vendredi 23 février 2018

Les Parisiennes vs une Japonaise

 Dans ‘’Mishima Yukio Letter Kyôshitsu (La classe de lettres de Yukio Mishima)’’ que j’ai emprunté à la bibliothèque il y a longtemps, il y a un passage où un des personnages compare les Parisiennes et une Japonaise. Ce livre est intitulé « La classe de lettres », mais en réalité, il s’agit d’un roman épistolaire divertissant de l’auteur du ‘’Pavillon d’or’’. Les livres disons ‘’mineurs’’ d’un auteur ne sont souvent pas traduits en langue étrangère, toutefois ce sont ces œuvres ‘’moins importantes’’ qui permettent de découvrir les dimensions dissimulées d'un écrivain.

 J’aimerais essayer d’en traduire un passage. Comme c’est une fiction, Mesdames, françaises et japonaises, je vous prie de ne pas en prendre ombrage. D’ailleurs, je n’en suis pas l’auteur. Si vous voulez vous plaindre, voici, l’endroit où l’auteur repose : Cimetière de Tama : 4 Chome-628, Tamacho, Fuchu, Tokyo, Japon.

Lettre que Tobio YAMA envoya à Mamako KORI au cours de son voyage il y a longtemps.   
 Maintenant, je suis à Paris. D’un vieil hôtel tranquille qui s’appelle ‘’Hôtel Iéna’’, près du palais de Chaillot, en regardant le ciel gris tourbillonnant mélancoliquement à travers les arbres hivernaux que reflète la fenêtre, j’écris cette lettre en me souvenant de votre visage.  
 Mais je n’insinue pas que votre visage est morose, au contraire, j’essaie d’oublier l’hiver sombre de Paris en songeant à votre visage lumineux.  
 J’ai déjà vu deux ou trois modélistes de premier rang ; j’ai assisté aussi à plusieurs présentations d’une collection de mode. Même si je m’habille chaudement, il fait si froid que j’ai du mal à marcher cinquante mètres. Je pense que les gens d’ici qui marchent d’un air indifférent sont presque comme les Esquimaux. 
 J’ai essayé de comparer les dames d’ici et vous.  
Vous : 
1.        Beauté 9 
2.        Dignité 9  
3.        Coquetterie 0 
4.        Gentillesse 10 
5.        Élégance 9 
6.        Folie 9 
7.        Innocence 10 
Total : 56  
Parisiennes 
1.        Beauté 8 
2.        Dignité 10 
3.        Coquetterie 10 
4.        Gentillesse 0 
5.        Élégance 9 
6.        Folie 9 
7.        Innocence 0
Total : 46  
 Et donc, vous avez gagné de dix points, mais je vous prie de comprendre que je suis plus ou moins indulgent envers vous à cause du mal du pays. 
 J’ai vu ‘’La Veuve joyeuse’’ au théâtre Mogador et je me suis souvenu à nouveau de vous. J’ai eu envie que nous l’admirions ensemble.

 J'apprécie le critère ''Folie''. Le grand écrivain savait donc que 'la folie rend les femmes plus séduisantes. J’ai aussi pensé à comparer les Strasbourgeoises et les Japonaises, mais pour l'instant, je me contente de dire que je suis assez malin pour éviter les problèmes inutiles.

jeudi 22 février 2018

Le jour de Sôseki


 Aujourd’hui (le 21 février), c’était le jour de Natsume Sôseki au Japon. Toutefois, je ne savais pas qu'il y avait un tel jour. Je pense que la plupart des Japonais ne le savent pas non plus. J’ai trouvé cette information par hasard en naviguant sur Internet. Il semble que c’est le jour où Natsume Sôseki avait poliment refusé le doctorat de littérature que lui proposait le gouvernement japonais. Il avait envoyé une lettre disant : « Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours vécu juste comme un Natsume et rien de plus. Je souhaiterais donc continuer à vivre juste comme un Natsume. ». Sôseki était sans doute quelqu’un qui aimait vivre librement, comme un chat.

 Pendant l’examen de linguistique diachronique, après avoir répondu à toutes les questions, j'ai regardé dans le vide les mains sur les genoux. Au bout d’un moment, le professeur est venu à côté de moi. Il a pris ma copie. J’ai observé son visage. Au début, il n’avait aucune expression, mais en transperçant ma copie du regard, il a petit à petit froncé les sourcils. J’ai été pris d’angoisse. Je me suis demandé si j’avais fait de grosses bêtises. Au bout de quelques instants, il a reposé ma copie et m’a chuchoté en partant : « C’est pas mal… Vous avez à peu près dix-neuf ». Je connais donc déjà ma note bien que le résultat ne soit pas encore affiché.

 Après ce cours, je suis allé à la bibliothèque de japonais. La bibliothécaire était toute seule. J’ai choisi sans aucune hésitation « Je suis un chat » (j’avais l’intention de le lire pendant les vacances depuis longtemps). L'air fier, j’ai dit à la bibliothécaire que c’était le jour de Sôseki aujourd’hui.

« Il y a un jour de Sôseki au Japon ? m’a-t-elle dit.
- Oui, c’est aujourd’hui ! Avez-vous déjà lu ses livres ?
- ‘’Sanshirô’’ et ‘’Botchan’’. C’est un très bon auteur. »

 J’avais déjà parlé plusieurs fois avec elle car le thème de son mémoire est une femme écrivain que j'aime bien. Elle connait mon nom, mais je ne connais pas le sien. Tu es une bibliothécaire, tu n’as pas encore de nom, ai-je murmuré dans ma tête. 

mercredi 21 février 2018

Music when the lights go out

 Demain mon esprit va s'effondrer comme un château de sable. J’ai mal à l’estomac ; j’ai de l’eczéma sur les mains. Mon QI a baissé jusqu’à deux (c’est la même intelligence que les algues qui flottent sur la mer), et je n’arrive pas à comprendre ce que les gens me disent. Une fille m'a dit quelque chose. J'ai répondu. Elle a fait une drôle de tête. AI-je dit quelque chose qu'il ne fallait pas dire ?

 Aujourd’hui, pendant un cours, le professeur a interrogé chaque étudiant. Alors que j’étais en train de dessiner, mon tour est venu, mais j’avais oublié comment parler et je n’ai rien pu dire. Quelqu’un derrière moi a répondu à ma place et j’ai continué à dessiner. Ce que je dessinais ? C'est un secret.

La crise au temple de Shuzenji ! Natsume Sôseki vomit énormément de sang et se trouve entre la vie et la mort. (Le calendrier Sôseki le 24 août)

 À la même date qu’il y a cent six ans, 44 de l’ère Meiji (1910), le 24 août, Sôseki, quarante-quatre ans séjournait à l’auberge Kikuya du temple Shuzenji à Izu. Après l’internement à l’hôpital pour un ulcère à l’estomac, Sôseki était venu pour une cure de plein air. C’était le dix-neuvième jour de son séjour.

 Ce jour-là, Sôseki avait mal à l’estomac depuis le matin. Sa mine était toute pâle comme du papier. Dans la soirée, Kyôko qui était venue de Tokyo lui fit boire du lait. Le gastro-entérologue, Tôzô SUGIMOTO arriva aussi de Tokyo et il examina Sôseki. Rinzô MORINARI, qui était venu au temple plus tôt et qui vient du même hôpital, restait aussi à ses côtés.

 À ce moment-là, l’état de Sôseki avait l’air relativement stable. Une fois la consultation terminée, les médecins se sont retirés dans leurs chambres pour prendre un bain et pour dîner. Kyôko alla à côté de Sôseki pour demander s’il allait bien. Ce dernier grimaça de douleur.

« Vous vous sentez mal ? » demanda Kyôko.

 Évidemment, elle s’inquiétait pour lui, mais quand on est malade, il est difficile de répondre. Sôseki pensa sans doute : « Laissez-moi tranquille ». Les malades sont souvent comme ça. Sôseki lui répondit brutalement :

« Allez-vous en, s’il vous plaît. »

 Et Sôseki, qui était couché sur le dos, cracha du sang au moment où il essaya de se retourner vers la droite.

 Dans un tel cas, Kyôko avait du courage. Sans paniquer, en soutenant le corps de Sôseki, elle cria pour appeler les servantes qui étaient dans le couloir, puis elle leur demanda de rappeler les médecins. Pendant ce temps, dans les bras de Kyôko, Sôseki ne cessa de vomir du sang. Le dessous de la poitrine de son Kimono se teignit entièrement de rouge.

 Les médecins arrivèrent immédiatement.

 Sôseki avait perdu conscience et il allait mourir. Les médecins enchaînèrent les piqûres de camphre pour le sauver. Comme il ne reprenait pas conscience, ils les prodiguaient les unes après les autres. Le nombre total de piqûres dépassa finalement seize. Au bout du moment, les médecins arrêtèrent de compter.

 Trente minutes plus tard, comme s’il passait par la porte de la mort qui se refermait, Sôseki reprit conscience. Mais il était toujours en danger. En prenant le pouls de leur patient, les médecins murmurèrent :

« Très faible »
« Il n’y a pas d’espoir »
« Si on appelait ses enfants ? »

 Sôseki écoutait leur conversation d’un sentiment étrangement calme.
 Entre la vie et la mort, une certaine paix, comme s’il s’était débarrassé de ses souffrances quotidiennes d’un coup, sombrait au fond de son corps affaibli jusqu’au bout.

Le mot de Sôseki du jour :

« Je perdis une quantité énorme de sang d’un coup, j’erras entre la vie et la mort » ‘’Omoidasu Koto Nado’’(Les mémoires aléatoires)

mardi 20 février 2018

Rinjirô et Tarô


 Ici, il y a un tableau représentant un chat qui dort paisiblement. Le peintre s’appelle Rinjirô HASEGAWA. C'était un homme qui menait une vie solitaire.

 Le peintre a consacré six ans à la composition de ce tableau dont le modèle était son chat, Tarô.

 Au début, Rinjirô n’avait pas l’intention de peindre Tarô. Pendant qu’il le regardait dormir dans son atelier, l’idée lui en est venue.

 Il a étalé une étoffe rouge sur une petite table. Il s’est mis à peindre Tarô qui dormait dessus.

 Tarô était un modèle idéal qui ne bougeait point. Le lendemain, le peintre a mis Tarô endormi sur la petite table, le chat a pris la même pose que la veille. Cependant, le mois suivant, Tarô avait changé. Il faisait plus frais et il roulait sur lui-même.

 L’artiste a attendu l’année suivante à la même époque pour recommencer à le peindre. Tarô a pris la même pose que l’année précédente et le peintre a enfin presque achevé son œuvre.

 Quand on lui a fait remarquer que ce chat n’avait pas de moustaches, on était déjà au printemps. Rinjirô a de nouveau attendu le retour de l’hiver.

 Mais Tarô est tombé malade. Il ne pouvait plus prendre la même pose. Le lustre de son pelage a disparu, il s’est progressivement affaibli. Un jour, il s’est endormi pour toujours. Après sa mort, Rinjirô a ajouté des moustaches au modèle en pensant à l’époque où Tarô était vivant. 

Just Like Heaven

 J’étais terriblement déprimé aujourd’hui et je n’ai pas pu me concentrer sur les cours. Je sais quand je déprime car mon cerveau chauffe comme un moteur et j’ai l’impression de rêver éveillé. Parfois j’ai aussi envie de me détruire. Dans ce cas-là, le plus souvent, j’écoute de la musique et j’essaie de me concentrer sur tous les sons que j’entends.

 Je suis défectueux. Si j’avais été une pièce de machine, j’aurais déjà été jeté comme une ordure. Mais comme je suis un être humain, je suis obligé de vivre bien que j'aie cessé de fonctionner depuis longtemps. Je suis sûr que je ne serai jamais heureux. Je préfère encore qu’on m’interne dans un hôpital psychiatrique toute ma vie. La naissance est l'origine du mal comme dit Cioran.

 Pendant l'examen d'anglais (nous devions écrire un essai sur ''Les neiges du Kilimanjaro'' de Hemingway), ma voisine m’a demandé si elle pouvait utiliser mon ruban correcteur. J'ai dit oui. Elle l'a beaucoup utilisé et l'a finalement épuisé. Je souhaite qu'elle tombe sur un caca de chien dans la rue.

lundi 19 février 2018

''Le 29 novembre, Monsieur et Madame Natsume sont stupéfaits de la mort soudaine de leur petite fille''

 Aujourd’hui, à la même date il y a cent cinq ans, le 29 novembre en 1911 (44 de l’ère Meiji), il faisait beau à Tokyo. C’était le jour de la leçon de chant de nô. Le maître de Sôseki, Arata HÔSHÖ était venu chez lui (Minami-machi, Waseda, Tokyo) et Sôseki apprit la suite du chant « Morihisa ».

 Dans la soirée, un de ses disciples Kôkyô NAKAMURA vint chez lui. Kôkyô avait démissionné le journal d’Asahi depuis peu. Il était venu demander des conseils à Sôseki.

 Pendant que les deux hommes discutaient dans le bureau, des enfants vinrent et dirent « Venez avec nous, s’il vous plaît ».

« Hinako est sans doute prise de convulsions »
 En pensant cela, Sôseki se leva et se dirigea vers le salon. La cadette Hinako et le second fils Shinroku étaient de temps en temps pris de convulsions. Même s’ils s’évanouissaient, ils reprenaient conscience si on leur jetait de l’eau sur le visage. Tous les membres de la famille y étaient tous habitués. Sôseki pensait que ce n’était pas grave.

 Cependant, quelque chose était différent ce jour-là.

 Dans le salon, le dîner que Hinako n’avait pas fini était laissé tel quel. Elle était tombée dans la pièce voisine à six tatamis. Sa mère Kyôko la tint dans ses bras et mit sur son visage une serviette mouillée pour le rafraîchir. Sôseki regarda son visage ; ses lèvres étaient toutes pâles.
« Ce n’est pas normal », pensa Sôseki, l’air tendu.

 La servante appela le médecin qui vivait juste avant chez les Natsume. Il fit une piqûre à Hinako, mais la situation ne s’améliora pas. La bouche ouverte, les yeux mi-clos, la fillette semblait dormir, mais en réalité, elle avait cessé de respirer.

 En peu de temps, le médecin traitant de la famille Tetsusaburô TOYOTA arriva. La respiration artificielle, une piqûre, un bain à l’huile de moutarde, il essaya tout ce qu’il put, mais la fillette ne respira jamais.
  « C’est étrange », murmura le médecin plusieurs fois. Il semblait qu’il n’arrivait pas à déterminer la cause de la mort.

 Sôseki et Kyôko restaient sidérés, sans pouvoir accepter la réalité. A peine plus tôt, la fillette se faisait porter sur le dos de sa grande sœurs Fudeko (la fille aînée de Sôseki), et jouait joyeusement près du tombeau du chat. Pendant qu’elle utilisait maladroitement des baguettes en tenant son bol de l’autre main, elle poussa tout à coup un petit cri, tomba et elle est morte sur place.

 Malgré la tristesse affligeante, Sôseki déplaça le corps de Hinako dans la pièce voisine. Il la coucha, la tête en direction du nord, et il mit à son chevet un ballon qu'elle aimait beaucoup. Elle n’avait qu’un an et huit mois.

 La poitrine de Monsieur et Madame Natsume se remplit d’une tristesse qui devint de plus en plus réelle.

Le mot de Sôseki du jour :

« Mystérieuse est la mort de Hinako » (‘’Bribes’’)