dimanche 11 novembre 2018

Lettre de démotivation


 Cher Monsieur,
 Ta gueule. Je n’ai aucune motivation à répondre à ton offre d’emploi. Si tu veux que quelqu’un travaille pour toi, bouge ton cul toi-même. Je suis occupé. Je dois rester couché sur le lit à regarder « Breaking Bad » toute la journée. Est-ce le travail que tu proposes est-aussi intéressant et palpitant que « Breaking Bad » ? Probablement pas. Ça doit être aussi ennuyeux que de lire les ingrédients d’un carton de lait. Je n’ai donc pas le temps de travailler pour toi. Mais ne m’en veux pas pour ça. As-tu déjà regardé « Breaking Bad » ? C’est une série américaine super intéressante. Je te conseille de la regarder. Mais n’essaie de pas de fabriquer de drogue. La drogue, c’est mal, comme dit Vito Corleone dans « Le Parrain ».
 Je ne t’ai jamais vu. Mais je n’ai pas particulièrement envie de te voir. Donc, tout va bien. Je n’ai donc plus rien à te dire.
 Je vous prie de ficher le camp, Madame et Monsieur, et de jeter mes meilleures salutations distinguées dans la poubelle.

samedi 10 novembre 2018

''Le coffret à bijoux dans la fontaine'' Yoko Ogawa


 Lorsque je lis une nouvelle magnifique, j’ai envie de l’accaparer comme mon trésor. Je vais la mettre dans mon petit coffret à bijoux, mais bien construit, et le cacher dans un endroit que personne ne connaît.
 Il n'en va pas de même avec les longs romans. Ils s’étalent sur le monde comme la mer ou le fleuve, de sorte qu’il est impossible de les cacher quelque part. Les gens peuvent les contempler ou nager librement dedans quand ils souhaitent.
 J’ai l’impression que la relation que j’ai avec les nouvelles est plus subtile. Au cours d’une lecture, lorsque je suis impressionnée, je dis : « Qu’est-ce que c’est que ça….. ». Quand il s’agit d’une nouvelle, le ton de ma voix s’affaiblit. Je ne crie pas en tapant sur la table, mais je murmure pour moi-même en cachette. Lorsque je termine ma lecture, je cache la nouvelle dans mon coffret à bijoux ; je la verrouille, et l’immerge dans le fond de la fontaine qui jaillit secrètement dans un coin de mon jardin.
 Lorsque je suis si épuisée que je ne peux pas me lever et que je n’arrive pas à atteindre le bord de la mer ou du fleuve, je prends mes bijoux que j’ai caché dans mon jardin. Je plonge la main dans la fontaine et sors le coffret. Je confirme que même un monde si minuscule qu’il tient dans ma main est rempli de vies humaines et je suis rassurée. Ainsi, je peux ressentir que je ne suis pas abandonnée toute seule sur la lande, et que je suis protégée par la chaleur de quelqu’un.
 L’œuvre que j’ai choisie cette fois, « The Many Things That Denny Brown Did Not Know (Age Fifteen) (Beaucoup de choses que Denny Brown ignorait (quinze ans)) » d’Elisabeth Gilbert est très importante pour moi. À vrai dire, j’aurais voulu la laisser dans la fontaine. Ce n’est pas par le désir de possession, mais face à une œuvre si extraordinaire, j’avais peur d’être déconcertée au point de ne plus savoir quoi écrire.  
En même temps, ce n’est pas une histoire tapageuse. Elle ne traite pas de nouveau thème surprenant ; elle n’a pas de truquage méticuleux non plus. Il s’agit simplement de l’histoire relatant les expériences qu’un lycéen de quinze ans ordinaire fait pendant les vacances d’été, dans sa petite ville des États-Unis.
 Comme le titre l’indique, le garçon, Denny Brown ne connait rien du monde. Il ne connait pas l’origine du nom de sa ville, ne sait rien de la mitose des cellules, ignore que Beethoven était sourd. Il ne comprend pas trop en quoi consiste le travail de ses parents, infirmiers, ni pourquoi la grande sœur d’un ami prend sa main dans la sienne. Les deux tiers du roman sont consacrés aux choses qu’il ignore.
 Un jour, un petit hasard a lieu. La sœur d’un ami, la jeune femme attrayante à la forte poitrine qui prend sa main silencieusement, contracte la petite vérole.
 Depuis cet événement, l’histoire se développe de manière tout à fait inattendue. Je le répète : comme ce n’est ni remarquable, ni méticuleux, ni étonnant, même si j’explique avec détail ce qui va se passer, beaucoup de lecteurs seront déçus. Je préfère donc ne rien expliquer pour l'instant. La seule chose claire, c’est que Denny Brown, qui mène, main dans la main, la jeune fille, victime de vérole, dans la salle de bain, touche la partie la plus profonde de l’esprit humain. À cet instant, le garçon qui ne savait même pas que Beethoven était sourd, apprend une chose inexplicable qui n’est mentionnée dans aucun manuel scolaire.
 Elisabeth Gilbert a sauvé un petit miracle de la vie quotidienne qui aurait disparu sans que personne ne le découvre. Elle a accompli cet acte seulement en quelques pages. En relisant et relisant cette nouvelle, à la fois émue et déconcertée, je murmure : « Qu’est-ce que c’est que ça……. ».
 Je pense que le travail des écrivains n’est pas de créer un miracle, mais de le découvrir. C’est aussi l’un des critères qui, pour moi, définissent un bon roman.
 On me demande souvent si je suis plus forte pour le roman ou pour la nouvelle. Je ne suis forte ni pour l’un ni pour l’autre. Que ce soit un roman ou une nouvelle, écrire une histoire est toujours difficile. Je ne peux vraiment pas répondre que je suis forte pour l’un ou l’autre. Cependant, s’il y a des gens qui pensent qu’une certaine technique est nécessaire pour écrire une nouvelle, je pense que c’est faux. Écrire une histoire que l’on a découverte, c’est la chose unique et la plus importante.
 Lorsque j’ai du mal à écrire et que je souffre, je vais à la fontaine de mon jardin, et j’ouvre la serrure de mon coffret à bijoux. J'immerge mon secret dans le fond de la fontaine et je me remets à écrire la suite de mon histoire. C’est ainsi que je continue à écrire.

vendredi 9 novembre 2018

Mimi


 Une semaine est passée depuis que Mimi a disparu. Hier, lorsque je jouais avec Patience, la gardienne de la résidence est venue me demander si je n’avais pas vu Mimi. Elle savait que j’étais proche avec la disparue. Malheureusement, je n’ai pas vu Mimi depuis qu’elle a disparu. Son coussin est toujours à côté de celui de Patience. Il y a quelques jours, la nuit, j’ai eu l’impression d’avoir entendu les miaulements d’un chat, mais était-ce un rêve ?
 Je pouvais éprouver du bonheur lorsque je portais un chat dans mes bras, tout doux et tout chaud. Mimi ne reviendra-elle plus sur mes genoux ?

lundi 5 novembre 2018

L’apprentissage du français


 Lorsque j’ai commencé à apprendre le français, j’habitais à Tokyo pour une certaine raison. J’ai d’abord choisi une école de français qui se trouvait dans un immeuble d’un quartier résidentiel. C’était un immeuble ordinaire dont un appartement entier, assez spacieux, était occupé par une école de français. Je me rappelle aussi le nom de mon premier professeur. Il s’appelait « Robin » et parlait parfaitement le japonais. Il y avait aussi une autre professeur petite aux cheveux rouges, dont j’ai oublié le nom. Toutefois, je ne suis pas resté longtemps dans cette école parce que les cours consistaient majoritairement en dialogues et étaient destinés aux gens qui souhaitaient apprendre le français joyeusement. Je ne nie pas que cette méthode être efficace, puisque je ne suis pas spécialiste dans l’apprentissage des langues étrangères. Toutefois, je pense toujours que la grammaire est importante. Au bout d’un mois, je me suis mis à chercher une autre école.
 À Tokyo, il y a deux écoles de français réputées. L’un est l’Institut français, qui est reconnu par le gouvernement français, doté d’une une riche médiathèque et qui organise fréquemment des événements culturels. L’autre est l’Athénée français, qui n’est pas reconnu par le gouvernement français, mais qui existe depuis avant la première guerre mondiale et qui a engendré bon nombre d’écrivains et de spécialistes en littérature française. J’ai finalement choisi cette dernière, parce qu’elle était beaucoup moins chère.
 Chaque semaine, je prenais la ligne Chûo pour aller à Ochanomizu. J’avais appris les bases de la grammaire française en autodidacte. Je me suis donc inscrit au niveau intermédiaire. Mon professeur de français, un Blanc grand et maigre, habillé toujours de manière chic, contrairement à Robin, ne parlait pas trop le japonais, bien qu'il était marié à une Japonaise et vivait au Japon depuis longtemps. Le cours était centré sur la grammaire et ça m’a plu. Après les cours, j'aimais me promener à Ochanomizu où il y a beaucoup de librairies d’occasion. Parfois je marchais jusqu'à Kudanshita. J’achetais souvent des castella (gâteau japonais) en forme de clochette à la boulangerie.
 La plupart de mes camarades étaient des femmes d’un certain âge qui apprenaient le français en dilettantes. Il y avait aussi quelques jeunes. Nous étions que deux hommes. Cela m’a étonné que même des dames âgées apprenaient passionnément le français, parce que je ne sais pas si j’aurais envie d’apprendre une langue étrangère quand j’aurai leur âge. Je parlais de temps en temps avec une Coréenne d’un certain âge qui avait du caractère. Elle avait sa vie au Japon, et elle parlait le japonais si parfaitement que j’ai appris qu’elle était coréenne beaucoup plus tard. L’autre garçon venait de l’ouest du Japon. C’était un homme très extraverti qui parlait le dialecte du Kansai. Une fois, on est allés voir ensemble un film de François Ozon dans un petit cinéma. Il y avait aussi une dame qui m’a un jour dit qu’elle ne s’intéressait pas du tout à la France. Je lui ai demandé pourquoi elle apprenait le français. « J’ai envie d’émigrer au Sénégal, m'a-t-elle dit. – Je vois », ai-je dit. C'était aussi dans cette école que j'ai rencontré une dame, interprète professionnelle d'allemand et de japonais. Elle avait vécu longtemps en Allemagne de sorte qu'elle parlait un excellent allemand. Elle m'a dit qu'elle continuerait le français jusqu'à ce qu'elle obtienne le diplôme d'interprète de cette langue. Il y avait aussi une jeune fille qui étudiait la technologie astronomique, quelque chose de ce genre. Elle apprenait le français pour entrer dans une université française prestigieuse dont je n'ai pas retenu le nom. Il s’est révélé que nous avions des goûts très proches en musique et en cinéma, et elle m’a dit qu’elle n’avait jamais rencontré quelqu’un qui avait des goûts aussi similaires. Nous avons échangé nos adresses e-mail. Elle était jolie, mais je ne lui ai rien envoyé. J’avais la flemme.
 Tout le monde était passionné pour le français, et avait un rêve ou une ambition. Je n’avais rien de tout cela. Entre les deux choix de me suicider et d'aller à l'université française, j’avais choisi le second. Tout ce que je faisais, c’était de regarder de temps en temps de vieux films de Jean-Luc Godard et de lire Boris Vian. Mon premier objectif était d'obtenir le DALF C1, et je l’ai atteint il y a quelques années. Je continue encore le français, quoique je sois toujours apathique et dénué de grande ambition. Je me demande ce que ces gens que j'avais rencontrés sont devenus aujourd'hui.

dimanche 4 novembre 2018

La disparition de Mimi


 Mimi a disparu. Mimi est une chatte qui habite dans ma résidence, avec un autre chat, Patience. Les femmes de ménage la cherchent, mais en vain. Elle est petite, craintive et elle boîte, de sorte que je ne pense pas qu’elle soit allée très loin. Où est-elle partie ? Moi aussi, je l’ai cherchée aujourd’hui. Tout ce que j’ai trouvé, c’était sa gamelle en aluminium vide et son coussin sans un poil.
 La disparition d’un chat me rappelle « Kafka sur le rivage » dans lequel, il y a un homme âgé, légèrement handicapé mental, Monsieur Nakata, qui a la capacité de parler avec les chats. Un jour, sa voisine lui demande de chercher son chat perdu. Au cours de sa recherche, il rencontre un homme qui s’appelle Johnny Walker et qui dit qu’il doit massacrer des chats pour en fabriquer une flûte spéciale. Monsieur Nakata est obligé de tuer cet homme suspect pour sauver le chat recherché et les autres animaux. Un chat s’est évaporé aussi dans « La Chronique de l’oiseau à ressort ». Son nom était, si je ne me trompe, Iwashi (sardine).

''Monsieur Love'' Sachiko Kishimoto


 Beaucoup de professeurs de mon université portaient des noms singuliers.
 Par exemple, un jour, sur le tableau d’annonces était affiché « Le cours de théologie de mercredi prochain de Monsieur Robot est annulé ».
 Monsieur Robot ! Nous étions étonnés. Est-ce un professeur mécanique ?
 Un autre jour, il était affiché « La salle du cours d’éthique de Monsieur Quoi a été changée ».
 Monsieur Quoi ! C’est quoi, Monsieur Quoi !
 Tout cela, c’est parce que mon université était jésuite. Certains enseignants étaient des prêtres jésuites de divers pays. Je n’ai jamais réussi à savoir la nationalité de Monsieur Robot.
 Le plus impressionnant était Monsieur Love.
 Love ! Peu avant le premier cours, nous, étudiants en littérature anglaise, étions agités.  Est-ce vraiment son nom ?
 La porte s’est ouverte, et le professeur est entré.
 Jésus ! a pensé tout le monde. C’était un blond aux yeux bleus. Un Blanc grand et maigre. Il était barbu et ses cheveux descendaient jusqu’aux épaules. Ça me semblait étrange qu’il ne portait pas de couronne d’épines.
 Il est monté d’un grand pas sur l’estrade, et a dit : « My name is….. ». Tout à coup, il s’est retourné ; il a pris non pas une claie, mais une éponge, avec laquelle il a écrit sur le tableau entier :

LOVE.

 Chacun a retenu son souffle. Les filles ouvraient légèrement leur bouche. Les garçons baissaient la tête. Le cœur des filles a été touché. Celui des garçons a été brisé. Mais Monsieur Love était jésuite. Les Jésuites sont des gens qui ont juré à Dieu de ne jamais avoir de femme de toute leur vie. On n’avait donc pas le droit d’en être amoureux. Ça nous a passionnés davantage.
 Les cours de Monsieur Love étaient intéressants. Un jour, on a analysé un poème.
Dans ce poème, il y avait les mots « les vaisseaux sanguins de la mer ». Personne ne comprenait de quoi il s’agissait. En y consacrant un cours entier, Monsieur Love nous a fait réfléchir sur ces mots comme une devinette. Encore aujourd’hui, lorsque je vois des lignes ressemblant à des sentiers sur la surface de la mer, je me dis : « Ah, ce sont des vaisseaux sanguins de la mer ».
 À chaque cours, il donnait un devoir de production écrite en anglais. Le sujet était libre, mais il disait toujours : « Soyez concrets ». Si on écrivait une histoire qui avait une chute ou qui était un peu ‘’attendrissante’’, il prenait un air triste comme Jésus, et secouait la tête en disant : « Ce n’est pas du tout concret ».
 Au contraire, cela a été un spectacle le jour où quelqu’un avait écrit ses souvenirs d’une forte fièvre. « Ma température est montée jusqu’à quarante degrés. J’ai distraitement regardé le ciel nocturne. Toutes les étoiles sont tombées sur moi. Cela m’a rafraîchi le front et c’était agréable », avait-il écrit. Monsieur Love, en sautillant sur l’estrade, avait crié : « Formidable ! C’est très concret ! ».
 Mes compositions n’ont jamais été très estimées, sauf une seule fois. J’ai écrit qu’au lycée, pour le stage d'entraînement de mon club de sport, j’étais montée au sommet d’une montagne, la nuit, que de nombreux nuages en forme de choux à la crème flottaient sur l’horizon et des éclairs brillaient silencieusement.
 Dix ans après avoir obtenu mon diplôme, j’ai trouvé l’avis de décès de Monsieur Love dans un journal. Il était encore dans sa soixantaine. Le statut de prêtre avait disparu. À côté de son nom, on donnait, en tant que parent du défunt, celui de son épouse.

vendredi 2 novembre 2018

''Les souvenirs de ski'' Sachiko Kishimoto


  Je l’ai déjà dit : je n’aime pas les jeux olympiques.
 J’avais beau le répéter, les jeux olympiques d’hiver ont eu lieu à Vancouver cette année.
 Je déteste les jeux olympiques, mais je déteste particulièrement les jeux olympiques d’hiver.
 Bien que ce soit déjà une fête anormale où des gens anormalement musclés, animés d’une émulation anormale, sautent anormalement haut, ou nagent anormalement vite, ou tournent anormalement, ces jeux olympiques ont lieu en hiver, saison connue pour son froid qui règne au dehors, sur la glace ou la neige. Les joueurs portent un équipement étrange sur eux, et ils sautent anormalement haut, ou glissent anormalement vite, ou tournent ou frottent quelque chose anormalement. Pour moi, c’est de la folie.
 Bien entendu, je pense que les patineurs artistiques sont impressionnants. Je ne peux pas sauter en tournant trois fois et demi sur moi-même, même sur la terre. J’ai fait du patinage quand j’étais enfant. Tout ce que j’ai réussi à faire, c’est de me tenir debout sur la glace. Lorsque je regarde les patineurs sur glace qui tournent ou lèvent la jambe ou sautent, je me rappelle l’odeur du vieux cuir, le froid sur mes fesses mouillées, l’odeur de pétrole émanant du poêle de la salle de séchage, et le rouge du sang qui coulait du nez d’un adulte qu'on emmenait sur un brancard après après sa collision contre un mur. Tout cela me revient à l’esprit, et je suis prise d’une inquiétude inexplicable.
 Le ski aussi me rappelle bien de souvenirs.
 Une seule fois, je suis allée faire du ski quand j’étais étudiante. Mes amies m’ont proposé d’y aller à la place d’une fille qui avait un empêchement. C’étaient des folles qui faisaient du ski tous les weekends pendant la saison. Au début, j’ai poliment refusé leur proposition. Je n’avais jamais fait de ski, je n’avais pas d’équipement. Mais comme on m’a dit : « T’inquiète. Je te prêterai l’équipement de ma grande sœur. On va t’apprendre à faire du ski », j’ai finalement décidé d’y aller.
 Le télésiège m’a conduite jusqu’au sommet de la montagne. Lorsque je me suis retournée pour leur demander de m’apprendre à faire du ski, elles étaient déjà parties. Je suis descendue en tombant environ cent fois. Je me suis plainte en leur rappelant qu’elles m’avaient promis de m’apprendre à skier. Elles m’ont dit : « C'est quelque chose qu'on apprend naturellement ! C’est comme ça ! ». Elles n’étaient plus les mêmes. Elles voulaient faire du ski le plus longtemps possible jusqu'à la tombée de la nuit.
 Le lendemain, elles ont peut-être eu pitié de moi. On a pris une leçon auprès d’un moniteur qui nous apprenait à tourner ou à changer de direction. Cependant, j’ai trop accéléré dans un virage. Je me suis enfoncée dans la neige en essayant de changer de direction. Si on descendait en rang, je suivais cent mètres en arrière. J’ai accroché un de mes skis à un poteau du télésiège et j’ai l’ai fait s’arrêter. Je me sentais trop misérable et j’ai pleuré. Mes larmes ont fait de mes lunettes de ski une piscine.
 Le troisième jour, j’arrivais à descendre toute seule de haut en bas de la piste. Juste au moment où je me disais : « Le ski, finalement c’est amusant », j’ai largement dévié de la piste et je suis tombée dans la neige. Couchée sur le dos, je me suis enfoncée d’environ un mètre. J’ai essayé de me lever à l’aide de mes bâtons. Ils se sont enfoncés profondément et je ne pouvais plus les arracher. « Ohé ! », ai-je crié. Personne n’est venu. J’ai levé les yeux. Le ciel que je voyais du trou qui avait ma forme était bleu. Tout était silencieux. Je ne ferai plus jamais de ski, me suis-je juré.
 Environ vingt ans se sont écoulés depuis lors. J’ai terminé mes études, j’ai trouvé un emploi, je l’ai quitté, et j’ai trouvé mon travail actuel. Je n’ai plus jamais fait de ski depuis cet événement, et je ne regrette pas.
 La seule chose qui me préoccupe, c’est que je ne me souviens pas comment je suis sortie du trou ce jour-là. Quelqu’un est-il venu au secours ? Ou en suis-je sortie toute seule ? En suis-je vraiment sortie ? Tout en écrivant ce texte, j’ai l’impression qu’en réalité, je me toujours toujours dans la neige.