mercredi 26 septembre 2018

Pnine


 Pendant un cours, la professeur nous a demandé si un personnage d’un roman de Nabokov, Pnine, un professeur d’université américaine, dont on se moque mais qu’on apprécie, et qui vit dans un univers à lui, ne faisait pas penser à des personnages d’autres romans. Mes camarades ont eu l’air pensifs. Moi aussi, j’ai pensé à tous les romans que j’avais lus jusque-là. À ce moment-là, l’image d’un Anglais d’un certain âge, aux yeux écarquillés et aux gros sourcils, vêtu comme un professeur, dont les gens se moquent mais qu’ils aiment bien, et qui vit dans un univers à lui, m’a traversé l’esprit. C’était Mr. Bean. Il me semblait que personne d’autre que Mr. Bean ne correspondait à cette description. En même temps, je me taisais, parce que même si je ne suis pas très intelligent, j’avais l’impression que Mr. Bean n’était pas la réponse qu’elle attendait. D’ailleurs, c’est un personnage d’une série télévisée, et pas d’un roman. J’ai jeté un coup d’œil à mes camarades. Ils réfléchissaient. J’ai essayé de penser à n’importe quel personnage des romans que j’avais lus. Les personnages des romans de Brautigan ? Ils ont l’air détachés de la réalité. Jose Arcadio Buendio de « Cent ans de solitude » que j’avais lu récemment ? Cependant, chaque fois que j’esquissais un personnage dans mon esprit, Mr. Bean apparaissait ; il dansait, sautait et souriait tout seul. C’était trop tard. Plus je tentais de réfléchir à autre chose, plus mon esprit était envahi par Mr. Bean. Peu après, quelques-uns de mes camarades ont cité des personnages de quelques romans. Après avoir brièvement commenté, notre professeur a dit que le roman de Nabokov lui faisait penser à des personnages de romans de Dickens. J’étais soulagé de ne pas avoir suggéré Mr. Bean.

mardi 25 septembre 2018

''Dernier train pour Busan''


 Je ne me sentais pas bien et j’ai manqué le cours d’anglais de ce matin. Ce n’est pas un mensonge. J’étais malade même si je n’avais pas de fièvre. J’avais un peu mal à la gorge et je toussais. Mais à vrai dire, j’avais eu un petit problème personnel et j’étais chagriné. Après avoir vérifié qu’il était huit heures, j’ai refermé les paupières.
 J’ai passé le matinée à regarder un film de zombie coréen, intitulé « Dernier train pour Busan ». C’est la première fois que je regardais un film coréen. C’était drôle que des gens ressemblant à des Japonais parlaient une langue que je ne comprenais pas. Ce film était d’une excellente qualité et m’a beaucoup plu. Surtout il était beau. Un beau film de zombie est rare puisque les zombies sont forcément sales. Ils attaquent des hommes en faisant jaillir du sang et un liquide organique dégoûtant.
 L’intelligence des zombies du « Dernier train pour Busan » est si basse qu’ils ne peuvent même pas ouvrir une porte. Cependant, ils sont féroces et courent vite. D’ailleurs, j’ai remarqué qu’il est impossible de les neutraliser en leur brisant le cerveau, de sorte que ce sont plutôt des zombies forts que j’aimerais éviter de combattre.
 Je ne parle pas en particulier de ce film, mais quand on regarde beaucoup de films d’horreur, l’introduction suffit pour deviner quels personnages principaux vont mourir. Par exemple, dans les films d’horreur américains typiques, le héros, le plus souvent un garçon ordinaire, ne meurt pas parce que s’il meurt, les spectateurs américains ne sont pas contents. S’ils ne sont pas contents, le réalisateur et le sponsor ne sont pas contents, donc le héros doit survivre. En revanche, un ami au héros, un type robuste, souvent membre du club de football américain meurt très probablement. S’il se moque du héros dans la première partie, son taux de mortalité s’élève à 99 pour-cent. Ce type de personnage a souvent une copine blonde sexy et meneuse. Elle meurt aussi. Un geek et un Noir hilare ont plutôt tendance à survivre, mais pas toujours. Toutefois, les personnes âgées meurent, en entraînant un ou deux personnages. Et s’il y a un shérif dans un film d'horreur, il est là pour être massacré.
 En regardant le film, je culpabilisais de plus en plus de ne pas être allé au cours d’anglais. Je me suis demandé ce que je faisais, assis devant l’ordinateur, tandis que les autres prenaient des notes et posaient des questions à la professeur. Pendant que mes parents pensaient que j’étudias sérieusement à l’université en France, je regardais un film de zombie coréen en disant : « Ah, ce gros, il va mourir », « Regarde derrière toi ! ». Le héros a versé des larmes et moi aussi.
 Dans la soirée, je suis donc allé au cours de dimensions énonciatives. Les Japonais mettent souvent un masque quand ils sont enrhumés. En France, si je portais un masque, les gens penseraient que j’ai une maladie mortelle ou que je suis infecté du virus du zombie. Ça ne me dérange pas de marcher en dispersant le virus de mon rhume dans l’air, toutefois je n’hésite pas à mettre un masque au printemps parce que l’air est contaminé par le pollen qui m’asphyxie et m’aveugle.

dimanche 23 septembre 2018

La montre


 J’étais malade et je suis resté couché toute la journée. J’ai essayé de lire un livre, mais j’ai renoncé à cette idée parce que les mots se sont détachés des pages et se sont mis à flotter dans l’air. Si j’essayais de les attraper, ils collaient à mes doigts. Le livre, perdant de plus en plus ses mots, devenait blanc.
 Pauline m’a dit : « Tu tombes régulièrement malade. Serais-tu le genre de garçons à toujours sortir en T-shirt, quelle que soit la saison ? ». J’étais déçu qu’elle me prenne pour un écolier de douze ans. Je porte un pull ou un manteau lorsqu’il fait froid. Cependant, je ne mets qu’une couverture quand je suis chez moi parce que je n’aime pas porter de vêtement, mais ce n’est pas pour la raison qu’avance Jean-Jacques Rousseau. Simplement, je n’aime pas mettre quelque chose sur mon corps comme un collier, un bracelet ou une montre. Lorsque je suis entré au lycée, on m’a offert une montre. On m’a forcé à la mettre à mon poignet et j’ai découvert que cette sensation de métal contre ma peau était fort désagréable. Je la mettais donc dans la poche de mon pantalon. Quelques jours plus tard, elle avait disparu.

samedi 22 septembre 2018

Un Pokémon rare


 J’ai rencontré une Française qui maîtrise parfaitement le japonais. Au début, nous parlions en français, mais à un moment donné, elle m’a demandé de parler en japonais. J’ai du mal à changer de mode linguistique. Tandis que je bafouillais en cherchant mes mots pour relancer la conversation, elle m’a demandé pourquoi j’avais commencé à apprendre le français. « J’étais un ‘’neet’’ et je m’ennuyais », ai-je répondu franchement. Elle a éclaté de rire et m’a dit qu’elle avait posé cette question à plusieurs Japonais, et que c’était la réponse la plus intéressante. Ensuite, elle s’est mise à parler de sa vie en japonais. Elle n’avait que très peu d’accent. L’intonation était naturelle. Elle n’a fait aucune erreur grammaticale bien que les Français choisissent souvent de mauvaises particules. Si j’avais fermé les yeux, j’aurais cru que c’était une Japonaise aux cheveux noirs qui me racontait sa vie. J’avais déjà rencontré des Français qui parlaient naturellement ma langue maternelle, mais ils avaient un parent japonais. Ce n’était pas son cas. J’ai dû constater qu’un Français qui a appris le japonais et qui le maîtrise au niveau natif n’est pas une créature imaginaire. C’est un Pokémon rare qui existe réellement.
 Ce jour-là, j’avais mal à la gorge. Je ne cessais d’hydrater ma gorge avec une bouteille de Perrier. « Pardon, j’ai un peu mal à la gorge », lui ai-je dit en japonais. « Tu vas avoir un rhume dans quelques jours. Si je tombe malade prochainement, c’est à cause de toi », m’a-t-elle dit en japonais. Elle avait raison parce que je ne me sens pas bien et j’ai le nez qui coule maintenant. J’ai de nouveau regardé « La La Land ». Je l'ai regardé trois fois et j'ai été touché trois fois. Par conséquent, dans le classement des meilleurs films basé exclusivement sur mes goûts et préjugés, « Annie Hall » a baissé et « La La Land » est monté. J'ignore si la Française est tombée malade.

vendredi 21 septembre 2018

FLE (2)


 Aujourd’hui, je suis allé pour la première fois au cours de FLE. Je suis arrivé en retard comme je l’avais prévu. La prof m’a dit de me mettre à une table et d’écrire ce que j’avais fait la semaine dernière. J’ai fouillé dans ma mémoire, mais tout ce dont je me souvenais, c’est que j’avais dormi. Après que j'ai eu rempli à moitié la feuille de papier qu’on m’avait donnée, la prof s’est mise à expliquer le fonctionnement de ce cours. Au début, je l’écoutais sérieusement, mais comme elle n’en finissait pas, j’ai commencé à m’ennuyer et à penser à Jean-Jacques Rousseau dont on avait parlé pendant le cours précédant. Un Jean-Jacques Rousseau qui reçoit des fessées, un Jean-Jacques Rousseau qui abandonne Le Maître en pleine crise d’épilepsie, un Jean-Jacques Rousseau qui appelle sa maîtresse Mme de Warens « Maman ». Tout à coup, Jean-Jacques Rousseau me semblait précieux. J’ai failli appeler la prof maman.
 Ensuite, la prof nous a divisés en trois ou quatre groupes. J’ai été mis avec trois filles, deux Brésiliennes et une Allemande. Elles étaient toutes en première année et venaient d’arriver en France. Leur regard passionné et brillant me permettait de comprendre qu’elles voulaient vraiment faire des progrès en français. Quant à moi, j’ai pris ce cours comme option parce que ça avait l’air facil….parce que moi aussi, je voulais progresser en français.
 Dans l’enveloppe rouge que la prof nous avait donnée se trouvaient plusieurs morceaux de papier sur lesquels différents sujets étaient marqués. Nous devions discuter brièvement sur chaque sujet. Pour une raison obscure, il y avait beaucoup de sujets sur l’amour, du genre : « Vous croyez au coup de foudre ? », « « Combien de fois êtes-vous tombé amoureux ? », « Qu’est-ce que vous faites quand vous avez un chagrin d’amour ? », ce qui m’a rendu muet contrairement à l’Allemande qui était spécialiste dans ce domaine. L'Allemande nous a décrits tous les symptômes de son chagrin d'amour, qu'elle ne mangeait pas, qu'elle pleurait, qu'elle regardait des films sans comprendre l'intrigue. Je me suis inquiété pour elle en me demandant si c'était normal. Lorsque je lui ai dit que je ne ne connais pas l'amour, elle s'est inquiétée pour moi en me demandant si c'était normal. Toutefois, j’ai répondu aux autres questions de façon humoristique, en essayant de sourire comme un représentant en lessive, pour ne pas briser l’ambiance joyeuse.

jeudi 20 septembre 2018

La casquette des Yankees


 En France, je vois de temps en temps des gens qui portent des casquettes des New York Yankees. Chaque fois que je les voyais, je me demandais pourquoi il y avait beaucoup de fans de cette équipe de base-ball américaine en France bien que ce sport ne soit pas du tout populaire en Europe.
 Un jour, chez un marchand de chaussures, j’ai découvert que l’on y vendait des casquettes de New York Yankees. C’est alors que j’ai compris que le logo de cette équipe était comme une sorte de marque et que les Français qui portaient ces casquettes n’étaient pas forcément leurs fans. Cependant, il reste encore des énigmes. Pourquoi le logo des Yankees et pas celui des Boston Red Sox, Mets, Angles ou Marlins ?
 Je ne suis pas grand fan de base-ball, mais je supporte vaguement les Nippon Ham Fighters, l’équipe dont le foyer est à Hokkaidô. J’ai un sac à dos des Fighters. Il y a des balles dédicacées chez mes parents. J’aimerais bien que les Français portent des casquettes des Fighters.

''Privée de la parole'' Yoko Ogawa


 Rien n’est plus misérable qu’un écrivain que l’on a privé de la parole, me dis-je chaque fois que je voyage à l’étranger. Même si le réceptionniste d’un hôtel me parle affablement, je ne peux lui dire que le minimum en quelques mots. Au restaurant, je choisis un plat intuitivement et je commande en l’indiquant du doigt.
 Je pense que même si je leur disais que je gagne ma vie avec les mots, ils ne me croiraient pas. Après tout, ils n’ont rien à faire de romans écrits en japonais.
 Même les romans que j’ai écrits passionnément perdent leur sens au moment où je prends l’avion et quitte le Japon. Ils sont si fragiles, incertains et éphémères.
 Il y a quelques années, on m’a invitée à un festival de littérature qui a eu lieu à Saint-Malo, en Bretagne, en France. On m’a dit qu’il n’y aurait rien de formel comme une conférence ou un symposium et que je pourrais y aller en touriste sans avoir besoin d’être préparée.
 C’était un événement beaucoup plus important que je ne l’imaginais. Environ cent écrivains (je pense qu’ils étaient écrivains) y assistaient. La plupart d’entre eux parlaient le français. Ils étaient séparés en trois ou quatre groupes. Parler librement de littérature devant un public sous la direction de l’animateur était le style de ce festival.
Toutefois, je ne peux pas l’affirmer. Il se peut qu’ils parlaient de problèmes qui n’avaient rien à voir avec la littérature. Je ne pouvais qu’imaginer parce que tout se déroulait en français. Chaque fois que je revenais à mon hôtel, couchée sur le lit, je regardais la brochure, mais je n’ai finalement compris ni le thème du festival ni la raison pour laquelle j’étais invitée.
 Pendant que je tournais des pages de la brochure ainsi, j’ai découvert mon nom sur la liste des conférenciers du lendemain après-midi.
 J’ai encore la gorge séchée lorsque je me rappelle la frayeur éprouvée à ce moment-là. Personne dans l’audience ne comprenait le japonais. Il n’y avait pas d’interprète. L’animateur ne parlait que le français. Dans cette situation, que pouvais-je faire ?
 J’étais totalement impuissante. Je suis montée sur la scène dans le seul but de montrer mon impuissance au public. J’ai écrit des romans et j’en écrirai toujours : cette vérité était la seule chose sur laquelle je pouvais compter.
 Finalement, j’ai parlé en japonais. J’étais désespérée et j’ai dit sincèrement et sans aucune hésitation ce que mes romans signifiaient pour moi. L’audience m’a écoutée passionnément. Personne ne se détournait. Il y avait même des gens qui hochaient la tête. Après avoir dit tout ce que j’avais à dire, je suis descendue de la scène. Je me sentais très bien.