mercredi 5 septembre 2018

Le mariage


 Une fille m’a demandé si j’avais l’intention de me marier un jour. J’étais secrètement content qu’elle me le demande. C’est une question qu’on m’a déjà posée à plusieurs reprises, et j’avais soigneusement élaboré ma réponse. Fièrement, je lui ai dit : « Je ne crois pas. En tenant compte de l’asociabilité et la singularité de ma personnalité et du fait que je ne suis jamais tombé amoureux de personne, la possibilité que je me marie est aussi minime que celle qu’un tigre de la forêt se transforme en beurre en tournant vite ». Et pour rendre ma réponse encore plus plausible, j’ai cité les noms des maladies sexuellement transmissibles qui me traversaient l’esprit. « La blennorragie, l’hépatite B, l’herpès, la syphilis, le sida. Je trouve la syphilis particulièrement charmante parce qu’elle viole finalement le cerveau …..et toi ? »
« J’aimerais bien me marier parce que je voudrais porter une robe de mariage », m’a-t-elle dit.
 J’ai réfléchi un peu à ce qu’elle m’a dit. J’ai imaginé une cérémonie de mariage, ses invités, le jeune marié en smoking blanc et la jeune mariée en robe de mariée, un bouquet de fleurs qui s’envole dans le ciel et le klaxon de voitures. Puis, je me suis dit de nouveau que je ne me marierais pas parce que je n’ai pas particulièrement envie de porter une robe de mariage.

mardi 4 septembre 2018

Le roquefort


 Il se peut que cette histoire vexe certains Français même si je n’en ai pas l’intention. Je vais quand même essayer de raconter ce qui m’est arrivé au début d'été d’il y a quelques années……
 Ça a commencé par un propos anodin d’un ami qui m’a conseillé de manger du roquefort parce qu’il trouvait cela très bon. J’en ai acheté au supermarché, et j’ai ouvert le paquet chez moi. À ce moment-là, ma main a glissé et un étrange liquide s’est répandu sur le plancher. Zut, me suis-je dit, et tandis que j’allais l’essuyer avec une serpillère, je me suis rendu compte qu’une odeur étrange remplissait ma chambre. Ça puait si fort que je me suis demandé s'il y avait le cadavre d'un requin-pèlerin sous mon lit. J’ai cherché son origine et j’ai réalisé qu’elle venait du paquet de roquefort et de son liquide organique. C’était une odeur indescriptible que je n’avais jamais sentie de ma vie. Si je devais la décrire, ce serait l’odeur des chaussettes qu’un homme gras a portées pendant un mois, et qu’on a ensuite trempées dans du lait deux semaines pour enfin les sécher à l’ombre. J’ai ouvert entièrement la fenêtre, mais l’odeur n’a pas disparu, puisque son origine persistait toujours sur ma table. J’ai goûté le fromage. Le même goût que l’odeur a rempli ma bouche et j’ai failli être asphyxié. Honnêtement, je ne voulais plus en manger, mais je n’aime pas jeter de la nourriture. Dans mon enfance, j’avais subi le lavage de cerveau de mes parents et de mes instituteurs qui m’avaient répété : « Les enfants africains n’ont pas de quoi manger. Les enfants africains n’ont pas de quoi manger. Les enfants africains n’ont pas de quoi manger, les enfants africains… ». J’ai cherché sur Google la manière de manger du fromage qui pue. Un site conseillait d’en manger avec du miel. Je n’avais jamais eu l’idée de manger du fromage avec du miel. Ça me semblait un peu bizarre, mais comme j’avais du miel chez moi (comme ça, on peut accueillir l’ourson jaune n’importe quand), j’en ai versé beaucoup sur le fromage, et j’ai porté un morceau à ma bouche. En effet, le miel avait adouci l’odeur du fromage, même si la puanteur avait toujours le dessus. J’ai avalé petit à petit les deux tiers du fromage en retenant mes larmes. Finalement, j’ai reconnu ma défaite et un sac poubelle a mangé le reste. Ainsi, le roquefort a été ajouté à la liste des aliments que je n’aime pas, avec la soupe à la citrouille, la cerise, le shiokara, le mochi, et la framboise etc.

lundi 3 septembre 2018

Emploi du temps


 Aujourd’hui, j’ai organisé mon emploi du temps du nouveau semestre. J’ai dû choisir sur la liste les cours qui me semblaient les moins ennuyeux, mais c’était difficile parce que tous les cours avaient l’air très ennuyeux. Le pire, c’est que cette année, nous avons deux cours magistraux de littérature française. Chaque fois que je mettais un cours dans mon emploi du temps sur Excel, je me sentais déprimé et j’avais l’esprit de plus en plus brumeux.
 J’avais choisi les lettres modernes parce que j’aimais le français et les livres, mais en même temps, je ne savais pas trop ce qu’on ferait en lettres. Je me demandais si on devrait écrire une histoire ou des poèmes. En réalité, on lit des livres ennuyeux, on retient la date de publication de certains livres qu’on oubliera le lendemain des examens, on fait des dissertations ennuyeuses sur des livres ennuyeux, et on supporte des cours ennuyeux en risquant de devenir fou. Je suis peut-être la seule personne qui pense ainsi. En fait, c’est possible. J’ai l’esprit tordu. Quand les autres s’amusaient, je m’ennuyais. Quand je m’amusais, les autres s’ennuyaient. Quand tout le monde lisait Naruto, je lisais passionnément Yoshiharu Tsuge. Quand tout le monde écoutait des musiciens merdiques de J-pop, j’étais passionné par le rock anglais. Il se peut donc que les autres s’intéressent vraiment à des cours que je trouve mortellement ennuyeux. Ça me semble probable, parce qu’à la fac, tout le monde a l’air heureux tandis que je suis morose comme si j'allais tous les jours à un enterrement. Mais ç’aurait été la même chose même si j’avais choisi une autre filière. J'ai appris que je ne suis pas vraiment fait pour le monde académique. Je suis lâche, crapule et je suis fier d'être idiot. C’est déjà un miracle que j'aie pu, moi qui avais abandonné le collège et le lycée, atteindre la dernière année de licence, à l' étranger.

La serviette de Givenchy


 Si on ne disait rien, personne ne penserait que ce chiffon gris et effiloché était autrefois une serviette bleu clair de Givenchy. Ça fait déjà plus de cinq ans depuis que nous nous sommes connus. Au début, c’était une serviette de bain ordinaire, mais un jour, elle a acquis une position en tant que mon doudou. Elle était en tissu-éponge et j’aimais la sentir contre ma joue en dormant. Nous restions toujours ensemble sauf lorsque je sortais. Lorsque je lisais un livre ou regardais un film, je la mettais autour de mon cou comme une écharpe et elle voyageait partout avec moi. Ainsi, un lien inséparable plus fort que tous les couples du monde s’est formé entre nous. Cependant, il y a un an ou deux ans, visiblement la serviette s’est mise à s’épuiser. À cause de multiples frottements, elle était presque déchirée en deux. Les fleurs brodées sont tombées les unes après les autres, et le tissu devenait de plus en plus mince. Sa couleur bleue était fanée et elle devenait plutôt grise. Aux yeux de tout le monde, c’était évident que la serviette de Givenchy approchait de la fin de sa vie. C’est alors que le moment de la séparation est arrivé. La mort dans l’âme, un jour, j’ai arrêté de dormir avec mon amante et j'ai commencé à chercher un nouveau doudou, ce qui n’était pas facile. J’avais effectivement d’autres serviettes, mais certaines étaient trop molles et d’autres étaient trop raides. Les serviettes qui n’ont pas rempli mes critères ont impitoyablement été obligée de servir comme essuie-mains. Après de nombreux examens sévères, une serviette verte d’une marque anonyme, plus molle que la serviette légendaire de Givenchy, mais d’une texture confortable, a été admise.
 Mon ancien doudou a terminé son rôle, mais je le conserve soigneusement sans intention de le jeter. Parfois, je le prends et le caresse. Je voudrais qu’on expose ma serviette Givenchy au British Museum ou au musée du Louvre pour honorer sa vie courte en tant que mon doudou.

''J'aime les personnes qui lisent'' Yoko Ogawa


 J’aime regarder les gens qui lisent. Autant que j'aime lire moi-même. À la fenêtre des cafés, aux tables des bibliothèques, sur le quai des gares, sur les bancs des parcs, chaque fois que j’aperçois quelqu’un qui lit, je le regarde.
 Lorsque j’étais lycéenne, je rêvais d’aller à l’école en train. Ça aurait été vraiment merveilleux si j’avais pu lire à loisir dans le train qui me conduisait à l’école. Mais en réalité, j’y allais en vélo. Les jours de pluie, en faisant tomber les gouttes de mon imperméable, les jours où il faisait chaud en été, chancelante, accablée par la chaleur, je pédalais tous les jours.
 Je ne sais pas si c’est parce que je traîne toujours ce rêve inachevé. Même aujourd’hui, lorsque je prends le train, je cherche des lycéens qui lisent. J’ai l’impression que leur nombre diminue chaque année. La plupart des lycéens regardent leurs portables plutôt qu’un livre.
 Mais c’est pour cela que lorsque je découvre un lycéen qui répond à mon attente, je suis heureuse et je ne peux m’empêcher de le regarder.
 Ce lycéen qui a encore les traits d’un petit garçon a des goûts plutôt mâtures. Il lit « De sang-froid » de Capote. Comme le col de son uniforme est encore neuf, je suppose qu’il est en première année. Il n’est pas très musclé. Ses membres sont longs et minces, et ses lèvres sont serrée. Ce n’est pas le type de garçons qui s’inscrit à un club de sport. Il n’attire pas particulièrement l’attention des gens, et il est calme, mais il a un ami dans une autre classe avec qui il peut parler franchement. Il parle de livres seulement avec cet ami.
 S’il lit « De sang-froid », il a dû déjà finir « Les Domaines hantés ». Va-t-il prêter ce « De sang-froid » de poche à cet ami ou le lui a-t-il emprunté ? Quoi qu’il en soit, maintenant il est en train d'affronter une violence irraisonnée, dissimulée en lui……..
 La lycéenne là-bas semble étonnement mâture. Ça ne veut pas dire qu'elle ait l'air vieille. L'ombre de ses yeux a l’air disproportionnellement pensive par rapport à son âge. Elle lit « Nine Stories » de Salinger.
 La porte-clef d’une mascotte attachée au fermeture éclair de son sac et une épingle sur sa mèche laissent voir qu’elle est encore au lycée. Cependant, elle dégage une sérénité absolue. Elle porte des socquettes blanches à bord replié. Elle n’a même pas mis de crème à lèvres. Elle a de bonnes notes à l’école, mais elle n’est pas prétentieuse. Avec son regard pensif, elle devine les contradictions que cachent ses professeurs et son école.
 Elle pourra comprendre le suicide de Seymour orné du jaune du « poisson-banane ». Elle pourra pleurer la mort de l’ami invisible de Ramona, Jimmy Jimmereeno…….
Ainsi, mon observation va loin et mon imagination s’envole à mon insu. Les personnes qui lisent libèrent toujours mon imagination.
 Il y a longtemps, à l’époque où j’allais à l’université, près du campus, il y avait un restaurant qui servait des shôgayaki délicieux. Un jour, assise au comptoir de ce restaurant, tandis que je lisais en attendant mon repas, un garçon à côté de moi m’a adressé la parole.
« Est-ce ‘’ Man'yōshū’’ ?
- Oui.
- Qui est votre préféré ?
- Nukata no ôkimi.
- Moi aussi ».
 La conversation s’est terminée. Peu après, on m’a apporté mon shôgayaki.
 Cet échange de quelques secondes m’a fait une forte impression. Deux étudiants passionnés de littérature se rencontrent. Ils deviennent proches grâce à « Man'yōshū ». Il n’y a pas d’accessoire aussi élégant que ça. Au début, ils échangent juste des propos anodins. Quelques jours plus tard, ils se rencontrent de nouveau sur le campus. Et c'est là qu'une histoire d’amour passionnée commence…….À l’époque, j’étais obsédée par mon imagination débridée comme aujourd'hui.
 Depuis ce jours-là, en marchant dans le campus, j’ai cherché ce garçon qui m’avait parlé de « Man'yōshū ». Mais comme le campus était immense, ce n’était pas si facile. Évidemment, je n’ai pas cesser de fréquenter le restaurant. Au fur et à mesure que le temps passait, mon imagination se gonflait et s’intensifiait.
 C’est sur la longue pente qui descend de la porte de la faculté des lettres que je l’ai enfin retrouvé. Je descendais, tandis qu’il montait.
« Ah », ai-je dit.
 Ou j’avais le cœur qui battait à grands coups et je ne pouvais rien dire. Je me suis arrêtée et j’ai regardé le garçon. Toutefois, il est passé à côté de moi sans se rendre compte de ma présence.  
 Je m’amuse encore à imaginer ce qui se serait passé si seulement j’avais eu le livre à la main à ce moment-là.


dimanche 2 septembre 2018

L'aquarium


 C’était moi qui ai proposé d’aller à l’aquarium. Je ne me rappelle plus le titre, mais il y a une nouvelle de Haruki Murakami qui raconte l’histoire d’un homme qui aime aller au zoo les jours d’orage. Moi, j’aime aller à l’aquarium lorsqu’il pleut.
 Cet après-midi, je suis allé à l’aquarium dans la banlieue de ma ville avec ma copine. Nous avons changé de tram deux fois et nous avons pris une navette qui allait directement à l’aquarium. Lorsque nous y sommes arrivés, il était déjà quatorze heures.
 Nous avons acheté deux billets à l’entrée. Comme c’était un jour ouvrable et qu’il pleuvait, l’aquarium était désert. Dans d’énormes bassins d’eau, nageaient divers animaux aquatiques. Certains avaient des couleurs vives. D’autres se dissimulaient sous le sable. Quelques-uns étaient immenses. D’autres étaient si minuscules qu’on aurait eu besoin d’une loupe pour les voir. Nous sommes restés depuis longtemps devant le bassin d’un énorme poisson bleu appelé ‘’Napoléon’’. Il s’appelle comme ça parce que l’excroissance de son front fait penser à l’empereur. « C’est drôle », a-t-elle pouffé. « Qu’est-ce qui est drôle ? », lui ai-je demandé. « Son visage », m’a-t-elle dit. Le poisson aux prunelles strabiques nageait élégamment sous la lumière artificielle tamisée. Je me suis dit que ce serait un spectacle si on y jetait une femme nue dans le bassin, mais je me suis tu. À ce moment-là, un requin-baleine est apparu du fond dans notre direction et a traversé le bassin.
 Mais lorsqu’y pense, il ne pleuvait pas aujourd’hui. Je n’ai pas de copine et il n’y a pas d’aquarium dans ma ville. Ce que j’ai fait aujourd’hui, c’était regarder « Phenomena » d’Argento, sans mettre les pieds hors de ma chambre. Dans le film, une fille est tombée dans une piscine pleine de vers et de cadavres.

samedi 1 septembre 2018

Souvenirs de l'école maternelle


 Un jour, j’ai dit à mon professeur de français que mon école maternelle était catholique et que mon lycée était bouddhiste, mais que je n’avais pas de religion particulière. Il trouvait cela très bizarre.
 Mon école maternelle était catholique. Comme c’est il y a très longtemps, mes souvenirs ne sont pas très précis, mais tous les matins, je faisais la prière les mains jointes devant la statue de Jésus qui me faisait très peur. On faisait la prière aussi avant le repas, sinon on n’avait pas le droit de toucher à nos casse-croûtes. On disait : « Seigneur, merci de me donner la nourriture d’aujourd’hui », ou quelque chose de ce genre. Mais en fait, c’était ma mère qui me donnait de la nourriture, et pas le Seigneur. À Noël, nous avons donné un spectacle sur la naissance de Jésus. J’ai joué l’un des rois mages, mais je ne me rappelle plus si c’était Melchior, Gaspard ou Balthazar. J’ai offert une boîte à la famille de Jésus comme cadeau. Je l’avais ouverte en cachette. Elle était vide. Lorsque nous avons quitté l’école maternelle, tout le monde a reçu une figurine représentant une dame blanche qu’on appelait « Maria-sama » et qui avait l’air un peu triste. Chez moi, je l’ai fait se battre avec ma figurine de Kamen Rider. L'étrangère a utilisé une force mystérieuse et a vaincu mon Kamen Rider Agito.