jeudi 7 juin 2018

Coquelet


 Vous-souvenez vous que j’ai écrit il y a quelques jours : "J’aimerais aller à l’usine le plus tôt possible parce que je m’ennuie" ? Normalement, je devais y être aujourd’hui. Ce matin, mon patron et moi attendions dans la salle de réunion vide le chef de l'usine. Au bout de quelques instants, il est arrivé le visage quelque peu pâle et l’air sombre. On pouvait y lire des signes d'inquiétude comme des nuages de pluie. Après avoir dit, « Euh » ou « Ah », il s’est mis à expliquer que l’une des machines était tombée en panne, de sorte que nous ne pouvions rien faire aujourd’hui. Quelle malchance ! La machine est tombée en panne le jour même où on devait relancer la production. Par conséquent, je n’ai presque rien à faire jusqu’à vendredi. Mais j’ai tout de même travaillé, car à midi, j’ai déjeuné avec le chef de l’usine, le PDG et mon patron, ce qui signifie que je devais prêter attention à deux choses en même temps : manger et traduire. Le contenu du dialogue n’avait rien de compliqué et quatre délicieux coquelets avaient détendu l'atmosphère. J’ai été un peu étonné parce que le chef de l’usine a commandé une bière. Au Japon, on n’a pas l’habitude de prendre de l’alcool pendant la journée, surtout au travail, sauf les alcooliques. Le PDG nous a proposé de prendre de la bière ou du vin. La bière et le vin m’auraient fait plaisir, mais comme mon patron ne boit pas une goutte d’alcool (mais il veut visiter un vignoble !), j’ai pris la même chose que lui, de l’eau minérale sans gaz.

 L’après-midi, nous avons goûté des prototypes de nos produits. Tout le monde faisait la grimace et disait que telle ou telle chose devait être améliorée ou tel ou tel essai n’était pas bon du tout. J’y ai aussi goûté en tant que représentant des consommateurs ordinaires. Honnêtement, je ne trouvais aucun problème. Lorsqu’ils m’ont demandé mon avis, un instant, j’ai pensé faire aussi la grimace et dire « euh, telle ou telle chose ne semble pas suffisante », mais finalement, j’ai dit simplement : « Je trouve tout ça très bon ! » comme un idiot. La fabrication d’un produit, ce n’est évidemment pas facile.

mercredi 6 juin 2018

Escargots























 Aujourd’hui, je suis allé à Dijon avec mon patron. Il nous a fallu deux heures pour ce trajet. J’ai personnellement remarqué que l’architecture du centre de Dijon ressemble à celle de Paris. Cependant, la ville était calme et le temps coulait lentement. Dans un magasin, divers types de moutarde étaient exposés comme des bijoux. Une employée nous a fait goûter de la moutarde à la truffe et au miel. Mon patron a acheté plusieurs pots de moutarde. Quant à moi, je n’ai rien acheté parce que je ne m’intéresse pas à la gastronomie.

 Dans la soirée, nous sommes entrés dans un restaurant réputé selon Internet. Cependant, nous avons trouvé la qualité de la cuisine plutôt médiocre. J’ai mon avis personnel selon lequel quand on cherche un restaurant, il faut le trouver sur place, en se basant sur l’ambiance et les clients. Un jour, on est allés dans un restaurant à étoiles que l’on avait trouvé sur Internet, mais il ne faisait pas honneur à sa réputation. Après le dîner, quand je réglais à la caisse avec la carte d’or de mon patron, la serveuse, une jeune fille adorable, m’a demandé si c’était bon. J’ai tout à coup eu l’impression que la cuisine était magnifique. « Très bon », ai-je répondu.

mardi 5 juin 2018

Le fer à repasser


 Je n’ai rien fait aujourd’hui. Comme mon patron m’a dit qu’il voulait acheter un fer à repasser, on est allés dans un centre commercial gigantesque. Nous avons acheté du pain, du thé, le fer à repasser le meilleur marché et une table de repassage. La grandeur de la France m’étonne toujours. Au Japon, il n’y pas de centre commercial aussi grand que celui où on est allés. De plus, les chariots sont aussi deux fois plus grandes qu’au Japon.

 À la fin de la journée, j’ai fait la traduction d’une petite réunion. Je me suis senti plus à l’aise que le premier jour. Au moins, je n’étais pas stressé. Toutefois, l’ambiance était un peu tendue, car il y a encore quelques problèmes techniques à régler. Au supermarché, nous prenons des produits sans y penser. J'aimerais cependant rappeler qu'il se passe toujours divers drames dans les coulisses, pour qu’un produit soit fabriqué et qu’il se trouve dans le rayon d’un supermarché.

lundi 4 juin 2018

Tartare de bœuf


 Aujourd’hui, mon patron et moi avons déjeuné au restaurant « Petit ours ». Après avoir visité le musée alsacien (c’était la deuxième visite pour moi), nous avons quitté Strasbourg. À vrai dire, j’étais un peu fatigué et j’aurais voulu me reposer tranquillement dans ma chambre du petit village. Cependant, mon patron, plus dynamique que moi, m’a proposé de visiter l'immense parc naturel qui s’étend entre Bâle et Mulhouse. J’aurais préféré lire tranquillement « Instantané d’ambre » de Yoko Ogawa chez moi, mais comme je suis son employé, à contre cœur, je lui ai dit : « C’est une bonne idée ».

 Notre voiture est entrée dans une ville inconnue. Toutefois, une sorte de fête y était peut-être organisée et beaucoup de routes étaient barrées. Pendant que mon patron faisait de vains efforts pour sortir de cette ville, transformée soudainement en un dédale, il s’est perdu. Le produit de la civilisation, l’application de navigation nous a conduits en montagne. Plus nous nous enfoncions dans la forêt, plus la route devenait étroite, couverte d'herbes. Lorsque nous nous en sommes rendu compte, nous nous trouvions au fond de la montagne, sur une allée exiguë de gravier. Des vaches paissaient en bas au loin. Mon patron m'a dit nonchalamment : « Regarde, il y a des maisons là-bas. Il y a des bûches ! Il y a des gens qui vivent avec des bûches ! », mais j’avais le vertige. Regardant droit devant moi, j’essayais de ne pas voir ni les vaches ni les maisons ni les bûches. Si nous étions tombés de ce versant sans garde-fou, nous serions morts tous les deux.

 Nous avons continué à rouler guidés par la navigation. Finalement, nous sommes arrivés à un embranchement. Au loin, une maison bâtie sur une falaise. On ne savait pas si quelqu’un l’habitait ou si elle était abandonnée. La route qui y conduisait semblait privée. Une autre descendait, mais elle était très étroite et non goudronnée. Le feuillage nous cachait le bout de la route et nous étions inquiets. Au bout d’un moment, mon patron a perdu l’envie de visiter le parc national, et a décidé de rebrousser chemin. Lorsque la voiture est revenue en bas et que j'ai vu d'autres voitures, j’ai poussé un soupir de soulagement. Maintenant, la navigation indiquait une route complètement différente. En fait, on n’aurait pas eu besoin d’aller en montagne. De temps en temps, le produit de la civilisation peut être trompeux. Soulagé à son tour, au volant, mon patron m’a proposé de visiter bientôt un vignoble (mais il ne boit pas une goutte d'alcool !). J'ai hoché la tête. « C’est une bonne idée », lui ai-je dit.

dimanche 3 juin 2018

Tarte flambée






 
























 Après une absence de quelques semaines, je suis rentré à Strasbourg pour aller chercher mon passeport. Quand je suis entré dans cette ville où je vis, j’ai d'abord eu l’impression d’être dans un endroit inconnu. En marchant dans les rues, j’ai retrouvé petit à petit cette capitale de l'Alsace. Impressionné par sa beauté, une émotion irrépressible s’est emparé de moi. Si, réduit à l'état végétal, je retrouvais un être aimé après dix ans de séparation, je réagirais peut-être de la même façon. Ou bien est-ce que j’exagère ? Le jour où j’ai débarqué à Strasbourg, la ville m’avait en effet ému, mais j’avais oublié ce sentiment depuis longtemps pendant que je faisais d'innombrables allers-retours entre l’université et chez moi.  J’espère que, même si je dois quitter la France un jour, et si le monde entier est réduit en cendres, cette ville historique et culturelle à laquelle je suis plus attaché qu'à toutes les autres, son fleuve, ses forêts, son ciel, son architecture, ses gens, resteront pour toujours aussi beaux qu’aujourd’hui.

 J'ai ouvert la porte de ma chambre et j’ai réalisé qu’on avait déposé un colis sur le sol, comme oublié. Le seul livre que j’avais commandé sur Internet ces derniers temps, était « 1984 » de George Orwell, mais je l’avais déjà reçu. J’ai pris le colis et je l’ai ouvert. Il en est sorti deux livres que je n’avais pas commandés : l'un d’Italo Calvino et l'autre d’un écrivain que je ne connaissais pas, Raymond Roussel. À l’intérieur du colis, dissimulée sous les livres, une lettre. Le cadeau de ma correspondante Pauline était arrivé en de mon absence.

Entrecôte à la sauce forestière


 Vers midi, mon patron est revenu du Qatar. Sans que l’enthousiasme de son voyage s’évapore, l’air passionné, il m’a dit que c’était un pays ultra-moderne et cosmopolite, même beaucoup plus que Tokyo et qu’il faisait quarante-deux degrés, mais que la plupart du temps, on n’avait pas besoin de sortir. Il m’a également dit que sa voisine dans l’avion était une grosse femme noire. Non seulement il était contraint de se faire petit dans sa place exiguë de classe économique, mais aussi cette femme ne cessait de réagir pendant qu'elle regardait des films, en disant : « Oh no ! », ou « Oh my God ! » ou bien « Woah ! » etc.

 Je croyais que je serais occupé à partir de lundi, mais on a appris qu’on n’aura rien à faire jusqu’à mercredi. J’ai un peu commencé à m’ennuyer. J’aimerais être dans l’usine le plus tôt possible. De plus, aujourd'hui mon patron m’a confié la plus grande commission de ma vie, celle d’apporter des produits au Qatar et de les donner à un distributeur japonais ( il me paiera les billets d'avion, l'hôtel et tout ça). Je ne suis jamais allé au Moyen-Orient. À partir d’aujourd’hui, j’arrêterai de me raser la barbe !

vendredi 1 juin 2018

L'éléphant


 Aujourd’hui, c’était mon dernier jour de repos, car mon patron reviendra demain. Je ne suis pas sorti. Je suis resté chez moi et j’ai lu « Fouché » de Zweig toute la journée. Je vais bientôt le finir, mais je lis lentement, et le style de cet écrivain autrichien est plutôt alambiqué, quoiqu’élégant et que ses pensées soient claires. Depuis que je suis arrivé dans ce village, je n’ai pas fait grand-chose. J’ai traduit quelques documents du japonais au français et j’ai également transmis quelques messages. Outre cela, faire des commentaires sommaires aux histoires de mon patron en hochant de temps en temps la tête fait partie de mon travail, même si je ne suis pas très éloquent. En revanche, je pense que je serai très occupé à partir de la semaine prochaine, car ce sera le début de notre mission principale.  

 Je suis content d’avoir été seul ces trois jours. J’ai lu quelques livres, j’ai joué aux échecs (j’ai perdu d’innombrable fois contre l’ordinateur) et j’ai un peu dessiné. Il y a peut-être deux types de personnes au monde : ceux qui ne supportent pas la solitude et ceux qui l’apprécient. Bien entendu, j’appartiens au dernier. Dire que je ne me sens jamais triste d’être solitaire serait mentir, mais il est aussi vrai que je ne m’ennuie pas quand je suis seul. Au contraire, si je reste trop longtemps avec quelqu’un, il me semble que j’étouffe, même si j’apprécie sa compagnie. Parfois, il y a des gens qui trouvent ce caractère étrange. En effet, aux yeux de ceux qui ne supportent pas la solitude, ce mode de vie ressemblerait à celui d’un ascète. En l'occurrence, je dois m'efforcer de sourire et leur expliquer que je n'y peux rien, et que c’est comme si on demandait à un nuage pourquoi il prend cette forme, ou à une étoile pourquoi elle se trouve là, loin des autres, ou à un éléphant pourquoi il possède une trompe si longue.