mardi 11 septembre 2018

Le premier jour de cours


 Aujourd’hui, pour moi, c’était la rentrée. J’ai marché sur le trottoir ennuyeux pour aller à l’université. Ces derniers temps, il faisait plutôt frais à Strasbourg, mais aujourd’hui, le soleil ennuyeux brillait de façon inintéressante. Une femme ennuyeuse promenait un chien ennuyeux et des amants ennuyeux s’embrassaient de façon médiocre. Des voitures ennuyeuses roulaient. Elles n’ont écrasé ni la femme ni le chien ni les amants ennuyeux. Il m’a fallu environ quarante minutes pour arriver à la fac. Comme j’avais un peu de temps avant le cours, j’ai acheté une canette de jus par hasard au distributeur, et je me suis reposé sur un banc ennuyeux. Sur la canette était imprimé un dessin raté de citrons. Quelques instants plus tard, une fille ennuyeuse aux lunettes ennuyeuses en T-shirt étriqué ennuyeux s’est assise à côté de moi et a ouvert un cahier ennuyeux. J’ai jeté la canette dans une poubelle ennuyeuse. J’ai essayé d’entrer dedans mais en vain, et je suis parti.
 La professeur a parlé pendant une heure, mais je n’ai pas compris un seul mot de ce qu’elle disait. Mais à tout le moins, c’est sûr qu’elle ne parlait pas de la façon de faire une bonne omelette. Je suis resté une heure à ma place, en copiant de temps en temps son discours sans le comprendre. Au bout d’un moment, j’ai relu mon cahier. Ça ressemblait à un poème surréaliste.

lundi 10 septembre 2018

''L'Amant double''


 J’ai regardé « L’Amant double » de François Ozon. Ce n’était pas mal. Le film raconte l’histoire d’une femme mentalement instable qui entretient une relation amoureuse avec des jumeaux, tous deux psychothérapeutes. La femme murmurait d’une voix imperceptible. Je ne comprenais pas trop ce qu’elle disait. Au moment où j’ai augmenté le volume de mon ordinateur, la connasse a crié et moi aussi. De plus, le fait qu’elle ressemblait un peu à une prof de mon université m'a beaucoup gêné. Désormais, chaque fois je vais à son cours, je me souviendrai de ce film et je devrai l’imaginer jouissant d’un amour perverti avec des jumeaux.
 Si je pense à François Ozon, je me souviens de « Dans la maison » que j’ai vu dans un petit cinéma de Tokyo il y a plusieurs années. Grâce à ce film, j’ai appris les mots « odeur de la femme de la classe moyenne » et « bagnole ». J’ai déjà eu quelques occasions d’utiliser le mot « bagnole », mais « odeur de la femme de la classe moyenne », pas encore. Je ne sais même pas à quoi ressemble cette odeur.

samedi 8 septembre 2018

Mon passe-temps secret


 Mon passe-temps : lire les avis de clients à Simply quand je fais les courses une fois par semaine. Aujourd’hui, je suis allé faire des courses à Simply. Je n’ai évidemment pas oublié de lire les avis de clients. Cette fois, une communication chaleureuse était née entre deux clients. Une personne avait d’abord écrit : « Caissière désagréable. Je me suis faite avoir on m'a jeté mon ticket de caisse !! ». Et la deuxième personne avait écrit : « Quand les prix seront mis sous les bons produits ? », puis elle a continué, en indiquant le texte de la première personne avec une flèche : « Je suis d'accord ! Peu d'amabilité. Quand il y a des erreurs aucune excuse ! ». Cette phrase m’a un peu étonné parce que, et je n’ai aucune envie de critiquer, je croyais naturellement que les Français n’avaient pas l’habitude de s’excuser si les erreurs n’étaient pas très graves. Par exemple, un jour, j’ai rendu un livre à la bibliothèque de mon université. J’ai donné un livre à une bibliothécaire, une femme d’un certain âge qui était en train de bavarder joyeusement avec sa collègue. Elle a reçu le livre, puis elle l’a mis à côté. J’avais déjà un mauvais pressentiment à ce moment-là. Le lendemain, j’ai reçu un mail me demandant de rendre le livre. Je suis allé lui expliquer que je l’avais rendu, et elle l’a vérifié. Sans rien dire, j’ai attendu en souriant qu’elle s’excuse. Au bout d’un moment, elle m’a dit : « C’est bon. Au revoir ». Ça m’est arrivé deux fois. C’était un peu la même chose lorsque la scolarité a perdu mon contrat pédagogique. L’employée m’a parlé comme si je ne l’avais jamais rempli. Je lui ai donc demandé de vérifier la feuille d’émargement et elle m’a dit qu’il y avait bel et bien ma signature. « C’est donc l’administration qui l’a perdu, ai-je dit. – Oui ! », m’a-t-elle dit. En regardant son visage fier, j’ai failli m’excuser de lui avoir fait perdre mon contrat pédagogique minable et mal écrit. Quant à moi, comme je manque de caractère, je m’excuse souvent même si ce n’est pas ma faute. Après être rentré chez moi, dans mon lit, en me souvenant de ce qui s'est passé, je m’énerve de plus en plus en grinçant les dents.
 J’ai fait une digression.
 Cette fois, un bébé aussi avait écrit quelque chose dans le cahier des avis de clients.
« Le nouveau système pour livraison laisse le client sans surveillance pendant quelques minutes ( 10 minutes ce jour ! ) N'importe qui peut partir avec de s'y servir d'un objet s'y trouvant. À revoir ».
« N’importe qui peut partir avec de s’y servir d’un objet s’y trouvant », c’est mignon. Ce doit être un bébé qui affectionne particulièrement la lettre Y et qui ne maîtrise pas encore le français.

 Au fait, j’avais toujours envie d’écrire sur ce sujet. Au supermarché en France, des produits qu’on ne voit jamais au Japon sont vendus. On n’a pas besoin de remarquer l’’abondance impressionnante de fromages et de vins parce que c’est normal, mais par exemple, à la poissonnerie, on voit des carpes, un poisson que les Japonais n’ont pas l’habitude de consommer. Il y a des produits chers que les Japonais aiment beaucoup, mais qui sont vendus en France à bas prix comme une ordure parce que personne n’en mange. Le foie de lotte et la langue de bœuf. À la boucherie, j’ai vu d’étranges petits animaux rouges que je ne connaissais pas. J’ai regardé l’étiquette sur laquelle il était écrit : « Lapins ». C’était en fait des lapins dépecés. Je n’ai pas eu le courage d’en acheter. J'imagine également que les Français ne savent pas que les aubergines françaises sont trois fois plus grandes que celles du Japon. Lorsque je les ai vues pour la première fois, je me suis dit que c’étaient des monstres d'aubergines. On vend aussi du thon rouge en France. Cependant, c'est toujours la partie sans gras et je n'ai jamais vu la partie grasse qu'on appelle ''toro'' en japonais.

vendredi 7 septembre 2018

Sans titre


 Aujourd’hui, j’ai regardé un documentaire de National Geographic sur une jeune Américaine qui a subi une greffe de visage. J’en ai déjà parlé un peu avant. Lorsqu’elle était en terminale, elle a tenté de se suicider avec un fusil parce qu’elle a été larguée par son petit ami. Lorsqu’elle s’est réveillée, son visage était défiguré. La partie la plus endommagée était son nez qui n’existait plus. Sa mâchoire était détruite. Ses yeux restaient encore mais abîmés. Suite à de nombreuses opérations, financée par l’armée américaine, la jeune fille a subi une greffe de visage. Sa donneuse était une femme morte d’overdose à l’âge de trente ans. L’opération qui a duré plus de trente heures a réussi. Aujourd'hui, la jeune Américaine essaie de vivre sa deuxième vie.
 Après avoir regardé le documentaire, je me suis dit que, s’il m’arrivait de ********, ********** certainement ******** *** ** bouche ******* ********** à cent pour-cent mon tronc cérébral.

Je n'aime pas les cours mais j'aime les livres


 Lorsque j’avais quatorze ou quinze ans, mon père m’a donné « Kafka sur le rivage » de Haruki Murakami. Je ne sais pas pourquoi il me l’a offert parce que lui-même ne lit pas beaucoup. Dans son bureau, il y avait beaucoup de livres de finance ou d’économie mais pas un seul roman. En tous cas, j’ai reçu « Kafka sur le rivage » en cadeau et c’est ainsi que j’ai découvert Haruki Murakami.
 J’ai lu beaucoup de livres depuis mon enfance. Je pense que la plupart des romans m’ont plu. Il n’y a que peu de livres qui m’ont déçu. Mais j’ai l’impression que les livres intéressants au point de changer ma vie étaient aussi rares que les décevants.
 « Kafka sur le rivage » ne ressemblait à aucun roman que je connaissais jusque-là. D’abord, il se lisait facilement. Alors que l’histoire était compliquée et qu’il se passait de temps en temps des choses inexplicables (l’OVNI du début, Johnny Walker qui massacre des chats, la pierre du sanctuaire etc.), le livre était si intéressant que je l’ai lu d’un trait, perdant le sommeil. Lorsque je l’ai eu terminé, j’étais devenu une personne différente. J’avais acquis une nouvelle façon de voir les choses et de penser. J’ai adoré ce roman au point de le relire dix fois au total et j’ai fini par apprendre par cœur plusieurs passages.
 Plus tard, j’ai découvert beaucoup de livres qui valaient la peine d'être lus, mais « Kafka sur le rivage » demeure mon expérience de lecture la plus bouleversante. Si c’était possible, je voudrais effacer le souvenir que j’en ai et le lire à nouveau.
 Je ne sais pas trop à quoi sert la littérature. Elle ne conjecture pas l’économie. « Les Frères Karamazov » ne permet pas d’apprendre comment monter une chaise malgré ses 1500 pages. Mais je pense que je pourrais lire avec plaisir un million de romans ennuyeux si c'était pour découvrir un roman comme « Kafka sur le rivage ».

jeudi 6 septembre 2018

Ma première année


 Aujourd’hui, j’ai effectué mon inscription pédagogique en ligne. Deux ans se sont écoulés depuis le jour où je me suis inscrit en présentiel à des cours dans une salle du Portique. Le couloir était bondé d’étudiants de première année. Une longue queue s’était formée devant la porte de la salle. Comme j’étais derrière, j’ai finalement dû attendre plus de quatre heures. Lorsque mon tour est venu, les formulaires d’inscription étaient tout mélangés. Seul le code des cours était indiqué, mais pas le descriptif, de sorte que je ne savais pas à quels cours je m’inscrivais. Un homme qui était là pour aider les étudiants perdus comme moi, disait : « C’est en ligne dès le deuxième semestre. C’est en ligne dès le deuxième semestre ». J’avoue que j’avais sous-estimé l’administration française. Elle va toujours au-dessus de mon imagination.
« Vous, hein, devez, hein, écrire, hein, quelque chose, hein, tous les jours, heu. Sinon, hein, vous ne réussirez pas, hein, votre épreuve de dissertation, heu », m’a dit une professeur lorsque j’étais en première année. J’avais peur d’elle et de rater mes examens. J’ai décidé de tenir mon journal en français.
 À première vue, je n’aimais pas beaucoup cette professeur. Je me suis dit qu'elle ne pourrait pas être ma petite amie. Elle avait l’air sévère et elle m’a rappelé l’institutrice Rottenmeier de « Heidi ». L’institutrice Rottenmeier est prude, stricte et peut-être vierge. Elle ne laisse pas passer la moindre faute à Heidi et la réprimande sévèrement.
Depuis lors, j’ai écrit mon journal presque tous les jours, mais je n’ai pas réussi l’épreuve de dissertation de cette matière. Néanmoins je n’étais pas vraiment déçu car je le savais d’avance. J’éprouvais même un plaisir masochiste.
 Cependant, seule une fois, mon journal a servi à quelque chose. La même année, j’ai pris un cours de méthodologie dans lequel on s’exerçait à l’écriture. J’ai appris que les Français font aussi beaucoup d’erreurs dans leur langue maternelle et ça m’a rassuré. Chaque fois que la professeur de ce cours nous obligeait de discuter en groupe, je serrais fort les lèvres comme un prisonnier interrogé par l’ennemi, et je ne répondais que par oui ou par non. Dans ce cours, chacun devait faire un dossier pour montrer qu’on avait fait des exercices d’écriture. J’ai rédigé mon journal. J’ai supprimé les parties politiquement incorrectes comme « la fille a poussé des cris de cochon étranglé » ou « j’écris ‘’j’ai envie de mourir’’ de mille façons », « le mode d'emploi du micro-ondes est encore plus intéressant que ce livre de merde », et je l’ai donné à la professeure à la fin du semestre. Contre toute attente, elle m’a donné de bonnes notes et j’ai survécu à cette année.

mercredi 5 septembre 2018

''The Sterile Cuckoo'' John Nichols



«Several years ago, during the spring semester of my junior year in college, as an alternative to either deserting or marrying a girl, I signed a suicide pact with her » (Il y a plusieurs années, durant le semestre de printemps, lorsque j’étais en troisième année de l’université, au lieu de me marier avec une fille ou de m’enfuir, j’ai signé un pacte de suicide avec elle).

 J’ai lu un livre vraiment intéressant qui m’a complètement mis K.-O. Il est intitulé « The Sterile Cuckoo » et l’auteur s’appelle John Nichols. Ce livre a été publié en 1965 aux États-Unis. Cependant, il a été traduit pour la première fois en japonais en 2017 par le romancier Haruki Murakami, qui dit que ce roman est demeuré dans un coin de son esprit depuis qu’il l’a lu à l’âge de vingt ans.
 En bref, il s’agit de l’histoire d’amour d’un étudiant Jerry Payne et d’une jeune fille Pookie Adams. Le narrateur est Jerry, mais le noyau de ce roman est Pookie. Sans elle, ç’aurait été un roman à l’eau de rose qu’on trouve partout. Pookie est une fille très excentrique et incroyablement bavarde. Selon Jerry, c’est une fille maigrichonne, pas très belle et qui n’a presque pas de poitrine. Expliquer de quelle façon elle est excentrique est difficile. Elle ne cesse de parler de choses surréalistes, elle écrit des poèmes qui n’ont pas de sens, les métaphores qu’elle emploie sont également très bizarres. Elle invente aussi de nouveaux mots que Jerry ne comprend pas. Il y a beaucoup de passages que j’aime beaucoup dans ce roman. Les lettres de Pookie, la scène où elle tombe sur la neige et dit en tremblant : « Je, je, je… je rêvais…d’être un eskimo attaqué…par un ours blanc… » et qu’elle monte sur un manège vers la fin du récit.
 Ce livre m’a fait penser à « La Ballade de l’impossible » de Murakami. Dans ce roman, il y a une fille excentrique et bavarde (même si elle l’est beaucoup moins que Pookie) qui s’appelle Midori. Pookie est en fait un personnage qui a une tendance à se détruire et n’arrive pas contrôler sa personnalité. C’est pour ça qu’elle fait signer un pacte de suicide à Jerry. La jovialité de l’héroïne rend le roman divertissant, mais c’est aussi l’histoire d’une fille qui se détruit de façon irrémédiable. Dans « La Ballade de l’impossible », Naoko est mentalement instable et elle finit par se suicider. J’ai eu l’impression que si les deux aspects de Pookie, c’est-à-dire, son côté maladif et son côté excentrique, se divisaient en deux, ça donnerait Naoko et Midori, mais peut-être vais-je trop loin.
 Il semble que Motoyuki Shibata, le traducteur japonais de Paul Auster et le maître de traduction de Haruki Murakami a eu la même impression. Dans la postface en forme de dialogue, il dit à Murakami : 
« J’ai l’impression que dans ‘’La Ballade de l’impossible’’ aussi, il y a un personnage qui a le même type de charme que Pookie……. 
- En fait, ce genre de personne se trouve partout. Le héros de mon roman, je ne dis pas qu’il ressemble à celui de ce roman, mais c’est vrai qu’il est plutôt taciturne : il écoute les gens et les observe. Donc, forcément j’avais besoin d’un personnage comme Pookie, un personnage qui fait bouger l’histoire. J’avais également besoin d’un personnage comme Nagasawa, quelqu’un qui a sa propre logique et sa propre opinion. Les personnages apparaissent naturellement dans les romans. C’est par exemple le cas de Pookie ou des deux colocataires extravagants de la résidence. Il y a des types ».
 C’est dommage que ce roman ne soit pas traduit en français. Mais j’imagine que ce sera extrêmement difficile de traduire les propos absurdes de Pookie. Murakami affirme également que traduire l'argot de l’époque était difficile, et qu’il a demandé le sens de certains mots à son traducteur américain, qui ne le savait pas non plus.