samedi 10 juin 2017

''Anomie'' Amazarashi



Il n’y a pas d’amour, je n'en sais rien, une énigme insoluble, je veux vomir, la neige ne se dégèle pas, je n’arrive pas à vomir
Il est interdit de nager dans la Voie lactée en plastique à cause de la pollution
Adam et Ève occupent une pièce vacante dans une maison close, c'est le néant de ce bas monde
Sur le quai après le dernier train, Huckelberry s’endort à côté d’une vomissure

Pour Adam, le fruit défendu est-il l’enfant du premier lit d’Ève ou un jeton ?
Dans les lieux de plaisir d’une ville, où se trouve l’Éden ? 
Il est partout.
La photo d’une famille qui souriait le matin est la nouvelle principale du soir
J’éteins la télé et je reviens à la réalité
Je jette un coup d’œil aux cadavres sur le côté

Le sentiment de honte n'a pas germé bien que j'aie mangé le fruit défendu
J'ai assassiné Dieu, il m’assassinera aussi.

Qui diable est l’idiot qui chante ''L’amour, c’est très simple'' ?
Alors expiez les 6,8 milliard de péchés avec cet amour dépravé.

La vie marche en traînant son corps pourri comme un sabre
Elle ressemblait à un monstre par-là, elle ressemblait à un saint par-ci
Il ne faut pas voler pour que vous ne soyez pas usurpé
Il ne faut pas assassiner pour que vous ne soyez pas tué

Je n’ai pas été expulsé bien que j’aie mangé le fruit défendu
J’ai pardonné Dieu et il m’a aussi pardonné

Qui diable est l’idiot qui chante ''L’amour, c’est précieux'' ?
Alors pardonnez les 6,8 milliard de péchés avec cet amour débauché 

Je ne crois pas en Dieu
Je ne crois pas en livres
L’histoire est une ordure ininflammable
La morale est un papier toilettes
Tout est mensonge
Tout est mensonge
Pendant que je le répétais, tout a disparu
Je n’ai plus de raison d’aimer
Je n’ai plus de raison de ne pas tuer

L’idiot qui chante ''L’amour, c’est très compliqué'', c'est moi
Y avait-il une vie que j’ai pu sauver avec cet amour névrose ?
Sauvez-moi.

vendredi 9 juin 2017

''Les raisons pour lesquelles j'ai pensé à mourir'' Amazarashi


J’ai pensé à mourir parce qu’un goéland chantait sur le quai
Becquette le passé qui flotte et sombre sur les vagues et va-t’en
J’ai pensé à mourir parce que les fleurs d’un abricot s'étaient épanouie le jour de mon anniversaire
Si je m’assoupis sous l’ombre de cet arbre, pourrais-je rejoindre les cadavres d’insectes et  la terre ?

 Un bonbon à la menthe, le phare d’un port, un pont rouillé, un vélo abandonné
Je ne peux aller nulle part devant le poêle dans une station de bois
Aujourd’hui est comme hier, si je veux changer "demain", il faut changer ‘’aujourd’hui’’
Je le sais, je le sais mais...

J’ai pensé à mourir parce que mon cœur s'était vidé
Je pleure car je ne me sens pas satisfait,  c'est parce j’aurai souhaité l’être

 J’ai pensé à mourir parce que les lacets de mes chaussures s'étaient défaits
Je n’arrive pas à les renouer tout comme les relations humaines
J’ai pensé à mourir parce dans mon reflet un garçon me regardait 
Je me suis prosterné sur mon lit pour lui demander pardon

 L’oscillation faible de l’écran, la vie grouillante au-dessus de ma chambre 
La sonnerie de l’interphone, un garçon dans la cage se bouchant les oreilles 
Don Quichotte qui se bat contre un ennemi invisible dans une pièce de six tatami 
Sa fin sera de toute façon misérable

 J’ai pensé à mourir parce qu’on m’a dit que j’étais froid 
Je pleure de vouloir être aimé, parce que j’ai connu la chaleur des gens 
J’ai pensé à mourir parce que vous me souriez joliment 
Je ne pense qu’à mourir parce que je suis trop sérieux pour vivre 

 J’ai pensé à mourir parce que je ne vous avais pas rencontré 
J’ai aimé un peu ce monde qui vous avait donné naissance  
Je compterais sur un monde où vivrait une personne comme vous

jeudi 8 juin 2017

''Comment fabriquer une bombe'' Amazarashi



Une gloire asséchée est écrasée sans saigner sur l’autoroute
Nous qui sommes pleins de défauts engendrons une souffrance misérable et inutile
Personne n’écoute mes chansons, elles ne font pas d’argent non plus
Sur le chemin du retour au crépuscule, qui diable est frustré ?

Je ne comprends pas ce que je ne comprends pas
Je ne fais pas ce que je ne veux pas faire
Maintenant je suis un raté, une vraie racaille
Même ma passion est un obstacle
Le sacrifice pour rester innocent est de perdre sa place

L’innocence est perdue
Je m’enferme dans ma chambre pour me venger
Je fabrique une bombe tout seul
Notre identité est si fragile
L’innocence est brisée
Je rassemble mon courage
Et je me bats, car ce sont nos seules indulgences

La fille la plus gentille de tous pleure en étouffant ses sanglots
J’en ai entendu parler dans les rues
C’est sans doute l’absurde la plus cruelle au monde
La ville est remplie de dangers, je ne vois personne pour me défendre
Nous cherchons toujours des armes, j’espère que ce ne sera pas un couteau

Le cœur une fois déchiré ne guérira jamais
J'ai réparé le mien avec des scotchs
Je crains quand il se brisera
Nous avons commis des péchés et versé une seule larme juste
Le sacrifice pour être pur est de blesser quelqu’un

L’innocence est perdue
Je m’enferme dans ma chambre pour me venger
Je fabrique une bombe tout seul
Notre identité si fragile

L'innocence est brisée
Je rassemble mon courage
Et je me bats parce que ce sont nos seules indulgences

Le moyen pour que nous soyons expirés
Le moyen de nous défendre pour que nous ne soyons pas blessés
Je chante et toi ?
Je chante et toi ?

L’innocence est perdue
Ne pleure plus et lève-toi
Avec ton unique arme, détruis l’idéologie vaine

L’innocence est brisée
Pour me débarrasser de l’angoisse persistante
Je chante car c’est mon unique arme et identité 

mardi 6 juin 2017

''La publicité pour Cutty Sark lui-même'' Haruki Murakami



Cutty Sark

Cutty Sark

Si je répète ce mot dans la bouche

À un certain moment,

Ce ne sera plus un Cutty Sark

Ce n’est plus du whisky anglais

Rempli dans une bouteille verte

Ce n’est que la sonorité d’un mot

Qui a été Cutty Sark autrefois

Sa forme est partie ailleurs

Comme la queue d’un rêve

Mettons des glaçons dans cette sonorité du mot

C’est très bon

''Noël'' Haruki Murakami



Lorsque j’ai eu pour la première fois une chaîne stéréo, je l’ai eue avec un disque de noël de Bing Crosby. 
Alors c’était sans doute la saison de noël. 
Parce que si on avait acheté une chaine stéréo en été, le disque de noël ne serait pas allé avec.

Le disque était un EP avec quatre chansons, ‘’White Christmas’’, ‘’Gingle Bell’’, ‘’Ave Maria’’ et ‘’Silent Night’’. 
C’était suffisant pour passer de bonnes fêtes de noël. 
Il y a vingt ans, quatre chansons de noël était suffisantes. 
En plus, c’était Bing Crosby qui les chantait. 
Je n’avais pas de quoi me plaindre.

En décembre 1960, nous menions une vie typique de la classe moyenne, très simple et très heureuse. 
Et Bing Crosby chantait encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore ‘’White Christmas’’.

lundi 5 juin 2017

''Le stylo'' Haruki Murakami

Le magasin de stylos se situait au milieu d'une rue commerçante à environ deux rues depuis le boulevard.
L'entrée étaient composées de deux portes vitrées, sans panneau. 
Il était juste écrit en petits caractères, ''la boutique de stylos'' à côté de la plaque.
Les portes ont grincé terriblement, je me suis dit qu'on aurait besoin de deux semaines pour les refermer.

Une carte de recommandation est nécessaire. 
Le patron exige également du temps et une certaine somme. 
Mais il crée un stylo idéal qui convient parfaitement au client, m'avait-dit un ami. 
C'est la raison pour laquelle je m'y suis rendu aujourd'hui.

Le patron avait environ soixante ans. 
Il était semblable à un oiseau gigantesque qui habite au fin fond d'une forêt.
''Tendez-moi la main'', m'a dit cet oiseau.

Il a mesuré la longueur et la grosseur de tous mes doigts, il a vu le gras de ma peau, il a vérifié la dureté de mes ongles avec une aiguille. 
Ensuite, il a noté tous les types de cicatrices présentes sur ma main. 
En effet, ma main comportait toute une variété de cicatrices.

''Enlevez vos vêtements'', m'a-t-il dit brièvement.
Sans comprendre son intention, j'ai enlevé ma chemise. 
Lorsque j'ai essayé d'enlever le pantalon, le patron m'en a empêché avec précipitation. 
Le torse, ça suffit.

Il s'est déplacé derrière mon dos, il a appuyé avec ses doigts ma colonne vertébrale de haut en bas. 
''L'homme pense et écrit avec chaque élément de la colonne vertébrale'', m'a-t-il dit. 
''Je ne crée donc que des stylos qui conviennent à la colonne vertébrale du client.''

Il a ensuite demandé mon âge, mon lieu de naissance ainsi que mon salaire mensuel. 
Et au final, il m'a demandé ce que j'écrirais avec son stylo.

Trois mois plus tard, le stylo était prêt. 
C'était un stylo de rêve qui m'allait parfaitement. 
Mais évidemment cela ne veut pas dire qu'il me permet d'écrire des phrases dont je rêve.

J'imagine que dans la boutique de phrases de rêve qui conviennent parfaitement au corps, même si j'enlevais mon pantalon, ça ne serait pas suffisant pour en avoir une.

vendredi 2 juin 2017

‘’Le ciel embrasé dans le miroir’' Haruki Murakami

Nous (Bien sûr, ''nous'' désigne moi et mon chien) sommes sortis de la cabane après que les enfants se sont endormis. 
Tandis que je lisais à haute voix ''L’annuaire de la construction navale, édition 1963'' au chevet, mes enfants se sont mis à s’assoupir. 
Les phrases telles que ''Le déplacement total ; 20,652 tonnes, la hauteur ; 37, 63 mètres'' seraient même capables de faire dormir un énorme troupeau d’éléphants.

"-Hé, Monsieur, m’a dit le chien. 
Promenons-nous dehors. 
La Lune est belle cette nuit.

-Ça marche'', lui ai-je dit.

J’habite avec un chien qui parle. 
Évidemment, un chien qui parle est très rare. 
Avant d’être avec un chien qui parle, j’habitais avec ma femme. 
Au printemps de l’an dernier, un bazar s’est organisé à une place de la ville, j’y ai échangé ma femme et ce chien qui parle. 
Je ne sais pas si c’est moi ou le commerçant qui a eu plus de profits. 
J’aimais en effet me femme plus que tout mais il n’y a pas de chose qui est plus rare que le chien qui parle.

Le chien et moi avons longé la rivière et monté la colline douce, puis nous sommes entrés dans la forêt. 
C’était en juillet, les alentours étaient remplis des cris des cigales et des grenouilles. 
La lumière de la Lune qui s’infiltrait à travers les arbres projetait des tâches parsemées sur le sentier. 
En marchant, je me souvenais de journées qui s’étaient passées et ne reviendraient jamais.

''Hé, Monsieur. 
À quoi est-ce que vous pensez ? m’a demandé le chien.

-Je pensais au passé, ai-je répondu. 
À ma jeunesse.

-Oubliez-la, m’a dit le chien d’une voix sèche. 
La nostalgie du passé vous rendra misérable. 
Je n’arrive pas à comprendre. Il me semble que surtout les humains déjà misérables essaient d’être plus misérables. 
Comprenez-vous ?

-Ça suffit’’, ai-je dit.

Et nous avons continué à marcher. 
Le chien ne doit pas parler d’une telle manière à son maître. 
Il semble que je l’ai trop gâté. 
S’il ne changeait pas de son attitude, je devrais l’échanger avec quelque chose d’autre au bazar du printemps l’an prochain. 
Même si c’est difficile de reprendre ma femme, je pourrais avoir une antilope qui joue de la harpe.

Il semblait que le chien ait deviné mes pensées.

''-Je n’avais aucune intention de vous déplaire, s’est excusé le chien. 
Vous êtes vraiment quelqu’un de bien.

-Marchons encore un peu, puis rentrons, ai-je dit. 
La forêt de la nuit est terrifiante.

-Effectivement. 
La forêt de la nuit est terrifiante'', a dit le chien puis il a réfléchi un certain temps.

''-Plein de choses se passent dans la forêt de la nuit. 
Le ciel embrasé dans le miroir, par exemple.

-Le ciel embrasé dans le miroir ?'' Tout étonné, j’ai répété ce qu’il a dit.

''- Oui, le ciel embrasé dans le miroir. 
C’est une vieille légende. 
La mère raconte souvent cette histoire quand elle veut faire peur à ses chiots.

-Umm, ai-je gémi.

-Ne voulez pas vous prendre une pause ici ?

-Ok."

Je me suis assis sur la racine d’un arbre et j’ai allumé une cigarette.

''-Peux-tu m’en dire encore plus sur le ciel embrasé dans le miroir ?

-Si vous me promettez de ne pas m’apporter au bazar du printemps l’an prochain. 
Je ne veux vraiment plus travailler à la baraque de forains à cet âge.

-Je te le promets.'', ai-je dit.

Le chien a hoché la tête, après avoir frotté sa patte antérieure contre un fût pour se débarrasser de boue, il s’est mis à raconter lentement.

''-C’est une histoire que tous les chiens d’ici connaissent. 
Quelque part dans cette forêt, il y a un étang rond en cristal, sa surface est lisse comme le miroir. 
Et elle reflète toujours un ciel embrasé. 
Le matin, le midi, la nuit, toujours un même ciel embrasé.

-Comment est-ce possible ?

-Je n’en ai aucune idée, a dit le chien et il a haussé les épaules. 
J’imagine que le cristal a une manière particulière d’absorber le temps. 
Comme un pélagique énigmatique.

-Et est-ce dangereux ?

-Oui. Tous ceux qui le regardent ont envie d’y entrer. 
Puisque ce ciel embrasé est tellement beau. 
Et ceux qui y sont entrés une fois sont condamnés à errer pour toujours dans le monde de ce ciel embrasé.

-Ça n’a pas l’air mal.

-Ah, vous voyez, a dit le chien et il a fermé l’œil. 
Mais lorsqu’on y entre réellement, ce n’est pas aussi chouette que l’on pense. 
Surtout quand on ne peut plus jamais en sortir.

-J’aime le ciel embrasé.

-Moi aussi.''


J’ai fumé la cigarette sans rien dire pendant un moment.

"-Et alors, tu as déjà vu… ce ciel embrasé dans le réel ?

-Non, a dit le chien et il a secoué la tête. 
Je ne l’ai jamais vu. 
Juste mes parents m’en avaient parlé. 
Et les parents de mes parents leur en avaient parlé. 
Je vous ai déjà dit que c’est une vieille légende.

-Mais il y a un chien qui l’a déjà vu ?

-Les chiens qui l’ont vu une fois ont disparu dans ce ciel embrasé.

-Je crois que je comprends.

-Au final, il n’y a pas de grande différence entre ce que pense le chien et l’homme, a dit le chien. 
Rentrons maintenant.''

Nous sommes revenus sur nos pas en silence. 
Les fougères telle la mer s’agitaient dans le vent de la nuit, le parfum des fleurs flottait dans la lumière de la Lune blanche. 
Le murmure d’un ruisseau s’approchait et s’éloignait. 
Les oiseaux de la nuit ont crié d’une voix comme si on frottait du métal.

''-Vous êtes fatigué ? m’a demandé le chien.

-Ne t’inquiète pas, ai-je dit. Je me sens très bien.

-Tant mieux alors, a dit le chien.

-Au fait, ai-je dit. 
L’histoire que tu m’as racontée est ton invention, n’est-ce pas ?

-Bah bien sûr que non. 
Pourquoi dois-je…

-Dis-moi la vérité, ai-je dit d’un ton tranchant.

-Vous l’avez deviné.

-Bien sûr.''

Le chien a gratté sa tête en souriant comme s’il était embarrassé.

''-Mais cette histoire était intéressante, n’est-ce pas ?

-Oui, quand même, ai-je dit.

-Mais n’oubliez pas votre promesse à propos du bazar du printemps. 
Vous m’avez promis vous-même.

-Je sais.

-Je ne veux vraiment pas être exposé à la baraque de forains.'', a dit le chien.

Ensuite nous avons continué le sentier sans rien dire jusqu’à la cabane. 
Cette nuit là, la Lune était terriblement belle.