vendredi 14 septembre 2018

Comme d'habitude

 Ce matin, j’ai été réveillé par la sonnerie de mon portable. Je pensais à aller au cours de traduction de japonais pour améliorer ma capacité linguistique. Dans la torpeur, le diable qui habite mon esprit a soufflé à mon oreille droite : « Ce n’est pas obligatoire ! Tu n’es pas étudiant en japonais, mais en lettres ! Ça n’a rien à voir ! Tu peux te rendormir ! ». Puis, l’ange qui habite en moi a chuchoté à mon oreille gauche : « C’est la première semaine de ta rentrée. Tu es fatigué. Tu devrais te reposer ». Deux contre zéro. Aucune objection. Projet de loi adopté. J’ai arrêté la sonnerie la plus désagréable du monde et je me suis rendormi. Rien n’est plus doux et paradisiaque que le sommeil coupable.
 L’après-midi, j’ai quitté le cours de littérature française quinze minutes avant la fin pour ne pas arriver en retard au cours de français. Ce cours avait lieu dans la faculté de sciences et d’économie, éloigné du campus principal et où je n’étais jamais allé. J’ai marché environ dix minutes sous la pluie. C’était un grand bâtiment en brique facilement reconnaissable. Dehors, quelques étudiants bavardaient, une cigarette à la main. L’intérieur était désert, ce qui m’a fait une étrange impression parce que sur le campus principal, il y a toujours du monde. Un coin était en travaux et barricadé. Quelques étudiants faisaient peut-être la fête. De la musique plutôt agressive se faisait entendre de quelque part. Je suis monté au premier étage, mais il y avait plusieurs entrées et il ne m’a pas fallu longtemps pour me rendre compte que j’étais perdu. Au bout d’un moment, je suis arrivé devant l’accueil de je ne sais quoi. Deux femmes étaient en train de bavarder derrière le comptoir. Pendant que je cherchais le moment de leur adresser la parole, l’une, la plus jeune, blonde, s’est aperçue de ma présence. Je lui ai demandé où se trouvait la salle 216. « Tournez à droite, et allez jusqu’au bout », m’a-t-elle dit en souriant. Avais-je rencontré une déesse ?
 Je me suis encore perdu un peu, mais finalement, j’ai trouvé la salle de mon cours avec dix minutes de retard. Quelques Chinois entouraient une table ronde et une enseignante leur expliquait quelque chose. « Je suis venu pour le cours de français… », lui ai-je dit. « C’est la semaine prochaine, m’a-t-elle dit. Attendez un peu. Je vais voir avec vous ».
 Quelques minutes plus tard, elle est venue vers moi et m’a demandé de la suivre. C’était une dame souriante qui dépassait largement ma taille verticalement et horizontalement. Je ne sais pas pourquoi, mais les professeurs de français sont souvent très sympathiques et gentils contrairement à ceux de littérature française. Parce qu’enlever des points aux étudiants n'est pas leur travail ? « Oui, c’est la semaine prochaine », m’a-t-elle dit en regardant son ordinateur. « Vous serez mon enseignante ? ai-je dit. – Non, c’est ma collègue, Claude. Claude, ça peut-être un prénom masculin, mais c’est une femme », m’a-t-elle dit. Je croyais que Claude était un prénom masculin à cause de Claude François.
 Mes cheveux sentaient la pluie. Je me suis perdu inutilement……comme d’habitude.

jeudi 13 septembre 2018

Le Red Bull


 Je suis morose et mélancolique à l’université, mais croyez-moi, je suis très gai et joyeux chez moi. Je ne cesse de dire des plaisanteries spirituelles au mur. Le mur rit. Mon voisin y frappe.
 Aujourd’hui, pendant un cours, une prof a dit en citant Platon et Blake « La poésie nous donne des ailes pour découvrir la vérité » ou quelque chose de ce genre. On dirait le Red Bull. La poésie, c’est le Red Bull.
 La prof était jeune et elle ne semblait pas encore très habituée à parler en public. Elle parlait un excellent français, mais le français n’est peut-être pas sa langue maternelle. Parler devant quatre-vingts personnes, ce doit être quand même stressant. Je n’arrive même pas à parler à une seule personne. Je dis souvent « Ah… », « Euh… » comme Sans-visage du « Voyage de Chihiro ». L’idée de parler devant beaucoup de monde m’effraie. Si j’étais professeur d’université, je marmonnerais quelque chose d’incompréhensible, réagirais aux rires étouffés des étudiants et finalement je m’enfuirais en pleurant.

mercredi 12 septembre 2018

FLE


 C'était un matin particulièrement beau. Le ciel était bleu. Des oisillons piaillaient. J'attendais paisiblement le cours de FLE. Quelques minutes plus tard, une inconnue est entrée dans la salle et nous a dit que ceux qui n'étaient pas là vendredi dernier n’avaient pas le droit de prendre ce cours, et qu’on devait en discuter avec la directrice. La vieille bique a expulsé sans merci quelques étudiants, moi y compris. On s'est sentis misérables comme les Juifs durant la seconde guerre mondiale ou les Noirs des États-Unis pendant l’esclavage. Tout à coup, je suis devenu humaniste. Je me suis juré d'anéantir le racisme de la terre.
 Je n’avais plus rien à faire. Pourquoi m’étais-je levé tôt ce matin ? Pour admirer les rides magnifiques de la vieille ? Ce doit être ça. J’ai frappé à la porte du bureau de la directrice. Sur la porte, il était indiqué qu’elle recevait les étudiants l’après-midi, mais je m’en foutais un peu. Quelques instants plus tard, une meuf ratatinée comme un vieux radis qu’on a oublié dans le frigo depuis six mois a ouvert la porte. En sachant qu’il n’y avait plus d’espoir, puisque je n’ignore pas à quel point l’administration française est têtue, je lui ai dit que je voulais prendre le cours de FLE. La vieille bique numéro 2 m’a donné la réponse que j’avais exactement prévue et j’ai eu l’impression d’être un personnage de film. « Non, il y a déjà trop d’étudiants et ce n’est pas possible ». Si j’avais été comme d’habitude, j’aurais dit simplement « D’accord. Au revoir. Bonne journée (j’espère que tu tomberas sur un caca dans la rue !) » et je serais parti, mais ça m’a quand même énervé et je lui ai répondu. « Mais sur le site, il n’était écrit nulle part qu’on devait s’inscrire !
- C’était affiché partout dans le département, m’a dit le radis.
- Je trouve ça injuste ».
 Je suis en lettres et je viens rarement à la faculté de langues. Avant de poignarder les deux lesbiennes, j’ai tourné les talons.

mardi 11 septembre 2018

Le premier jour de cours


 Aujourd’hui, pour moi, c’était la rentrée. J’ai marché sur le trottoir ennuyeux pour aller à l’université. Ces derniers temps, il faisait plutôt frais à Strasbourg, mais aujourd’hui, le soleil ennuyeux brillait de façon inintéressante. Une femme ennuyeuse promenait un chien ennuyeux et des amants ennuyeux s’embrassaient de façon médiocre. Des voitures ennuyeuses roulaient. Elles n’ont écrasé ni la femme ni le chien ni les amants ennuyeux. Il m’a fallu environ quarante minutes pour arriver à la fac. Comme j’avais un peu de temps avant le cours, j’ai acheté une canette de jus par hasard au distributeur, et je me suis reposé sur un banc ennuyeux. Sur la canette était imprimé un dessin raté de citrons. Quelques instants plus tard, une fille ennuyeuse aux lunettes ennuyeuses en T-shirt étriqué ennuyeux s’est assise à côté de moi et a ouvert un cahier ennuyeux. J’ai jeté la canette dans une poubelle ennuyeuse. J’ai essayé d’entrer dedans mais en vain, et je suis parti.
 La professeur a parlé pendant une heure, mais je n’ai pas compris un seul mot de ce qu’elle disait. Mais à tout le moins, c’est sûr qu’elle ne parlait pas de la façon de faire une bonne omelette. Je suis resté une heure à ma place, en copiant de temps en temps son discours sans le comprendre. Au bout d’un moment, j’ai relu mon cahier. Ça ressemblait à un poème surréaliste.

lundi 10 septembre 2018

''L'Amant double''


 J’ai regardé « L’Amant double » de François Ozon. Ce n’était pas mal. Le film raconte l’histoire d’une femme mentalement instable qui entretient une relation amoureuse avec des jumeaux, tous deux psychothérapeutes. La femme murmurait d’une voix imperceptible. Je ne comprenais pas trop ce qu’elle disait. Au moment où j’ai augmenté le volume de mon ordinateur, la connasse a crié et moi aussi. De plus, le fait qu’elle ressemblait un peu à une prof de mon université m'a beaucoup gêné. Désormais, chaque fois je vais à son cours, je me souviendrai de ce film et je devrai l’imaginer jouissant d’un amour perverti avec des jumeaux.
 Si je pense à François Ozon, je me souviens de « Dans la maison » que j’ai vu dans un petit cinéma de Tokyo il y a plusieurs années. Grâce à ce film, j’ai appris les mots « odeur de la femme de la classe moyenne » et « bagnole ». J’ai déjà eu quelques occasions d’utiliser le mot « bagnole », mais « odeur de la femme de la classe moyenne », pas encore. Je ne sais même pas à quoi ressemble cette odeur.

samedi 8 septembre 2018

Mon passe-temps secret


 Mon passe-temps : lire les avis de clients à Simply quand je fais les courses une fois par semaine. Aujourd’hui, je suis allé faire des courses à Simply. Je n’ai évidemment pas oublié de lire les avis de clients. Cette fois, une communication chaleureuse était née entre deux clients. Une personne avait d’abord écrit : « Caissière désagréable. Je me suis faite avoir on m'a jeté mon ticket de caisse !! ». Et la deuxième personne avait écrit : « Quand les prix seront mis sous les bons produits ? », puis elle a continué, en indiquant le texte de la première personne avec une flèche : « Je suis d'accord ! Peu d'amabilité. Quand il y a des erreurs aucune excuse ! ». Cette phrase m’a un peu étonné parce que, et je n’ai aucune envie de critiquer, je croyais naturellement que les Français n’avaient pas l’habitude de s’excuser si les erreurs n’étaient pas très graves. Par exemple, un jour, j’ai rendu un livre à la bibliothèque de mon université. J’ai donné un livre à une bibliothécaire, une femme d’un certain âge qui était en train de bavarder joyeusement avec sa collègue. Elle a reçu le livre, puis elle l’a mis à côté. J’avais déjà un mauvais pressentiment à ce moment-là. Le lendemain, j’ai reçu un mail me demandant de rendre le livre. Je suis allé lui expliquer que je l’avais rendu, et elle l’a vérifié. Sans rien dire, j’ai attendu en souriant qu’elle s’excuse. Au bout d’un moment, elle m’a dit : « C’est bon. Au revoir ». Ça m’est arrivé deux fois. C’était un peu la même chose lorsque la scolarité a perdu mon contrat pédagogique. L’employée m’a parlé comme si je ne l’avais jamais rempli. Je lui ai donc demandé de vérifier la feuille d’émargement et elle m’a dit qu’il y avait bel et bien ma signature. « C’est donc l’administration qui l’a perdu, ai-je dit. – Oui ! », m’a-t-elle dit. En regardant son visage fier, j’ai failli m’excuser de lui avoir fait perdre mon contrat pédagogique minable et mal écrit. Quant à moi, comme je manque de caractère, je m’excuse souvent même si ce n’est pas ma faute. Après être rentré chez moi, dans mon lit, en me souvenant de ce qui s'est passé, je m’énerve de plus en plus en grinçant les dents.
 J’ai fait une digression.
 Cette fois, un bébé aussi avait écrit quelque chose dans le cahier des avis de clients.
« Le nouveau système pour livraison laisse le client sans surveillance pendant quelques minutes ( 10 minutes ce jour ! ) N'importe qui peut partir avec de s'y servir d'un objet s'y trouvant. À revoir ».
« N’importe qui peut partir avec de s’y servir d’un objet s’y trouvant », c’est mignon. Ce doit être un bébé qui affectionne particulièrement la lettre Y et qui ne maîtrise pas encore le français.

 Au fait, j’avais toujours envie d’écrire sur ce sujet. Au supermarché en France, des produits qu’on ne voit jamais au Japon sont vendus. On n’a pas besoin de remarquer l’’abondance impressionnante de fromages et de vins parce que c’est normal, mais par exemple, à la poissonnerie, on voit des carpes, un poisson que les Japonais n’ont pas l’habitude de consommer. Il y a des produits chers que les Japonais aiment beaucoup, mais qui sont vendus en France à bas prix comme une ordure parce que personne n’en mange. Le foie de lotte et la langue de bœuf. À la boucherie, j’ai vu d’étranges petits animaux rouges que je ne connaissais pas. J’ai regardé l’étiquette sur laquelle il était écrit : « Lapins ». C’était en fait des lapins dépecés. Je n’ai pas eu le courage d’en acheter. J'imagine également que les Français ne savent pas que les aubergines françaises sont trois fois plus grandes que celles du Japon. Lorsque je les ai vues pour la première fois, je me suis dit que c’étaient des monstres d'aubergines. On vend aussi du thon rouge en France. Cependant, c'est toujours la partie sans gras et je n'ai jamais vu la partie grasse qu'on appelle ''toro'' en japonais.

vendredi 7 septembre 2018

Sans titre


 Aujourd’hui, j’ai regardé un documentaire de National Geographic sur une jeune Américaine qui a subi une greffe de visage. J’en ai déjà parlé un peu avant. Lorsqu’elle était en terminale, elle a tenté de se suicider avec un fusil parce qu’elle a été larguée par son petit ami. Lorsqu’elle s’est réveillée, son visage était défiguré. La partie la plus endommagée était son nez qui n’existait plus. Sa mâchoire était détruite. Ses yeux restaient encore mais abîmés. Suite à de nombreuses opérations, financée par l’armée américaine, la jeune fille a subi une greffe de visage. Sa donneuse était une femme morte d’overdose à l’âge de trente ans. L’opération qui a duré plus de trente heures a réussi. Aujourd'hui, la jeune Américaine essaie de vivre sa deuxième vie.
 Après avoir regardé le documentaire, je me suis dit que, s’il m’arrivait de ********, ********** certainement ******** *** ** bouche ******* ********** à cent pour-cent mon tronc cérébral.