mercredi 18 janvier 2017

Les arbres de Montmartre


Mon téléphone portable est à l'agonie.
Il a eu un problème au port de rechargement.
Comme une vieille dame démente qui ne reconnaît pas son fils, mon iphone 5c n'a pas reconnu son chargeur.
C’était triste.
Si bien que la batterie s'est épuisé peu à peu, elle s'est finalement complètement vidée.
L'écran s'est éteint comme s'il disait au revoir à tout le monde.
Depuis lors, il n'émet aucun bruit, il ne bouge plus.
Est-il mort?
On pourrait, en effet, le considérer mort mais je dirais plutôt qu'il est en état de léthargie.
Parce que si on répare son chargeur, il ressuscitera comme Jésus Christ.
Je n'ai donc pas fait ses funérailles.
Je le laisse tranquille.
Peut-être est-il trop fatigué.

Ça fait plus de trois ans que je l'utilise.
Je me souviens clairement que je l'ai acheté dans une boutique Orange qui se trouvait dans le quartier de l'Opéra à Paris.
Cette boutique doit exister encore au même endroit.
Je me souviens aussi d'un employé qui m'a accueilli.
C'était un homme petit avec la peau brunâtre.
Il était sans doute d'origine arabe.
Il était sympathique mais étourdi, car quelques jours plus tard, il m'a demandé de revenir au magasin pour signer un contrat qu'il avait complètement oublié.

Paris est en effet une ville mixte.
Certains y vivent en tant qu'étudiants.
Certains y travaillent en tant qu'immigrés.
Certains l'ont visité juste pour faire du tourisme.
Il y a même ceux qui ont fui la guerre.
La ville magnifique de Paris me plaisait, mais en même temps, elle me rendait petit à petit instable.
Je ne me sentais pas en sécurité à Paris.
Autrement dit, je n'étais pas à l'aise.

Un jour, un groupe de filles m'a entouré pour me voler.
Elles étaient jeunes, pas laide, mais habillées à moitié comme des SDF.
Peut-être que si elles avaient été mieux habillées, elles auraient pu être plus belles.
Je leur ai finalement échappé.
Je ne me suis rien fait voler.
Ces filles ne m'ont pas irrité.
Mais elles m'ont rendu triste et misérable.

Dans un RER, je voyais souvent une mère et un petit garçon qui faisaient la manche.
Une telle scène m'a pincé le cœur.
Mais je ne leur ai pas donné de monnaie.
Car de tels mendiants, il en existe partout à Paris.
Si je donnais de la monnaie à chaque mendiant, un jour, ce serait moi qui devrais mendier.

J'ai souvent vu des gens s'engueuler à Paris.
Un soir, je rentrais tard et dans le métro, un homme noir et deux hommes pakistanais (peut-être pakistanais, je ne suis pas certain) se sont tout à coup mis à s'engueuler juste devant moi.
Je ne sais pas ce qui leur est arrivé.
Peut-être la cause était une chose insignifiante telle que l'un des Pakistanais ait marché sur le pied de l'homme noir.
L'homme noir les menaçait en français avec un accent africain.
Un Pakistanais essayait de lui répliquer mais comme il n'avait pas suffisamment de connaissance en français, il en était réduit à bégayer.
L'autre Pakistanais tentait de les apaiser.
Et moi, je les regardais.
Puis je suis descendu car le métro était arrivé à ma station d'arrivée.
L'autre jour, je me promenais à Montmartre avec une amie française.
C'était une vraie Française.
Elle était fière d'avoir des ancêtres nobles (dont quelques-uns ont été guillotinés lors de la Révolution française).
Près du Sacré-Cœur, un homme immigré, probablement sans papier, a enroulé adroitement un bracelet brésilien autour de son doigt.
Cette scène était ridicule.
Il essayait de nous (surtout à elle) vendre ses bracelets brésiliens.
Elle lui disait ''Je suis française ! '' sans aucun accent.

Après nous en être échappé, nous avons regardé, de la colline de Montmartre, la ville de Paris.
Nous voyions les Invalides, la Tour Eiffel, la Tour Montparnasse...
J'ai vu de la fumée monter depuis des agglomérations.
Mais je ne voyais pas mon appartement.
Il était trop loin.
Il était dissimulé par les autres bâtiments.
Ce fut à ce moment-là que je me suis rendu compte que tout le monde était étranger à Paris.
C'est une ville où je perdais mon identité.
Les regards des gens se croisaient, mais rarement se rencontraient.


Au revoir aux jours de débauche



Les jours de débauché se sont terminés.
Maintenant je dois me lever tôt chaque matin.
En somnolant je bois une tasse de café, puis je m'habille, je sors et je prends le bus.
Ce matin il faisait un froid particulièrement glacial.
Le froid s'introduisait dans mon manteau en dévorant mes os.
Malgré cette rigueur d'hiver, le bus n'est pas venu tout de suite.
J'ai attendu environ dix minutes.
Ces dix minutes me semblaient quasi éternelles.
À ma droite, il y avait un garçon noir élancé.
Une lumière douce d'un réverbère cernait son profil.
Il mettait des écouteurs aux oreilles.
Il frissonnait légèrement.
À ma gauche, il y avait une fille petite blonde.
Elle était si blanche que je voyais ses veines bleuâtres à travers sa peau presque transparente.
Elle frissonnait aussi légèrement.
Dans le bus, j'ai songé à un lit.
Un lit aussi douillet qu'une masse de duvets.
Ce lit qui est modérément chauffé et prêt à m'accueillir.
Je voulais m'effondre tout de suite dans ce lit imaginaire.
En réalité j'étais assis sur un siège âpre du bus.
J'avais mal aux fesses.
Il me semblait même absurde que ce bus ballottant n'était pas équipé de lits.
Si ce bus avait été équipé de lits, mon sommeil aurait été prolongé, je n'aurais pas été aussi maussade.
Dans la société, les lits se trouvent dans des endroits incroyablement restreints.
Ce sont les hôpitaux, les maisons, les hôtels.
C'est tout.
Ce fait signifie-t-il que l'homme n'est pas fait pour dormir hors ces lieux?
Selon moi, l'homme est un animal intrinsèquement menteur.
Alors qu'ils sont tous amoureux de lits, ce qu'ils ont déposé dans les bureaux, dans les écoles sont des tables et des chaises dures.
De temps à autre, une table peut tuer.
Si quelqu'un heurte la tête contre le coin d'une table violemment, son crâne pourrait se briser.
Au pire des cas, cette personne meurt.
Par contre on ne meurt pas en bousculant la tête contre un matelas.

Une université anglaise a fait des recherches sur le rapport entre le lit et le stresse.
Selon cette étude, au cas où le bureau d'une entreprise aurait fourni des matelas et des oreillers moelleux, le stresse des employés serait réduit à 60 pour-cent.
C'est un mensonge que j'ai crée à l'impromptu.
Voilà, une preuve que l'être-humain est un animal qui ment.

Je me suis souvenu d'une chanson des Beatles qui s'intitulait ''I'm only sleeping''.

When I wake up early in the morning...

Lift my head, I'm still yawning...

When I'm in the middle of a dream...

Stay in bed, float up stream...

lundi 16 janvier 2017

La serviette bleue



Ma serviette préférée est en tissu-éponge.
Ça fait plus de six ans que je l'utilise.
Au début je l'utilisais en tant que serviette de bain.
C'était une serviette tout ordinaire, qui n'avait rien de particulier.
À ce moment-là, elle était bleu clair.
Elle était brodée d'une fleur.
Cette broderie est presque invisible maintenant.
Une nuit tropicale d'été de Tokyo, j'ai couvert sans raison mon oreiller de cette serviette.
Lorsque j'ai mis ma tête contre elle, j'ai ressenti un confort indescriptible.
Elle n'était plus une serviette de bain ordinaire.
Cette nuit mémorable, j'ai dormi pour la première fois avec elle, en sentant le parfum du vent de nuit et son toucher contre ma peau.

Depuis ce jour-là, j'ai pris l'habitude de me la mettre autour du cou lorsque j'étais chez moi.
Quand on est habillé, le cou est souvent la partie nue du corps.
Ainsi j'ai pu toujours sentir son toucher.
Je ne la mettais pas dehors parce que s'il y avait quelqu'un qui se promenait avec une serviette autour de son cou, les gens se moqueraient de lui.
J'ai préféré garder notre secret intime et non ostentatoire.

Un jour, j'ai voyagé.
Bien sûr, j'ai apporté ma serviette.
Sans elle, comment pourrais-je dormir?
Mais la tragédie a eu lieu.
Peut-être étais-je inconsciemment excité.
Lorsque j'ai quitté l'hôtel, je l'ai laissée dans ma chambre.
Je ne m'en suis pas rendu compte avant d'être rentré à Tokyo.
En fouillant mon sac dans mon appartement, mon angoisse se gonflait telle un ballon.
J'ai paniqué en comprenant que je l'avais laissée dans l'hôtel.
Quel imbécile je suis !
J'ai crié.
Mon cri de détresse a retenti jusqu'au-delà de l'horizon.

La serviette n'était plus neuve.
À ce moment-là, elle était déjà usée car je ne cessais de la caresser.
Pour employer une expression plus directe, elle était sale.
Elle était devenue bleu-gris.
Cela insinuait la possibilité qu'un employé de cet hôtel pourrait la jeter comme une ordure.
Je l'ai imaginée jetée dans une poubelle avec de vraies ordures.
Cette idée m'a terrifiée plus que tout autre chose.

J'ai immédiatement téléphoné à l'hôtel.
Puis j'ai demandé au réceptionniste que s'il n'y avait pas une serviette oubliée.
C'est à ce moment que j'ai cru à la présence de Dieu.
Il m'a dit que oui.
Ayant été rassuré, j'ai poussé un soupir.

Quelques mois plus tard, j'ai déménagé en France.
Le jour du départ, je l'ai mise dans mon sac.
Dans l'avion je voulais l'ouvrir et en tirer ma serviette pour sentir son toucher contre mes joues mais j'ai du patienter pendant le trajet de douze heures.
Son absence m'a rendu insomniaque.
Pendant que la plupart des passagers dormaient, j'ai été forcé de lire un livre pour passer le temps.
Les passagers devaient sans doute rêver de la Tour Eiffel.
Je rêvais de ma serviette.

Après être arrivé dans mon appartement, j'ai ouvert mon sac avant ma valise.
Je l'en ai tirée.
Elle avait l'odeur de l'intérieur de l'avion.
Plusieurs mois se sont écoulés depuis mon arrivée en France.
Ma serviette s'est usée encore plus qu'avant.
Maintenant elle a même une petite déchirure à cause de mes multiples frottements.
Je ne sais pas combien de nuits je pourrais passer avec elle dorénavant.
Cependant, même si un jour elle me quitte, personne n'oubliera l'histoire de cette serviette bleu ciel.

dimanche 15 janvier 2017

Destination Paris-Montparnasse



J'étais dans le train pour Paris.
Mon RER y arrivait dans une heure.
Au début, le train était presque désert mais au fur et à mesure des passagers sont montés.
Les sièges de ce train étaient usés et partiellement abîmés.
Des mots d'insultes étaient grattés sur la vitre.
Je regardais la vaste prairie.
Seul le ciel bordait l'horizon.
À ce moment-là, j'ai perçu la grandeur de la France.
L'horizon semblait s'étendre infiniment.

Il y avait un groupe de filles qui bavardaient.
De temps à autre, elles riaient tout bas.
Le train s'est arrêté à Versailles.
Des passagers y sont montés.
Sous le ciel grisâtre de l'île de France, ils avaient l'air mélancoliques.
Honnêtement ils étaient mal habillés... comme des gangsters dans un film hollywoodien.
Leurs longues jambes étaient telle l'ombre allongée de crépuscule.
Un garçon s'est rapproché de moi et m'a dit qu'il avait besoin d'argent car il venait de sortir de prison, et qu'il voulait rentrer à Toulon où habitaient ses parents.
Je ne sais pas si toutes ces choses qu'il m'a racontées étaient vraies.
Il avait les yeux creusés, de sa bouche sortait une odeur désagréable.
''Je suis désolé...'' lui ai-je dit.
Il est partit aussitôt.
Où est-il maintenant ?
Je ne me souviens plus de son visage.
Lorsque j'ai levé les yeux, la prairie avait disparu.
Les HLM qui avaient exactement la même couleur que le ciel gris de Paris l'avaient remplacée.
Ces immeubles ressemblaient aux arbres morts.

''Destination Paris-Montparnasse...Paris-Montparnasse...''

Cette annonce signifiait que le train arriverait dans quelques minutes.
J'ai aimé cette manière de dire ''Paris-Montparnasse''.
Cette voix féminine était exclusivement neutre.
Elle ne manifestait aucune émotion.
Toutefois ce n'était pas une voix artificielle.
C'était évidemment la voix d'une femme qui avait un corps.
J'ai essayé de l'imaginer dans ma tête mais aucune image n'est venue à mon esprit.
Je suis devenu tout-à-coup triste.
Le train est entré dans le tunnel.
L'extérieur est devenu complètement obscur.
Les vitrines ont reflété l'intérieur du train tel un miroir.
C'était une apparition d'un monde parallèle.
Un monde qui n'existait que dans la réflexion du miroir.
J'ai vu mon visage dans la vitre.
Mais j'ai eu du mal à me reconnaître.
C'était un visage de quelqu'un d'autre, d'un homme que je ne connaissais pas.


samedi 14 janvier 2017

Yasuke, un samouraï noir


On ne connaît que très peu de choses sur sa vie mais c'est un personnage qui a réellement existé.
Son nom est Yasuke, le seul samouraï noir dans l'histoire japonaise.
L'histoire commence par la visite d'un jésuite italien, Valignano, au Japon.
À l'instar de la plupart des jésuites qui étaient au Japon à cette époque-là, son objectif était la propagation du christianisme.
Le 27 mars 1581, il eut une rencontre avec Oda Nobunaga, l'un des seigneurs les plus puissants de l'époque.
Lors de cet entretien, il avait amené un esclave noir d'environ vingt-six ans, mesurant un mètre quatre-vingt deux. (Une taille relativement grande par rapport aux Japonais.)
N'ayant jamais vu un homme noir auparavant, le seigneur japonais qui était connu pour sa cruauté, a cru que cet homme s'était peint le corps en noir.
Dubitatif, Nobunaga lui a ordonné de prendre un bain pour voir si sa couleur de peau était naturelle.
Sa couleur de peau n'a pas changé, au contraire, la noirceur de sa peau a semblé être encore plus foncée sous la lumière brillante du soleil.
Nobunaga fut finalement convaincu que sa peau noire était naturelle.
Il était très intéressé par cet étranger.
Il a finalement demandé au missionnaire de le lui offrir.
Après leur accord, Nobunaga a surnommé cet homme noir ''Yasuke'', puis lui a donné une position officielle de samouraï.
Ce fut la naissance du seul samouraï noir.

Cependant le destin est atroce.
Malgré le fait que Nobunaga était sur le point de dominer tout le Japon, il reçut une attaque-surprise et succomba le 21 Juin 1582.
Cette attaque était projetée par son alter ego, Akechi Mitsuhide.
Il s'agissait donc d'une trahison.
Selon un document historique, étant réveillé par le tumulte, Yasuke a d'abord donné l'alarme au château et s'est ensuite battu contre l'ennemi.
Mais il fut finalement capturé.
La scène est décrite ainsi ;

''Après que l'homme noir qu'avait offert le missionnaire s'est battu longuement, un vassal de Mitsuhide s'en est rapproché et lui a demandé de donner son katana.
L'homme céda et lui passa.''

Sur place, Mitsuhide l'a libéré sous prétexte qu'il ne savait rien et qu'il n'était même pas japonais.
Après cette libération, aucun document concernant Yasuke n'a été découvert.
Il a littéralement disparu.

Une émission japonaise a fait des recherches sur lui.
L'équipe de cette émission s'est rendue au Mozambique, l'île qui était considérée comme le lieu de sa naissance.
Ils ont découvert qu'au Mozambique, il y avait une dance traditionnel dont le costume était similaire au kimono.
En plus, ce costume s'appelait ''Kimau''
Il y a en effet une similarité sonore entre ''Kimono'' et ''Kimau''
Toutefois, ce fait est trop faible pour être une preuve.
L'émission s'est terminé en présumant qu'après avoir perdu son seigneur, Yasuke était sans doute rentré dans son pays natal, où il transmit une part de la culture japonaise.

vendredi 13 janvier 2017

''L'extension du domaine de la lutte''


J'ai fini ''L'extension du domaine de la lutte'' de Michel Houellebecq.
C'est son premier livre.
J'ai connu cet écrivain français lorsque j'étais au Japon.
Un jour, mon professeur de français (C'est un homme français marié à une japonaise) m'en a parlé.
Le lendemain, je suis allé à la bibliothèque la plus grande de ma ville.
Le rez-de-chaussé était consacré aux livres en japonais.
Les livres en langues étrangères se trouvaient au premier étage.
Malheureusement la partie consacrée aux livres en français était relativement petite par rapport aux livres en anglais.
Franchement je ne pensais pas qu'il y aurait un livre de Michel Houellebecq.
C'était la bibliothèque d'une ville régionale.
D'ailleurs je n'avais jamais entendu le nom de cet écrivain.
Le nom ''Houellebecq'' sonnait étrangement pour moi.
C'est long par rapport aux noms tels que ''Hugo'', ''Camus'', ''Sartre''.
Je me suis demandé si c'était vraiment un nom français.
Dans un tel moment, je l'ai vu.

Dans une étagère poussiéreuse d'une bibliothèque régionale d'une ville du nord, un livre de Michel Houellebecq dormait.
Le temps l'avait jauni.
Mais chaque page avait l'air intacte.
Cela signifiait que ce livre n'avait pas été touché depuis longtemps.
Sur la couverture, il était écrit ''Les particules élémentaires''.

''Les particules élémentaires''....

J'ai répété ce titre dans ma tête.
Il y avait également une photo d'un homme mince ayant une cigarette à la main.
Sa veste me semblait trop grande pour son corps.
Son visage ne manifestait aucune expression.
Il semblait se méfier de tout.
Cet homme est probablement l'auteur.
Ça doit être lui, ''Houellebecq''.

La semaine suivante, j'ai montré ce livre à mon professeur.
Il était aussi surpris que moi que ce livre se trouve dans une bibliothèque de ma ville.
Il m'a dit qu'il n'appréciait pas du tout son style littéraire mais qu'il était connu en France.
S'il était autant méprisé, je voulais savoir pourquoi.
Ainsi, j'ai ouvert la première page des particules élémentaires.
Ce livre était difficile pour un apprenti du français.
En plus, à cette époque-là, mon niveau du français était plus bas qu'aujourd'hui.
Je n'ai donc pas tout compris, surtout les passages où le narrateur faisait une longue réflexion philosophique.
Mais j'ai quand même pu suivre l’entièreté du récit.
En bref, c'était horrible.
Ce livre atteignait l'extrémité de la vulgarité.
Il était pleins d'argots, d'insultes, d'expressions sexuelles et de temps en temps racistes.
Dans le monde il y a des livres sexuels, des livres remplis d'argots, des livres racistes, mais celui-ci comprenait à la fois tous ces éléments.
Cependant il était aussi certain que cette histoire avait quelque chose de touchant, quelque chose qui arrivait à faire trembler nos cœurs.
Lorsque j'ai terminé la dernière page, j'étais perplexe.
Je n'avais jamais lu un tel livre auparavant.

Je pense que c'est grâce à mon professeur que j'ai réussi DALF C1 (un examen officiel du français).
Avant de partir en France, il m'a prêté un livre de Houellebecq, ''La carte et le territoire''.
Il m'a dit qu'il ne m'en voudrait pas même si je le perdais.
Le livre était déjà usé.
Il l'avait lu dans l'avion pour le Japon.
Je l'ai lu dans l'avion pour la France.
Celui-ci était beaucoup moins vulgaire par rapport aux particules élémentaires.
C'est un livre qu'on peut recommander publiquement aux gens.
Celui-ci a reçu le Prix Goncourt en 2010.
Cette fois, j'ai cherché l'origine de l'auteur, au moment où l'extension de sa lutte a commencé.
Maintenant je me suis habitué à son style.
La vulgarité de l'auteur ne me bouleverse plus.
''L'extension du domaine de la lutte'' est un récit sans salut ni espoir.
J'ai eu l'impression que le protagoniste représentait l'auteur lui-même mais je ne peux pas l'affirmer.
Le héros est un informaticien d'un cadre moyen, dépressif et célibataire.
J'ai oublié si son âge était clarifié.
Mais son collègue, Tisserand avait 28 ans.
J'imagine donc qu'il devait avoir à peu près le même âge.
Tisserand est un homme obèse et laid, selon ce que le narrateur dit ''Il a exactement le faciès d'un crapaud-buffle.''.
Il cherche toujours à coucher avec une femme mais sa laideur rebute toutes les femmes.
Hors ce Tisserand, la misère qu'apporte la laideur est surtout focalisée dans ce livre.
Le narrateur avait une camarade qui s'appelait ''Brigitte Bardot'' au lycée.
Voici, c'est un extrait.

''Au moment où je l'ai connue dans l'épanouissement de ses dix-sept ans, Brigitte Bardot était immonde. D'abord elle était très grosse, un boudin et même un surboudin, avec divers bourrelets disgracieusement disposé aux intersections de son corps obèse. Mais eût-elle même suivi pendant vingt-cinq ans un régime amaigrissant de la plus terrifiante sévérité que son sort n'en eût pas été notablement adouci. Car sa peau était rougeâtre, grumeleuse et boutonneuse. Et sa face était large, plate et ronde, avec de petits yeux enfoncés, des cheveux rares et ternes. Vraiment la comparaison avec une truie s'imposait à tous, de manière inévitable et naturelle.''

Certes, c'est horrible mais c'est marrant.
D'abord parce qu'elle porte le même nom que l'actrice française légendaire.
Mais son physique en est presque l'opposé.
Ensuite parce que simplement la laideur fait rire quand on est un tiers.
Si Monsieur Pignon, incarné par l'acteur Jacques Villeret, était un bel homme, ''Dîner de cons'' n'aurait pas eu de succès.


Le titre vient évidemment de ce passage.

''...En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables. D'autres croupissent dans le chômage et la misère. En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante. D'autres sont réduits à la masturbation et la solitude.Le libéralisme économique, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société.''

Il n'a pas tort.
De nos jours, beaucoup de monde a l'impression que le monde se divise malgré les vagues de la globalisation.
Même dans les pays puissants tels que la France, les États-Unis, les disparités sociales ne cesse de s'aggraver.
Je considère personnellement que le Bréxit et la victoire inattendue de Donald Trump sont les conséquences de cette extension du domaine de la lutte.
La fossé s'agrandissant entre les gagnants et les perdants devient de plus en plus visible.
Je ne fais sans doute pas exception car je suis aussi plutôt quelqu'un d'introverti, solitaire et célibataire.
Je partage un certain sentiment avec le narrateur.
Il a le sentiment que c'est comme s'il était derrière un rideau, comme s'il y avait une séparation absolue entre le monde extérieur et lui.
Ce livre a été publié en 1994.
Un après ma naissance.
L'année où la chute de l'économie japonaise se faisait ressentir jour après jour.
Toutefois le monde était plus uni qu'aujourd'hui.
C'est en 1993 que le traité sur L'union européenne (le traité de Maastricht) a été signé.
Il y avait quand même de l'espoir.
Ce livre était-il une sorte de prédiction sur le monde actuel?
Ou une telle situation était-elle déjà prévisible dans les années quatre-vingt dix?
Je venais de naître, je ne peux rien juger.
On verra, où ce libéralisme économique nous amènera dans l'avenir.



Le hurlement du vent




Je me suis réveillé tout-à-coup à minuit.
J'ai entendu la pluie taper violemment contre la fenêtre.
Ça a sonné comme si quelqu'un frappait à la porte.
Le vent hurlait, ébranlait les arbres et les maison comme s'il était enragé.
Je n'arrivais plus à me rendormir.

J'étais dans un bateau.
J'étais un marin solitaire naufragé.
Personne n'était autour de moi.
J'étais seul.
Les vagues s'acharnaient à avaler mon bateau.

Je me suis enfoui sous mes couvertures.
Le grondement du vent ressemblait à la voix d'un homme.
Une image d'un homme corpulent, souriant d'une manière sinistre est apparue dans mon esprit.
Cette image ressemblait à une vieille photo.
J'ai vu ses gencives étrangement écarlates entre ses dents jaunâtres.
Il s'approchait de plus en plus de moi.
Son sourire grotesque était figé tel un masque.

Ce matin lorsque je me suis réveillé, tout était calme.
Je n'entendais aucun bruit.
J'ai ouvert les volets.
La ville était comme à l'ordinaire comme si rien ne s'était passé la veille.
Malgré le hurlement du vent et la pluie battante, aucun arbre n'était tombé, aucun dégât ne s'était produit.
Puis j'ai vu par la fenêtre un homme essuyer soigneusement un carreau de sa maison.
Il me souriait.