mercredi 4 avril 2018

''Ce qui a eu lieu il y a trente ans'' Haruki Murakami


 Comme j’ai déménagé et que j’ai maintenant une sorte de bibliothèque, j’ai enfin pu récupérer des piles de magazines que j’avais laissées dans un entrepôt pendant longtemps. Je ne pourrai pas garder toujours des choses aussi lourdes et encombrantes. Je me disais donc que je devrais les jeter à un moment donné mais en vain. Finalement, je les ai toujours. Il y a des « Heibon Punch » des années soixante-dix, « Eiga Hyôron (La critique du cinéma) », «Taiyô (Le soleil) », « La version japonaise des Rolling Stone », « Takarajima (L’île au trésor) » etc. Les couvertures de ces « Heibon Punch » sont encore des illustrations d’Ayumi Ohashi, j’avais aussi des « Anan » depuis son premier numéro, mais il y a environ quinze ans, une chatte que j’avais à ce moment-là a piqué une crise de nerfs et a pissé dessus. Ils ont été gâchés. C’est dommage. Le pisse des chats sent très mauvais (les femmes aussi se mettent de temps en temps dans tous leurs états, mais à ce jour, elles ne pissent pas sur des livres).

 Plongé dans la nostalgie, tandis que je tournais des pages d’un vieux numéro de « Heibon Punch », je suis tombé sur un article qui disait que John Lennon avait laissé voir sa colère lors d’une interview. Les Beatles étaient déjà séparés, mais Lennon était encore vivant. Il était en colère car : « Entre nous quatre (Les Beatles), nous partagions toujours les femmes. Mais les trois autres n’ont jamais touché à Yoko. C’est une véritable humiliation, n’est-ce pas ? Je suis fâché contre eux à ce propos. » Ah bon. J’ignorais cette circonstance typique des années soixante. Au monde, il y a diverses raisons de se mettre en colère.

 C’est aussi à cette époque que les collants sont apparus. On a écrit que les culottes se vendent moins au rayon de lingerie des grands magasins, car le nombre de filles qui portent directement des collants sans culotte a augmenté. Hum. On voit qu’il y a bien des événements dans le monde.

 Il y avait aussi un article spécial consacré à Takaaki Yoshimoto. Le « Heibon Punch » de cette époque avait un côté intransigeant et il y avait bon nombre d’articles sur la politique. À l’époque, Monsieur Yoshimoto était un penseur plein de feu, charismatique et populaire parmi les jeunes gens. (Je pense qu’il l’est toujours). Le titre de cet article est « Le secret de la vie privée de Takaaki Yoshimoto ». Selon cet article, il faisait livrer le riz qu’il mangeait chez lui. J’ai eu envie de dire : « Est-ce ‘’le secret de sa vie privée’’ ? », mais il est dit également qu’ils ont fait des recherches et interrogé un marchand de riz dans des environs. Je dois reconnaître qu’ils ont fait des efforts. L’épisode dans lequel Jun Etô avait invité Monsieur Yoshimoto à un club de luxe à Ginza un an plus tôt est également relaté. Un autre invité s’exprime ainsi : « Monsieur Yoshimoto écoutait l’histoire de l’amour malheureux d’une hôtesse et lui disait que l’amour, c’était comme cela ». Hum.

 Si je commence à lire ainsi de vieux magazines, le temps s’écoule sans que je m’en rende compte, et je ne pourrai jamais finir de ranger après mon déménagement.  Ça m’ennuie. Mais je ne peux m’en empêcher.

mardi 3 avril 2018

''Lady Madonna'' The Beatles (和訳)




レディ・マドンナ、子供たちを引き連れて
一体どうやってやりくりしているの
家賃を払うお金はどうするの
空から降ってくると思ってるのかな

金曜日の夜は手ぶらで登場
日曜の朝はシスターみたいに徘徊
月曜には子供たちが靴紐の結び方を覚えた
ほら、あんなに走り回ってる

レディ・マドンナ、赤ちゃんにお乳をあげてるけど
他の子のごはんはどうするんだろう
ほら、あんなに走り回ってる

レディ・マドンナ、ベッドの上に寝転がって
頭の中で流れる音楽に耳を傾けている

火曜日の午後は永遠に終わらない
水曜の朝には新聞が来ない
木曜の夜にはストッキングが伝線
ほら、あんなに走り回ってる

レディ・マドンナ、子供たちを引き連れて
一体どうやってやりくりしているの

Lady Madonna, children at your feet
Wonder how you manage to make ends meet
Who finds the money when you pay the rent?
Did you think that money was heaven sent?

Friday night arrives without a suitcase
Sunday morning creeping like a nun
Monday's child has learned to tie his bootlace
See how they run

Lady Madonna, baby at your breast
Wonders how you manage to feed the rest
See how they run

Lady Madonna lying on the bed
Listen to the music playing in your head

Tuesday afternoon is never ending
Wednesday morning papers didn't come
Thursday night your stockings needed mending
See how they run

Lady Madonna, children at your feet
Wonder how you manage to make ends meet

Les démons


 La fin du semestre approche dans un bruit de pas néfastes. Comme j’ai fini tous les livres dont la lecture est imposée (mais je ne dis pas que je les ai bien compris), j’ai commencé à lire « Quand nous étions orphelins » de Kazuo Ishiguro et « Les Démons » de Dostoïevski. J’avais acheté « Les Démons » à la librairie Kléber pour lire pendant les longues vacances d’été, mais l’envie de découvrir ce roman a emporté sur ma patience.

 J'en suis encore au début, et comme tous les romans longs de Dostoïevski, c’est un livre qui demande une certaine concentration de la part du lecteur. Des tournures compliquées apparaissent souvent : certains personnages font un long discours : les gens s’expriment de manière hyperbolique. Ce n’est donc pas le genre de livre qu’on peut lire dans le bus le matin ; il vaudrait peut-être mieux le lire seul, dans son lit, par une nuit tranquille. Mais si vous voulez, vous pouvez le lire dans le bus le matin. Je ne vous en empêcherai pas. En l’occurrence, vous me direz si vous avez pu suivre le récit, hé, hé, hé !

''Le chiot sous le manteau'' Haruki Murakami


 Il y a au monde des choses que l’on n’aime pas. Dans mon cas, il n’y a rien que je déteste plus qu’être pris en photo. Depuis longtemps, je n’aimais pas mon visage en photo (je ne l’aime pas même s’il n’est pas en photo, mais je veux dire que c’est surtout dans ce cas que je ne l’aime pas). Je refusais donc les travaux pour lesquels je devais être pris en photo, mais la vie est un long chemin sinueux comme le chante Paul Macartney, et il y a eu des cas où je ne pouvais pas refuser.

 Si j’explique pourquoi je n’aime pas mon visage en photo, c’est parce que je suis tendu au moment où l’on pointe un appareil photo dans ma direction.  Si on me dit : « Bon, détendez-vous et souriez, s’il vous plaît », je serai encore plus tendu et mon sourire ressemblera à un exercice de rigidité cadavérique.

 Lorsque Truman Capote a débuté en tant qu’écrivain, une photo de lui utilisée pour la couverture de son livre était incroyablement belle, et elle a fait du bruit dans le monde, particulièrement parmi certains milieux. Quand on lui a demandé : « Monsieur Capote, quelle est l’astuce pour être photogénique ? », il a répondu : « C’est facile. Il suffit de remplir sa tête de belles choses et de ne penser qu’à de belles choses. Comme ça, tout le monde est beau en photo ». Mais en réalité, ce n’est pas si facile. J’ai essayé de suivre son conseil, mais ça n’a pas du tout marché. Je pense plutôt que Monsieur Capote est un cas particulier.

 Mais si on me prend en photo avec un animal, curieusement, je peux être détendu. Un chat ou un chien, un lapin ou un lama, s’il y a un animal près de moi, je peux sourire naturellement. Je m’en suis rendu compte récemment. Je ne savais pas que le visage d’un être humain peut être si différent selon qu'il y a ou non un animal près de lui.

 Je n’espère pas particulièrement être beau (même si je l’espérais, je n’y pourrais rien), mais j’aimerais passer ma vie, le visage paisible, comme s’il y avait toujours de petits animaux autour de moi. Il y avait une chanson pour enfants de Madame Kyôko Koizumi, intitulée « Pourquoi les chiots sont chauds ». J’aime cette chanson. Les paroles sont de Madame Eriko Kishida.

Pourquoi, pourquoi, les chiots sont-ils mous ?
Marchons avec un chiot sous notre manteau.
Les chiots, les chiots. 
Pourquoi les petits chiots sont-ils mous ?

 En effet. Ça serait chouette si je pouvais passer ma vie, heureux comme si j’avais un chiot sous mon manteau. Mais en réalité, vivre avec un chiot sous son manteau semble difficile.

lundi 2 avril 2018

Épouse néerlandaise


 En japonais, on appelle une poupée sexuelle ‘’Dutch wife’’ (épouse néerlandaise). Ne trouvez-vous pas cette appellation étrange ? Pourquoi une poupée sexuelle serait-elle néerlandaise, et pas chinoise ou américaine ?

 Aujourd’hui, j’aimerais parler de l’origine de ce mot.

 En 1856, un galeriste néerlandais, Carl Von Huysman, a été transféré à une succursale à Londres. Ce jeune homme de vingt-sept ans venait de se marier avec une femme qui s’appelait Maria. Pour une raison familiale, sa femme ne pouvait pas l’accompagner en Angleterre. Il lui a promis de revenir dans un an, et s’est embarqué tout seul.

 C’était la première fois qu’il quittait les Pays-Bas. Il avait appris l’anglais, mais sa ville natale lui manquait. Mais ce qui lui manquait le plus, c’était sa femme Maria. Évidemment, il n'y avait ni mail ni réseaux sociaux à l'époque. Tout ce qui liait le jeune couple, c’était les lettres qu’ils échangeaient. Ainsi, Carl vivait des jours moroses à l’étranger.

 Un jour, un collègue inquiet lui a proposé de visiter une exposition qui faisait grand bruit à Londres à l’époque. C’était une exposition de poupées de cire. Les Londoniens étaient fort impressionnés ; ils n’avaient jamais vu de poupées si ressemblantes. Carl n’était pas très intéressé, mais enfin il a décidé de sortir pour se remonter le moral.

 Pendant qu'il admirait les nombreuses poupées de cire, une idée lui est venue à l’esprit. Le lendemain du jour où il avait vu cette exposition, il a frappé à la porte d’un célèbre artisan, fabricant de poupées. Il a sorti de sa poche de poitrine la seule photo de Maria qu’il possédait, puis il lui a demandé de créer une poupée grandeur nature de sa femme. « Ça coûtera cher. Pourrez-vous payer, jeune homme ? », a dit l’artisan. « Je vous en supplie. Il y a déjà deux mois que je n’ai pas vu ma femme ! Je deviens fou ! », a-t-il dit.

 Un mois plus tard, lorsque le jeune homme est retourné chez l’artisan, sa femme dont il avait rêvé bien souvent l’attendait, un sourire aux lèvres, sur le seuil. Mais ce n'était évidemment pas elle. Ce n'était qu'une poupée. Il s'est approché d'elle et a touché sa main. La texture de sa peau semblait aussi réelle que celle d'un être humain.

 À l'époque d'Edo, la Chine et les Pays-Bas étaient les seules nations avec lesquelles le Japon faisait du commerce à cause de la politique isolationniste du pays. Cette anecdote est venue des Pays-Bas, et c’est ainsi que l’on a commencé à appeler les poupées sexuelles ‘’Dutch Wife’’(épouse néerlandaise).

 Mais c’est une fiction que je viens d’inventer. Avez-vous menti à quelqu'un aujourd'hui ?

dimanche 1 avril 2018

''Une soirée au restaurant'' Haruki Murakami


 Un soir spécial, je suis allé dîner dans un restaurant de luxe qui se trouvait à Aoyama avec une femme spéciale. En bref, mon épouse et moi avons fêté notre anniversaire de mariage. C’est tout. C’est ennuyeux. Ce n’est pas ennuyeux. Bon.

 C’était un restaurant tranquille. Chaque table était raisonnablement éloignée des autres, il y avait une épaisse carte des vins et un vrai sommelier, une nappe toute blanche et une bougie. Il n’y avait pas de musique. Un calme confortable et notre conversation remplaçaient la musique d’ambiance. On servait une cuisine du nord de l’Italie, des escalopes panées raffinées pour nous. Maintenant j’espère que vous avez bien saisi la situation. En bref, c’est le genre de restaurant chic plutôt cher où ne peut pas aller fréquemment.

 Lorsque nous nous sommes installés à table, il y avait un jeune couple non loin de nous. C’était encore tôt ; ce couple et nous étions les seuls clients. L’homme frisait sans doute la trentaine ; la femme avait une vingtaine d'années. Ils étaient tous les deux beaux et habillés de manière sophistiquée. C’était un couple élégant.

 Nous avons commandé un vin et choisi le menu. En attendant que l’on nous serve, la conversation de nos voisins me parvenait naturellement, et j’ai compris qu’ils étaient sur le point d’entrer dans une relation intime. Le contenu de leur conversation était ordinaire, mais le ton de leur voix permettait de comprendre ce qui se passait. Je suis quand même écrivain, si bien que je peux plus ou moins lire ce qui se passe dans la tête des hommes et des femmes. L’homme se demandait s’il allait inviter la femme et elle était prête à y répondre. Si tout allait bien, il se pouvait qu’ils passent la nuit ensemble. Une brume blanche de phéromone semblait s’élever au milieu de leur table. Sur la nôtre, il n’y avait pas beaucoup de phéromone car cela faisait déjà trente ans que nous étions mariés. Mais le couple qui avait l’air heureux n’était pas mal à regarder.

 Cependant cette belle ambiance lourde de promesse s’est littéralement pulvérisée lorsqu’on nous a servi le primo piatto. Cet homme a dégluti ses pâtes avec un bruit terrible. C’était vraiment un bruit imposant, comme celui de la porte des enfers qui s'ouvre et se referme au changement de saison. Ce bruit m’a glacé, ainsi que mon épouse, les serveurs et le sommelier. Évidemment, la jeune femme en face de l’homme était également glacée. Tout le monde a retenu son souffle et perdu la parole. Seul cet homme continuait à avaler ses pâtes à grand bruit, l’air très heureux.

 Quel destin attendait ce couple ? Je me le demande encore de temps en temps.

Le chat et le soleil






 C’était une journée tranquille. Il faisait beau et le temps s’écoulait lentement. Après avoir fait une longue sieste, je suis allé voir les chats de ma résidence. Le gros chat Patience dormait profondément ; la petite chatte Mimi s’assoupissait. De temps en temps, elle entrouvrait les yeux. Dès que je me suis approché, elle a miaulé en me regardant, puis elle est sortie de son panier et a marché vers l’escalier. Je l’ai suivie et je me suis assis sur une marche. La petite chatte a grimpé  sur mes genoux. Après avoir léché ma main, elle a repris sa sieste. Quant à moi, j’ai sorti « Les Murs » d’Abé Kôbô et je me suis mis à lire en caressant la chatte. Son corps était chaud comme le printemps et la chatte semblait symboliser le bonheur lui-même. Nous étions seuls dans le bâtiment. Les rayons du soleil de l’après-midi nous bénissaient à travers la vitrine. Ainsi, une après-midi de la semaine de Pâques s’est écoulée paisiblement.