. Sans se lasser, il contemple sa collection en la touchant ou en mettant sous le soleil.
 Ayant écouté cette histoire, j’ai constaté qu’il y avait là en effet, une saveur particulière et que cette collection ne pouvait être simplement qualifiée de bric-à-brac. Les pierres étaient si lisses que j’avais envie d’y frotter ma joue. Sur les coquilles d’escargots se dessinaient des spirales mystérieuses.
 Dès que je suis entrée chez mon amie, Matthieu a couru vers moi. J’ai caressé sa petite tête, en lui murmurant « Combien d’histoires caches-tu ici ? ».
 Son cadeau était une libellule empaillée, morte sur une branche d’olivier. J’imagine que c’était un objet particulièrement précieux dans sa collection. Je l’ai mise dans la petite boîte où se trouvait la sucette de Matthieu et je l’ai apportée au Japon.
 Maintenant la libellule demeure sur mon bureau.

samedi 28 juillet 2018

''La maison d'édition d'Arles'' Yoko Ogawa


 Le premier pays qui a traduit et a publié un de mes romans, c’est la France. Il y a presque dix ans de cela.
 Même si j’écris des romans en japonais, il est peu probable qu’ils seront lus à l’étranger. La littérature japonaise ne peut pas aller à l’étranger aussi facilement que la littérature étrangère vient dans mon pays. En littérature, cette importation excessive dure depuis longtemps.
 C’est pourquoi je ne peux que me réjouir de ce que mes œuvres sont publiées en France depuis dix ans, bien que je n’écrive pas de best-sellers. Je le dois à la rencontre avec ma traductrice et une merveilleuse maison d’édition.  
 Ma maison d’édition s’appelle ACTES SUD. Le siège se trouve à Arles en France. Comme le montre le fait qu’il n’est pas à Paris, c’est une petite maison d’édition. Mais je pense qu’elle était capable de découvrir les romans d’un pays de l’Extrême-Orient et de les traiter avec égards parce qu’elle n’est pas très grande.
 En septembre 2003, j’ai eu l’occasion de visiter Arles. La maison d’édition se trouve dans le centre-ville qui était tout à fait tranquille contrairement à ce que j’imaginais. Devant elle coule lentement le Rhône.
 Elle se trouve dans un bâtiment du Moyen-âge (comme la plupart des maisons d’Arles), le rez-de-chaussée est occupé par un restaurant, un cinéma et une galerie. Le bureau se trouve au-dessus. Non seulement la publication des livres, mais aussi les éléments culturels d’Arles semblaient concentrés dans ce bâtiment.
 Ce qui est unique, c’est qu’il y avait un sauna arabe au fond du restaurant. Je buvais un thé, et quand j’ai levé la tête, j’ai aperçu un homme en peignoir derrière les rideaux. Il avait mis une serviette de bain autour de sa tête comme un turban et lisait tranquillement un livre.
 Un homme qui lit en prenant le frais dans un sauna à côté d’une librairie au rez-de-chaussée d’une maison d’édition. Ce paysage m’a plu. Je ne sais évidemment pas ce qu’il lisait. Toutefois, où que ce soit, une personne qui lit un livre est toujours belle.
 Lors de mon séjour à Arles, le PDG et son épouse m’ont invitée à déjeuner. Leur maison se trouvait à quinze minutes du centre-ville en voiture, au beau milieu des champs de tournesols. C’était une maison magnifique qui, selon eux, est une ancienne ferme construite à l’époque de la Révolution française. Un grand jardin l’entourait ; il y avait un bois d’oliviers. Du lierre couvrait entièrement la maison entière en pierre dans laquelle avait pénétré le temps. Le vent soufflant de la Méditerranée agitait doucement leurs feuilles des arbres.
 Le PDG est Monsieur Hubert Nyssen. Il a monté son entreprise avec seulement cinq personnes. Ainsi, il a créé ACTES SUD et l’a développé. Ses cheveux sont tout blancs, mais il a l’air jeune avec sa chemise bleue et une écharpe de la même couleur autour du cou. Son épouse, Christine, est la traductrice de Paul Auster.
 Ce qu’elle a préparé pour moi, c’était une cuisine chaude faite à la maison. Comme dessert, elle a servi des framboises de son jardin. De la porte de la salle à manger laissée ouverte soufflait le parfum des plantes. De temps en temps, le carillon d’une église sonnait au loin. J’ai beaucoup parlé des romans japonais et de ma langue maternelle. Pendant que je mangeais avec un tel entrain qu’on m’a proposé de reprendre des plats, un vieux labrador dormait à nos pieds.
 Après le déjeuner, Monsieur Nyssen m’a fait visiter son bureau au premier étage. C’était peut-être une pièce d’environ vingt tatamis. Trois murs étaient entièrement couverts de livres jusqu’au plafond. De la fenêtre en arche face au sud, on pouvait voir le bois d’olivier. Dans un coin de la table était abandonné un jeu et Le Monde qui avait l’air récent comme s’il venait de découper la rubrique de littérature. C’était une pièce qui permettait de comprendre la personnalité de son propriétaire.
« On a commencé par là », a dit Monsieur Nyssen en indiquant du doigt l’autre côté de la fenêtre. Selon lui, c’était une ancienne étable.
« Je veux publier de bons livres. Nanti de cette seule passion, j’ai commencé dans cette étable ».
 Sans orgueil, le timbre de sa voix disait sa fierté.
« J’ai tous tes livres ici, a-t-il dit en indiquant les étagères de la pièce. Il y a dix ans, tu étais totalement inconnue en France. Mais aujourd’hui, beaucoup de Français lisent tes romans. Même si tu n’écris plus jamais de livre, tes œuvres demeureront pour toujours. C’est cela mon travail ».
 Le cœur remplie d’émotion, je ne pouvais que répéter « Merci… ». J’ai pensé au long trajet que mes romans, écrits dans ma petite pièce, ont suivi jusqu’à ce qu’ils arrivent dans le bureau de Monsieur Nyssen à Arles. J’ai eu envie de remercier tous les amateurs de littérature qui ont contribué à la création de mes romans.

lundi 23 juillet 2018

''Okunai-sama'' Yoko Ogawa


 Récemment je sens souvent que je ne suis plus jeune.
 Je monte au premier étage pour chercher un livre ; je me rends compte qu’il fait nuit ; je ferme les rideaux et je descends. Environ quinze minutes plus tard, je me souviens du livre. Si je me frotte le visage, une étrange poudre blanche tombe. Je relis « La Ballade de l’impossible » et je découvre que je m’identifie non à Midori ni à Naoko mais à la femme d’un certain âge qui beaucoup de rides, Madame Reiko. Les ongles de mes petits orteils se rapetisse de plus en plus. Je dis chaque fois au jeune livreur de la coopérative de consommation : « Sois prudent ».
 Mais ce qui me gêne le plus, c’est la baisse de ma capacité de concentration. Plus j’écris de romans, plus je suis censée maîtriser ce métier, mais en réalité, c’est tout le contraire. Chaque année, j’ai du mal à rester assise devant mon manuscrit. J’écris quelques lignes, puis je me lève. Je tourne dans la pièce ; j’écris de nouveau quelques lignes, puis je reprends ma promenade. Je flâne inutilement comme si je luttais contre mon métabolisme qui ne cesse de baisser.  
 Évidemment, mon travail devient de moins en moins efficace. Je mets trois ou quatre jours pour un manuscrit que j’aurais pu achever en une journée si j’avais été plus jeune. Je ne peux même pas imaginer quand je pourrai terminer mon long roman.
 À ce rythme, je ne pourrai pas finir dans les délais. Je ne pourrai plus jamais écrire de roman, me dis-je encore et encore en travaillant.
 Toutefois, curieusement, je finis toujours par achever mon travail dans les délais. C’est toujours tout juste, mais je peux quand même terminer sans causer de souci à quiconque.
 Lorsque je réalise que j’en suis au dernier chapitre que je croyais ne jamais voir venir, ma réaction est étrange. Je n’arrive pas à croire que je l’ai écrit et je regarde autour de moi. Je ne sais plus comment j’ai achevé ce roman. Seule demeure la sensation de m’être promené dans mon bureau.
« Quelqu’un m’a-t-il aidée ? », me dis-je à voix basse. Si cette personne entendait ma voix, elle ne reviendrait plus jamais. Cette idée me fait chuchoter.

 Dans un épisode de « Tôno monogatari », un dieu qui s’appelle Okunai-sama aide à la plantation du riz. Lorsqu’il n’y a pas assez de monde pour planter le riz, un petit garçon apparaît soudain, travaille toute la journée sans manger, et part à la tombée de la nuit. On rentre chez soi et on découvre de petites traces de pas sur la véranda et on voit que la partie inférieure de la statue d’Okuna-sama, dans la pièce à tatami, est couverte de boue.
 Il doit y avoir un Okunai-sama près de moi. Pendant que je tourne dans la pièce, Okunai-sama s’assied devant l’ordinateur à ma place et tape sur le clavier. Toc, toc, toc……
 Si je pouvais rencontrer Okunai-sama, ne plus être jeune ne serait pas mal. Prendre de l’âge n’est pas un malheur.
 Mon père était atteint de démence à la fin de sa vie. Il ne me reconnaissait pas, moi, sa fille. Une infirmière lui a demandé : « Savez-vous qui c’est ? », et mon père a timidement répondu : « C’est ma petite sœur ».
 Moi qui oublie pourquoi je suis montée au premier étage, qui constate que les ongles de mes orteils sont déformés et que de la poudre blanche tombe de mon visage, je ne saurais me plaindre que mon père souffre de démence. Tout est dans l’ordre. Mon père, qui était toujours inquiet pour ses enfants et son petit-fils, est enfin libéré de ses soucis. C’est une bonne chose. Il a beaucoup de frères, mais pas de sœur. Peut-être aurait-il voulu en avoir une. Alors, je deviendrai sa petite sœur. C’est facile, me suis-je dit.
 À ce moment-là, mon livre venait d’être publié.
« …….o…….ite……to……..gu »
 Mon père l’a pris et a lu seulement les hiragana du titre, puis a tourné les pages.
« C’est moi qui l’ai écrit », ai-je dit.
 L’air étonné, mon père a levé les yeux.
« Ce livre, en entier ?
- Oui.
- Eh……. »
 Après un long silence, en tenant le livre, il a murmuré :
« Si on écrit autant, on meurt ».
 Bien qu’il ait oublié sa fille, il n’a pas oublié de s’inquiéter pour elle. Tant qu’on est vivant, il est difficile d’éviter les soucis.
« Je vais bien, ai-je dit en caressant son dos. Okunai-sama m’a aidée. »
 Mais mon père regardait toujours la couverture du livre qu’avait écrit sa fille.

vendredi 11 mai 2018

''La Réanimation de madame A'' Yoko Ogawa



 Ce matin, le ciel s’est illuminé. Quelques minutes plus tard, le fracas du tonnerre a retenti. Je croyais que le tonnerre arrivait toujours le soir ou la nuit. C’était étrange de voir le ciel matinal s’illuminer. Le tonnerre était toujours suivi d’un éclair avec un décalage considérable. Tantôt son fracas était faible, tantôt immense comme un grognement provenant des enfers. Un instant plus tard, il a commencé à pleuvoir. L’air frais apporté par la pluie était agréable parce qu’il faisait chaud ces derniers temps.

 Lorsque je suis sorti vers midi, j’ai vu un escargot rampant lentement sur l’herbe. On voit des escargots uniquement quand il pleut. Je me suis demandé où ils se cachaient d’habitude.

 Dans la soirée, j’ai fini la lecture de « La Réanimation de madame A » de Yoko Ogawa. Il s’agit de l’histoire d’une vieille dame russe. Elle vit dans une grande maison remplie d’animaux empaillés laissés par son défunt mari japonais. Son seul loisir est de coudre la lettre ‘’A’’ sur ces animaux, bien que tout le monde l’appelle ‘’Tante Yuri’’. Un jour, depuis la visite d’un homme étrange Ohara, les gens autour d’elle commencent à se demander si elle n’est pas la dernière survivante de la maison Romanov, la quatrième fille de Nicolas II de Russie, Anastasia, qui a dû être fusillée avec sa famille le 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg. Tante Yuri affirme qu’elle est la princesse Anastasia en personne et commence à raconter ses souvenirs de Russie à sa nièce, narratrice du récit et à son petit ami, Nico, qui souffre d’un trouble obsessionnel compulsif. Cependant, Tante Yuri ressemble également à une dame obsédée par l’histoire de la maison Romanov, car elle lit toujours passionnément « La Dernière famille de la dynastie Romanov et ses souvenirs » comme si elle tentait de s’identifier à Anastasia. Tante Yuri est-elle Anastasia ou une veuve démente ? Je me borne à dire que c’est un livre idéal pour un jour pluvieux comme aujourd’hui.

vendredi 2 mars 2018

''L'Enterrement de Brahman'' Yoko Ogawa


 Aujourd’hui, j’ai lu deux livres de Yoko Ogawa en japonais. Pourquoi les ai-je lus en japonais ? Parce que ces deux livres « Les souvenirs d’Anne Frank (Anne Frank no kioku) » et « L’enterrement de Brahman (Brafuman no maisô) » ne sont pas traduits en français.

« Les Souvenirs d’Anne Frank (Anne Frank no kioku) »


 Yoko Ogawa dit que « Le Journal d’Anne Frank » est un livre important depuis son enfance, et que sans Anne, elle ne serait sans doute pas devenue écrivain. À l’adolescence, influencée par cette fille mondialement connue pour son destin tragique, l’écrivaine japonaise a commencé à imiter et à tenir un journal, puis elle s’est mise à fabriquer petit à petit quelque chose qui ressemblait à des histoires et, si j’emprunte son expression elle ‘’s’est rendu compte à vingt-six ans qu’elle était devenue écrivaine’’.

 Avec son éditrice et une interprète d’allemand, Yoko Ogawa fait le pèlerinage sur la trace de la vie d’Anne Frank. Le voyage commence à Amsterdam où les Frank et une autre famille juive les Pels ont mené une vie secrète dans l’Annexe jusqu’au jour fatal. Après avoir rencontré deux personnes qui connaissaient personnellement Anne Frank, Jacqueline van Maarsen et Miep Gies, elles vont à Frankfurt pour visiter sa maison natale qu'habite aujourd'hui une autre famille. Ce voyage se termine par une visite à Auschwitz et à Birkenau où tous les habitants de l'Annexe ont succombé les uns après les autres, sauf le père, Otto.

 Depuis la publication du ‘’Journal’’, Anne Frank est devenue le symbole des victimes de l’Holocauste. D’autre part, elle fait encore l’objet d’attaques antisémites. En lisant cet essai, on comprend que le regard que Yoko Ogawa porte sur Anne Frank a quelque chose de plus profond et d’intime. Pour l’écrivaine, Anne est comme une amie de longue date, et d’une certaine manière, ce n’est pas faux, puisqu’elle lisait passionnément son journal depuis qu’elle avait le même âge que son auteur. Il est notoire que le rêve d’Anne était d’être écrivaine, et elle avait l’intention de publier son journal dès que la guerre serait finie. Je me demande quelles histoires elle aurait écrit si elle avait survécu à la guerre. Yoko Ogawa s’est-elle posé la même question dans l’Annexe où vivaient jadis Anne et sa famille ?


« L’Enterrement de Brahman (Burafuman no maisô) »


 ‘’Brahman’’ est un mot étrange. Il sonne anglais, mais ce pourrait être aussi un mot allemand ou un mot qui vient d’une langue nordique. En réalité, c’est un mot sanskrit dont le premier sens est ‘’énigme’’. Dans ce court roman de Yoko Ogawa, Brahman est le nom d’un animal inconnu que le héros ramasse un jour.

 À la lecture des descriptions de Brahman qui apparaissent de temps en temps, on comprend qu’il a le poil marron, les prunelles de la même couleur, une queue voyante et des palmures. Les gens manifestent souvent une réaction de rejet envers lui, ce qui permet de comprendre que son apparence a sans doute quelque chose de saugrenu. Cependant on ne sait jamais exactement à quoi il ressemble.  

 Tout est anonyme dans l’univers de ce roman. Le jeune homme qui est le narrateur, la fille du marchand de couleurs, le joueur de cor, le graveur d’épitaphes, aucun des personnages n’a de nom, sauf Brahman. De la même manière, le nom du village où l’histoire se déroule n’est jamais mentionné. On sait seulement qu’il y a une gare, un cimetière antique, et un bassin où Brahman aime nager.

 Cet univers loin du réel me rappelle un peu « In Watermelon Sugar » de Richard Brautigan. En lisant cet ouvrage, je me demandais d’où venait cette atmosphère mystérieuse qu’a créée Yoko Ogawa. Cette énigme est partiellement résolue dans la postface. Il est écrit que Yoko Ogawa a été invitée à un festival de littérature japonaise qui a eu lieu dans une petite ville d’Aix-en-Provence en 2003, et que c’est durant ce séjour qu’elle a trouvé l’inspiration de « L’Enterrement de Brahman ». L’auteur a peut-être conçu l’univers de ce mystérieux village à partir de ce paysage champêtre du sud de la France, mêlé à sa riche imagination.

 À propos, je connais une autre histoire de Yoko Ogawa qui se déroule en France. Dans ce récit, une Japonaise voyage dans le sud de la France, et voit, assis dans le train, un écrivain très célèbre. En le regardant manger des cacahuètes, elle essaie de se souvenir de son nom. Alors qu’elle se rappelle nettement ses ouvrages, son nom ne lui revient absolument pas à l’esprit. Finalement, cet écrivain célèbre descend du train. Après être rentrée au Japon, elle cherche ses livres sur l’étagère, mais il a disparu pour une raison inconnue. Comme j'ai lu cela il y a longtemps, les détails ne sont sans doute pas exacts, mais c'est un épisode mentionné dans « Manuscrit Zéro », si je ne me trompe pas.