mardi 22 août 2017

L'histoire d'ENIGMA ; le décryptage des codes nazis (4)

Général « Envoyer une autre clé en plus de la clé du jour ?
Subordonné « Oui, Général. Ainsi, la sécurité d’Enigma sera renforcée. »
Général « Je ne comprends pas bien. Pourrais-tu m’expliquer depuis le début ? »
Subordonné « Oui. L’origine de ces deux problèmes, c’est le fait de crypter énormément de messages avec une seule clé. Alors on pourrait diviser un message et attribuer une clé à chacun des messages. »
Subordonné « Ce sera une clé pour décrypter le message……Alors supposons qu’elle s’appelle ‘’la clé du message’’. De cette manière, on pourrait réduire la quantité de caractères pour chaque clé. D’après ma prévision, le nombre de caractères d’un cryptogramme sera réduit à quelques centaines. »
Subordonné « Cela signifie également que le nombre de caractères que l’on doit retaper à cause d’une faute de frappe sera réduit. De plus, le décryptage sera plus difficile. »
Subordonné « Et si on utilise ‘’la clé du jour’’ uniquement pour crypter ‘’la clé du message’’, il sera encore plus difficile de crypter la clé du jour.
En ce moment, nous entrons plus de dix milles caractères avec une seule clé du jour, mais le nombre sera finalement de quelques milliers. »
Subordonné « Je vous explique avec un exemple pratique. Je joue le rôle de l’envoyeur, pourriez-vous jouer le rôle du récepteur ? »
Général « D, d’accord. »
Subordonné « Utilisons ‘’la clé du jour’’ d’aujourd’hui. »
Subordonné « D’abord, l’envoyeur choisit ‘’la clé du message’’ au hasard. Toutefois il choisit uniquement la fixation des rotors, le reste doit être la même chose que ‘’la clé du jour’’.
La clé du message devra être changée une centaine de fois par jour, si on change aussi de câblage du disque d’entrée, ce sera alors trop compliqué. »
Subordonné « ‘’La clé du message’’ de mon choix est Z-X-C. »
Subordonné « Ensuite, on tape cette ‘’clé du message’’ deux fois, on la crypte et on l’envoie.
Si on crypte ‘’ZXCZXC’’ avec la clé du jour, on obtiendra……’’YAAEYQ’’. »
Subordonné « Au final, je mets la fixation des rotors à Z-X-C et je tape mon message et c’est tout. »
Subordonné « Ensuite, j’explique le rôle du récepteur. D’abord, dès que vous recevez ce message de six caractères, vous devez mettre la machine à la clé du jour. »
Général « Hum. »
Subordonné « Et si vous tapez ‘’YAAEYQ’’…… »
Général « Oh, j’ai réussi à restituer ‘’ZXCZXC’’. »
Subordonné « La raison pour laquelle on tape deux fois ‘’la clé du message’’, c’est pour visualiser la faute de frappe du récepteur. »
Général « Je vois……même si le récepteur tapait par erreur ‘’ZXV’’ au lieu de ‘’ZXC’’, il ne s’en rendrait pas compte mais….. »
Général « Si ‘’ZXEZXV’’ s’affichait au lieu de ‘’ZXCZXC’’, il se rendrait compte de sa faute. Puisqu’il sait d’avance qu’il y aura trois mêmes caractères deux fois. »
Subordonné « Tout à fait, Général. »
Subordonné « Et maintenant comme on sait que ‘’la clé du message’’ est ‘’ZXCZXC’’, si vous mettez la fixation des rotors à Z-X-C, après vous pourrez restituer et décrypter le cryptogramme sans aucun problème. »

Subordonné « Si je résume, c’est comme suit ;

Le procédé de cryptage de l’envoyeur.
Premièrement, choisir "une clé du message" au hasard que le récepteur utilisera pour la fixation des rotors. 
Deuxièmement, mettre la fixation des rotors à la clé du jour, taper deux fois "la clé du message", crypter et envoyer celle-ci. 
Troisièmement, mettre la fixation des rotors à la clé du message et entrer le message principal.
Le procédé de décryptage du récepteur.
Premièrement, dès qu’il reçoit le message de six caractères, mettre la fixation des rotors à la clé du jour. 
Deuxièmement, décrypter ce message de six caractères et mettre la fixation des rotors à cette clé du message. 
Troisièmement, jusqu’à la réception du prochain cryptogramme de six caractères, décrypter les messages avec cette clé du message.
Général « Hum, j’ai globalement compris. Je ne savais pas qu’un moyen si simple pouvait rendre le cryptage beaucoup plus compliqué. Le monde du chiffre est immesurable. »
Subordonné « Une petite découverte ou une simple idée peut renforcer la sécurité mais peut aussi éventuellement l’affaiblir, c’est ce qui est intéressant dans le monde du chiffre.»

L'histoire d'ENIGMA ; le décryptage des codes nazis (3)

En Pologne…

Henrik « Pas mal de temps s’est écoulé depuis notre entrée au bureau du chiffre, mais nous n’avons rien trouvé. Marian est de bonne humeur aujourd’hui, a-t-il eu une quelque clé pour le décodage ? Marian ! As-tu trouvé quelque chose ? »
Marian « Non, rien du tout ! »
Henrik « D, d’accord…… »
Marian « Mais je pense qu’il vaut mieux trouver quelque astuce plutôt que de regarder uniquement le texte pendant des heures. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose d’important ici. »
Henrik « ……Je suis du même avis que toi. »

OQWNEA JVWOLA NQSJEW OUYNTM

 C’était un texte crypté composé de seulement six caractères, ce qui arrivait de temps à autre.
Rejewski et ses collègues avaient copiés tous ces messages de six caractères.
Ils avaient l’intuition que c’était la clé pour le décodage.

Henrik « Que signifient ces six caractères…… ? Le nom d’un avion ? »
Marian « J’avais aussi pensé la même chose mais c’est étrange qu’il y ait des noms d’avions alors qu’on n’est pas encore en guerre. »
Henrik « Alors, peut-être que ce ne sont pas des noms spécifiques. Est-ce possible qu’ils forment tous un même mot ? »
Marian « Je ne crois pas que l’armée allemande soit si idiote. Évidemment, ils savent bien que ‘’la répétition est l’ennemi du secret confidentiel’’. »
Henrik « Si on peut trouver une quelconque loi, ce sera plus simple. »
Marian « Loi…… »

OQWNEA JVWOLA NQSJEW OUYNTM

Marian « …… ! »
Marian « Eurêka ! »
Henrik « Quoi ? As-tu trouvé quelque chose ? »
Marian « Quand le premier caractère est O, le quatrième est N ! Cette loi est commune dans tous les cryptogrammes de six caractères ! Si le premier est O, le quatrième est toujours N ! »
Henrik « OQWNEAOUYNTM……C’est vrai ! »
Marian « Mais ce n’est pas tout. Quand le premier caractère est J, le quatrième est O. Si le premier est N, le quatrième est J ! »
Henrik « Il semble que chaque alphabet a une telle combinaison…… »
Marian « De plus, cette combinaison n’est pas seulement entre le premier et le quatrième caractère !
Regarde OQWNEA et NQSJEW ! Quand le deuxième est Q, le cinquième est E ! »
Henrik « Ça veut dire qu’il existe aussi une combinaison entre le deuxième et le cinquième caractère ?
Marian « Oui, il me semble. D’après cette règle, il doit exister également un rapport entre le troisième et le sixième aussi ! »

 D’abord Rejewski a découvert un rapport entre le premier et le quatrième caractère, le deuxième et le cinquième, le troisième et le sixième.
 C’était un point faible d’Enigma. Par conséquent, cette faille imperceptible était le premier pas pour vaincre le mythe de la machine de chiffrement invincible.

L'histoire d'ENIGMA ; le décryptage des codes nazis (2)



Le premier jour à Biuro Szyfrów…

Gwido Langer « Alors, commençons par la présentation de chacun. »
Marian « Je, je m’appelle Marian Rejewski. Enchanté. »
Henrik « Moi, je m’appelle Henrik Zygalski. Enchanté.»
Gwido « Etes-vous donc les mathématiciens qui viennent de l’Université Poznan, c’est bien ça ? Je suis le chef du bureau, Gwido Langer. Je suis commandant. Alors, je vous montre les codes secrets que vous allez affronter. Regardez. »
Marian « C’est…… »
Henrik « Qu’est-ce que c’est que cette machine ? »
Gwido « C’est la machine de cryptographie utilisée par l’armée allemande. Elle s’appelle ‘’Enigma’’. C’est un mot grec qui signifie littéralement ‘’énigme’’. Comme son nom l’indique, elle est invincible. Il n’y a aucune personne qui a réussi à la vaincre jusqu’à présent. »
Marian « Apparemment, elle ressemble à une machine à écrire…… »
Gwido « En effet. De plus, elle est si petite qu’on peut l’emporter avec soi. Toutefois, cette petite machine est capable de comprendre plus de dix billiards de combinaisons de chiffres. »
Marian « ……Je vois. C’est pour cela que vous avez préféré les mathématiciens. »
Gwido « J’imagine que vous, mathématiciens êtes habitué au nombre énorme. De la même manière, vous devez être beaucoup plus versés dans le traitement des chiffres que les linguistes. »
Henrik « C’est la raison pour laquelle vous cherchiez des mathématiciens….On pourrait considérer que vous avez pris une bonne décision. »
Gwido « ……Bon. Alors, je vous guide vers mon bureau. Celle-ci est une machine qui reçoit des messages cryptés…… »
Ainsi, leur lutte contre Enigma commença.  

Pendant ce temps, à l’armée allemande…

Un subordonné « Général, pourriez-vous m’écouter un petit moment ? »
Général « Je t’en prie. »
Subordonné « L’équipe du bureau de cryptage voudrait savoir sur la situation actuelle d’Enigma. Par exemple, sur le traitement de la ‘’clé’’…… »
Général « La situation actuelle d’Enigma…..En ce moment, nous changeons de ‘’clé’’ une fois par jour. Nous l’appelons ‘’la clé du jour’’. Et nous distribuons à tous les opérateurs ‘’la liste des clés du jour’’ chaque mois. Et ainsi, on peut mettre le récepteur à la clé du jour et décrypter les messages. La clé du jour d’aujourd’hui, c'est……celle-là.

La fixation des rotors ; H-Q-M
La disposition des rotors ; 3-1-2
Le câblage du disque d’entrée ; A-MC-PF-OJ-KN-QR-S. »

Subordonné « Je vois…… »
Général « Peut-être qu’ils craignent que ‘’la liste des clés du jour’’ soit volée par l’ennemi ? Si tu t’inquiètes de cela, il n’y a pas de souci. Les soldats sont tous sévèrement entraînés à détruire "la liste" au cas où ils subiraient une attaque de l’ennemi. »
Subordonné « Mais Général, il me semble que l’appréhension du bureau du chiffre est ailleurs. Ce moyen actuel a deux problèmes. Le premier, c’est qu’une faute de frappe risque de rendre le texte crypté entièrement illisible.
Par exemple, supposons que ‘’T’’ est le 1288ème caractère dans un texte crypté. Et pour le restituer et décrypter, il faudrait taper ‘’T’’ à la 1288ème frappe.
Mais, si on tape ‘’T’’ avant, on tape forcément un autre caractère à la 1288ème frappe. Ce qui signifie que le texte d’après sera incompréhensible. 
Pour rectifier ce problème, il faudrait tout recommencer depuis le début. Sur le champ de bataille où la vitesse de la communication est primordiale, cette perte de temps sera mortelle. 
Et le deuxième problème, c’est qu’il y a le risque d’être déchiffré. »
Général « ……Explique. »
Subordonné « En ce moment, Enigma envoie environ entre 50 000 et 70 000 caractères par jour…… Si on entre réellement dans la guerre, ce nombre montera à plus de 100 000 caractères. 
Cette masse de caractères pourrait permettre à l’ennemi de découvrir quelques règles dans un texte.
Bien entendu, Enigma est une machine de chiffrement très puissante……Mais il faudrait éviter de compter trop sur ses capacités. Sinon, on finira par répéter la faute du chiffre ADFGVX. »
Général « …..Tu as raison. »
Subordonné « ……Cependant, le département de cryptographie a trouvé une solution pour ces deux problèmes. »
Général « Est-ce vrai ? Raconte-moi. »
Subordonné « Oui, d’abord concernant ‘’la clé du jour’’…… »

dimanche 20 août 2017

L'histoire d'ENIGMA ; le décryptage des codes nazis (1)



En 1929, à la faculté des mathématiques de l’Université Poznan, en Pologne.

Un camarade « Salut, Marian. Tu vas bien ? »
Marian « Oui, je vais bien et toi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
Un camarade « En effet, Professeur Krygowski m’a dit qu’il voulait discuter avec toi. »
Marian « Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a à me dire ? »
Un camarade « Je n’en sais rien. »
Marian « Bon, d’accord. Merci en tout cas. Salut ! »


Marian « Bonjour, professeur. »
Professeur « Bonjour, Rejewski. Je suis content de te voir. Assieds-toi là. »
Marian « Au fait, professeur, vous avez peut-être quelque chose à me dire ? »
Professeur « Hum, oui. En fait, une chaire sur le décodage aura lieu à cette université. Et Rejewski, ne voudrais-tu pas y participer ?»
Marian « Une chaire……sur le décodage ? Mais pourquoi à cette université ? »
Professeur « Il y a une histoire compliquée…….Mais c’est en rapport avec la vie ou mort de la Pologne. »
Marian « La vie ou la mort de la Pologne ? Pourriez-vous m’expliquer ? »
Professeur « Comme tu le sais, la guerre précédente a été perdue par l’Allemagne. Poznan où nous sommes maintenant fait partie du territoire polonais suite à leur défaite.
L’une des causes principales de la défaite de l’Allemagne, c’est le fait que les informations confidentielles de leur armée étaient partagées entre les Alliés.
C’est-à-dire, les codes secrets de l’Allemagne étaient décryptés sans aucun problème par les excellents décrypteurs des Alliés, avant et après la guerre.
Cependant, à partir d’un jour de l’année 1926, petit à petit, des chiffres insolubles sont apparus.
Depuis lors, le nombre de tels cryptogrammes augmente de jour en jour, maintenant, nous n’arrivons plus à déchiffrer la plupart de leurs codes secrets……
Mais évidemment, les Alliés ont fait tout ce qu’Ils pouvaient. L’analyse des fréquences des caractères, attaque par force brute, la cryptanalyse linéaire, la cryptanalyse différentielle, on a tout essayé mais le résultat est vain.
En ce moment, l’Allemagne est très affaiblie. La guerre est finie et j’imagine que les gens sont tous soulagés. D’après ce dont j’ai entendu parler, les autres nations n’investissent plus suffisamment dans le décryptage.
Mais la situation est différente en Pologne. Nous venons de gagner notre indépendance, si bien que le pays n’est pas stable.
En l’occurrence, il est possible que notre pays voisin, l’Allemagne tente de reconquérir la Pologne. Effectivement, nous avons signé un pacte de non-agression….mais c’est l’Allemagne, il faut s’en méfier.
La Pologne doit toujours saisir les informations de l’Allemagne entre ses mains. Pour que nous puissions agir immédiatement au cas où ils nous attaqueraient par surprise. »
Marian « Je vois, professeur. »
Marian « C’est-à-dire, cette chaire est-elle pour recruter des personnes compétentes ? »
Professeur « En bref, c’est oui. Pourtant l’organisateur est le département de la cryptographie de l’armée et pas moi. Comme ils m’ont dit ‘’des gens doué pour la théorie mathématique’’, je leur recommande les étudiants excellents de la faculté des maths. »
Marian « Je comprends votre situation. Si je peux contribuer à la Pologne, j’y participerai avec plaisir ! »
Professeur « Merci. Je suis ravi d’entendre une bonne réponse de ta part. Bon courage, jeune homme. »


Le premier jour de la chaire…

Henrik Zygalski « Marian ! Salut ! »
Marian « Henrik ! Tu suis aussi ces cours ? »
Henrik « Oui, le professeur m’a demandé, ‘’Ça ne t’intéresse pas ? Zygalski ?’’. Toi aussi ? »
Marian « Oui, c’est tout à fait la même chose. En tous cas, Je suis content que tu sois là aussi. »
Henrik  « Moi aussi. Mais au fait, pourquoi ont-ils organisé cette chaire à la faculté des maths ? »
Marian « Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Henrik « En vrai, le décryptage, c’est le domaine des linguistes ou des hommes de lettres. Et nos études n’ont rien à voir avec ça…… »
Marian « Je ne comprends pas ce que les gros bonnets pensent. Peut-être qu’ils se sont dits que les mathématiques pourraient être utiles pour le décodage. »
Henrik « Peut-être. »
Marian « Mais il y a aussi une chose qui m’intrigue. Pourquoi donnent-ils des cours à cette université ? Il y a des facs plus fortes en maths qu’ici. »
Henrik « D’après le prof, c’est parce que beaucoup d’étudiants d’ici maîtrisent l’allemand. Vu qu’avant la guerre, cette région appartenait à l’Allemagne et la plupart des habitants parlent allemand. 
Marian « Je vois……Tu as raison. »

Le chargé de cours « Je vous remercie d’être venu à ce cours. Moi, je m’appelle…… »
Marian « Ah, le cours commence. »
Henrik « Reparlons-en plus tard. »

Personnel A du département de cryptographie « ……Ainsi, tous les cours se sont terminés.
Personnel B du département de cryptographie « Et ça s’est passé comment ? »
Personnel C du département de cryptographie « Parmi vingt participants, trois ont réussi à terminer cette chaire. Jerzy Rózycki, Henrik Zygalski, Marian Rejewski. »

 Trois ans plus tard, le bureau du chiffre du renseignement militaire polonais, Biuro Szyfrów a officiellement recruté ces trois jeunes hommes. 

''Fire Sign'' Motoo Fujiwara



J'ai dressé un drapeau pour jurer de vivre pour les autres.
Parmi les sourires que j'ai trouvés, il manque uniquement le mien.

Je recherchais toujours des sanglots que j'avais une fois entendus.
J'ai mis juste un peu de temps
Pour me rendre compte que c'étaient les miens.

Les étoiles tournent, le monde avance.
Dans mon cœur solitaire,
Même s'il est faible, même s'il est invisible,
Le feu de la vie s'agite.

Il a connu le vent, il a rencontré la pluie,
Mais il ne cesse de se brûler. 

Sur la terre mouillée de larmes de quelqu'un, qui croit qu'il n'y pas sa place ici,
Quelqu'un soutient un drapeau qui est sur le point de tomber.

Un chat sale traverse la rue. 
Où va-t-il ? Ou rentre-t-il ?
Il y a une personne qui décide de retirer le drapeau qu'elle soutenait toujours.

Voyageur, la lumière qui éclaire ton chemin est dans ton cœur.

Même s'il est faible, même s'il est invisible,
Le feu de la vie s'agite en toi. 
Comme un chant, comme un chuchotement, il se brûle en toi.

Voyageur, j'entends une voix dire ; Mon bien-aimé, dans ton cœur...

Tourne les étoiles, prends le monde.
Nos places existent toujours en nous.

Même s'il est faible, même s'il est invisible,
Le feu de la vie s'agite.
Il a connu le vent, il a rencontré la pluie,
Mais il ne cesse de se brûler en moi. 

Comme un chant, comme un chuchotement, il se brûle en toi.
Même s'il est faible, même s'il est invisible,
Trouve toi-même le feu de ta vie.


samedi 19 août 2017

''Bière'' Haruki Murakami

 Mademoiselle Courbette s’appelle en vrai Kyoko Toriyama mais chaque fois qu’elle reçoit des manuscrits d’un auteur, elle s’incline profondément et dit, « Je vous remercie infiniment. Je suis heureuse de recevoir votre manuscrit », les membres de la rédaction l’appellent tous Mademoiselle Courbette.
 C’est une belle femme de vingt-six ans, distinguée et célibataire. Elle a fait des études de lettres à l’Université Tokyo Gakugei, elle travaille dans cette entreprise depuis quatre ans. Elle a une forte poitrine et apprécie les jupes évasées. Ses habits permettent parfois d’entrevoir la rondeur de sa poitrine. Ainsi, les écrivains ne peuvent pas souvent refuser, si c'est Mademoiselle Courbette qui leur demande quelque chose. Elle est la préférée du rédacteur en chef.
« C'est quelqu’un de véritablement instruit et éduqué. Parmi les jeunes femmes diplômées de nos jours, combien respectent la politesse autant qu’elle ? Combien peuvent parler aussi élégamment qu’elle ? »

 Mais personnellement, je connais le secret de Mademoiselle Courbette. Une fois, je l’ai appelée à dix heures un dimanche matin. J’étais désolé de l’appeler tôt un jour de congé, mais il y avait une chose que je devais immédiatement confirmer au sujet d’un délai. C’est sa mère qui a décroché. Mademoiselle Courbette habite avec sa mère à Koganei. J’ai dit poliment à sa mère ;
« Je m’excuse de vous appeler un dimanche matin. C'est pour une affaire urgente, puis-je parler à Mademoiselle Kyoko ?
- Veuillez attendre une minute. Je l’appelle immédiatement. », a dit sa mère aussi poliment.
 Quelques instants plus tard, j’ai entendu la voix de Mademoiselle Courbette qui était étrangement aigue, contrairement à d'habitude. Si je devais la comparer à quelque chose, ce serait à la voix d’une otarie dont on aurait écorché le flanc et dont on aurait frotté la blessure avec du sel. En même temps, c’était évidemment sa voix. 
« Putttaaaaain ! Ça m’fait chier, c’est dimanche matin ! Je veux encore dormir, on est dimanche matin ! Merde ! Ah ? Le téléphone ? Puttaaain, t’façon, c’est Takao. Attends. Je vais pisser, ouais, pisser. Fais attendre ce gars, m'en bats les couilles. J’ai bu trop de bière hier, j’ai la vessie gonflée…….Ah ? C’est pas Takao ? Oh ! Putain ! Mon Dieu ! Il doit m’entendre parfaitement, oh merde ! »
 Bien sûr que j’ai raccroché tout de suite. J’ai eu la chance de ne pas lui avoir dit mon nom.

Encore aujourd'hui, Mademoiselle Courbette reçoit des manuscrits en s’inclinant courtoisement. Quelqu’un m’a dit qu’elle avait des ancêtres nobles. J’ai feint de ne pas l’avoir entendu et je me suis tu.

Le mystère de Norwegian Wood




''Norwegian Wood'' est une chanson des Beatles. C'est le deuxième morceau de l'album Rubber Soul, il suit Drive My Car.
Drive My Car est une chanson divertissante et énergique de Paul, tandis que Norwegian Wood est une œuvre de John Lennon et celle-ci est plus tranquille et plus proche d’une ballade.
 Au Japon, cette chanson est connue sous le titre de ‘’Norway no mori’’, qui signifie littéralement ‘’La forêt de Norvège’’.
À cette époque-là, au Japon, la traduction des titres des chansons étrangères n’était pas très fidèle, ou cela importait peu.
Par exemple, le titre japonais de ‘’Help !’’ est ‘’Les quatre sont des stars !’’, ‘’A hard day’s night’’ est traduit par ‘’Les Beatles arrivent ! Yeah ! Yeah ! Yeah !’’)
 Bien entendu, ‘’Norwegian Wood’’ ne signifie pas ‘’La forêt de Norvège’’. Mon dictionnaire Oxford définit ‘’wood’’
comme suit ;

• The hard material that the trunk and branches of a tree made of ; this material when it is used to build or make things
with, or as a fuel.
• Woods(pl.) an area of trees, smaller than a forest.

 Ma connaissance de l’anglais est restreinte, mais vu cette définition, ‘’wood’’ semble signifier ‘’une zone d’arbres plus petite qu’une forêt’’ uniquement quand il est au pluriel. Et le titre de la chanson est ‘’Norwegian wood’’ et non ‘’Norwegian woods’’. Alors il est fort probable que ce titre ne signifie pas ‘’La forêt de Norvège’’ mais plutôt ‘’Le bois de Norvège (comme matériel)’’.
 En même temps, il est aussi évident que ‘’La forêt de Norvège’’ a un effet plus poétique que ‘’Le bois de Norvège’’. Je pense personnellement que c’est la raison pour laquelle ce titre, qui est en quelque sorte ‘’faux’’, plaît plus aux Japonais.
 En outre, le best-seller d’Haruki Murakami, La ballade de l’impossible s’intitule à la base ‘’Norway no mori’’(La forêt de Norvège). J’imagine que cet écrivain japonais était aussi attiré par le charme de ce titre dû à une simple méprise, et que les paroles de cette chanson s’accordent avec ce roman sur quelques points.

 Cependant, ce sont ces paroles qui m’intriguent toujour :

I once had a girl, or should I say, she once had me.

She showed me her room, isn't it good, norwegian wood?

She asked me to stay and she told me to sit anywhere,

So I looked around and I noticed there wasn't a chair.

I sat on a rug, biding my time, drinking her wine

We talked until two and then she said, "It's time for bed"

She told me she worked in the morning and started to laugh.

I told her I didn't and crawled off to sleep in the bath

And when I awoke, I was alone, this bird had flown

So I lit a fire, isn't it good, norwegian wood?

 Donc, dans cette chanson, une fille avec qui le narrateur a une certaine relation l’invite dans sa maison. Et elle lui demande s’il ne trouve pas ce bois de Norvège sympa. (Isn’t it good ? Norwegian wood.) Mais on ne sait toujours pas ce qui est en bois de Norvège. Des meubles ? Les murs ? Le plancher ? Ici, le mot ‘’Norwegiean wood’’ a une sonorité à la fois
mystérieuse et ambiguë, comme un fantôme.
 Et le fait qu’il n’y avait pas de chaise (She asked me to stay and she told me to sit anywhere, so I looked around and I noticed there wasn't a chair.) me semble également étrange puisqu’en Europe, l’acte de s’asseoir sur une chaise fait absolument partie de la vie quotidienne. Ou peut-être que cette fille était très inspirée par la culture indienne comme les
membres des Beatles l’étaient à cette époque (‘’Norwegian wood’’ est la première chanson dans laquelle les Beatles ont utilisé un sitar.) et que c’est pour cela qu’elle n’avait pas de chaise.
 Je me demande pourquoi le narrateur devait dormir dans la salle de bain. (I told her I didn't and crawled off to sleep in the bath.) Probablement que la fille ne voulait pas partager son lit avec lui et qu’il avait déjà raté le dernier train vu qu’ils ont bavardé jusqu’à deux heures du matin. Mais il aurait pu dormir sur le sol. Quelles circonstances l’ont obligé à dormir dans la salle de bain ?
Les deux dernières lignes sont les plus intrigantes de la chanson :

And when I awoke, I was alone, this bird had flown

So I lit a fire, isn't it good, norwegian wood?

Si on les interprète de manière générale, le narrateur a sans doute allumé une cigarette. (So I lit a fire) et il a sans doute trouvé le bois de Norvège charmant. Mais le mot ‘’cigarette’’ n'apparaît nulle part et juste après, il demande ‘’N’est-ce pas bon ? Le bois de Norvège.’’ Si bien qu’on pourrait les interpréter aussi comme cela : il a mis le feu à cette chambre et en regardant le bois de Norvège s’enflammer, il s’est dit que c’était formidable.
Le fait qu’il soit obligé de dormir dans la salle de bain et le vers ‘’This bird has flown’’ insinuent la fin de leur relation.
Est-ce une chanson dans laquelle un garçon incendie la chambre de sa petite amie par haine ?

 L’atmosphère mystérieuse de ce poème accompagné de la mélodie du sitar a toujours attiré les gens depuis la parution de l'album. La vérité du mystère de Norwegian Wood ne sera sans doute jamais connue à moins que l’on demande directement à l’auteur. Mais compte tenu du style non-sens de John Lennon, je me dis que c’est possible que même lui ne connaisse pas le véritable sens de cette chanson.