lundi 9 octobre 2017

Dekakin



 J’ai cherché mille excuses pour ne pas travailler sur mon exposé de Jack London. Il y a un mignon petit chien blanc dehors, j’ai soif, j’aimerais boire quelque chose, j’ai trop bu, je dois aller aux toilettes, j’ai sommeil, il vaut mieux que je fasse une sieste de trente minutes. Putain ! j'ai dormi trois heures, une mouche est entrée dans ma chambre, je n’arriverai pas à me concentrer avant de l'avoir chassée. Quand j’ai trouvé mille premières excuses, il était déjà vingt-et-une heure. Je regardais la dernière vidéo du youtubeur Dekakin. C’est un japonais qui pèse cent vingt-sept kilogrammes. Il a un nez écrasé, ses petits yeux me rappellent ceux d’un bouledogue français, et je le trouve mignon, même si beaucoup ne sont pas d’accord avec moi. Il porte des lunettes à montures noires. Avant il était plus mince, mais il ne cesse de grossir. Je m’inquiète, j'ai peur qu'il ne gonfle autant que la tante Marge transformée comme un ballon dans ‘’Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban’’. Dans cette vidéo, il dit qu’il est dans un hôtel mais que cet hôtel n’a pas de pyjama à sa taille. Ensuite, il s’est efforcé de mettre un pyjama trop petit pour lui. Il a réussi mais il ressemblait à une chenille renversée. J’ai rigolé tout seul pendant une demi-heure.

 Après avoir ri tout seul dans ma petite pièce au lavabo bouché, je me suis senti vide. J’ai enfin décidé de travailler et j’ai ouvert Word. Mais l’indispensable, ‘’Le peuple d’en bas’’ de Jack London s’était perdu dans le bordel. J’ai cherché partout mais je ne l’ai pas trouvé. Découragé, je suis revenu à ma table et je l’ai découvert dans une pile de livres.

 Le lait et les exposés sont deux choses que je voudrais éviter autant que possible. D’après Kelly, je mets des accents dans tous les mots en français, mais de toute façon, je ne suis pas très éloquent même dans ma langue maternelle. Comme la plupart des gens, je ne me sens pas à l’aise quand je dois parler en public. Le Nazi moustachu a dupé quelques millions de personnes grâce à son éloquence.
Heureusement, je ne pourrais pas même duper une seule personne : même un enfant ne se laisserait pas rouler  par moi.

 Pendant que j’écrivais cet exposé, j'ai été pris d'une envie de vengeance. L'idée d’écrire mille pages pour faire regretter au professeur de m’avoir obligé à écrire un exposé m’a traversé l’esprit. Mais je me suis senti tout de suite honteux car je me suis souvenu qu’il avait passé deux films fascinants pendant son cours. Il a aussi parlé de Humphrey Bogart. Il nous a demandé si on connaissait cet acteur. Je le connaissais mais je suis resté silencieux, car à ce moment-là, je pensais à la forme du virus de l'immunodéficience humaine(VIH) que j'avais vu la veille. De toute façon, c’est impossible d’écrire mille pages sur un seul sujet, sauf sans doute pour Thomas Pynchon.


J’ai terminé cet exposé aujourd’hui à vingt-et-une heure, presque à la même heure où j’avais commencé à travailler. Je suis fatigué et je suis bien conscient que ce texte soit plein de fautes. C’est normal parce que celui qui l’a écrit est défectueux. Pour l'instant, je n'ai plus besoin de me soucier de cet exposé. Demain, je devrai trouver un moyen de déboucher le lavabo.

samedi 7 octobre 2017

Living is easy with eyes closed

 Vers la fin des vacances, j’avais un secret que je ne pouvais confier à personne : mon visa allait expier. D’après ce que j’ai vérifié sur le site de la préfecture du Bas-Rhin, les étudiants devaient faire leur demande de titre de séjour deux mois avant l’expiration de leur visa. En même temps, il était écrit qu’ils devaient impérativement faire la demande à l’agora de l’Université de Strasbourg et qu’ils ne devaient pas aller à la préfecture. Mais ces informations indiquaient que l’agora ouvrait le premier septembre. Au final, mon visa a expiré.
 Je transpirais, je toussotais sans raison, ma main tremblait. Je me suis demandé si j’allais à la police pour leur demander de m’arrêter avant qu’ils découvrent que mon visa n’était plus valable. Si j’allais à la police, il y aurait sûrement un policier moustachu assis sur une chaise en fer. Après avoir écouté mon histoire, il me taperait gentiment sur l’épaule et chuchoterait : "Tu n'as rien à craindre. Tout ira bien. Il me conduirait alors dans une cellule cachée au sous-sol de ce commissariat. Je serais détenu. Il est marié et il a quatre enfants mais en réalité, il est sadiste et gay. Il me ferait ensuite subir beaucoup de ‘’jeux’’. Après cent jours de détention, il ouvrirait la porte et me dirait : Le Président de la République a ordonné de t’exécuter. En France, la peine capitale a été abolie en 1981 sous le gouvernement de François Mitterrand, mais le Président a pris une mesure d’exception. Vous serez guillotiné en public.
 J’imaginais tout cela dans ma tête.
 Vers le début de septembre, je me suis rendu au Platane. Dans l’entrée, deux femmes étaient assises et regardaient au loin d’un air ennuyé. J’ai demandé à l’une d’entre elles où se trouvait l’agora.
« C’est là. », m’a-t-elle dit en indiquant des étudiants qui faisaient la queue juste derrière ces deux femmes.
 Je l’ai brièvement remerciée et j’ai rejoint cette queue.
 À mon tour, j’ai expliqué ma situation à une employée de la préfecture. C’était une femme noire souriante, elle faisait attention à ne pas perdre le moindre mot de mon français maladroit.
« E, e, e, e, en fait, je, je, je…. »
 J’ai commencé mon histoire en bégayant comme le Storm Trooper de ‘’La ballade de l’impossible’’.
 Sans perdre le sourire, elle m’a assuré que je ne serais ni arrêté ni guillotiné, mais que je devrais sans doute payer une amende.

 J'étais déjà passé devant bien souvent, mais pour la première fois, je suis entré dans la préfecture du Bas-Rhin. J'étais arrivé assez tôt, vers neuf heures, mais c'était bondé. Je me suis tout de suite perdu. J’ai regardé de-ci de-là et j’ai découvert une pancarte sur laquelle il était écrit « Titres de séjour ». La queue était déjà très longue. Ce n’était pas un concert de Selena Gomez. Il n’y avait aucune raison de gâcher une belle matinée pour retirer un titre de séjour, ou un permis de conduire. J’étais découragé. Au début, j’attendais distraitement en regardant l’occiput de l’homme qui était devant moi. Je devais avoir l'air d’un crétin ou de quelqu'un qui a complètement perdu la mémoire, mais quelques minutes plus tard, j’ai découvert la mention « Sur rendez-vous » à côté de « Titres de séjour ». Je n’avais pas pris rendez-vous mais j’étais convoqué. J’ai misé sur l’espoir qu’ils me feraient passer. J’ai quitté la queue et je suis entré dans le hall.
 Le hall circulaire ressemblait à un aéroport. Je n’avais aucune idée du guichet où je devais me rendre. Dans un coin du hall, j’ai découvert le guichet ‘’Rendez-vous’’ et j’ai fait à nouveau la queue. Devant moi, il n’y avait que trois ou quatre personnes mais je n’étais pas sûr d'être au bon endroit. Inquiet, je ne cessais de regarder autour de moi : au centre quelques bancs où des gens qui avaient l’air fatigués, ou simplement s’ennuyaient, étaient assis dans un état second. À l’opposé du hall, se trouvaient d’autres guichets et une pièce circulaire, vitrée, réservée aux permis de conduire. Dans un autre coin, j’ai vu cette fois quelque chose comme « Retirer des titres de séjour ». J’ai quitté la queue et je m'y suis dirigé. Quelques jeunes gens faisaient la queue. Le dernier de la queue était un homme d’âge mûr, obèse, avec un chapeau russe et devant lui, un garçon et une fille asiatiques attendaient tranquillement. L’homme qui était devant moi ne ressemblait pas à un étudiant mais j’ai eu la conviction que j’étais arrivé au bon guichet.


 Quelques dizaines de minutes plus tard, mon tour est venu. L’employé qui s’occupait des titres de séjour des étudiants était un jeune homme qui portait un polo rouge. Ses cheveux bruns et courts étaient aplatis. Il avait des yeux limpides et tranquilles. Je lui ai présenté toutes les pièces nécessaires (mon passeport, les timbres fiscaux de soixante-dix-neuf euros, le récépissé etc.) mais il m’a rendu le passeport sans même l’ouvrir. Il a juste vérifié le récépissé et entré mon nom dans l’ordinateur puis il est allé quelque part. Pendant qu’il était absent, j’ai observé l’intérieur de la préfecture. Au fond se trouvait une salle vitrée dans laquelle une femme travaillait devant la table. Au mur étaient accrochées quelques photos d’un enfant. À gauche, un homme à la tête rasée criait : «C’est pas moi ! Regardez ! » et il a tapé sur la table. À droite, une femme voilée errait d’un air agité. Quelques minutes plus tard, l’employé est revenu avec un papier. Il a collé mes timbres fiscaux dessus et m’a donné mon titre de séjour.

 Tout cela s’est terminé beaucoup plus vite que je ne le pensais. Après la préfecture, comme j’avais un livre à rendre, je suis allé à la BNU qui est juste à côté mais elle était fermée. Je me suis demandé pourquoi la bibliothèque était fermée alors que c’était vendredi. Puis je me suis souvenu qu’elle ouvre à 10 heures. J’ai regardé mon portable : il était 9 heures 40. J’ai décidé d’attendre quelques vingt minutes.
 Debout sur le perron de la bibliothèque, je regardais la place de la République. J’ai vu le drapeau bleu blanc rouge flotter au sommet de la préfecture. Un tramway arrivait transportant des voyageurs quelque part. Petit à petit, d’autres personnes se sont rassemblées pour attendre l’ouverture de la bibliothèque.
 J’ai appliqué mon front contre la vitre pour observer l’intérieur. Dans l’escalier, une femme et un homme parlaient. Ils ont aperçu un homme asiatique qui les observait mais il semble que mon regard n'a pas pu les mouvoir. Ils ne sont pas descendus pour me laisser entrer. Quelques minutes après 10 heures, un autre homme est enfin venu ouvrir la porte. J’étais secrètement ravi d’entrer dans la bibliothèque qui ouvrait à peine. Après avoir rendu mon livre, j’ai pris plaisir à errer d’étage en étage. La bibliothèque du matin sentait le savon. J’ai passé du temps dans le coin de la littérature anglophone. J’ai hésité entre Thomas Pynchon, Kurt Vonneghut et Kazuo Ishiguro ; au final, j’ai emprunté ‘’Burried Giant’’ d'Ishiguro et un album de reproductions de mon peintre préféré, David Hockney. Ce dernier était épais et lourd. J’ai dû marcher le dos légèrement voûté.
 L’air frais et sec m’effleurait ma peau. Je me suis rappelé qu’il avait plu à verse la veille. Le ciel, après la pluie, est toujours beau et clair. 

 J’errais dans le couloir. Je voulais aller en cours d’anglais mais je me suis perdu. Je faisais des allers-retours inutilement comme un oiseau qui ne savait pas où rentrer. Tout à coup, une fille qui était assise par terre m’a adressé la parole et m’a demandé si je cherchais la salle de cours d’anglais de W. J’ai hoché la tête. Elle m’a dit « C’est ici. » et s’est remise à regarder son portable. Elle se souvenait de moi mais je ne l’ai pas reconnue. Je me suis assis à côté d’elle et j’ai attendu mon professeur.
Mon nouveau professeur d’anglais est un homme assez âgé. Je ne connais pas son âge mais j’ai l’impression qu’il a au moins soixante ans. Ses cheveux sont entièrement blancs. Il parle en entrouvrant ses yeux comme s’il était ébloui. Je ne sais pas s’il est anglais ou américain (ou bien s’il est d’une autre nationalité.) Ma professeure d’anglais du premier semestre était Y. Même une personne comme moi, qui ne maîtrise pas l’anglais pouvait reconnaître qu’elle était purement anglaise grâce à son accent britannique. De plus, elle portait de temp à autre des vêtements bariolés, même psychédélique. Je ne serais pas étonné si elle avait été un personnage venant du monde des Aventures d'Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll.
 W nous a montré un graphique mystérieux sur lequel étaient marqués les noms de certains pays (L’Islande, l’Australie, l’Allemagne, Washington etc.) et les périodes de quelque chose, et des chiffres en gros. « Devinez ce que ces chiffres signifient. », nous a-t-il dit en anglais. Quelques filles ont suggéré des réponses mais en vain. Je lui ai demandé si ce n’étaient pas le nombre de personnes tuées par un pistolets. En réalité, ces chiffres indiquaient le nombre des victimes qui avaient reçu des balles de la police. (Donc, ils n’étaient pas forcément tous morts). À la fin du cours, il nous a dit : Et alors, vous aimeriez bien vivre aux États-Unis ?

 Chez moi, je réchauffais la soupe d’hier dans la cuisine collective. En attendant que le micro-onde sonne, je regardais par la fenêtre. J’habite au quatrième étage. J'avais le même point de vue que depuis le haut d'un arbre. Un garçon et une fille bavardaient en bas. Des oiseaux noirs et blancs sautillaient sur la terre. Quelques instants plus tard, j’ai vu quelque chose de blanc remuer dans la cour. C’était le petit chat avec qui je joue souvent. Je lui ai crié en japonais : « Ohé ! Neko ! Qu’est-ce que tu fais là ? ». Alors que nous nous étions si éloignés qu’il était aussi petit qu’un grain de pois, j’ai eu l’impression qu’il m’a reconnu. Il s’est levé et il m’a regardé. Je lui ai crié de nouveau : « Neko ! Bonjour ! ». Il s’est mis à marcher vers moi, au final, il est arrivé juste en bas de l’endroit où je lui agitais la main. Il levait la tête et me regardait. Je lui ai dit que j’allais descendre maintenant.
Sans entamer la soupe, j’ai mis mon manteau et je suis descendu. Le chat s’était de nouveau déplacé. Il était à l’entrée du bâtiment 1. Dès que je me suis assis au bord d’une plate-bande, il est venu vers moi et s’est couché sur mes genoux.
Je lui ai demandé ce qu’il faisait tout à l’heure mais il ne m’a pas répondu. Blotti comme une boule, il ronronnait.
J’ai sorti un court livre de Sakutarô Hagiwara d'une poche de mon manteau. Je me suis mis à lire à voix haute ''la ville des chats''.

'' À cet instant, tout se figea. Un silence d'une profondeur inconnue tomba. Je ne compris pas ce qui se passait. En quelques instants, un phénomène étrange et terrifiant que nul ne n'aurait pu imaginer surgit. Les rues étaient remplies de troupes de chats qui déambulaient par-ci et par-là. Chat, chat, chat, chat, chat, chat, chat. Ils étaient partout. Des fenêtres des maisons, des têtes de chats à moustaches, tels des tableaux encadrés, émergeaient clairement.''

Au bout d’un moment, parmi quelques personnes qui marchaient vers le bâtiment, j’ai reconnu un visage que je connaissais. C’était mon voisin, A. Il a remarqué que je parlais au chat et m'a demandé ce que je faisais : 
« Je parlais au chat.
- Tu parles à un chat ? »
 Il était étonné : « C’est bizarre de parler à un chat. »Il a dit et ri. Si j’avais rencontré quelqu’un qui parlait avec un arbre, je le trouverais étrange, je dirais que c'est un lunatique : il faudrait sûrement l'interner à l'hôpital psychiatrique ; mais pour moi, bavarder avec un chat est quelque chose de normal.
 Nous avons causé un court moment. Il m’a dit que ce soir il allait au ciné avec ses amis et sa copine japonaise. Il m'a demandé si j’avais envie de les rejoindre. Le cinéma m’a intéressé (j’aimerais notamment voir ‘’Dunkerque’’). Puis il a ajouté qu’ils iraient à la boîte de nuit et que je pouvais ramener mes amis. J’ai demandé au chat, qui est mon seul ami s’il voulait aller à la boîte de nuit. Il m’a dit (sans doute) que non, il préférait rester sur mes genoux. Alors, j’ai dû refuser sa proposition avec regret. En fin de compte, je lui ai proposé d’aller boire un verre avec lui et sa copine un autre jour.
Je suis resté au même endroit même après qu’il est parti. Le chat dormait si profondément que ses oreilles ne réagissaient plus aux pas des gens. J’ai arrêté de lire le livre et j’ai contemplé son visage endormi. Ses yeux étaient clos. Il étendait sa patte. De temps à autre, il ronflait doucement puis il est devenu tout à fait silencieux. J’ai eu peur qu’il soit mort. J’ai rapproché mon oreille de sa petite tête. Bien entendu, il respirait. Dans le vent frais du début d’octobre, la chaleur du chat était la seule chose, qui pouvait réchauffer ma solitude.

Baudelaire et trois prostituées

 Étant donné que le cours de littérature du XVIII siècle était annulé, je n’avais qu’un seul cours aujourd’hui. Honnêtement, il me semblait ridicule de devoir me réveiller tôt juste pour un seul cours. Je me suis demandé un instant si je le sécherais. Toutefois, je suis quelqu’un qui préfère accomplir ce qu'il a décidé (Autrement dit, je ne respecte pas ce que je ne me suis pas juré de faire : le ménage, la vaisselle, répondre à des messages etc.) Étant donné que j'avais décidé de ne jamais manquer un cours, j’ai résisté à la séduction de la couette chaleureuse. La moitié de mon esprit dans un rêve, j’ai siroté du café. Après avoir mis de quoi écrire et des cahiers dans mon sac à dos, j’ai failli sortir sans m’habiller. Le froid vif de l’hiver tout proche m’a rappelé la nécessité de m’emmitoufler dans mon manteau.

 Pendant le cours, je résistais à une force mystérieuse qui essayait de me fermer les yeux. Deux nains agrippés à mes paupières s'efforçaient de les tirer vers le bas. L'un m’a chuchoté à mon oreille : « Dors juste cinq minutes. Comme ça, tu pourras te concentrer plus tard.» L'autre a chuchoté : « Tu veux que je te chante une berceuse ?» et il s'est mis à fredonner le quatrième mouvement de la Symphonie fantastique de Berlioz. Choisir ‘’La marche au supplice'' comme une berceuse ! Il est évident qu'il voulait que je fasse un terrible cauchemar.

 La voix doucereuse du professeur me parvenait de loin. Je regardais distraitement le dos de la feuille blanche qu’il avait distribuée. J’entendais vaguement qu’il récitait un poème de Baudelaire. À moitié endormi, j’ai vu le visage de Baudelaire que j’avais déjà vu ailleurs surgir sur cette feuille blanche. Un homme qui avait un grand front, le regard aigu et les lèvres fermement serrées. Le poète avait l’air malheureux. À ce moment-là, j’ai eu un peu mal au ventre sans doute à cause du café. Je pense que mon visage devait ressembler un peu à celui de ce grand poète. Avait-il aussi mal au ventre ?

 Je me suis inconsciemment mis à dessiner son visage. C’est alors que j’ai entendu le professeur dire au loin, « prostituées ». J’ai donc ajouté trois prostituées entourant Baudelaire sur la feuille blanche. Dès que j'eus dessiné la troisième femme, une femme noire passant son bras autour du cou du poète, il m'a semblé que ses lèvres se sont un peu détendues. Je m’amusais de plus en plus, mais contrairement à ma conscience qui se réveillait petit à petit, je m’écartais progressivement du monde réel. Quand j’ai levé la tête quelques minutes plus tard, j’ai eu l’impression que le professeur me regardait. J’espère qu’il ne s’est pas rendu compte que je dessinais. J'ai détourné les yeux, et j’ai regardé par la fenêtre. Le ciel bleuissait à l’horizon, je me suis senti comblé.

jeudi 5 octobre 2017

''Le paysage que vous avez vu en rêve''

À l'aube, j'ai fait deux fois le même rêve. Dans mon rêve, j'ai vu quelqu'un qui me semblait être une de mes connaissances, et je l'ai suivie.
Elle paraissait consciente de ma présence : Elle me regardait de temps en temps du coin de l’œil mais elle n'a jamais ralenti son pas.
Bien que la ville ait été animée peu de temps auparavant, j'étais maintenant sur un chemin désert qui côtoyait un rail. À ma gauche, il y avait ce rail et une grille. Devant moi, je voyais un autopont semblable à une passerelle, et au-delà, un fil aérien.
Cette personne a traversé cet autopont. J'ai ensuite découvert qu'un cimetière abandonné s'étendait de l'autre côté du rail.
Elle ne se retournait plus. J'avais peur mais je n'ai pas pu arrêter de la suivre. Tout à coup, le cimetière s'est dissipé et un champ de neige est apparu. Tandis qu'elle marchait comme tout à l'heure, je ne pouvais pas garder l'équilibre dans la neige. Au final, je me suis retrouvée toute seule.

Je me suis réveillée à ce moment-là. Toutefois je me suis vite rendormie. J'étais de nouveau dans ce rêve mais cette fois, je devais recommencer depuis le cimetière. J'ai crié à la personne qui marchait devant moi qu'il ne fallait pas y aller mais en vain.
Lorsque je me suis réveillée une deuxième fois, étant donné que ce rêve était trop étrange et quelque peu inquiétant, je l'ai noté dans un cahier.

Deux semaines après ce rêve, je me suis baladée avec un ami. C'était la première fois que je marchais sur le chemin à côté du rail qui allait de Shibuya à Ebisu. Au bout d'un moment, je me suis rendu compte que ce paysage ressemblait trop à mon rêve : À gauche s'allongeait la ligne Yamanote, devant moi, il y avait un autopont ressemblant à une passerelle, et au-delà, je voyais le fil aérien de la ligne Tôyoko.
J’ai commencé à m’inquiéter. J'ai dit à mon ami :

« J'ai déjà vu ce paysage dans un rêve.
- Tu t'inquiètes pour rien. », m'a-t-il dit.

À ce moment-là, nous avons aperçu une affiche collée sur un poteau électrique (ou un distributeur automatique, je ne me souviens plus) et nous avons poussé des cris.
Dessus, on pouvait lire une seule phrase écrite d'une belle main :

 « Le paysage que vous avez vu en rêve. »

''Le train noir ne s'arrête pas mais t'façon c'est mon rêve''



Depuis que je suis monté dans le dernier train,
Ma mémoire se dilue de plus en plus,
Mais je me souviens un peu d’arbres éclairés 
Par les phares d’une moto

Vous êtes idiot
Une mine dans la bouche
Les mots bavent 
Aimez-moi sérieusement, Denise.
Mon doigt est bizarre
Un gros scarabée s’est enfui
Dans la forêt devant la gare.
La plume est étrange
Le journal du pigeon
Un calmant
Je suis revenu

Le train noir ne s’arrête pas, mais t'façon c’est mon rêve

Assis sur le siège prioritaire vacant, j’ai écrit un poème
Je l’ai vite fini
Comme j’en étais content, j’ai sauté par la fenêtre 

La nuit où l’idiot a disparu, j’ai porté un toast
Toctoctoctoctoc 
Mademoiselle Takeshita, Bonsoir.
« Bonsoir »
Bonsoir……
Une haleine et un lacet
Arrive, mon regard et mon imagination
Le train noir ne s’arrête pas, mais t'façon c’est mon rêve

Eraser Head



 J’étais assis sur un banc et je regardais les gens qui ne cessaient défiler comme dans la chanson de Renaud. Je tuais le temps en comparant ces gens à des animaux : celle-ci ressemble à un éléphant, celui-ci est un gros lézard sauvage, elle a l’air hautaine, on dirait un Persan, il est très gros horizontalement et verticalement, ce doit être un dinosaure, c' est une girafe parce qu’elle a un long cou, il est chauve et sourit, c'est donc un chauve-souri. 
 Mais je me suis finalement fatigué de ce jeu. Je me sentais ridicule. J’ai renoncé à tuer le temps dehors et je suis allé au Patio alias l'enfer.
Dans cet enfer, tandis que j’écrivais un texte en attendant le cours suivant, trois femmes à la peau basanée se sont assises devant moi. Celle de gauche était petite et potelée, celle du milieu était petite, grosse et portait un pull rouge, celle de droite était mince, elle avait la voix grave d'un garçon en train de muer.
 J’étais en train d’écouter ''Strawberry Fields Forever'' des Beatles.(J'ai écouté cette chanson au moins dix fois aujourd'hui) Au bout de quelques minutes, à travers mes écouteurs, j’ai entendu un cri étrange qui ressemblait à la fois à celui d’un bébé et d’un animal. Ce cri est lentement monté puis descendu comme une bascule. J'ai levé la tête et j’ai découvert que la mince était en train de montrer une quelque vidéo à ses amies sur son portable. L’origine de ce cri étrange cadencé m’a intéressé. Cependant j'étais devant elles, si bien qu’il était impossible de la regarder à la dérobée. Aussitôt que la potelée et la grosse l’ont eu regardée, elles ont éclaté de rire. La grosse a ri en faisant du bruit d’asphyxié, comme une personne prise de convulsions ou comme un porc juste avant d’être abattu. Toutefois, je n’avais aucun moyen de savoir ce que c’était.
 Plus tard, je me suis souvenu que ce cri ressemblait à celui d’un bébé difforme dans le premier film de David Lynch, ‘’Eraser Head’’. Dans ce film surréaliste et il y avait un bébé difforme couvert d’une pièce d’étoffe. Ses membres étaient quasi inexistants. Sa tête, qui ne ressemblait pas du tout à celle d’un être humain, me rappelait le fœtus d’un cheval. En fait, ses prunelles qui roulaient irrégulièrement ne regardaient effectivement rien. Mes souvenirs sont imprécis, mais je crois qu’il poussait de temps à autre des cris aigus et désagréables. (Qui pourrait demander à David Lynch d'être agréable ?)
Cette courte vidéo qui fascinait trois demoiselles a duré environ trente minutes. Après qu'elle s'est achevée sur ce cri étrange, la mince l’a repassée. Aussitôt, les trois filles ont éclaté de rire.

mercredi 4 octobre 2017

''Faisons quelque chose de mal''



Faisons quelque chose de mal
Jusqu'à ce qu'on nous frappe
Faisons quelque chose de mal
Jusqu'à ce qu'on nous frappe

Le vol est cool
Je voudrais faire du viol
Incendier est aussi attirant
Je voulais tuer quelqu’un

De ce mal vacillé par la mélodie
J’aime ton profil endormi au bord de la fenêtre
De ce mal vacillé par la mélodie
J’aime ton profil endormi au bord de la fenêtre