dimanche 22 juillet 2018

Le village hanté d'Angleterre


 Aujourd’hui, j’ai regardé à la télé une émission d’horreur. Dans cette émission, un jeune homme et une jeune femme, assistants du directeur visitaient ensemble un village hanté au Royaume-Uni. Il y a partout des endroits hantés dans ce lieu maudit : un château en ruine, une église et un hôtel où un homme s’est suicidé il y a longtemps. Le jeune homme a passé cinq nuits dans la chambre particulièrement ‘’peuplée’’ du château. Un villageois disait : « Il y a les fantômes d’une femme avec un costume blanc et d’une autre avec un costume rouge. Faites attention à la femme en rouge. On ne peut jamais oublier si on voit une fois son apparence laide et effrayante ». Et il a ajouté : « Par contre, la femme en blanc, elle, est très belle. Hahahaha ».

 La chambre dans laquelle le jeune assistant du directeur a été obligé de dormir était délabrée. Il y avait quelques chaises en bois. Les planches avaient l’air moisies et pourries. Le carillon du château sonnait régulièrement, même pendant la nuit et des oiseaux nocturnes poussaient de temps en temps des cris stridents.

 On a mis une caméra de surveillance et a laissé le jeune homme tout seul. Il s’est glissé dans son sac de couchage et s’est mis à jouer sur son smartphone. À ce moment-là, il a poussé un cri. La lampe a commencé à clignoter de façon étrange !

 Le lendemain, deux Britanniques, soi-disant chasseurs de fantôme sont venus au château. L’un était un chauve et petit. L’autre était grand et mince. Ils étaient tous les deux pâles avec de grands yeux saillants, comme des fantômes. Ils ont montré une photo sur laquelle ils avaient réussi à prendre un fantôme. Mais ça ressemblait juste à la photo ratée d’une femme de mauvaise humeur. « On va voir s’il y a des fantômes ici », a dit le mince. Tous les trois ont posé leurs mains sur une petite table. Le chasseur de fantôme a répété : « Si tu es là, fais trembler cette table ». Quelques instants plus tard, la table s’est réellement mise à trembler ! « Plus fort, plus fort », a-t-il dit. La table a tremblé encore plus fort et finalement elle est tombée. Mais les doigts de l’homme étaient un peu courbés. Je me suis demandé si c’était lui qui avait fait trembler la table. De plus, si le fantôme est capable de la faire bouger, pourquoi a-t-on besoin de mettre la main dessus ? « C’est le fantôme d’une fillette. Si j’étais à ta place, je ne dormirais pas ici », a dit l’Anglais mince. « Ce n’est pas un fantôme méchant, mais ce n’est pas un bon fantôme non plus », a dit le petit.

 Cette nuit-là encore, la lampe n’a cessé de clignoter. Mais le jeune homme était habitué à ce phénomène étrange et il a continué à jouer sur son smartphone.

 En même temps, la jeune femme passait son temps dans la chambre de l’hôtel hanté. À un moment donné, elle a poussé un petit cri car elle a vu une silhouette dans le miroir. Et elle a soupiré. « Ah, c’était moi », a-t-elle dit. Finalement, rien ne s’est passé dans cette chambre hantée.

 L’équipe chargée de l’émission a demandé à des villageois s’ils n’avaient pas peur des fantômes. « Fantômes ? Ils ne font rien. Parfois ils font bouger des objets, mais c’est tout. Par contre, je veux chasser ces putains d’oiseaux ! Les sales bêtes volent la nourriture de mon moineau de Java ! », a dit un homme. « Avez-vous pu rencontrer un fantôme ? Hahaha », a dit un jeune homme dans un pub. Devant l’église hantée, des gens assistaient à un mariage. La nouvelle mariée était obèse et elle souriait, l’air très heureuse. Il semblait que les villageois ne se préoccupaient pas des fantômes.

 La cinquième nuit s’est passée sans que rien ne se passe, sauf le clignotement inquiétant de la lampe. Ils ont quitté le village sans pouvoir filmer de fantôme.

 J’aime beaucoup les histoires de fantômes, d' OVNI et de cryptides. Cependant, je n’ai jamais, de mes yeux, vu ni fantôme, ni OVNI, ni homme des neiges. Avez-vous fait des expériences mystérieuses ?

samedi 21 juillet 2018

Le jour du buffle


 Aujourd’hui, c’était « le jour du buffle du milieu de l’été » selon le calendrier japonais. C’est le jour où les Japonais mangent de l’anguille. Il y a plus de deux cents ans, un savant qui s’appelle Gennai Hiraga a commencé à dire aux gens : « Mangeons de l’anguille au beau milieu de l’été pour supporter la chaleur. Mangeons de l'anguille. Hé, la belle ! Ça te dit de manger de bonnes anguilles avec moi ?», et cette coutume, qui dure jusqu’à aujourd’hui, s’est répandue dans tout le Japon, un véritable cauchemar pour les anguilles.

 Depuis quelques années, le prix des anguilles ne cesse d’augmenter au Japon. Aujourd’hui, un bol d’anguille coûte au moins trois mille yens car cette créature est en voie de disparition. En gros, il y a deux raisons à cela : les Japonais en consomment trop et l’élevage des anguilles est très difficile. Le jour du buffle, les patrons de restaurants d’anguille se frottent les mains. Les anguilles sont terrifiées.

 Je n’avais pas particulièrement envie de manger de l’anguille car je pense qu’il faut se retenir d’en consommer pour la protéger. Mais ma mère a acheté des bols d’anguille pour le dîner. C’était bon. Mon père qui était couché toute la journée à cause d’une gastro-entérite en a mangé aussi.

 L’anguille est la nourriture préférée de Monsieur Nakata dans « Kafka sur le rivage » de Haruki Murakami. « Nakata aime beaucoup l’anguille, mais ce n’est pas quelque chose qu’on mange tous les jours », dit-il (*Monsieur Nakata parle toujours à la troisième personne). Si cet animal disparaît un jour, y aura-t-il une note dans le roman ? « *Anguille : poisson de forme très allongée, à peau visqueuse et glissante, qui vivait autrefois en eau douce et se reproduisait en mer… »

vendredi 20 juillet 2018

Chez le dentiste


 Aujourd’hui, je suis allé chez le dentiste pour enlever le tartre de mes dents inférieures. C’était la fin du traitement. J’ai donné ma carte de consultation et ma carte vitale à la secrétaire. Tandis que j’attendais qu’on m’appelle , je me suis aperçu qu’une gravure qui était accrochée en haut, au-dessus de la télé. Elle semblait être la copie d’une gravure datant d'entre le quinzième et le dix-huitième siècle. Les personnages présents étaient tous vêtus un peu comme dans les tableaux de Vélasquez. Il semblait que la gravure représentait une cure de dents de l’époque. Au centre de l’image était assise une femme. À ses côtés, il y avait une petite table sur laquelle quelques instruments en forme de pincettes, rappelant les outils de torture étaient disposés. L’air effrayé, ses yeux écarquillés étaient rivés sur l’homme habillé comme un clown qui mettait un appareil dans sa bouche. Quelques spectateurs regardaient la scène en entourant ce présumé dentiste et sa patiente. Certains se penchaient vers la femme pour mieux observer ce qui se passait dans sa cavité buccale. Les autres se renversaient en arrière, l’air terrifié. Le regard dans le vide, le dentiste souriait en montrant ses dents blanches et impeccables. « Mesdames, Messieurs, regardez bien ! La quatrième dent de la mâchoire inférieure est trouée et pourrie ! Afin d’empêcher l’infection de la plaie, je vais maintenant l’arracher avec cet instrument ! », disait-il peut-être aux spectateurs. La cure des carries devait être pénible à l’époque, car il n’y avait sans doute pas d’anesthésie. Mais pourquoi une telle gravure est exposée chez le dentiste ? Pour effrayer les patients ? Dans la salle d’attente moderne du dentiste, cette gravure était étrangement anachronique et même un peu effrayante.
 Tandis que j’y réfléchissais, on m’a appelé. Cette fois, une autre dentiste s’est occupé de mes dents. C’était une femme qui était peut-être dans la cinquantaine. À première vue, elle ne ressemblait pas à une dentiste, mais à une femme au foyer ou à une bibliothécaire. Elle parlait d’une voix si basse que j’avais du mal à distinguer ce qu’elle me disait.

 Comme la dernière fois, je me suis allongé sur le fauteuil dentaire. Dès que j’ai ouvert la bouche, elle a mis une serviette sur mes yeux et un appareil qui absorbe la salive dans ma bouche. J’ai senti la sensation d’un instrument pointu et elle s’est mise à décaper la surface de mes dents. « Ça va ? Ça ne fait pas trop mal ? », m’a-t-elle demandé en maniant la machine. Mais je devais garder la bouche ouverte tant qu'elle agitait l'instrument à l'intérieur. « Ne vous en faites pas. Ça fait un peu mal, mais cela m’apporte un plaisir masochiste », ai-je répondu dans ma tête. Quelques minutes plus tard, lorsque mes mâchoires étaient fatiguées, comme avant, j’ai tout à coup eu envie de rire. J’ai essayé de me souvenir de la scène de torture chez le dentiste de « Outrage ». Dans ce film, des yakuzas s’introduisent dans un cabinet de dentiste et détruisent l’intérieur de la cavité buccale de leur ennemie avec une perceuse. J’avais eu si peur que j’avais un peu crié. Mais ça n’a pas marché. Même le visage effrayé de la victime semblait drôle et je devais retenir mon rire. À ce moment-là, l’appareil qui absorbait ma salive s’est collé à ma langue, puis à ma lèvre supérieure comme un aspirateur. J’ai tremblé de rire sans faire de bruit.

jeudi 19 juillet 2018

Savoia


 J’ai travaillé sur ma maquette de Zaku toute la journée. J’ai limé les pièces ; j’ai gravé des lignes dessus ; j’ai collé quelques morceaux de plastique etc. Demain, je la peindrai et finalement j’ajouterai des autocollants spécifiques avec des pincettes. Ceux qui ne connaissent pas le plaisir de monter une maquette se demanderont en quoi c’est intéressant. En vérité, je ne sais pas. J’ai l’impression que ce n'est pas intéressant et que c’est même douloureux. Limer chaque pièce est fatigant. Il faut rectifier si les lignes qu’on a gravées ne sont pas droites ; Les couleurs coûtent cher si on en utilise beaucoup. Le diluant qui émet une odeur désagréable rappelant celle de l’essence, est toxique, de sorte qu’il faut mettre un masque. L’aérographe et le compresseur coûtent cher (les miens ont coûté environ cinq cents euros). Malgré cela, je monte des maquettes, car d’abord, je suis un grand fan de la série Gundam. J’aime la sensation de limer la surface de plastique. Quand je réussis à peindre une pièce sans aucune égratignure, j’ai l’impression que c’est un bijou. Le moment le plus exaltant, c’est lorsqu’on monte une maquette après avoir suivi toutes les étapes. À ce moment-là, tous mes efforts se cristallisent en une seule forme. Je ne peux pas toucher ma maquette une fois achevée. J'ai peur de l'abîmer. 

 La première maquette que j’ai peinte n’était pas celle de Gundam. C’était l’avion rouge, « Savoia » de Porco Rosso. Je n’avais pas d’aérographe à ce moment-là. Je l’ai soigneusement peinte avec un pinceau. J’ai mis du rouge à plusieurs reprises pour que mon Savoia n’ait aucune tache. Le fond était beige. Sur les ailes, j’ai peint le tricolore italien avec un ruban de masquage. Le kit comprenait aussi une petite figurine de Porco. J’ai coloré le pilote transformé en cochon avec un pinceau fin pour lui insuffler la vie. Mon travail terminé, il se tenait fièrement à côté de son avion.
 Toutefois, je ne retrouve plus mon Savoia. Ma mère l’a peut-être jeté, mais j’aimerais croire qu’il s’est envolé quelque part.

mercredi 18 juillet 2018

L'aventurier


 J’ai entendu une histoire intéressante à la radio. J’écoutais distraitement en travaillant sur ma maquette, donc les détails ne sont peut-être pas exacts, mais en gros, c’était comme suit : il était une fois un jeune millionnaire, un noble ou un prince, quelque chose de ce genre, qui rêvait de fonder une utopie pour les Juifs. Il est parti en quête d’un endroit où les Juifs pourraient vivre en paix. Finalement, il est arrivé sur une île déserte ou peu peuplée. Toutefois, il s’est perdu dans une montagne de cette île. Pendant plusieurs jours, le froid approchait de plus en plus l'aventurier vers sa fin. Agonisant, il a écrit dans son carnet une longue histoire sur l’utopie des Juifs. Quelques mois plus tard, une mission d’enquête a trouvé son cadavre en décomposition accompagné de son carnet.
 Ce récit ressemble à un conte de fée étrange, mais l’animateur a dit que c’était une histoire authentique. Après avoir éteint la radio, j’ai essayé de retrouver le nom de ce rêveur, mais en vain. Curieusement, son nom que l’animateur avait mentionné à plusieurs reprises n’évoquait rien pour moi, comme si l’aventurier n’avait jamais existé ; comme s’il n’y avait jamais eu cette émission.

Dead Heat at a Carousel






 Aujourd’hui, c’était férié. On dit que c’est ‘’le jour de la mer’’. Mais je ne sais pas ce qu’on doit faire le jour de la mer. Faut-il aller à la plage et admirer la mer ? Au centre-ville, il y avait plus de monde que d’habitude. Cette fois, il y avait beaucoup de jeunes. Les Japonaises sont toutes petites et elles ont des proportions semblables les unes aux autres. On dirait des poupées fabriquées en série. J’ai vu aussi des touristes chinois. Devant une pharmacie, une jeune femme demandait aux passants d’y entrer en mandarin. Il y a deux ans, lorsque des touristes chinois venaient à Hokkaidô en masse, l’un des endroits où ils achetaient énormément de produits, c’était la pharmacie. Je voyais très souvent des touristes chinois qui sortaient de la pharmacie avec de gros sacs, l’air très contents. Mais qu’est-ce qui les attirent autant ? Il n’y a que des choses banales là-bas, comme de la pommade, des médicaments contre le rhume, des pilules et des capotes…

 Je suis allé dans une librairie d’occasion et j’ai acheté quatre livres pour lire dans l’avion du retour. Je peux quand même lire des livres en français même si de temps en temps je tombe sur des mots dont j’ignore le sens. Mais c'est plus facile et plus rapide de lire dans ma langue maternelle, et je n’ai pas très envie de lire un roman qui exige de moi une grande concentration quand je voyage en classe économique. Les livres que j’ai choisis sont les suivants : « Dead Heat at a Carousel (titre en anglais) » de Haruki Murakami, deux essais de Yoko Ogawa et « Femmes de sable » de Kôbô Abe.

 Au fait, au sujet des personnes bilingues, un jour, une Française dont la mère est japonaise m’a raconté une histoire intéressante. Elle parle couramment japonais aujourd'hui, mais elle a appris cette langue toute seule grâce à ses efforts. Je lui ai demandé pourquoi sa mère ne la lui a pas appris. 
« Elle a essayé de me l’apprendre quand j’étais petite. Mais si elle me parlait en japonais, j’avais l’esprit embrouillé et je ne disais plus rien. Alors, elle a arrêté.
- Tu te souviens de ces moments ? ai-je demandé.
- Pas du tout », m'a-t-elle dit.
 Il semble que c’est quelque chose qui arrive assez souvent. Il y a aussi des gens qui parlent ‘’plus ou moins’’ deux langues, mais qui ne maîtrisent réellement aucune des deux langues. Être bilingue naturellement, c’est comme si on mettait deux couleurs dans une assiette. Si elles se mélangent, il ne restera qu’une seule couleur troublée. Ce qui est nécessaire pour maîtriser deux langues différentes, c’est la capacité de tisser une toile sans mélanger les deux couleurs, mais en les composant de façon harmonieuse.

lundi 16 juillet 2018

L'ours insomniaque


 Je ne fais rien d’autre que de monter des maquettes de Gundam et je n’ai rien à écrire. Quand je ne monte pas de maquette, je lis « Chronique d’une mort annoncée » de Garcia Marquez.

 Avant-hier, il semble qu’un ourson est apparu non loin de chez moi, près d’un HLM. Ce n’est pas l’ours jaune avec une veste rouge qui a un faible pour le miel. C’est un vrai ours doté de crocs et de griffes. Selon l’actualité, vers minuits, un chauffeur de taxi a vu un animal ressemblant à un ours d’environ un mètre et l’a signalé à la police. Le témoin affirme que l’ours longeait la route 453. La police a mené une enquête, mais elle n’a trouvé ni poil ni piste. Il se peut qu’il était fatigué et qu’il ait halluciné. Mais ce n’est pas la première fois qu’un ours est apparu dans ma ville. Il y a quelques années, plusieurs personnes ont vu un ours devant la gare pendant la journée.

 Sapporo est entourée de montagnes, mais mon quartier se trouve quand même loin de là. J’imagine que l'ourson devait marcher jusque-là, à moins qu’il n’ait pris le bus ou le tram. Le lendemain, dans un endroit non loin de là où l’homme avait vu l’animal, la police a trouvé de la crotte d’ours brun. Le chauffeur de taxi qui a signalé la présence d’un ours à la police n’avait donc pas halluciné.

 J’imagine un ourson qui se promène, solitaire, dans la ville nocturne. Il n’y a peut-être que peu de voitures. La rue est déserte et la plupart des maisons sont dans l’obscurité. Son dos arrondi se dessine à la lumière de quelques lampadaires clignotants. L'ours insomniaque continue à longer la route 453.