lundi 29 octobre 2018

''L'Avortement'' de Richard Brautigan


 J’aimerais présenter l’un de mes livres préférés, « L’Avortement » de Richard Brautigan.
 Richard Brautigan est un écrivain américain né en 1935. Il était très populaire et aussi l’un des écrivains les plus importants de la Beat Generation dans les années 70. Il a écrit au total de nombreux poèmes et douze romans dont le plus connu « La Pêche à la truite en Amérique » est devenu un best-seller. Cependant, une fois retombée l’effervescence du mouvement hippie, l’écrivain a très vite été oublié. Le 25 octobre 1984, on a découvert le corps en décomposition de Brautigan qui s’était suicidé avec un revolver Smith & Wesson de calibre 44. On ignore la date exacte de sa mort, mais comme des voisins témoignent qu’ils ont entendu un coup de feu pendant qu’ils regardaient à la télé un match de football américain le dimanche 16 septembre, il est supposé que l'écrivain est mort ce jour-là.
 Voici, l’intrigue de « L’Avortement ». Le héros dont on ignore le nom travaille dans une bibliothèque, mais ce n’est pas une bibliothèque ordinaire. C’est une bibliothèque où n’importe qui peut venir déposer les livres qu’il a écrits. Certains apportent leurs livres qu’ils n’ont pas pu publier. D’autres apportent leur autobiographie. Même Richard Brautigan en personne vient déposer son livre. Le travail principal du bibliothécaire est d’enregistrer les livres, le nom de leurs auteurs, et de ranger les ouvrages dans les étagères. Le bibliothécaire précédent a démissionné parce qu’il avait peur des enfants.
 Un jour, Vida, une femme incroyablement belle et sensuelle vient à la bibliothèque pour déposer son autobiographie dans laquelle elle décrit les souffrances d’être dans son corps. Son physique est si attrayant que tous les hommes la contemplent dans la rue et qu’une fois, un homme, incapable de la quitter des yeux, a causé un accident et en est mort. Vida dit que son corps n’est pas fait pour elle et qu’elle aurait dû naître dans le corps modeste de sa sœur, et sa sœur dans le sien.
 Le héros et Vida tombent amoureux et commencent à vivre dans la bibliothèque. Un jour, il se révèle que Vida est enceinte. Ni le héros ni Vida ne sont prêts à être parents. Ils confient le travail de bibliothécaire à un ami, et essaient de se rendre au Mexique, afin de faire avorter illégalement Vida.
 L’univers de Brautigan est humoristique et surréaliste, mais très sombre. Son style succinct et ses métaphores singulières ont beaucoup influencé Haruki Murakami dans sa jeunesse. Vida pourra-t-elle se faire avorter et pourront-ils revenir à la bibliothèque ? À vous de le lire.

vendredi 26 octobre 2018

Les vacances idéales


 On m’a demandé ce que je ferais pendant les vacances de la Toussaint. Ce ne sont que des vacances d’une semaine, et malheureusement, j’ai beaucoup de choses à faire. Lire quelques livres pour des cours, regarder « Gundam Wing », faire mes devoirs, regarder « Gundam Wing », préparer mon exposé, regarder « Gundam Wing » etc. J’ai pris la ferme décision de ne jamais sortir de chez moi pendant les vacances et je vais regarder tous les épisodes de « Gundam Wing ». De plus, comme je regarde cette série avec des sous-titres français, ce peut être considéré comme un exercice de français. Si je sors tous les jours, mon esprit s’épuise, mon QI baisse progressivement et je deviens inactif. Si je reste enfermé dans ma chambre, je peux retrouver mes forces, et je deviens de plus en plus actif. Éventuellement, j’apprécie discuter avec des gens, mais rien n’est plus amusant que de m’enfermer chez moi et de ne pas voir entendre pendant plusieurs jours de masses de chair qui parlent.

jeudi 25 octobre 2018

Le cours de japonais


 Aujourd’hui, je me suis introduit pour la première fois dans un cours de japonais qui m’intéressait un peu. À part moi, il y avait trois ou quatre Japonais. Le professeur nous a montré une vidéo dans laquelle une jeune Allemande qui a immigré au Japon parlait en japonais de sa vie quotidienne. C’est dommage que les Français n’aient pas beaucoup parlé en japonais pendant le cours, car je suis amateur du japonais maladroit des Français. Lorsqu’un Français dit quelque chose dans cette langue, j’ai l’impression que c’est un bébé qui parle, et c’est trop mignon. Même si c’est un homme barbu de deux mètres, j’ai envie de le caresser et lui donner du lait. Je me suis présenté un peu au professeur. Le cours était plutôt intéressant, du moins plus divertissant que la plupart de mes cours, mais au bout d’un moment, je me suis demandé pourquoi j’étais là, , et pourquoi j’existais et vivais. Je n’ai rien contre la culture japonaise, mais je suis toujours critique envers la société japonaise. Plus tard, quand une personne m’a demandé ce que j’aimais au Japon, je lui ai répondu « Gundam ». Enfin, Gundam, Haruki Murakami, et les sushis. Ils me font plaisir.

mercredi 24 octobre 2018

L'écriture des filles


 Monsieur G. un fonctionnaire français, grand amateur de filles, particulièrement de filles asiatiques, que j’admire pour sa prose singulière et talentueuse en japonais, et qui m’a aussi plus ou moins influencé de façon négative ou positive, exprime dans un article son envie de collectionner les signatures de jeunes filles. Il voudrait les collectionner pour une raison assez tragique. Bien qu’il adore les filles et qu’il y songe tout le temps et malgré ses multiples tentatives d’avoir une jeune fille comme petite amie, il n’a pas réussi une seule fois. Il est repoussé par les femmes si terriblement que même les femmes pour qui il tient la porte ne lui disent jamais « Merci ». En lisant à plusieurs reprises son livre favori, « Les Belles endormies » de Yasunari Kawabata, son désir s’est accru d’une façon si étrange qu’il a finalement eu l’idée de récolter des signatures de jeunes filles, car même si on n'arrive pas à avoir une jeune fille comme petite amie, il est encore possible d'avoir sa signature. Jusqu’à ce que je lise son article, je n’avais jamais prêté attention aux écritures des filles. Contrairement à Monsieur G., les lignes courbes et sautillantes tracées par la main d’une fille ne suscitent aucune émotion chez moi. Cependant, je trouve intéressante cette idée de collectionner des signatures des filles dans un agenda. J’ai imaginé de nombreuses écritures de filles différentes des unes des autres, juxtaposées dans mon petit cahier. Chaque tic fait partie de leur personnalité. C’est comme si on les possédait dans une cage. Mais comment pourra-t-on demander à des filles d’écrire leurs noms dans son agenda ? Je me pose aussi cette question que Monsieur G. se pose lui-même. J’ai laissé un commentaire en guise de plaisanterie, en disant : « Va-t-on faire une compétition ? Toi et moi, qui aura le plus de signatures de filles ? ». « C’est injuste, tu as déjà quelques amies », m’a-t-il dit. Cette réponse triste m'a fait verser une larme. Je n’ai pas répondu. Quelques heures plus tard, il a mis un nouveau commentaire : « Et si on collaborait, plutôt ? lol ». Il avait mis « lol », mais ce « lol » qui est apparu soudain montrait qu’il était sérieux. En définitive, je n'arrive pas à m'intéresser ni à l’écriture des filles ni aux crayons qu’elles ont utilisés. J’éprouve un sentiment de défaite inexplicable.

Le goût du thé


 Je mange souvent dehors, assis sur un banc, en regardant distraitement les passants. Aujourd’hui, comme il faisait un peu froid, j’ai mangé un sandwich à la cafétéria du Patio. Il y avait beaucoup de cornichons à l’intérieur et j’ai dû les enlever avant de le manger. Quelques instants plus tard, des filles se sont assises à ma table. L’une d’entre elle a sorti un cahier et un stylo et s’est mise à écrire une sorte de lettre. Au bout d’un moment, sa main s’est immobilisée. En regardant son œuvre d’un air intrigué, elle a demandé à ses amies « Quand n écrit verticalement en japonais, où on met la virgule ? ». Où on met la virgule lorsqu’on écrit verticalement en japonais ? Je ne m’étais jamais posé cette question. J’étais assez curieux de la conclusion à laquelle arriveraient les trois weaboo. Après avoir réfléchi un instant, une des filles qui portait des lunettes a dit qu’on met la virgule à droite. Elle semblait respectée par les autres. Elle avait peut-être un niveau plus élevé ou avait déjà séjourné au prétendu pays du soleil levant. « En haut ou en bas ? », a demandé l’auteur de la lettre. Les trois otakus se sont tues devant cette question métaphysique. J’ai eu envie de leur proposer : « Et si on mettait la virgule à droite, au milieu ? Comme ça, elle ne serait ni en haut ni en bas ! ». L’instant suivant, la fille à lunettes a eu une révélation divine. Elle a proposé à tout le monde de voir un document en japonais sur Internet. Les autres ont acquiescé.
 J’ai terminé mon sandwich. Je me suis levé et je suis parti. La prochaine fois, je mangerai peut-être dehors, assis sur un banc, en regardant distraitement les passants.

mardi 23 octobre 2018

Mobile Suit Gundam


 Je dois faire une production écrite pour le cours de français. Le sujet est libre, mais comme je manque d’idées récemment, je vais essayer de présenter ma série d’animation préférée, « The Mobile Suit Gundam ».
 « The Mobile Suit Gundam » a été créé en 1979 par le réalisateur Yoshiyuki Tomino. Avant le « Gundam », des animations qui avaient pour thème des robots géants existaient déjà. Cependant, ces œuvres (« Mazinger Z », « Getter Robo », « Tetsujin 28-gô » etc.) s’adressaient surtout aux enfants, tandis que « Gundam », avec son scénario plus proche de la science-fiction et réaliste, visait des spectateurs plus âgés comme les collégiens ou les lycéens. À cette époque-là, les entreprises de jouets finançaient les studios d’animation en tant que sponsor afin de vendre leurs produits. « Gundam » n’était pas une exception. C’était une entreprise de jouet appelée « Clover » qui finançait le studio d’animation Sunrise, encore petit à l’époque.
 Le « premier Gundam » parle d’un avenir lointain, où bon nombre d’humains vivent dans des colonies spatiales, et ceux qui habitent sur la terre sont le plus souvent des élites. La plupart des spacenoïdes, c’est-à-dire, ceux qui vivent dans l’espace, sont des gens expulsés de la terre afin de régler le problème de surpopulation. Un jour, une des colonies spatiales du Side 3, la principauté de Zeon déclare la guerre contre le gouvernement terrien et réclame leur indépendance. (Cette guerre sera appelée plus tard la « Guerre d’un an » car elle a duré environ un an). Six mois après cette déclaration, la population de la terre diminue de moitié, et le gouvernement terrien et le Zeon se trouvent dans un état stationnaire.
 Un garçon qui vit dans la colonie neutre du Side 7, Amuro Ray pilote par hasard le Gundam RX78-02 et réussit à vaincre deux Zaku (mobiles suits du Zeon). Toutefois, les dégâts causés par le Zeon sont immenses. La colonie est gravement endommagée. Amuro est obligé de monter dans un vaisseau spatial (le White Base) avec quelques-uns de ses amis et les réfugiés du Side 7. Peu après, le capitaine du White Base, Paolo, succombe à sa blessure. Avant de mourir, il en confie le commandement au nouvel officier Bright Noa. Le White Base essaie de rejoindre Jaburo d’Amérique du sud où se trouve le siège de l’armée fédérale terrienne. Toutefois, à cause de la ruse du jeune officier du Zeon, surnommé « Commette rouge », Char Aznable, le White Base tombe en Amérique du nord, occupée par le Zeon…
 Ce n’est que le début de l’histoire, mais ici, on voit déjà combien le « Gundam » est réaliste. Ceux qui sont obligés de vivre dans l’espace parce que la terre est surpeuplée, me font penser à la crise migratoire qui préoccupe l’Union européenne depuis quelques années. De plus, l’être humain est profondément décrit dans l’animé, ce qui n’était pas le cas avant « Gundam ». L’un des épisodes dont je me souviens le mieux est celui où les réfugiés prennent des otages dans le White Base pour descendre sur Terre, au beau milieu du territoire du Zeon. Dans un autre épisode, un réfugié qui est un homme âgé, vole en cachette le pain d’un petit enfant. Évidemment, ce n’est qu’un détail ; ce n’est qu’une scène qui ne dure peut-être même pas cinq secondes, mais c’est ce petit détail qui donne une profondeur au récit. J’aime également l’épisode dans lequel Amuro dit au revoir à sa mère dans un camp de réfugié. Pendant son séjour sur Terre, Amuro rencontre par hasard sa mère qu’il n’avait pas vue depuis longtemps, et qui vit maintenant dans un camp de réfugiés. Ils se réjouissent de leurs retrouvailles dans un hôpital provisoire. À ce moment-là, deux soldats du Zeon y entrent et disent : « Est-ce qu’il y a quelqu’un qui a vu un soldat de l’armée fédérale ? ». Amuro est caché sur une couverture. Sa mère dit aux soldats du Zeon qu’il n’y a rien. Les deux hommes essaient de débrasser la couverture, et Amuro tire dessus. En regardant les soldats du Zeon blessés par la balle, la mère d’Amuro dit : « Tu tires sur des gens. Ils doivent eux aussi avoir une famille ». Ainsi, il n’y a pas vraiment de distinction entre les méchants et les héros dans « Gundam », comme dans la guerre réelle.
 Toutefois, au début, « Gundam » était impopulaire. Le contenu était trop difficile à comprendre pour les petits enfants. Il était si impopulaire que l’entreprise du sponsor est tombée en faillite. Ils avaient prévu de produire cinquante épisodes, mais ont été obligés d'interrompre la série. Le quarante-troisième épisode « Évasion » a été le dernier épisode du « premier Gundam ».
 C’était par la rediffusion que « Gundam » est devenu populaire. À ce moment-là, la série a réussi à capter l'attention de spectateurs, comme des collégiens, des lycéens ou des étudiants. La réputation s’est faite via la bouche à oreille. Vers la fin de 1979, Bandai a obtenu le droit de produire des maquettes plastiques du « Gundam ». Ces produits appelés plus tard « Gunpla » ont connu un succès effrayant. De nouveaux produits sont fabriqués aujourd’hui encore.
 Yoshiyuki Tomino dit qu’il a été inspiré par « Deux ans de vacances » de Jules Verne. Il était aussi un grand fan de Charles Aznavour, d’où vient le nom du personnage « Char Aznable ». Et les uniformes de l’armée fédérale de la Terre sont inspirés de ceux de l’armée française à l’époque de Napoléon.


''J'écris toujours des romans....." Haruki Murakami


 Ça fait déjà plus de trente ans que je vis de ma plume, mais je ne fréquente pas d’autres écrivains. J’ai des relations avec des gens d’autres milieux, comme des photographes, des peintres ou des musiciens. Cependant, je n’ai pas beaucoup de liens avec les gens du monde littéraire.
 Je me demande pourquoi. Je pense que c’est parce que je n’ai pas gardé de bons souvenirs des gens de ma profession que j’avais rencontrés quand j’étais encore jeune. Bien entendu, il y avait des gens plaisants, mais il semble que les expériences déplaisantes qu’on voudrait éviter de se rappeler, restent gravées plus profondément dans l’esprit des hommes.
 J’ai rencontré aussi un bon nombre d’écrivains étrangers dont quelques-uns étaient décevants. En effet, les romanciers sont plutôt des gens difficiles. Mais si c’est un écrivain qu’on aime bien depuis longtemps, la déception est quand même profonde. On perd aussi l’envie de lire ses livres.
 Ainsi, le sentiment que « les romanciers sont ennuyeux » s’est enraciné en moi, et j’ai pris l’habitude de ne pas les fréquenter. Je ne vais ni aux soirées du monde littéraire ni aux bars fréquentés par des gens de ce milieu. Je n’ai jamais mis le pied au « Golden Gai ».
 Mais la raison la plus importante pour laquelle je n’ai pas beaucoup de relations avec des gens de ma profession, c’est que je ne me suis pas vraiment habitué au fait que je sois romancier.
 Je n’avais jamais écrit jusqu’à mes vingt-neuf ans et je vivais de travaux physiques. Un jour, je me suis dit : « Hop ! je vais écrire un roman ». Installé sur la table de la cuisine, j’ai écrit quelque chose qui ressemblait à un petit roman. Par hasard, ce roman a reçu le prix des nouveaux arrivants. Sans même comprendre ce qui m’arrivait, je suis devenu ce qu’on appelle « écrivain ».
 Donc, même trente ans passés, je me sens toujours gêné d’être « écrivain ». J’aime beaucoup écrire des romans. Je suis certain que c’est ma vocation, mais je me sens toujours mal à l’aise avec le titre de l’écrivain et son statut social.
 Il arrive que je discute agréablement avec un jeune critique et qu’il me dise : « Au fait, vos romans sont pénétrants. Je les adore ». En lisant le magazine du mois suivant, la même personne écrit : « Tous les romans de Haruki Murakami sont ridicules et il n’a aucune ambition ni talent ». C’est juste un exemple, mais si ce genre de choses arrive, c’est normal de se demander : « Dans quel monde suis-je ? ». En bref, c’est un monde comme ça, et ce n’est pas quelque chose que j’apprécie beaucoup. Je dis tout ce que je veux dire à haute voix, sinon je me tais.
 Au fait, il y a une chose que je trouve étrange. Depuis quand a-t-on commencé à appeler les écrivains « sakka-san (Monsieur l’écrivain) » ? Avant, personne ne disait ça. La sonorité nonchalante de ce mot me rappelle « Monsieur le marchand de légumes » ou « Monsieur le poissonnier ». Si on m’appelle ainsi, ça me donne envie de le saluer en me frottant les mains.

 Les mots de Murakami de la semaine : Monsieur Kazuo Ishiguro est un écrivain très sympathique.