mardi 22 janvier 2019

La littérature, c'est hideux


 La littérature, c’est hideux. La littérature me fait vomir. Je le cachais, mais je n’aime pas du tout la littérature, voire je la hais. J’aime les histoires, mais pas les romans. Bien entendu, j’ai de temps en temps eu du plaisir à lire des fictions, mais d’habitude, je préfère les biographies et la littérature non fictionnelle. La littérature, ça devient hideux surtout quand l’auteur veut transmettre une certaine moralité. Les figures de style littéraires attisent également ma répugnance. D’habitude, je n’aime pas les descriptions psychologiques non plus. La littérature est belle d’autant plus qu’elle est froide et rigide, c’est-à-dire, les procès-verbaux, les tickets de caisses, les encyclopédies sont beaux.
 Je cite ici un de mes tickets de caisses.
T BROCOLI 1.49
T. ICEBERG 1.00
T. MANGUE MURE A POIN 3.99
T. CAROTTE 1.02
T. FILET POULET BLANC 4.69
(…)
 C’est aussi simple que les meubles IKEA et c'est beau.
 Un jour, j’aimerais détruire la littérature. Mais c’est en réalité impossible puisque la littérature a la vocation d’absorber tous types d’écritures dans son sein.

lundi 21 janvier 2019

''Mes cahiers préférés'' Yoko Ogawa


 J’aime les cahiers. Les cahiers ordinaires sans décoration et agréables au toucher sont mes préférés. Lorsque je contemple des pages blanches dans lesquelles s’alignent à l’infini des lignes droites, j’apprends alors, que je suis tout à fait libre dans le monde des mots.
 La période durant laquelle j’utilisais le plus souvent des cahiers, c’est quand j’étais étudiante. À chaque semestre, j’achetais de nouveaux cahiers. Avec un marqueur, j’écrivais sur leurs couvertures « littérature classique », « éthique » ou « mathématiques ». Si je regardais mes cahiers joliment superposés sur ma table, j’avais l’impression que j’avais déjà achevé mes études.
 Durant cette même période, j’utilisais un cahier d'étudiant ordinaire sans décor ni artifice, et je m'en servais en tant que journal intime. J'y consacrais d'ailleurs un temps considérable puisque j'écrivais dedans tous les jours. À l’adolescence, remplir des pages blanches de mes mots de manière si étroite qu’il n’y avait plus un seul espace, était ma seule façon de m’exprimer. À l’époque où il n’y avait ni traitement de texte ni ordinateur, le cahier était mon compagnon indispensable. C’était comme un miroir qui reflétait mon image. La machine n’est qu’une machine, mais les cahiers reflètent naturellement l’esprit des personnes qui les utilisent. L’écriture propre à soi, un pli au coin d’une page, des soulignements, des traces de doigts, des taches de boisson…….Les cahiers décorés de ces choses étaient quelque peu énigmatiques et adorables.
 Puis je suis devenue femme au foyer, et j’avais de moins en moins d’occasion d’utiliser un cahier. Je notais sur un bloc-notes qu’on m’a donné à la banque des dates de récupération des objets inutilisables et de nettoiement des égouts de ma ville, et collais ces notes au réfrigérateur.
 J’éprouvais une certaine insatisfaction. Sans vraiment savoir à quelle fin l’utiliser, je suis allée à la papeterie et j’ai acheté un cahier qui m’a plu. Je l’ai ouvert sur la table de cuisine. J’ai pris un crayon et j’ai écrit quelque chose. C’était une chose qu’on ne pouvait nommer autrement que « quelque chose ». Et c’est de là que sont nés mes romans.
 Même depuis que j’ai pris l’habitude d’écrire à l’ordinateur, j’utilise toujours un cahier pour faire un plan de roman. En même temps que je note mes quelques idées, que je colle un article de journal qui m’intéresse, et que je dessine un plan de maison, je vois petit à petit le contour de mon histoire. J’efface une partie ; je dessine une flèche ; j’entoure un élément important avec un stylo fluorescent ; j’ajoute une scène qui donnera des indices. Mon cahier devient de plus en plus désordonné, mais il n’y a pas à s’inquiéter, parce que plus mon cahier est chaotique, plus mon histoire s’approfondit. Il y a un moment où la lumière que même l’auteur n’attendait pas naît du fond de ce chaos. Bientôt on pourra écrire la première ligne.
 Lorsque je rouvre mon cahier après l’achèvement et la publication de mon roman, il m’arrive souvent de ne pas comprendre ce qui est écrit. Bien que je sois auteur et que je me trouve dans la position la plus proche de mon œuvre, je ne sais pas d’où est venue une histoire et comment elle s’est formée. Quel que soit le nombre de romans que j’écris, pour moi, l’histoire est un mystère.
 J’ai un autre cahier secret. C’est un cahier pour noter les mots que j’ai découverts pendant une lecture, qui expriment combien la littérature, les mots, l’art sont importants pour une personne.

« Ils ont voulu écouter encore et encore les mots de Bill : ‘’Les autres ne peuvent pas faire ce que vous pouvez faire’’, même s’ils les connaissaient parfaitement par cœur » - ‘’Here but Not Here: A Love Story’’ Lilian Ross 
« Ce sont des mots du poète britannique du XVIIe siècle, John Donne. Alors que je ne l’ai jamais connu, et que je vis dans un pays et une époque différents, je peux connaître ses mots grâce au moyen de communication dit de livre. J’avais lu ce poème plusieurs fois jusqu’ici, mais il m’a fallu plus de vingt ans pour le comprendre. Ainsi, je suis rassurée que les livres m’attendent toujours » - ‘’L’Étagère du plaisir » Yûko Tsushima
 L’éditeur légendaire du magazine littéraire américain, « New Yorker », Bille Shawn a encouragé des auteurs en leur disant que personne d’autre ne pouvait écrire ce qu’ils écrivaient. Ce qui a rassuré Yûko Tsushima était le poème suivant : « Nul homme n’est une île, complète en elle-même (…) N’envoie donc jamais demander pour qui la cloche sonne : elle sonne pour toi ».
 Chaque fois que je n’arrive pas à écrire, j’ouvre ce cahier. Quelque part dans le monde, quelqu’un attend ce que seule moi peux écrire. Je remplis mon cœur de ce sentiment ; je ferme le cahier et je retourne dans l’univers de mon histoire.

dimanche 20 janvier 2019

Le micro-onde


 Je faisais la queue dans la cantine. Devant moi se tenait un homme maigre et très grand et je regardais distraitement son occiput. J'avais choisi mon sandwich et pendant que j’attendais en caisse, une fille au bonnet blanc est passée devant mes yeux et a pris un sandwich. Je pensais qu’elle allait rejoindre la fin de la queue après avoir choisi son déjeuner. Mais contre toute attente, elle est restée plantée devant moi, derrière l’homme grand et maigre. J’étais sidéré par ce qui venait de se produire. Comme elle est passée naturellement comme si elle y était depuis cent ans, je me suis demandé un instant si elle avait toujours été devant moi. Toutefois ma mémoire me disait autre chose. Ma mémoire me disait que cette connasse m'avait dépassé. J’ai eu envie de l'épouser, de vivre ensemble, de faire un enfant puis de divorcer. Nous pourrions fonder une famille heureuse, avec une maison, un gazon, un chien et une Renault Twingo. En transperçant son dos d’un regard haineux, je me suis demandé si j’allais lui dire que j’étais devant elle. « Est-ce que le sandwich que tu manges après m'avoir dépassé est bon ? », j'ai eu envie de lui demander. Mais comme je suis timide et pacifiste, je ne lui ai finalement rien dit. Je me suis borné à la maudire dans mon esprit. Ce qui m’agace le plus, c’est le fait qu’elle soit passée devant moi sans aucune hésitation parce qu’elle me sous-estimait. Imaginons, si j’étais un homme noir musclé de deux mètres ou un homme entière tatoué au visage plein de piercings ou un homme qui parle avec une Tinker Bell invisible aux autres en souriant bêtement ? Elle n’aurait jamais osé commettre ce mal. Elle m'a dépassé parce que je suis un homme asiatique qui a l’air docile et elle a raison. Son seul mécompte est qu’elle ne pouvait pas regarder dans ma tête. La fille au bonnet blanc, petite, aux cheveux noirs bouclés, à la peau légèrement bronzée, tandis que tu faisais la caisse avec ta carte bleue (oui, tu as essayé de payer en mode sans contact, mais la machine ne t’a pas reconnue. La machine te déteste, et moi aussi. Les arbres, les ruisseaux, les oiseaux, les chats, les insectes, tout le monde te déteste), je pensais à mettre ta tête dans un micro-onde et faire vibrer toute l’eau de ton corps pendant trente secondes.

Le planétarium


 Il y a quelques jours, tandis que nous contemplions les jambes des filles, un ami qui s’appelle O, m’a dit soudain qu’il voudrait aller au planétarium. J’allais au planétarium dans mon enfance, mais ces mots d’O que prononçait O m’ont rappelé que cela faisait déjà plusieurs années que je ne l’avais pas visité. « On y va », lui ai-je dit.
 Ainsi, nous sommes allés au planétarium cette après-midi. Nous nous sommes retrouvés à la gare centrale, et nous avons pris le tram pour un trajet de deux heures. Le planétarium était situé à côté de l’observatoire. Il y avait longtemps que j’avais envie d’entrer dans la partie ronde de l’observatoire, sans jamais en avoir l'occasion. Je me disais que ce serait chouette si j’observais le ciel nocturne depuis cet œil de bœuf. Le planétarium était un bâtiment blanc, moderne et carré. Il me faisait penser à un tombeau gigantesque. J’ai eu l’impression que le planétarium y avait soudain apparu comme un monolithe.
 Nous avons pris nos tickets à la réception au guichet. Nous nous sommes assis sur nos places et avons attendu que la séance commence. Le plafond hémisphérique était d’un blanc crème, et il semblait extrêmement loin. Pendant que je le regardais dans un second état, des motifs que l'on voit dans les tableaux de Raouls Duffy ont émergé et ébloui mes yeux. Au centre se trouvait un projecteur perforé de trous. Il y avait des spectateurs clairsemés dans la salle de projection. Quelques minutes plus tard, une alarme a retenti et la lumière s’est éteinte doucement.
 Quelques étoiles ont commencé à se dessiner sur le plafond obscur. L’obscurité s’est remplie d’innombrables petits points de lumière. Une voix douce de femme s’est mise à donner des explications sur les constellations que nous pouvions observer en hiver.
« Si on reliait Bételgeuse de l’Orion à Sirius du Grand Chien et à Procyon du Petit Chien, cela donnerait le célèbre Triangle d’hiver. Par ailleurs, si on prolongeait la ligne que forment les trois étoiles voisines de l’Orion vers la droite, on arriverait à Aldébaran du Taureau… »
 À la fin de la séance, le ciel nocturne s’est mis à tourner au-dessus de nos têtes. L’horizon a commencé à blanchir. L’aube était proche.
 « J’ai eu un vertige », m’a dit O, en sortant de la salle de projection. « L'Orion ne ressemblait pas à un chasseur, mais à un sablier », ai-je dit. Ainsi, nous avons fêté notre retour sur la Terre. 
 Mais maintenant que j’y pense, je ne suis pas allé au planétarium. Je n’ai pas d’ami qui s’appelle O. Je ne sais pas si c’est un bâtiment blanc, carré et qu’il se situe à côté de l’observatoire. Tout ce que j’ai fait aujourd’hui, c’est de regarder un vieux film de David Lynch, sans jamais sortir de chez moi.

dimanche 13 janvier 2019

Les aliments étranges que j’ai mangés jusqu’ici.


 Les aliments étranges que j’ai mangés jusqu’ici.

Baleine : Contrairement à l’image qu’ont les étrangers, les Japonais d’aujourd’hui consomment très rarement de la baleine, et il est difficile d’en trouver au supermarché. J’ai mangé deux ou trois sashimis de baleine minke. Il y a souvent des gens qui disent que la viande de baleine est mauvaise et pue, mais les sashimis que j’ai mangés étaient frais et très bon. La viande de la baleine ressemble un peu à la viande de bœuf avec des arômes marins.

Cheval : Le cheval est consommé principalement dans le sud du Japon, et dans ma région natale, on n’a pas l’habitude d’en manger. Mais j’en ai goûté à Tokyo parce que j’étais curieux. Dans un restaurant spécialisé dans la viande de cheval, j’ai pris un don-buri au cheval cru. La viande de cheval est peu grasse, et a une saveur particulière. Comme le cheval est un animal à la température corporelle élevée, on peut manger sa viande crue. J’en ai mangé aussi en France.

Shirako : le shirako est la laitance des poissons. C’est un aliment consommé dans tout le Japon surtout en hiver. On consomme principalement de la laitance de morue, de saumon et de fugu. J’ai mangé celle de la morue et du saumon. La laitance de morues ressemble un peu à de la cervelle, et on peut la manger soit en tempura, soit crue. Le shirako est fondant et crémeux. Toutefois il faut le préparer avec soin parce qu’il s’abîme très vite.  

Tête de veau : J’en ai mangé en France. La viande était moelleuse et incroyablement bonne. L’un des plats les délicieux que j’aie goûtés de ma vie.

Cervelle : J’en ai mangé en France. La cervelle ressemble beaucoup au shirako, mais elle est un peu plus solide. J’ai dit à une amie japonaise que j’ai mangé de la cervelle. Elle m’a dit que l’idée de manger de la cervelle la dégoûtait, mais je sais qu’elle a mangé des salamandres frites.

Escargots : J’en ai mangé en France. Chaque fois que je mange des escargots, j’ai l’impression que c’est la sauce qui est bonne, et que l’escargot n’a pas beaucoup de goût. A-t-on vraiment besoin de mettre de l’escargot dedans ? Un jour, j’ai lu un manga de Jyunji Ito, racontant l’histoire d’un garçon obèse et laid qui se transforme en un énorme escargot, et depuis lors, je n’ai plus envie de manger des escargots.

Boudin noir : J’en ai mangé en France. L’apparence est un peu choquante, mais c’était très bon.

Langue de bœuf : La langue de bœuf est consommée dans tout le Japon et très appréciée. J’ai vu des langues de bœuf vendues à un prix très bas en France. J’ai demandé à des Français pourquoi elles étaient vendues si bon marché. Ils m’ont dit que c’est parce que personne n’en mange. La langue de bœuf donne une sensation particulière dans la bouche. Il y a une partie peu grasse et une autre très grasse et les deux sont bonnes.

Lapin : J’en ai mangé en France. Les Japonais ne consomment pas de lapin, donc l’idée de manger cet animal si adorable m’a beaucoup étonné, mais j’en ai quand même mangé. Ça ressemble beaucoup au poulet.

Grenouille : J’en ai mangé en France. La grenouille a un goût entre le poulet et le poisson à chair blanche. Elle est bonne mais pleine de petits os.

Nattô : le nattô est du soja fermenté. On dit que c’est l’un des aliments japonais que les étrangers détestent parce qu’il a une odeur et une apparence dégoûtantes. Mais personnellement je n’ai jamais trouvé que le nattô pue. Il a une odeur appétissante.

L'ASMR


 J’ai du mal à dormir la nuit. Même si je suis fatigué, mes diverses préoccupations telles que l’avenir, l’université, la finance, le carré dans l’iris des chèvres, un cadavre enseveli dans une montagne quelconque, une gare déserte de la nuit, des histoires d’horreur que j’avais lues pendant la journée, les escargots prasités par le leucochloridium, le Kemuru-jin de « Ultraman » tourbillonnent dans ma tête et m’empêchent de dormir.
 Toutefois je me suis rendu compte récemment que je peux m’endormir plutôt aisément en écoutant l’ASMR. L’ASMR est l’abréviation de « Autonomous sensory meridian response ». En bref, il s’agit d’une sorte de bruit agréable à l’oreille. Sur Youtube, il y a bon nombre de gens qui pratiquent l’ASMR. Le contenu peut varier. C’est parfois le bruit de couper un savon solide, ou celui de manger quelque chose, ou un chuchotement. Mon préféré est celui de couper des savons solides, mais de temps en temps il y a des vidéos d’ASMR suspectes. Par exemple dans une vidéo des jumelles russes léchaient sans cesse un micro en forme d’oreilles pendant plus d’une heure. Je sais évidemment qu’il y a des gens appelés Youtubeurs, qui gagnent une certaine somme d’argent grâce aux revenus publicitaires de Youtube. On comprend aisément l’intention de ces jumelles russes de gagner facilement de l’argent en tournant cette vidéo un peu érotique qui doit attirer beaucoup d'hommes. Mais lorsque je regarde une vidéo comme celle-ci, je ne peux m’empêcher de me demander si elles n’ont jamais envie de se poser une question existentielle en léchant des oreilles en plastique pendant plus d’une heure. Ne se demandent-elle pas par exemple : « Pourquoi dois-je lécher pendant plus d’une heure cette oreille en plastique ? Ma langue est fatiguée. Euh, l’oreille pue à cause de ma salive. Je veux arrêter ». Ici, l’une des jumelles jette un coup d’œil à sa sœur qui continue à lécher d'un air extase, et elle se dit : « Mais je ne peux pas arrêter parce que ma sœur lèche encore son oreille en plastique. Je dois continuer à lécher la mienne. Euh, ça pue. Je ne me suis pas brossé les dents hier. Je veux arrêter. Pourquoi dois-je faire ça ? Je veux mourir ». Tout à coup, je suis pris par l'envie de montrer cette vidéo aux parents de ces filles et de leur demander ce qu’ils en pensent. J’aimerais aussi savoir si elles désinfectent leur micro en forme d’oreilles à la fin du tournage. Peut-être que ces Youtubeuses qui lèchent des oreilles en plastique ont une raison qui les obligent à le faire. Elles doivent peut-être payer leurs études, ou leur famille est endettée. Ce genre de vidéo me préoccupe et me rend insomniaque. Je préfère donc le savon.
 Au fait, Mon Youtubeur préféré est un homme qui s’appelle Kimaguré-Cook. C’est un homme qui découpe divers poissons et les cuisine.

samedi 12 janvier 2019

J’ai changé de salon de coiffure


 J’ai changé de salon de coiffure parce que dans mon ancien salon, si je tombais sur le pseudonyme Mohamed, il me faisait la coupe de Kim Jong-Un. J’ai appelé un salon de coiffure qui avait l’air bien. La dame qui a décroché m’a dit que si j’arrivais dans cinq minutes, on pouvait s’occuper de moi. J’étais en train de boire tranquillement un café, mais j’en avais marre d’avoir les cheveux longs. « Dans dix minutes ? lui ai-je dit. – Ok, dans dix minutes », m’a-t-elle dit. Je me suis vite habillé et je suis allé chez le coiffeur d’un bon pas.
 Une grande jeune femme aux cheveux longs lisses m’a dit qu’elle s’occuperait de moi. Faire deviner la coupe que l’on souhaite aux coiffeurs dans une langue étrangère est en réalité très difficile. D’ailleurs, je n’ai pas vraiment de préférence pour ma coupe. Je voudrais simplement que ce ne soit pas celle du dictateur de la Corée du nord. J’ai à peine réussi à faire comprendre à ma coiffeuse que je voulais que mes cheveux soient plus courts (logique. Comment pourrait-on avoir les cheveux longs quand on les coupe ?). Elle m’a dit qu’un massage de shiatsu était offert. J’ai été étonné que le mot « shiatsu » soit sorti naturellement de la bouche d’une Française. Une découverte. « Hentai », « Sushi », « Kamikaze », « Yakusa », « Nissan », « Manga » ne sont donc pas les seuls mots empruntés par les Français.
 Je n’aimais pas Mohamed parce qu’il utilisait la plupart du temps une tondeuse et que j’avais l’impression d’être un gazon. Je n’ai rien contre la tondeuse, mais entendre le bruit que font des ciseaux à côté de mes oreilles dans un salon de coiffeur me procure un certain plaisir. La coiffeuse a coupé soigneusement mes cheveux en mettant un temps considérable comme une sculpteuse. Quand sa main maniait les ciseaux à côté de mon œil gauche, je me suis aperçu qu’elle avait des gerçures qui avait l’air douloureuses.
 Je suis finalement satisfait du résultat. Je pense que j’y reviendrai.