samedi 4 novembre 2017

''Le soleil'' BUMP OF CHICKEN



Je ne reverrai plus le jour se lever.
Un animal dans une pièce sans fenêtre.
La poignée de la porte est sur le point de se casser.
Si je la touche, elle va tomber pour de bon.

Il fait juste assez froid.
Je n’ai pas besoin de craindre de me mettre à frissonner.
Je ne ressens ni inconfort, ni contrainte,
Ni leurs contraires.

Essaie de rire.
Je peux rire sans raison.

La lumière du ciel m’a éclairé.
Elle était trop éblouissante pour moi.
Et tout le monde a dit d'une seule voix :
 « Je ne vois qu’une ombre. »

Je ne reverrai plus le jour se lever.
Un cœur dans une pièce sans fenêtre.
Que je ferme les yeux ou que je les ouvre,
Tout ce que je vois, c’est un monde totalement noir.

Essaie de pleurer.
Moi, je peux rire pour rien.

Tu m’as éclairé avec une lampe.
C’était chaud et j’ai frissonné.
Je me suis rendu compte que la lumière te dissimulait à moi.

Je jouais à cache-cache.
Le soleil se couchait.
On ne m'a pas trouvé et la nuit est tombée.
Ils sont tous rentrés chez eux.
Je jouais à cache-cache.
J’ai continué à les attendre.

Essaie de garder confiance.
Moi, je vais tout mettre en doute.
Essaie de me toucher.
Dans un monde où même les ombres disparaissent,
S'il te plaît, vérifie que je ne suis pas une ombre.

J’ai détruit ta lampe.
Je voulais que tu viennes dans cette pièce sans fenêtre.
J’ai vite compris que je m’étais trompé.
Je t'ai perdu, toi qui, de l’autre côté de la lumière, étais venu me chercher,
Alors que c’est ce que j'espérais de tout mon cœur.

Si seulement je pouvais revoir le jour se lever…
Un homme dans une pièce sans fenêtre.
La poignée est sur le point de se casser.
Si elle tombait, je ne pourrais plus sortir.
Si je pouvais sortir, je ne pourrais jamais revenir.

Chucky chinois

 Pauline m’a dit qu’il y avait un grand trou dans le plafond chez elle. Je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a dit que c’est pour installer un escalier. Je lui ai demandé à nouveau pourquoi. Elle m’a dit que c’est pour aider sa mère handicapée physiquement, parce que l’escalier actuel est trop étroit.

 Des ouvriers sont venus chez elle pour ouvrir l’espace nécessaire à l’Installation d’un escalier. Dans un bruit de bombardement, la poussière a volé. La cheminée a été détruite. Et c'est à ce moment-là qu'ils ont découvert une vieille poupée qu’aucun des membres de la famille n’a reconnue. Elle m’a envoyé la photo de cette poupée inconnue. Elle avait effectivement l’air ancienne, elle a perdu bras et jambes. Son visage semblait asymétrique. Elle avait une grosse tête, le nez écrasé, les yeux noirs. En un mot, elle était grotesque.

« On dirait un Chucky chinois, lui ai-je dit.
- Je pensais exactement la même chose ! », m’a-t-elle dit d’un air joyeux comme une enfant qui vient de trouver un trésor.

 Mais je pense que ce n’était pas le moment de rire. Si cette poupée maudite avait été un Chucky chinois, elle aurait essayé de massacrer toute la famille la nuit. Je suis traumatisé notamment par ‘’Child Play 2’’. Je l’ai vu chez une amie quand j’étais au lycée. Elle a aperçu que j’étais bouleversé, elle me répétait : « Je suis désolée. Je suis désolée. » Je n’ai eu aucun appétit pendant trois jours après avoir vu ce film.

 J’ai demandé à Pauline depuis quand cette poupée était dans la cheminée. Elle m’a dit que ses parents ont acheté cette maison il y a vingt ans et qu’elle devait donc être là depuis plus de vingt ans. Je lui ai demandé pourquoi elle était dans la cheminée. Elle m’a dit qu’elle n’en avait aucune idée.

 Après une lutte, l’ancien habitant de la maison a peut- être réussi à immobiliser la poupée, et l’a enfermée dans la cheminée. Ensuite, il aurait allumé le feu pour faire disparaître le corps. C’est ainsi que ce Chucky chinois a perdu ses membres et a finalement été neutralisé. L’ancien habitant ne voulait plus habiter cette maison, et il l’a quittée. Par la suite, la famille de Pauline est arrivée. Le Chucky chionis a longtemps été oublié, mais aujourd’hui, le secret est brisé. 


 Cependant, je ne m’inquiète pas pour elle. Parce que c’est une psychopathe qui m’avait dit que l’un des meilleurs films d’horreur qu’a engendrés le Japon, ‘’Ring’’ n’avait rien d’effrayant.

vendredi 3 novembre 2017

''La fille aux allumettes''



 J’ai rencontré la petite chatte devant l’un des bâtiments de ma résidence. Elle était figée dans un geste étrange. Un patte arrière levée, elle me regardait. Sans doute qu’elle était en train de se toiletter quand je suis passé, et que cela l'a interrompue. Je vois souvent cette petite chatte faire sa toilette, mais je n’ai presque jamais vu le gros chat se lécher. Elle fait attention à son pelage parce que c’est une femelle et l’autre s’en moque parce que c’est un mâle ?

 Nous nous sommes regardés pendant un certain moment. Au bout de quelques instants, elle s’est approchée de moi et a légèrement levé la tête. J’ai caressé sa tête, elle s’est frottée contre mes jambes. Dès que je me suis assis par terre, elle a sauté sur mes genoux. Devant le bâtiment où se trouve l’accueil, deux hommes d’âge mûr fumaient des cigarettes en discutant de quelque chose. Le ciel était gris comme dans les films de Tarkovski. Les nuages épais nous privaient du soleil. La petite chatte a roulé plusieurs fois sur mes genoux. Elle semblait plus agitée que d’habitude. Je ne sais pas si c’était à cause du mauvais temps ou de mon humeur mélancolique.

 J’ai sorti ‘’Le rideau’’ de Milan Kundera d’une poche de mon manteau. Je l’ai ouvert au hasard et je me suis mis à lire haute voix.
 « ‘’La Pologne n’a pas encore péri’’ est le premier vers pathétique de leur hymne national et, il y a quelques cinquante ans, Witold Gombrowicz, dans une lettre à Czeslaw Milosz, a écrit une phrase qui n’aurait pu venir à l’esprit d’aucun Espagnol : ‘’Si, dans cent ans, notre langue existe encore…’’ »
 Pendant que je lisais, une femme de ménage est passé, portant un chignon, avec l’air aussi mélancolique que le ciel. Ensuite, le gros chat est venu vers nous. Il nous a jeté un coup d’œil puis s’est éloigné d’un pas nonchalant.


 Chez moi, j’ai vu ‘’La fille aux allumettes’’ d’Aki Kaurismaki en buvant une demi-bouteille de vin blanc.

 Pendant que je le regardais, je me suis rendu compte qu’il n’y avait de sous-titre anglais ni français. Je ne comprenais rien en finlandais, mais cela ne m’a posé aucun problème, puisqu’il n’y avait que très peu de dialogues. Même dans les scènes où des personnages discutaient entre eux, je pouvais facilement imaginer ce qu’ils disaient. Il me semblait même que sans sous-titre, je pouvais comprendre mieux tout ce qui se passait.

 C'est ce qu'est un vrai film. Au début, le cinéma était muet. Ensuite l'ère de Talkie est arrivé. Dès lors, beaucoup de réalisateurs mais aussi de spectateurs oublient petit à petit le langage cinématographique. Le cinéma est une langue en voie de disparition. 

 Chaque scène était belle comme une peinture de Vermeer. J'ai remarqué qu’il y a une sorte de ‘’fétiche’’ envers les mouvements minutieux. La main d’une fille qui examine une boîte d’allumettes, l’harmonie que créent des assiettes et une carafe d’eau, la lumière de la ville nocturne…

 L’héroïne n’est en effet pas très belle. Son nez semble un peu trop long pour qu'on puisse la qualifier de "belle", et le contour de son menton est flou, ses épaules étroites. Mais Kati Outinen est l’une de mes actrices préférées. Elle a un certain charme, chacun de ses gestes a une beauté subtile. J’aime notamment la scène où elle lit un roman d’amour dans le bus, puis elle sourit humblement juste un instant.


 Je me demande si la scène où elle pleure au cinéma est un hommage à ‘’Vivre sa vie’’ de Jean-Luc Godard. Elle m'a rappelé Anna Karina versant des larmes dans l'obscurité devant ‘’La passion de Jeanne d’Arc’’.


Goodbye Hellotalk

 Ce matin, j’ai découvert que mon compte a été suspendu de nouveau sur Hellotalk pour ‘’une fausse identité’’. L’équipe de cette application me demandait de leur envoyer une pièce d’identité. Sans aucune hésitation, je l’ai supprimée.

 C’est un joli garçon japonais, Yuki qui m’a parlé un jour de cette application. Il m’a dit qu’il l’utilisait pour améliorer son français. Je lui ai dit que je préférais lang-8. J’aime en effet le côté ‘’inhumain’’ de ce site. Sur Lang-8, la relation entre les gens est plus froide. On poste un texte, on attend que quelqu’un le corrige et rien de plus. Il m’a dit qu’il voulait faire la connaissance de Français. À ce moment-là, je me suis rendu compte que je n’avais presque jamais parlé avec des Français malgré mon niveau relativement élevé. C’est ainsi que je me suis inscrit sur cette application.

 Au début, je recevais trop de messages. J’ai eu peur et je me suis immédiatement déconnecté. Par la suite, j’ai commencé à écrire des journaux, car je n’avais rien d’autre à poster. Ils ont aimé ce que j’écrivais, mais certains m’ont demandé si mes journaux étaient vrais. Toutefois, je me suis demandé si je quittais cette application parce que les autres postaient des photos de cuisine, d'eux-mêmes avec leurs amis, tandis que je n’avais que des photos de tartes brûlées, et que je n’avais aucun ami.
 Si j’ai continué, c’est parce que quelques personnes m’ont demandé de ne pas quitter l’application. En revanche, je recevais de moins en moins de messages, ce qui me soulageait au contraire. La seule personne qui faisait des commentaires sur tous mes textes était un Français d’âge mûr, qui vit aux États-Unis.

 En même temps, j’ai pu connaître une jeune professeure d’allemand, Pauline grâce à cette application. À ce moment-là, elle n’était pas encore professeure. Elle maîtrisait évidemment l’allemand, et le sujet de son mémoire était le nazisme et le Japon impérial. C’était un sujet auquel je me suis toujours intéressé.

 Un jour, je lui ai montré une photo d’un officier nazi et lui ai demandé si elle le connaissait.
« Euh, c'est un SS et sa femme dans la forêt ? », m’a-t-elle dit.
C’était en effet la photo d’un officier nazi et de son épouse dans la forêt. Elle m’a dit qu’elle connaissait bien les officiers nazis mais pas leurs visages. Je lui ai dit que son surnom était ‘’le renard du désert’’.
« Ah, c’est Rommel ! »

 Quelques jours avant qu’elle débute comme professeure, je lui ai donné mon opinion personnelle selon laquelle la plupart des adolescents sont plus proches des singes que des hommes. Darwin serait d’accord avec moi. J’étais aussi un singe quand j’étais adolescent. Durant les cours, je regardais toujours par la fenêtre, je me moquais des professeurs, si l'occasion s'en présentait, je volais des livres. Quand le cours m'ennuyait, je faisais semblant d'être malade et rentrais chez moi. De temps à autre, j’allais au cinéma au lieu d’aller à l’école, comme Antoine Doinel dans le premier film de François Truffaut. Elle m’a répliqué que les adolescents ne sont pas aussi terribles que cela, et que même si ce sont des singes, il faut que quelqu’un leur apprenne à devenir humains. Le lendemain, elle a pleurniché que les élèves de l’une de ses classes ne cessaient de bavarder, et que faire cours était impossible.

 Maintenant ni Yuki ni sa copine française n’ont de compte Hellotalk. Tout ce que cette application m’a appris, c’est que je suis si asocial et si étrange que je n’ai pas pu me faire des amis même sur Internet.

jeudi 2 novembre 2017

Tadzio

 J’ai dormi toute la journée. Quand je me suis levé, Talleyrand l’ourson n’était plus dans le lit. Je l’ai cherché et je l’ai remis sur l’oreiller. J’ai pris une douche. J’ai mangé une poire. J’ai lu des histoires d’horreur sur Internet. Je me suis rendormi.

 Ma vie a plus de vide que de contenu. Je pense même qu'il vaudrait mieux que je raconte ma journée à la forme négative. Aujourd’hui, je ne me suis pas brossé les dents. Je ne suis allé ni à la librairie ni au cinéma. Je n’ai vu personne et personne ne m’aime. Je n’ai lu aucun livre. Je n’ai pas joué de la guitare. Je ne me suis pas déguisé en zombie. Je n’ai pas vu le dernier film de Christopher Nolan.
  
 Même si j’ai envie d’offrir quelque chose à quelqu’un, je n’ai rien. Rien.

 Je me suis réveillé vers 17 heures. Finalement, j’ai commencé à travailler mon exposé sur Thomas Mann. Il y a quelques jours, j’ai écrit mon exposé sur ‘’New York’’ de Morand, mais je n’avais pas beaucoup d’idées. Je suis resté pendant des heures devant la table, les yeux dans le vide. Je n’ai pu écrire que cinq pages. Honnêtement, ce livre ne m’intéresse pas beaucoup. J’imagine que lorsqu’il est paru dans les années vingt, il a vraiment fasciné le lecteur français car à cette époque le voyage aux États-Unis était beaucoup plus difficile. Je pense que ce livre est plus ou moins démodé de nos jours.

 En revanche, ‘’La mort à Venise’’ de Thomas Mann est toujours excellent. Étant donné que j’avais abandonné la lecture de ‘’La montagne magique’’, je craignais que ‘’La mort à Venise’’ ne soit trop difficile, mais cette nouvelle est plus courte, plus simple et facile à lire. J’ai vu aussi le film de Luchino Visconti quand j’étais au collège. Je revois le joli visage de l’acteur qui incarne le garçon polonais, Tadzio. Il était beau comme une fille. Ses cheveux longs étaient bouclés. Il n’a pas prononcé le moindre mot, mais il n’en avait pas besoin car ses yeux racontaient tout.

 Le professeur nous a dit qu’il projetterait le film en dehors des heures de cours, s'il pouvait. J’aimerais bien aller le voir car je ne me souviens plus des détails. Par contre, je me rappelle bien la scène où une bande de clowns chante une chanson bizarre, sur la plage, la nuit. Parfois les films gravent des scènes sans importance dans notre mémoire. 

 Lorsque la date a changé, j’ai fini d’écrire mon exposé. Cette nuit, je vais dormir en écoutant le quatrième mouvement de la cinquième symphonie de Mahler. Ce n’est pas mon compositeur préféré, mais j’aime bien ce morceau.

''Title of Mine'' BUMP OF CHICKEN



Pourquoi est-ce que j’écoute toujours une chanson dont je suis déjà fatigué quand je n’arrive pas à dormir la nuit ?
De quoi ai-je peur ?
De quoi ai-je besoin ?
Je ne trouve aucune réponse même si j’y réfléchis jusqu’à ce que les oiseaux chantent.

C’était une chaine lourde dite la solitude
Que je me suis adroitement enroulé autour du corps.
Où l’ai-je trouvée ?
Quand l’ai-je enroulée moi-même ?
Lorsque j’ai vu le ciel embrasé, j’ai eu envie d’entendre ta voix et je me suis rendu compte,

Que j’avais honte de mon désir de toucher quelqu’un
J’ai étouffé mes sanglots,
Comment ai-je osé l’appeler la fierté ?

J’ai essayé d’exprimer mes vrais sentiments,
Ma voix tremblait et était à peine audible.

J’ai poliment refusé la main qu’on me tendait.
Je chantais jusqu’ici comme chantent les oiseaux mais…

Qu’est-ce que ce moi qui souhaite te toucher ?
J’ai finalement appris que j’avais oublié de chanter la chose la plus importante.

Je faisais semblant de vouloir la solitude.
Alors que je savais la chaleur de la main.
J’avais peur que cette main se sépare de moi un jour.

Puis-je chanter que j’ai envie de toucher les gens ?

On se dispute, on se trompe, on s’entre-tue pour un rien.
On s'attire et on se sépare. On a peur de se blesser l'un l'autre.
Mais, malgré cela,

J’aime les gens qui souhaite toucher les autres,
J’aime les gens qui ne cachent pas leurs sanglots, qui supplient et savent ce que c’est être blessé.

J'aimerais te toucher.
Appelle-moi.

S'il n'y a personne et que je suis seul, 
Moi qui chante cette chanson, 
Ma vie n'a aucun sens.

mercredi 1 novembre 2017

''L'autre côté de l'espoir''



 J'ai fait un cauchemar dont je ne me souviens plus. Dans l’obscurité de la nuit, mon cerveau était éveillé tandis que mon corps était endormi. Quelqu’un a murmuré mon nom à mon oreille à plusieurs reprises. Qui était-ce ?

 Je me suis réveillé vers dix heures en gémissant. Après avoir bu un café, je me suis rappelé que j’avais des livres à rendre à la bibliothèque. J'ai mis ‘’The Buried Giant’’ et un album de reproductions de David Hockney dans mon sac à dos, je me suis vite habillé, et je suis sorti.

 Je marchais en écoutant les Concertos pour clavecin de Bach. Au bout d’un passage clouté que j’ai traversé, trois ou quatre policiers attendaient. L’un d’entre eux qui portait des lunettes de soleil sportives m’a dit de faire un détour. J’ai donc fait demi-tour et à ce moment-là, j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de policiers autour de la Cour européenne. Ils serraient tous des fusils dans leurs bras. Pour aller à l’arrêt de tram, j’ai emprunté un autre passage-piétons et là, il y avait d’autres policiers. Le chemin que je prenais toujours était barricadé.

« Bonjour», m'a dit l'un de ces policiers.


 Il avait une tête ronde. Ses joues étaient rouges comme une pomme à cause du froid. Lui aussi tenait un grand fusil.


« Bonjour, lui ai-je dit.
- Vous êtes invité ?»


 Évidemment je n'étais pas invité. Pourquoi a-t-il pensé qu'un homme asiatique à la barbe légèrement poussée, avec un sweat à capuche et un jean est invité. Je lui ai dit que je souhaitais prendre le tram.


« Le tram, il est fermé. Il faut le prendre là-bas. », a-t-il dit.

Son doigt indiquait le chemin que j'avais emprunté pour arriver jusque-là.


 Je ne voulais pas retourner à mon point de départ. J’ai décidé d’aller à la BNU à pied. Des gens en costumes-cravate marchaient à contresens vers moi. Les policiers et leurs motos blancs étaient partout. Sans doute y avait-il un congrès important aujourd’hui, sauf que cela n’avait aucun rapport avec moi.

 Pendant que je continuais à marcher, je me suis rendu compte que je me trouvais dans un endroit inconnu. J’étais perdu dans un quartier résidentiel. Il y avait des immeubles blanc et rose. Sur un pont, une femme d’âge mûr prenait des photos. Un vieux couple se promenait main dans la main. Je me suis arrêté et j’ai regardé les alentours. Au loin, j’ai pu apercevoir les deux tours de l’église Saint-Paul. Elle m’a permis de me repérer. Cependant, quelques minutes plus tard, l’église a disparu derrière des immeubles. Je me suis perdu à nouveau. À côté de moi, il y avait un bâtiment immense. Sur le panneau, il était écrit ‘’maison de retraite’’. Une vieille dame en noir y est entrée et s’est évanouie comme une brume. J’ai activé Google Map, toutefois la connexion Internet était faible. En fin de compte, j’ai renoncé et j’ai décidé de poursuivre sur le chemin qui s’ouvrait devant moi. C’était un bon choix parce qu’au bout se trouvait l’arrêt Wacken qui m’était familier.

 J’ai rendu ‘’The Buried Giant’’ et l’album de reproductions de David Hockney à la BNU. Après avoir erré d’étagère en étagère, j’ai finalement choisi la vieille édition de poche de ‘’Setting Free The Bears’’ de John Irving et je l’ai empruntée.
Avant de rentrer chez moi, j’ai visité l’exposition sur le Néo-gothique dans la BNU. Dès que je suis entré dans la salle, l’une des jeunes réceptionnistes qui chuchotaient entre elles m’a regardé et m’a dit bonjour à voix basse.

 L’exposition était plus riche que je ne m’y attendais. Il y avait beaucoup d’illustrations d’un artiste strasbourgeois qui s’appelle Léo Schnug. Ses œuvres représentaient souvent les légendes de l’époque médiévale, la composition était délibérément construite et toutes les formes étaient encadrées un peu comme les célèbres affiches de Mucha.

 Le plan représentant la maquette de la Cathédrale de Strasbourg a attiré mon attention. J’ai déjà la maquette en carton de la Cathédrale Notre-Dame de Paris chez mes parents. J’aimerais bien avoir aussi une Cathédrale de Strasbourg en miniature. 
 Il y avait aussi un dessin représentant la Cathédrale à deux tours. Ce projet de construire une deuxième tour n’a finalement pas abouti, mais cette asymétrie fait partie du charme de la Cathédrale de Strasbourg.

 Ce soir, avec l'ourson Talleyrand, j’ai vu le dernier film d’Aki Kaurismaki, ’L’autre côté de l’espoir’’. C’est l’histoire d’un réfugié syrien, qui demande l’asile en Finlande. Malgré son espoir, l’État refuse froidement de l’accueillir. Le pauvre Syrien va être raccompagné aux frontières turques. Il s’enfuit et il devient un sans-abri. Un groupe de néo-nazi le chasse et essaie de le tuer. Dans tout ce malheur, il rencontre le patron d’un restaurant et il commence à y travailler.

 Au milieu de l’histoire, ce restaurant se transforme en un restaurant de sushis et tous les clients qui viennent sont japonais. Mais je suis certain que les touristes japonais ne viendront pas dans un restaurant japonais en Finlande. Ils iront forcément dans un restaurant local. Quant à moi, je ne vais jamais dans les restaurants japonais en France. Je préfère goûter de la cuisine alsacienne.

 Bref, peu importe. Ce n’est qu’une petite remarque personnelle. Il paraît qu’Aki Kaurismaki a déclaré de prendre sa retraite cette année, si bien que celui-ci est son dernier film. Il avait affirmé qu’il tournerait une trilogie sur le thème du migrant. La première partie, c’était ‘’Le Havre’’, et la deuxième est ce ''L'autre côté de l'espoir''. Il n’y aurait donc pas de troisième.

 À propos, avez-vous remarqué qu'il y a 'le ‘’géant'' de Twin Peaks dans ce film ?