mercredi 18 avril 2018

La fête continue





 J’ai marché jusqu’à l’arrêt de tram comme d’habitude. Le panneau électrique affichait que cet arrêt n’était pas desservi exceptionnellement. Tant pis, ai-je soupiré et j’ai marché jusqu’à l’arrêt Droits de l’homme, mais c’était pareil. J’ai vu un tram sans passager passer sans s’arrêter. J’ai donc décidé de prendre le bus, et j’ai marché jusqu’à l’arrêt à côté du Conseil de l’Europe. Cette fois, le panneau électrique affichait que le bus arriverait dans quatre minutes. J’avais un partiel de cohérence textuelle aujourd’hui. J’allais arriver avec un peu de retard.

 Le bus est arrivé quelques minutes plus tard. Je n’avais pris le bus depuis longtemps. Depuis quelque temps, je préférais le tram au bus, car le tram est plus tranquille, quoiqu'un peu lent, et on peut lire.
 Le bus était bondé. Je suis descendu à l’arrêt Cité administrative. Je croyais que le Portique serait bloqué parce qu’hier une AG a voté le blocage de tous les bâtiments, mais en fait, il était ouvert. Je suis monté jusqu’au quatrième étage et je suis entré dans la salle de cours. Les gens étaient déjà en train de composer.

 Plus de bâtiments qu’hier étaient bloqués par les grévistes. Le Patio reste fermé. Le Palais universitaire, un édifice historique de Strasbourg, l’institut de Psychologie et l’Institut Le Bel ont été bloqués de nouveau par des barricades. J’ai entendu dire que les manifestants se réunissaient devant le Palais universitaire pour empêcher les gens d’y entrer. Des affiches caricaturales du Président de l’université étaient accrochées partout dans le campus, ce qui n’était pas le cas hier.

 De retour chez moi, je me suis demandé si j’allais réviser. SI je révisais, j’aurais peut-être de meilleures notes (thèse). Mais je n’avais pas particulièrement envie de réviser. Les yeux me démangeaient à cause de mon allergie. De plus, le partiel de demain aura lieu à l’Institut Le Bel qui est bloqué actuellement. Il se peut donc qu’il soit annulé demain (antithèse). Un proverbe japonais dit : "Caressez un chat avant de réfléchir''. J'ai décidé d'aller voir les chats de ma résidence.

 Alors que je caressais le petit chat, une asiatique qui attendait le retour de la gardienne à l’accueil m’a demandé si j’étais japonais. Je lui ai dit oui, et je lui ai demandé comment elle le savait. « Parce que je sais », fut sa réponse. Elle m’a dit qu’elle était coréenne. À vrai dire, je peux aussi distinguer entre les Asiatiques dans quatre-vingts pour cent des cas, mais elle pouvait être aussi bien Coréenne que Japonaise. Elle m’a dit qu’elle voulait utiliser la salle de musique, en me montrant une partition dans sa main. Elle m'a dit que c'était un morceau d’un compositeur japonais, mais ma culture musicale est assez restreinte et je ne le connaissais pas. « Peut-être la gardienne est allée voir Macron au parlement européen », a-t-elle plaisanté. (Je pense que c’était une plaisanterie). À ce moment-là, j’ai compris pourquoi les arrêts de tram n’étaient pas desservis. C’était pour la sécurité du Président ! Mais c’était trop tard.

 En fait, cette Coréenne parlait couramment le japonais. J’ai rencontré beaucoup de Coréens qui maîtrisent très bien cette langue. J’ai entendu dire qu’ils doivent choisir le chinois ou le japonais au lycée, et comme le coréen et le japonais sont proche grammaticalement et phonétiquement, ils apprennent vite et n’ont pas beaucoup d’accents.

 Je pense qu’il est dommage que le gouvernement japonais néglige l’apprentissage des langues étrangères, lorsque les bilingues ou trilingues ne sont pas rares en Europe. On a juste des cours d’anglais qui ne servent à rien, on lit des poèmes chinois classiques qui n’ont pratiquement rien à voir avec le chinois moderne. L’apprentissage des langues étrangères est une clé pour accéder à un nouveau monde, ce qui permet également de s'observer plus objectivement. Je pense que ma culture aurait été beaucoup plus limitée qu’elle ne l’est aujourd’hui, si je n’avais pas appris le français et l’anglais.

 Au fait, le proverbe ''Caressez un chat avant de réfléchir'' n'existe pas. C'est mon invention. 


mardi 17 avril 2018

La fête a recommencé


 J’avais cours à 14 heures aujourd’hui. Je me suis donc levé à 11 heures. Comme j’allais préparer du café, j’ai vu un poste dans le groupe de lettres modernes sur Facebook. Il disait que le partiel de morphologie prévu le lendemain allait avoir lieu aujourd’hui, à midi à la faculté de pharmacie à cause du blocage du Patio. Dans leurs commentaires, mes camarades se plaignaient de ce changement brusque. Certains pleurnichaient qu’ils ne pourraient pas venir. L’administration disait qu’elle avait envoyé un mail à ce sujet dernier vendredi, mais personne ne l’avait reçu. Alors que l’administration nous envoie très souvent des mails que l'on s'en moque, elle n’arrive pas à envoyer un seul mail important. Je soupçonne même que les gens de l'administration s'amusent à regarder les étudiants paniquer.

 J’ai paniqué. Il était déjà 11 heures. D’ailleurs, la faculté de pharmacie est loin ; elle se trouve au bout de la ligne E du tram. J’ai tout de suite mis une trousse et des cahiers dans mon sac à dos. Je suis parti sans même me brosser les dents.

 À l’arrêt Gallia, un idiot est monté dans le tram. Peut-être qu’il attendait un ami, il a bloqué la porte en y insérant sa jambe. « Qu’est-ce qu’il fait ce connard ! », ai-je pensé. Au bout d’un instant, le chauffeur, une femme blonde qui avait l’air énervée a ouvert la porte de sa cabine et lui a crié : « Si la porte est foutue, ça n’ira pas ! », puis elle a refermé la porte de sa cabine. 

 Je n’étais jamais allé au-delà de l’arrêt Esplanade. Il semblait que nous traversions des quartiers résidentiels. Des maisons semblables les unes aux autres défilaient comme dans un vieux film. Une grande fille assise devant moi mangeait un sandwich. Après l’avoir englouti, elle en a sorti un autre de son sac, et s’est mise à le manger.

 Au bout d'un long moment, je suis arrivé à Campus d’Illkirch. Je suis descendu du tram, mais c’était la première fois que j’étais là. Je n’avais aucune idée de l’endroit où se trouve la faculté de pharmacie. Il y avait plusieurs bâtiments qui ressemblaient à des appartements aux alentours. J’ai regardé autour de moi et j’ai demandé à une fille qui avait l'air d'une étudiante où se trouvait la faculté de pharmacie. Elle a indiqué un bâtiment gris en béton devant moi.

 Mais ensuite je ne savais pas où se trouvait l’amphi Métais. J’ai marché au hasard, et j’ai demandé à un homme d’un certain âge s’il savait où il était. Il m’a dit que c’était dans le bâtiment A et que j’étais dans le bâtiment B, donc à l’opposé.

 Je suis allé au bâtiment A. Mais je n’arrivais toujours pas à trouver l’amphi métais. Je suis entré dans un couloir. J’e suis allé jusqu’au bout. J’ai regardé dans une pièce. Un autre homme d’un certain âge rangeait des dossiers.
 J’ai rebroussé chemin et j’ai demandé à la première personne qui est entrée dans mon champs de vision où était cet amphi. C'était une fille à lunettes avec des livres dans ses bras. Elle m’a dit de prendre un escalier en colimaçon. Je l’ai pris et je suis entré dans l’amphi que je cherchais.
 Il y avait déjà beaucoup de monde dans l’amphi et j’étais le dernier arrivant.

 J’ai entendu dire qu’à partir de demain, les manifestants vont bloquer tous les bâtiments de mon campus. Mes partiels auront-ils lieu et aurai-je mon année ? À suivre…

lundi 16 avril 2018

La fête va-t-elle recommencer ?




 Il y a quelques jours, j’ai écrit un journal intitulé « La fête est finie ». Mais j’ai reçu un mail de l’université qui disait qu’une autre assemblée générale bloquerait de nouveau le Patio et le Nouveau Patio à partir de lundi. La fête va-t-elle donc recommencer ?

 Je ne m’inquiète pas pour mes examens, car je n’ai aucun cours au nouveau Patio. J’ai plusieurs cours au Patio, mais je pense que l’administration (kafkaïenne) proposera d’autres salles. Au pire, nous pourrons passer l’épreuve après les vacances d’avril.

 Je n’ai personnellement pas d’avis particulier sur la réforme universitaire que propose le Président. Je ne suis pas bachelier. J’ai l’équivalent de bac, mais pas de bac français. En revanche, je suis concerné par la suppression de la compensation des unités. J’ai déjà écrit quelque par : j’ai toujours de mauvaises notes en littérature française. Si je pouvais valider cette UE, c'est parce que j’avais au contraire de bonnes notes en littérature générale et comparée. Si le système de compensation était supprimé, je serais peut-être obligé de redoubler pour une seule matière pendant quatre-vingts ans, et ça n’a pas l’air drôle.

 La semaine dernière, le Président de l’université que je ne connais pas trop (je pense qu’il ne me connait pas non plus) a envoyé un mail à tous les étudiants, dans lequel il proposait de discuter avec les représentants des manifestants pour trouver une solution. Personnellement, je pense que le blocage des bâtiments est un moyen enfantin quand le président propose de discuter. S'ils veulent continuer, il vaudrait mieux donner des lego aux garçons grévistes et des poupées aux filles. Ils se passionneront pour ces jouets, et oublieront tout de suite le blocage.

dimanche 15 avril 2018

La bataille de Dunkerque



 En 1939, le Royaume-Uni et la France ont déclaré la guerre à l'Allemagne à la suite de l'invasion de la Pologne. Le Benelux (la Belgique, les Pays-bas, le Luxembourg) est bientôt capitule. L’Europe de l’Ouest tombait dans le chaos.

 En mai 1940, l’armée allemande est montée à l’assaut dans le nord de la France avec ses Panzerdivisionen (divisions blindées) équipées de chars et de canons. En ouvrant la blitzkrieg, elle a réussi à acculer environ 400,000 soldats anglais et français dans la ville maritime Dunkerque. Le nombre des soldats allemands était de 800,000, double fois plus que les soldats alliés. Face à cette situation, le premier ministre britannique de l’époque, Winston Churchill ordonna la retraite de ses troupes. Ce plan d’évacuation a été nommé ‘’l’opération Dynamo’’.

 Pour sauver les soldats pris au piège, 900 navires y compris des cuirassés et des bateaux civils ont été réquisitionnés. Malgré le risque, de nombreux volontaires arrivèrent à Dunkerque en renfort.

 Plus tard, le plus redoutable adversaire potentiel de l’Allemagne était l’URSS dont l’invasion se soldera par la défaite de Stalingrad. L'Allemagne souhaitait ménager ses troupes, et il arriva à Hitler de ralentir ses attaques contre les Alliés. L’Allemagne ne pensait sans doute pas que les Alliés mèneraient à bien une évacuation de cette envergure. De surcroît, les conditions climatiques et la brume étaient également du côté des Alliés. Finalement, 330,000 des 400,000 soldats ont été sauvés. C’est la raison pour laquelle cette bataille est aussi appelée ‘’le miracle de Dunkerque’’.

 Mais il faudrait souligner que c’est le point de vue de l’Angleterre. Dans le film, il y avait une scène où un général, en regardant avec des jumelles le Royaume-Uni qui se trouve en face de Calais, murmure : « Bien que notre patrie soit si proche… », mais les Français étaient déjà dans leur patrie, cernés par l’armée allemande. Ils ne pouvaient que demander aux Anglais de les prendre à bord. Dans une autre scène, un soldat britannique crie en français sur le pont : « Anglais seulement ! ». Certains ont réussi à s’échapper avec les Anglais, mais d’autres ont dû sacrifier leur vie afin d’aider à l’évacuation. Finalement, la plupart des soldats français ont été faits prisonniers.

 Si on regarde uniquement le résultat, la bataille de Dunkerque était une victoire complète de l’armée allemande. Mais cette évacuation a permis à l’Angleterre de sauvegarder des forces, sans lesquelles le débarquement de Normandie, qui a eu lieu plus tard en 1944, aurait été encore plus difficile.

samedi 14 avril 2018

Dunkerque


 Je n’ai pas tenu mon journal hier car j’étais très malade. Je n’allais pas bien depuis quelques jours. J’avais le nez qui coulait, je ne pouvais m’empêcher de tousser et j’avais une étrange sensation dans la gorge comme si un cafard y était accroché. C’est normal que j’aie le nez qui coule en ce moment parce que je suis allergique aux bouleaux blancs. (Il y a quelques jours, je me suis rendu compte qu’il y a un bouleau blanc juste devant la fenêtre de ma chambre ! Les branches blanches qui s’allongent comme des tentacules, au bout desquelles se pendent des chatons qui ressemblaient à des lombrics morts. Le tronc fissuré comme le talon d’une vieille dame ! Quel arbre abominable !). Au début, je confondais ces symptômes avec ceux de mon allergie. Mais normalement, les pollens ne me font pas tousser. Hier, j’avais un peu de mal à respirer. J’ai toussé toute la nuit et je n’ai pas dormi. C’est alors que j’ai réalisé que j’avais un rhume.

 Malgré cela, je n’avais pas de fièvre. Je suis donc allé à la séance de révision de linguistique diachronique aujourd’hui. Mais c’était peut-être une mauvaise idée car de retour chez moi, je me suis senti de plus en plus mal. Mon cerveau était chaud comme le moteur d’une locomotive, et ma capacité cognitive avait atteint le niveau de celle d’une grand-mère de 90 ans qui ne se souvient plus du visage de son fils. J’ai pris ma température et j’ai découvert que j’avais une légère fièvre.

 On fait souvent des bêtises quand on a de la fièvre. J’ai essayé d’ouvrir la porte de ma chambre. J’ai enfoncé la clef. Je l’ai tournée, puis j’ai poussé la porte, mais elle ne s’est pas ouverte. J’ai retiré la clef. Je l’ai regardée un certain moment. Je l’ai enfoncée de nouveau. Je l’ai tournée dans le sens inverse et j’ai essayé d’ouvrir la porte. Elle ne s’est pas ouverte. J’ai retiré la clef. Je l’ai regardée de nouveau. Elle était comme d’habitude. C’est une clef ordinaire que l’on trouve partout. Je l’ai enfoncée et je l’ai tournée. J’ai poussé la porte. Elle était figée. « C’est parce que je n’ai pas dit le mot de passe ? Mais c’est quoi le mot de passe de la porte de ma chambre ? », me suis-je demandé. J’ai tiré la porte. Elle s’est ouverte.

 Je devais réviser, mais je n’arrivais pas à me concentrer dans cet état. J’ai enfin regardé ‘’Dunkerque’’ de Christopher Nolan. C’est un beau film. Bien que le sujet soit exclusivement réaliste (le film est basé sur la bataille de Dunkerque qui a réellement eu lieu durant la Seconde guerre mondiale), chaque seconde de photographie était belle comme une peinture à l’huile soignée. J’aime particulièrement la scène de la dernière partie du film, où un Spitfire, en baissant ses moteurs, descend doucement sur la plage de Dunkerque.

jeudi 12 avril 2018

La fête est finie


 Je suis allé à l’université cet après-midi. Beaucoup de monde profitait du soleil sur la pelouse. Je suis passé à côté de la Platane, et j’ai remarqué que la barricade devant le Patio avait été enlevée. Les manifestants avaient l’intention de bloquer aussi l’Institut Le Bel, mais ils n’y ont pas réussi. Finalement le Portique a aussi été dégagé.

 Hier, à cause du blocage du Portique, un de mes partiels a été annulé. Dehors, ma professeure expliquait que l’on ne pouvait pas passer l’épreuve dans ces conditions. Elle avait l’air navrée. J’étais content in petto mais j’ai aussi essayé de prendre une expression triste comme si j’assistais aux funérailles de quelqu’un, funérailles du partiel, peut-être. Les bureaux des enseignants de lettres se trouvent dans le Portique. Je pense que la plupart des professeurs sont rentrés chez eux ; ils ont peut-être regardé une série en mangeant des chips sur le canapé.

 J’ai vu le blocage de l’université pour la première fois de ma vie. C’est peut-être ‘’politiquement’’ incorrect, mais c’était un peu comme si j’étais au spectacle. Je pense que je ne suis pas le seul à avoir réagi ainsi. Quand j’étais enfant, j’étais secrètement content quand un typhon passait dans ma ville et que l’orage hurlait à l’extérieur. Ce que j’ai ressenti devant la barricade du Patio n’est pas loin de cette sensation de mon enfance.

 De plus, aujourd’hui, il n’y avait que cinq étudiants, moi y compris pour la séance de révision de linguistique diachronique. C’était étrange d’être en cours avec si peu de personnes dans un grand amphithéâtre. Le professeur n’avait donc pas besoin de parler fort. Il nous a expliqué l’évolution phonétique de l’ancien français d’une voix basse, comme s’il nous racontait un conte de fée. Mais maintenant la fête est finie. À partir de demain, nous reprendrons notre insipide vie quotidienne.

 Après le cours, je suis allé à la BNU et j’ai emprunté deux livres. « Si une nuit d’hiver un voyageur » d’Italo Calvino et « Les Pingouins n’ont jamais froid » d’Andreï Kourkov. Ce dernier est la suite du « Pingouin » que j’ai lu il y a longtemps. Selon le résumé, le héros, écrivain mineur, va partir en quête de son pingouin perdu.

 Au moment où j’ai tourné la couverture, je suis tombé sur le ticket d’emprunt de ‘’REPUSSARD Catherine’’ datant du 5 novembre 2010. La date de retour est le 8 décembre 2010, un mois et trois jours après la date de l’emprunt. Normalement on ne peut garder les livres de la BNU qu'un mois. On voit donc qu'elle a prolongé le prêt de ce livre. Conclusion : Catherine a très probablement lu ce livre jusqu’à la fin. En pensant à REPUSSARD Catherine qui a emprunté ce roman il y a déjà huit ans, j’ai ajouté ce ticket d’emprunt à ma collection.

L'histoire secrète de Hayao Miyazazki avant la fondation du studio Ghibli (fin)



 Plus tard, Hayao Miyazaki se souvient de cette période difficile en ces termes : « Je me disais toujours ‘’Qu’on me laisse réaliser un film ! Je veux vraiment en faire un !’', mais personne ne me le demandait, de plus tous les projets que je proposais étaient refusés. Ça a toujours été comme ça pendant trois ans. Je le vivais vraiment mal ».

 Isao Takahata était le meilleur ami de Hayao Miyazaki, avec qui il a créé de nombreuses animations. Pendant la création de « Nausicaä », Miyazaki a eu l’idée de demander à Takahata d’en être le producteur. Toshio Suzuki a rendu visite à Takahata pour lui parler de ce projet.

 Toutefois, Takahata a refusé sous prétexte qu’il n’était pas fait pour être producteur. Suzuki a répété son offre à plusieurs reprises pendant un mois, mais Takahata n’a jamais dit oui. Finalement, il s'est résigné. Il a dit à Miyazaki : « On n’aura qu’à demander à quelqu’un d’autre ».

 Miyazaki restait silencieux. Au bout d’un moment, il lui a dit : « Suzuki, allons prendre un verre ». À peine entrés dans un bar, Miyazaki s’est mis à boire du saké, une coupe après l'autre, à la grande surprise de Suzuki. Il ne l’avait jamais vu dans cet état.
En fin de compte, complètement ivre, Miyazaki s’est mis à pleurer. « J’ai sacrifié toute ma jeunesse à Isao Takahata. Mais lui, il ne fait rien pour moi……! ».Sans voix, Suzuki ne pouvait qu’écouter.

 Le soir même, dès qu’ils sont sortis du bar, Suzuki est allé directement chez Takahata. Il lui a demandé de nouveau : « Monsieur Takahata, acceptez d’être producteur, s’il vous plaît ». Comme Takahata allait refuser comme toujours en disant : « Mais moi, je ne suis pas fait pour être….. », Suzuki a perdu son sang froid.
« C’est Miyazaki qui vous le demande ! N’est-ce pas votre ami ? Vous ne faites rien pour lui quand il a besoin d’aide ?! »
 Intimidé par la violence de Suzuki, Takaha a enfin dit : «……D’accord. J’accepte ». Ainsi, la réalisation de « Nausicaa » a commencé en avril 1983. Plus tard, Suzuki dit dans une interview : « C’est la seule fois de ma vie où j’ai élevé la voix en m'adressant à Monsieur Takahata. J’imagine qu’il n’était pas habitué à ce qu’on lui fasse des reproches. En tout cas, il a accepté d’être producteur de ''Nausicaä'' à cause de cet incident. »


 Toutefois, il restait encore un tas de problèmes.
 Le dérèglement des dessins, par exemple. L’animation est le fruit d’un travail collectif, si bien qu’il est indispensable d’unifier le style des dessins. Normalement, ce travail ne prend pas beaucoup de temps quand on travaille avec des collègues que l’on connait bien. D’ailleurs, logiquement parlant, s’il y a moins de monde, il est encore plus facile d’unifier le style des dessins.

 L'équipe de la production était composée des animateurs de ‘’Topcraft’’, de ‘’OH ! Production’’ et d’animateurs libres. Sur le générique, les intervallistes sont au nombre de 19, mais on dit qu’il y en avait plus de 30 en réalité. D’ailleurs, la plupart d’entre eux travaillaient pour la première fois avec Miyazaki. Ils n’étaient pas habitués à la mise en page et au système de vérification des dessins de ce cinéaste. Par conséquent, la réalisation du film a pris un retard considérable. Miyazaki a essayé de régler ce problème en travaillant du matin jusque tard dans la nuit. C’est la raison pour laquelle les dessins des personnages sont moins stables dans « Nausicaä » que dans ses œuvres postérieures. De plus, les dessins représentant des foules sont immobiles, ce qui est impensable dans ses autres films.

 À ce moment-là, un jeune homme est venu d’Osaka pour un entretien d’embauche avec Topcraft. C’était Hideaki Anno, celui qui deviendra le réalisateur de « Neon Genesis Evangelion » plus tard. Miyazaki avait besoin d’animateurs talentueux, de plus, à ce moment-là, il n’y avait personne pour dessiner les dieux-guerriers géants parce que c’était trop difficile. Le jeune Anno a tout de suite été embauché.

 Anno était très fort pour dessiner les machines et les explosions. Cependant, il avait du mal à dessiner les personnages. Au début, Miyazaki les lui confiait mais à un moment donné, il a perdu patience car Anno n’y parvenait pas. « Ça suffit ! Je m'occupe de tout le reste ! », a crié le cinéaste. Finalement, Anno s’est occupé des dessins des machines, des explosions, des dieux-guerriers géants, et Miyazaki a dessiné les personnages.

 Lorsque la production de « Nausicaä » approchait de la fin, un autre problème a surgi. La bande dessinée de « Nausicaä » était inachevée, de sorte que Miyazaki lui-même ne savait pas comment elle se terminait.

 À cause d’un emploi du temps trop chargé, la production du film avait commencé sans que la fin ait été décidée.
 Miyazaki avait provisoirement dessiné un storyboard dans lequel Nausicaa se tenait devant les Omus qui se jetaient sur elle, en y ajoutant le mot "Fin". Toshio Suzuki et Isao Takahata n’étaient pas trop enthousiastes. Ils ont imaginé deux ou trois fins possibles. Selon le plan A, les Omus se jetaient sur Nausicaä et elle mourait. Selon le plan B, les Omus se jetaient sur Nausicaä, mais elle ressuscitait.
« Suzuki, lequel préférez-vous ?
- Je préfère qu’elle ressuscite.
- Alors on va proposer le plan B à Miyazaki »

 Ils le lui ont proposé. Contrairement à ce à quoi ils s’attendaient, Miyazaki l’a accepté tout de suite. Suzuki s’est demandé in petto : « Est-ce bon de décider la fin si facilement ? Alors que c’est important… ». En tous cas, c’est ainsi que la fin de « Nausicaä », ce que Miyazaki regrettera plus tard, a été décidée.

 La production était toujours en retard. Miyazaki perdait patience. En décembre, tous les membres ont travaillé sans aucun congé. Ils ont travaillé même le 31 décembre. Ils n’ont eu congé que le premier janvier. Miyazaki lui-même a fait de nombreux dessins et des plans de mise en page tous les jours, de 9 heures jusqu’à 3 heures du matin.

 Miyazaki avait aussi ses limites. « On n'aura pas fini pour la sortie du film ! », a-t-il pensé. Il a demandé à Suzuki et à Takahata de trouver une solution. Le respect des délais était la responsabilité du producteur. Miyazaki espérait de tout cœur que Takahata lui proposerait une solution. Mais son attente a été déçue. Takahata a conclu, à la surprise générale : « On n’y peut rien ».
 Miyazaki, Suzuki, les animateurs, tout le monde a été étonné de ce propos. En fait, Takahata était ainsi. Plus tard, quand il a réalisé « Le Tombeau des lucioles » , il a donné la priorité à la qualité de l’œuvre, et la sortie du film a été remise. C’était donc ce qu’il voulait dire par « Je ne suis pas fait pour être producteur ».

 Mais, à l’opposé, Miyazaki essayait, dans la mesure du possible, de respecter les délais.
 Il a continué à travailler sans dormir. Il a supprimé des scènes compliquées à dessiner y compris « la bataille des dieux-guerriers géants et des Omus » qui figurait sur son storyboard.

 La production des dessins s’est enfin terminée vers la mi-février. Cependant, il fallait ensuite les colorer. Non seulement les coloristes, mais aussi les intervallistes et les animateurs ont participé à la colorisation en travaillant 24 heures par jour. La femme qui s’occupait de la finition n’a pas pu rentrer chez elle pendant trois jours. Elle s’est concentrée sur son travail sans même se changer.

 Finalement, même l’épouse de Takahata et des rédacteurs du magazine ‘’Animage’’ ont été appelés en renfort. Normalement, il faut au moins trois mois pour la sonorisation, mais ils ont dû la finir en une semaine. Grâce à ces efforts incroyables, le film a été achevé et il est sorti à la date prévue, le 11 mars 1984.

 « Nausicaä de la vallée du vent » qui a été créé ainsi a eu énormément de succès. Mais Miyazaki ne semblait pas satisfait du résultat. Il a donné à ce film ‘’65 (sur 100)’’. Il dit : « J’ai ignoré toutes les étapes ordinaires de la réalisation d’un film, mais je n’ai pas pu saisir le thème. Même si on m’avait accordé six mois supplémentaires, je n’aurais pas atteint 68/100. »

 À la suite du succès de « Nausicaa », la maison d’édition Tokuma-Shoten a décidé d’investir dans l’animation. L’année suivante, le 15 juin 1985, le jour où la réalisation du « Château dans le ciel » a commencé, Topcraft a mis fin à ses seize ans d’histoire pour devenir « Le Studio Ghibli », sous la direction de Hayao Miyazaki et d’Isao Takahata.