mardi 7 août 2018

Tom Cruise et Victor Hugo


 Je suis allé à Mk2 Bastille pour voir « Mission Impossible : Fallout ». Bien que ce soit une série populaire et qu’une grande partie de l’histoire se déroule à Paris, il n’y avait que très peu de spectateurs dans la salle.
 La grande scène de ce film est la poursuite avec la police française. Tom Cruise roule sur sa moto dans la ville de Paris. Il parle même un peu français (« Euh, vous devriez partir…Partez, s’il vous plaît »). Il pilote aussi un hélicoptère qui s'écrase évidemment (quand il y a un hélicoptère dans les films d'action, il s'écrase dans 90 pour cent des cas). La véritable identité du terroriste, John Lark est un personnage inattendu. De plus, un autre personnage important est mort.
 Lorsque je suis sorti, il y avait une longue queue dehors devant le cinéma. Ils attendaient tous pour « Mission Impossible » sous cette chaleur. Je me suis dit que j’avais bien fait d’y aller plus tôt.

 Ensuite, je suis allé à pied à la maison de Victor Hugo. Le musée était l’appartement  qu’avait habité le grand écrivain. L’entrée était gratuite. L’objet qui a attiré le plus mon attention, c’était du pain. Il y avait le menu du dîner d’un jour de Victor Hugo, et dans la vitre, du pain complètement durci et noirci était exposé. Je ne sais même pas si c’était du pain. Il ressemblait à des gommes. J’ai cherché l’explication, mais il n’y en avait pas. En tout cas, je n’avais pas très envie d’y goûter.
 Les notes prises par l’écrivain étaient aussi exposées. Dessus se trouvait une sculpture représentant sa main. Elle était ridée, plus petite que je ne le pensais, mais plutôt douce comme la main d'une femme.
 La pièce voisine était sa chambre. Un tableau représentant la dépouille de Victor Hugo était accroché au mur. Le lit à baldaquin peint dans le tableau était le même que celui qui se trouvait devant moi. On aurait dit que l’écrivain venait de décéder dans cette chambre après plus de 100 ans. Le lit semblait lourd comme s’il poussait directement du plancher. Il y avait une barrière qui interdisait les visiteurs de s'en approcher. Malheureusement, je n’ai pas pu regarder l'intérieur du lit.

lundi 6 août 2018

Voyage à Paris


 Le court été de Sapporo semble déjà fini. Lorsque je me suis levé à quatre heures du matin, il faisait frais, même un peu froid. La température ne va pas cesser de baisser désormais. En septembre, les feuilles des arbres commencent à tomber. En novembre, il commence à neiger marquant le début du long hiver d’Hokkaidô. J'ai dit au revoir à ma tortue et quitté ma maison. Mon père m’a conduit à l’aéroport de Shin-chitose en voiture, alors qu’il devait travailler ce jour-là. Ma mère m’a aussi accompagné. Mon frère faisait la grasse matinée.
 La plupart des magasins et des restaurants de l’aéroport étaient encore fermés lorsque nous y sommes arrivés. Nous nous sommes assis un moment pour nous reposer, puis j’ai dit au revoir à mes parents. J’ai passé le contrôle. Je suis monté dans l’avion pour Tokyo. Je suis resté un mois à Sapporo. Pendant mon séjour, j’ai fait beaucoup de choses. Je suis allé dans divers restaurants ; j’ai monté une maquette de Gundam ; je suis allé aux eaux thermales avec un ami ; j’ai monté une autre maquette de Gundam ; j’ai acheté beaucoup de livres en japonais ; je suis allé aussi à Otaru, une ville maritime adorable, où j’ai mangé un délicieux kaisendon (un bol de riz avec du poisson cru), et j’ai monté une maquette du Faucon Millenium. Je suis allé au zoo le dernier jour. S’il y a une chose que je regrette, c’est de ne pas avoir eu le temps de monter la maquette de Gundam Mk-II. La ville de Sapporo que j’ai vue avec un regard d’étranger était magnifique. Les gens étaient réservés, mais polis et gentils. La ville était propre et la cuisine était savoureuse et pas chère. Le temps aussi était agréable et la température atteignait rarement 30 degrés. Si vous voulez fuir la chaleur de l’été, je vous conseille cette ville.
 Sur mon billet d’avion, il était indiqué que le départ de mon vol pour Paris était à dix heures dix. Or, quand je suis arrivé à l’aéroport de Haneda, il était déjà neuf heures quarante. Je me suis précipité pour prendre la navette conduisant au terminal international. J’ai passé le contrôle où s’était formée une longue queue. Ensuite, j’ai dû passer l’immigration. Devant moi, il n’y avait qu’une seule personne, un jeune homme peut-être coréen, je ne sais pas. Toutefois, la contrôleuse vérifiait quelque chose sur son passeport, alors qu’il était déjà dix heures cinq. Pendant ce temps, les gens qui étaient au guichet voisin passaient les uns après les autres, sans attendre. Diverses pensées me sont passées par la tête. « C’est foutu. Mais j’ai déjà passé le contrôle des bagages à main. Ils savent que je suis déjà à l’aéroport. M’attendront-ils ? Normalement, il doit y avoir une annonce qui appellera mon nom. Sinon, devrai-je retourner à Hokkaidô ? ». Lorsque j’ai passé l’immigration, il était presque dix heures dix. J’ai un peu couru jusqu’à la porte de mon avion qui se trouvait au bout. Quand j'y suis arrivé, à bout de souffle, le panneau électrique affichait « heure de départ : dix heures quarante ». J’ai demandé à une employée si l’heure de départ n’était pas dix heures dix. D’un air vraiment désolé, elle m’a dit que dix heures dix, c’était l’heure d’embarquement des passagers. J’ai poussé un soupir profond.
 Ma place dans l’avion était au milieu des trois sièges, la pire. La personne à côté du hublot peut regarder l’extérieur. La personne à côté du couloir peut aller aux toilettes quand elle veut. Je ne pouvais pas regarder le paysage, et je devais demander à mon voisin de m'excuser pour aller aux toilettes.
 Mon voisin de gauche était un homme d’un certain âge. Il avait les cheveux coupés court et je ne sais pas pourquoi mais il portait un gilet de pêche sur sa chemise. Mon voisin de droite était un jeune garçon, peut-être un collégien avec un t-shirt blanc de grande taille et un pantalon court. Il avait de grands yeux et de longs cils comme une fille. L’air décontracté, il semblait habitué à prendre l’avion.
 Au bout d’un moment, le pêcheur m’a adressé la parole. « Euh, bonjour. Je m’appelle Hasegawa. Je vais rester à Paris pendant deux semaines pour faire du tourisme. N’hésitez pas à aller aux toilettes même si je dors. Enchanté. ». J’ai été un peu surpris. J’ai pris l’avion plusieurs fois dans ma vie, mais c’était la première fois que mon voisin se présentait. En plus, il était très poli. « Bonjour, je m’appelle A. Je suis étudiant à Strasbourg, et j’ai passé mes vacances d’été chez mes parents au Japon. Enchanté », lui ai-je dit. « Et vous ? », a dit le pêcheur au jeune garçon. Un instant, il a eu l’air gêné, puis il a dit brièvement : « Euh, mon père et ma mère habitent à Paris…et moi aussi ». Je me suis demandé au cas où notre avion serait détourné, nous essaierions d’attraper le pirate de l’air ensemble. En tout cas, c’est souvent comme ça dans le film.
Dans l’avion, j’ai regardé de nouveau « La La Land » car je ne connaissais pas la fin. Ce film était trop beau et m’a si ému que j’ai eu envie de pleurer. Ensuite, j’ai regardé « Avengers : Infinity War ». C’était l’histoire de la lutte contre un monstre de Bruce Wills qui avait une mâchoire anormalement développée. De plus, le monstre ressemblant à Bruce Willis était trop fort et personne n’a pu le battre. J’ai regardé aussi « Ready Player 1 » et « Ça » ( la version 2017). Sur ce dernier, je n’ai pas grand-chose à dire. Ce n’était pas ennuyeux, mais ce n’était pas extrêmement intéressant non plus. Un film hollywoodien typique. Les enfants se battent contre le méchant et finalement le héros et l’héroïne s’embrassent. Mais je pense que Pennywise (le clown dansant) était plus effrayant dans la version originale. « Ready Player 1 » était très exaltant. Il y avait beaucoup d’éléments japonais dans ce film. Une réplique de Daitô était même en japonais. La moto d’Art3mis (Samantha) était celle de Kaneda dans « Akira » de Katsuhiko Otomo. L’avatar de Daitô est Toshirô Mifune, et dans la dernière partie du film, il se transforme en Gundam pour se battre contre Mecha Godzilla ! La scène de « Shining » m’a aussi exalté, car c’est l’un de mes films préférés. Je me demande comment ils ont filmé cette scène. L’infographie ? À l’avant-première de « Ready Player 1 », le réalisateur Steven Spielberg a dit aux Japonais : « C’est un film pour vous ! ». J’ai eu l’impression que c’était un film pour moi.
 Après onze heures de vol, l’avion a finalement atterri sans avoir été détourné. Le pêcheur et l’adolescent et moi, nous nous sommes dit : « On est enfin arrivés ». Le pêcheur m’a dit qu’il irait à son hôtel à Montparnasse. Je lui ai souhaité un bon voyage.
 Après avoir récupéré mes bagages, j’ai pris un taxi à l’aéroport. J’étais un peu excité et j’ai parlé de la pluie et du beau temps avec le chauffeur. C’était un homme obèse dont le corps rentrait à peine dans son siège de chauffeur, de sorte qu’il devait coucher pleinement le dossier. En conduisant à Paris, il a dit « Un petit chat ». « Un petit chat ! », me suis-je dit et j’ai regardé par la fenêtre, mais il n’y avait pas de chat. « Un petit chat ? », ai-je répété. « Un petit short », a-t-il dit. J’ai de nouveau regardé par la fenêtre. En effet, il y avait des filles avec un short, et rien de plus. Tandis qu’on attendait le signal, une piétonne a traversé. Quelques instants plus tard, le chauffeur a dit : « Elle est charmante ». « Qui ? », ai-je demandé. « La femme qui a traversé la route, elle est charmante.
- Je n’y avais pas fait attention.
- Vous voulez y retourner ? Elle était charmante.
- Non merci.
- Vous êtes sûr ? »
 À l’hôtel, le réceptionniste, peut-être d’origine africaine, parce qu’il avait un accent, a complimenté sur mon français. « Je n’avais jamais vu de Japonais qui parle aussi bien français. C’est rare, m’a-t-il dit.
- Ça fait déjà cinq ans que je l’apprends, ai-je dit.
- Pourquoi ne travaillez- vous pas en France ? C’est facile, a-t-il dit.
- C’est quand même difficile de trouver du travail, je pense.
- C’est facile quand on vient des pays riches ! Quand on vient des pays pauvres, c’est plus compliqué ».
 Dès que je me suis installé dans ma chambre, j’ai senti tout d’un coup la fatigue. De la fenêtre, je pouvais voir la gare de l’est, les Parisiens et les voyageurs minuscules en bas. Comme je lisais le chapitre consacré à Évariste Galois de « La vie des mathématiciens historiques », le ciel de Paris m’a fait vaguement penser à sa vie.


vendredi 3 août 2018

L'Alliance française


 Je suis allé à l’Alliance française de Sapporo pour rendre un livre à mon ancien professeur. J’ai déjà parlé de cette histoire, mais avant de partir pour la France, il m’a donné « La Carte et le territoire » de Michel Houellebecq. Le livre était déjà usé, un peu jauni, ou il était peut-être de cette couleur depuis le début. Il m’a dit qu’il était usé parce qu’il l’avait lu dans l’avion pour venir au Japon. Cette fois, le livre allait en France avec moi. Mais une question a surgi en moi. Comment pourrais-je le lui rendre ? Je lui ai posé cette question. Il m’a dit qu’il s’en fichait et que je pourrais le rendre quand je voudrais. « Si tu veux vraiment me le rendre, envoie-moi un mail. Je te donne l’adresse de ma famille en France », m’a-t-il dit. C’était il y a deux ans, un jour d’été frais à Sapporo.
 Dès que j’ai eu fini ce long roman, j’ai pensé le rendre à sa famille. Mais je ne lui ai pas envoyé de mail parce que j’avais la flemme. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’arrive pas souvent à écrire ou à répondre à un mail. Je sais que la rédaction d’un mail ne me prendra pas beaucoup de temps. Ça va se terminer en trente minutes au maximum. Mais je trouve mille excuses pour ne pas répondre. « Il n’y a plus de café. Il faut faire des courses », « J’ai un livre à rendre à la bibliothèque », « Je pense que j’ai mal à la tête aujourd’hui », « J’ai sommeil », « Je dois nettoyer ma chambre », « J’ai un devoir à faire » etc. Pendant que je traîne ainsi, le temps passe, et je perds définitivement l’occasion de répondre. C’est pourquoi j’ai gardé ce livre pendant deux ans sur mon étagère.
 L’Alliance française se trouve au premier étage d’un immeuble ordinaire, où il y a les bureaux de plusieurs entreprises. La porte de l’ascenseur s’est ouverte, et dès que j’en suis sorti, la femme de la réception, la même personne qu’il y a deux ans, m’a aussitôt reconnu et m’a dit : « Ah…Êtes-vous rentré pendant les vacances d’été ? ». J’étais étonné car je croyais qu’elle m’avait déjà oublié. Il y a beaucoup d’élèves à cette école. De plus, je suis physiquement banal. Je pense qu’il y a 100 000 000 personnes qui me ressemblent au Japon. En Asie, il y en a 100 000 000 000 000 000 000 000 et on pourrait même créer un village uniquement avec les gens qui me ressemblent. Étonnement, elle se souvenait aussi de mon nom.
« X (mon prof) est là ? lui ai-je demandé.
- Il n’est pas là maintenant, mais je pense qu’il reviendra dans une heure. Si vous le voulez, vous pouvez vous reposer là-bas… », m’a-t-elle dit.
 Je me suis assis sur un fauteuil devant la bibliothèque. La plupart des livres sont en français. Il y a aussi des livres en japonais, mais ce sont des livres traduits du français. En promenant mes yeux sur les rayons, cela m'a rappelé l'époque où je faisais des exercices pour le DALF C1 avec mon prof. C’est aussi là que j’ai découvert Le Clézio et Modiano. Il y avait aussi un livre d’Agota Kristof. À un moment donné, j’ai découvert « La Possibilité d’une île » de Michel Houellebecq, le livre que je lisais chez moi. Je l’ai pris et je me suis mis à lire la suite.
 Mon prof est arrivé au bout d’une heure. Il n’avait ni grossi ni perdu ses cheveux. En un mot, il semblait exactement le même qu’avant.
« Bonjour, ça fait longtemps.... Je suis venu te rendre ton livre », ai-je dit en lui donnant « La Carte et le territoire ». Je croyais qu’il l’avait sans doute oublié, mais il s’en souvenait. Nous avons parlé de notre situation et de nos quelques souvenirs.
« La France te manque ?
- Mes amis et ma famille oui, a-t-il dit.
- Et la nourriture ?
- Non ? Je mange la même chose que tout le monde.
- Des sushis ?
- Les Japonais ne mangent pas de sushis tous les jours. C’est un cliché. », a-t-il dit en riant.
 Les professeurs de l’Alliance française étaient aussi les mêmes qu’avant, sauf une enseignante qui l’avait quittée.
« Je croyais que tu avais oublié le livre, a-t-il dit, au moment de nous dire au revoir.
- Non, mais….
- ‘’J’avais la flemme’’ ?
- Exactement ! Je croyais que tu m’avais oublié car tu dois avoir beaucoup d’élèves.
- Il n’y a pas beaucoup de monde qui passe le C1.
- Je pense passer le C2 cette année ».
 L’heure de son cours approchait. Nous nous sommes souhaité une bonne chance et je suis monté dans l’ascenseur.
 Le soir, j’ai regardé « Mission Impossible : Rogue Nation » à la télé. Comme d’habitude, Tom Cruise a vécu beaucoup de mésaventures. Il s’est fait torturer : il est tombé de sa moto ; il s’est noyé et son cœur s’est arrêté, mais finalement le méchant a été attrapé et tout le monde était heureux.
 Demain, je rentre en France.

L'éléphant et la girafe




















 


























 Je suis allé au zoo de Maruyama vers midi. Le zoo se trouve de l’autre côté du parc de Maruyama, non loin du sanctuaire d’Hokkaîdo. Sur le chemin, j’ai trouvé une maison à colombage comme on en voit souvent en Alsace. Je m’en suis approché et j’ai découvert une plaque d’or sur laquelle il était écrit : « L’Auberge de l’Ill ». L’Ill, est-ce la rivière de Strasbourg ? Alors, est-ce vraiment une maison alsacienne ?
 J’allais souvent à ce zoo quand j’étais écolier, mais en grandissant, j’avais de moins en moins d’occasion d’y aller. Au guichet, j’ai d’abord été étonné par le tarif très bon marché. Le zoo est d’abord gratuit pour les personnes âgées de plus de 65 ans, pour les personnes handicapées et les écoliers. Le tarif pour les adultes est seulement de 600 yens et le billet annuel coûte 1000 yens. Si on n’y va deux fois, on peut récupérer cette somme. Je suis devenu un peu inquiet en me demandant si le zoo faisait assez de profit pour nourrir ses animaux. Mais il semble avoir beaucoup de succès. Il y avait beaucoup de visiteurs, surtout des enfants.
 Le zoo avait un peu changé. Les cages des oiseaux et le pavillon des reptiles et anthropoïdes étaient les mêmes, mais quelques bâtiments avaient été ajoutés. Le plus impressionnant était le pavillon des animaux marins. Il y avait un tunnel qui traversait l’immense bassin d’eau où vivaient les phoques. J’ai regardé en haut et un phoque nageait doucement juste au-dessus ma tête.
 L’un des pavillons était nommé « Zoo pour les enfants ». Il s’agit d’un endroit où on peut toucher les animaux. Il était écrit en gros « pour les enfants », mais j’ai ignoré et j’y suis entré. Les adultes aussi voudraient toucher les animaux. C’était, semblait-il, l’heure du déjeuner. Des moutons étaient en train de manger de l’herbe avec ardeur. Ils étaient entourés par une multitude de petits enfants qui ne cessaient de les caresser. Les moutons s’en fichaient complètement. On aurait dit que pour eux, seule l’herbe comptait. Ils mangeaient d’un air vraiment heureux, comme s’ils disaient : « Il n’y a rien d’aussi délicieux. Ceux qui n’apprécient pas le foin sont des minables ». Pendant que je les contemplais, moi aussi, j’ai un peu eu envie de manger de l’herbe. J’ai caressé la robe de l’un d’entre eux. Elle était douce et mes doigts s’y enfonçaient. J’ai ajouté sur la liste de mes rêves: « Vivre avec un mouton ». Par un jour d’hiver, je voudrais lire un livre en serrant un mouton dans mes bras.
 À un moment donné, j’ai eu un peu faim. Dans mon enfance, si ma mémoire est exacte, il n’y avait qu’un seul restaurant petit et vieux, tenu par une dame aussi petite et vieille qui devait être là depuis l’ouverture du zoo. Aujourd’hui, j’ai constaté qu’il y avait plusieurs restaurants chics qui servaient divers repas, tels que du curry, des churros, du pain frit, des pâtes etc. Mais le vieux restaurant existait encore. Les tables étaient toutes vides et j’étais le seul client. J’ai acheté des saucisses sur bâtonnet et je les ai mangées sur un banc.
 Après avoir fait le tour du zoo, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas d’éléphant. Dans mon souvenir, il y avait la zone africaine où vivaient une girafe et un éléphant. L’endroit où elle se trouvait autrefois était entouré de murs sur lesquels on pouvait lire : « En travaux ». Il semble que le pavillon d’éléphants ouvrira cet automne. Mais pendant ce temps, où se cachaient l’éléphant et la girafe ?
 J’ai trouvé la réponse lorsque je suis entré dans le pavillon de zoologie peu avant de partir. J’ai rencontré l’éléphant et la girafe dans ce bâtiment. Dans un endroit où il n’y avait rien avant, les squelettes de l’éléphant et de la girafe étaient exposés. Selon le commentaire, c’était l’éléphant femelle, Hanako, morte en 2007 à l’âge de 61 ans. La girafe était Takayo, morte l’année suivante à l’âge de 30 ans. C’étaient donc l’éléphant et la girafe que je voyais dans mon enfance. Je me tenais à dix centimètres d’eux. Leurs corps qui étaient si énormes avaient maintenant l’air fins et même fragiles.

 Il y a une raison pour laquelle leurs squelettes sont exposés côte à côte.
 Hanako est arrivée au zoo de Maruyama en 1953, peu après son ouverture. À cette époque-là, l’éléphant était encore un animal rare au Japon et Hanako était la vedette du zoo. Plus tard, une autre éléphante plus jeune, Lily l’a rejointe. Elles sont devenues toute de suite amies. Cependant, Lily s’est blessé la patte et elle est morte en 1999. Hanako qui se comportait plutôt affablement jusque-là est devenue renfermée. Elle tournait souvent les fesses aux visiteurs du zoo. Mais elle avait encore une autre amie qui n’était pas une éléphante. C’était la girafe Takayo, née dans le zoo en 1978. Leurs cages se trouvaient côte à côte. L’éléphante et la girafe se frôlaient souvent, même si elles n'étaient pas de la même espèce. Il semble que c’était souvent Takayo qui touchait Hanako. En 2007, l’année suivante après avoir fêté ses 60 ans, Hanako est morte. Un an plus tard, Takayo s’est aussi éteinte comme si elle suivait Hanako. Au Japon, Hanako est le deuxième éléphant pour la longévité, et Takayo, la girafe qui a vécu la plus vieille. Je ne sais pas si elles ont été heureuses. L'éléphant et la girafe ne sont pas des animaux qui vivent dans un pays de neige. Elles ont terminé leur vie sans jamais vu ni les vastes étendues ni le soleil ardent d'Afrique. Tout ce qu'elles voyaient, c'étaient un sol et un mur en béton, le regard curieux des visiteurs et quelques arbres. Mais je peux dire une seule chose. Au moins, elles n’étaient pas solitaires. Sur une photo qui reste des deux animaux, on voit que la girafe embrasse le dos de l’éléphante avec son long cou.

jeudi 2 août 2018

Mettons une passoire sur la tête


 Le téléphone fixe de chez mes parents a tout à coup gémi et a craché une feuille de papier. C’était un fax. C’est vrai que lorsque j’étais écolier, des fax de publicités, souvent de produits cosmétiques ou de matériaux pédagogiques suspects arrivaient souvent chez moi. Depuis plusieurs années, on en recevait de moins en moins, et je croyais que ce moyen de communication était défunt.
 Ce fax envoyé semblait indiquer le programme d’une secte religieuse, aussi, ou encore plus louche que les publicités de produits cosmétiques ou de matériaux pédagogiques. Pourquoi ai-je pensé que c’était le programme d’une nouvelle secte ? Parce qu’il annonçait des événements comme « le XX août à XX heures : Réunion de prières pour la paix du monde » dans différents lieux de mon quartier. En haut, on avait griffonné en gros : « Transmettez cela à Madame Ishizuka, s’il vous plaît », bien que nous ne connaissions aucune Ishizuka. Un numéro de téléphone, celui du destinataire était également indiqué au bas de la feuille. C’était presque le même que celui de chez mes parents, à un chiffre près. À cause de l’écriture difficilement lisible, l’expéditeur a confondu ‘’1’’ et ‘’7’’ et a envoyé le fax à mauvais destinataire. Il sera puni par leur dieu.

 La liberté de religion est garantie par la constitution japonaise. On peut être athée, chrétien, bouddhiste, shintoïste, musulman ou pastafariste dans ce pays. Quant à moi, je deviens croyant uniquement quand j’ai mal au ventre dans le train. Cependant, l’idée qu’il y a des adeptes d’une secte suspecte dans ce petit quartier totalement paisible m’effraie un peu. Il y a quelques années, quand j'habitais tout seul à Tokyo pendant une courte période, deux croyantes de la secte Témoins de Jéhovah ont sonné mon appartement. C'étaient deux femmes d'un certain âge ordinaires et ressemblant aux sœurs Asagaya. J'étais déçu car je croyais que c'était le livreur d'Amazon. « Nous sommes des témoins de Jéhovah… », m'ont-elles dit d'un air timide et hésitant. Je me suis vite rappelé que ma famille était traditionnellement bouddhiste comme la plupart des Japonais. Quand je leur ai dit : « Je suis bouddhiste », elles étaient peut-être habituées à être éconduites, elles sont parties sans résister. C'était la première fois que la religion me servait à quelque chose. Une religion en a chassé une autre. J'ai constaté la puissance de Bouddha. .

 Après tout, ce n’est qu’une supposition. Il se peut que je me trompe et que ce ne soit pas une réunion d’une secte religieuse, mais de gens innocents qui souhaitent la paix du monde. Ils sont profondément tourmentés par les actualités de la guerre civile de la Syrie et des Palestiniens persécutés à l’autre côté du mur de Gaza ou des actes atroce des mafias mexicaines. Ils voudraient peut-être se réunir pour prier afin que la paix s’installe immédiatement dans ce monde cruel et inhumain. Mais on a quand même besoin d’un dieu pour prier. Ils ne pourront pas prier Donald Trump pour ce genre de choses.
 Quoi qu’il en soit, le fax ne parviendra pas à Madame Ishizuka, car son numéro, ainsi que le numéro de l'expéditeur, n'est écrit nulle part. 

''Le mot de la fille'' Yoko Ogawa


 En 1972, invité à l’université du Michigan, un jeune mathématicien japonais a traversé la mer pour tenter sa chance aux États-Unis. Il ne le cédait à personne en matière de mathématiques. Sa première conférence a eu beaucoup de succès. Toutefois, avec l’arrivé du rude hiver, il s’est senti seul et a eu le mal du pays. Ses recherches stagnaient. L’impatience devenue sentiment d’échec l’accablait.
 Il est parti en voyage en quête du soleil de Floride pour se changer les idées. Pendant qu’il regardait la mer à West Palm Beach, il a rencontré une fillette d’environ dix ans, Celina, qui jouait toute seule avec du sable.
« Sais-tu ce qu’il y a au-delà de cette mer ? », lui a-t-il demandé.
Celina lui a répondu d’un seul mot : 

« Horizon ».

 Les yeux de la fillette étaient d’un bleu profond, tout comme la mer.
 Tout à coup, ému par les résonances de ce mot, et il a eu envie de pleurer. Le mot de la fillette, comme si elle acceptait le monde tel quel sans être prisonnière des connaissances, était beau.
 En peu de temps, il a repris des forces. Il a poursuivi sa carrière aux États-Unis. Plus tard, ce mathématicien, Masahiko Fujiawara a raconté cet épisode dans son livre : « Les États-Unis d’un jeune mathématicien ».
 Ce qui a sauvé son talent mathématique à ce moment-là, c’était sa vive sensibilité. Le mot d’une petite fille qui l’a ému.

mercredi 1 août 2018

Les livres en japonais


 J’ai déjà fini les trois livres en japonais que j’avais achetés pour lire dans l’avion. Je suis donc allé à la plus grande librairie de Sapporo, Junkudô (il y en a aussi une à Paris) et cette fois j’en ai acheté une dizaine. D’ordinaire, je ne lis pas beaucoup en japonais, mais parfois j’ai envie de lire dans ma langue maternelle sans consulter de dictionnaire. Il n’y a pratiquement pas de librairie qui offre des livres en japonais en France, toutefois on peut acheter sur Amazon. Cependant, en l’occurrence, il faut payer par exemple dix euros de frais de livraison pour un livre de trois euros. Comme je ne rentrerai probablement pas au Japon l’an prochain, c’était l’occasion ou jamais. Les livres que j’ai choisis sont les suivants : trois romans et un essai de Yoko Ogawa, un essai d’une traductrice que je ne connaissais pas, Saeko Kishimoto, « Unbeaten Tracks in Japan » de la voyageuse anglaise du XIXème siècle, Isabella Bird, un carnet de voyage de Kôtaro Sawaki « Le train rapide de la nuit, la Turquie, la Grèce et la Méditerranée », deux romans de Kôbô Abe, « National Story Projet » de Paul Auster, « The Sterile Cuckoo » de John Nichols et « La gloire et l’échec des génies : vie des mathématiciens historiques » de Masahiko Fujiwara. J’ai également acheté deux manga, « MW » d’Osamu Tezuka et « Box » de Daijirô Moroboshi.  Il semble que presque tous ces livres ne soient pas traduits en français. Surtout les essais ont tendance à être négligés.
 Je n’étais pas allé dans cette librairie depuis longtemps. Depuis quelques années, j’achète souvent des livres sur Amazon. On clique sur un livre et on paie ; quelques jours plus tard, le livreur me le remet dans un carton d’Amazon. Si je regarde bien les critiques des consommateurs, il m’arrivera peut-être rarement d’être déçu par un livre. C’est pratique. En revanche, on n’a plus le plaisir de découvrir, voire même d’avoir le coup de foudre pour un livre. J’ai acheté « Unbeaten Tracks in Japan » d’Isabella Bird, parce que j’ai d’abord été attiré par son nom sur un volume qui était discrètement posé sur un rayon. Ce nom me fait penser à un personnage de l’univers de Kenji Miyazawa. D’ailleurs, son nom de famille est « Bird », ce qui signifie « oiseau ». J’ignore si c’était son vrai nom, mais il semble que cette Anglaise, née en 1831 et morte en 1904 ait été une grande voyageuse. J’ai l’impression que son nom résume bien sa vie, car elle a volé entre différents continents comme un oiseau.