mardi 21 août 2018

Les zombies


 Aujourd’hui, j’ai regardé « Bienvenue à Zombieland ». Dans les États-Unis envahis par les zombies, le héros, geek, sans ami et puceau, au cours de son voyage en quête d’un endroit sûr, rencontre un dandy costaud et friand de «Twinkies » . Avec deux autres filles qui les rejoignent plus tard, ils essaient d’atteindre un parc d’attraction où, selon les rumeurs, il n’y a pas de zombie. Ce film nous enseigne plusieurs règles pour survivre dans un monde envahi par les zombies. Par exemple, il faut donner deux fois un coup mortel aux zombies et attacher sa ceinture de sécurité dans la voiture. Comme je m’inquiétais beaucoup, après avoir regardé « Le Retour des morts-vivants » en me demandant si les zombies allaient envahir ma ville, ça m’a rassuré. C’est un film divertissant, pas vraiment grotesque et comique. Si vous regardiez par exemple « La Mouche » ou « L’Exorciste » avec votre copine dans la soirée, elle risquerait d'avoir un malaise et de cracher de la vomissure verdâtre sur votre visage. « Zombieland » ne présente pas ce risque.
 Je me suis tout de suite rendu compte que l’acteur qui jouait le héros était celui qui incarnait Mark Zuckerberg dans « Social Network ». Toutefois, je n’ai pas réalisé jusqu’au générique que l'actrice qui interprétait l’héroïne, Wichita était Emma Stone. Ma scène préférée est celle où l’ex-femme de Johnny Depp devient zombie tout au début du film. Et je confonds toujours Bill Murray et Robin Williams. Ils se ressemblent beaucoup.
 Le soir, j’ai regardé « Shaun of the Dead ». C’est un film de zombies anglais sorti en 2004. Les zombies apparaissent toujours aux États-Unis, mais cette fois, une étrange maladie qui réanime les morts se répand à Londres. L’acteur qui a joué le héros, Shaun, employé dans un magasin d’électroménager, est Simon Pegg, celui qui joue Benji dans « Mission Impossible ». Le personnage qu’il a incarné était presque le même que Benji. C’est-à-dire, il manque un peu de force de caractère, il est un peu étourdi mais gentil. Les zombies de « Shaun of the Dead » sont les plus faibles parmi les films de zombies que j’ai vus. Ils marchent très lentement. Ils sont facilement neutralisés, ils n’arrivent pas souvent à mordre les gens. Si je devais me battre contre un zombie, je préférerais de loin l’un de « Shaun of the Dead ». De plus, ils sont plutôt propres. Par exemple, ils ne crachent pas de bile noire dégoûtante. On dirait simplement des Anglais anémiques qui s’amusent à rouler les yeux. La différence avec les films de zombies américains est intéressante. Dans les films américains, même les gens ordinaires savent manier les fusils et les pistolets, mais dans les britanniques, du moins dans ce film, personne ne sait manier un fusil alors que des zombies s’approchent.
 Bientôt, à la rentrée, c’est moi qui serai un zombie.

lundi 20 août 2018

''Le Retour des morts-vivants''


 Aujourd’hui, j’ai regardé « Le Retour des morts-vivants » sous prétexte d’apprendre l’anglais. Évidemment, je l’ai regardé pendant la journée parce que ça fait trop peur la nuit.  
 L’intrigue est la suivante : deux employés d’une société de fourniture médicale, Freddy et Frank, tapent par curiosité un récipient dans lequel se trouve un zombie endormi, ce qui fait jaillir d’un gaz toxique qui réanime les morts. Un cadavre conservé dans cette entreprise se met à crier et à s’agiter violemment. « Détruis le cerveau ! C’était comme ça dans le film ! », dit Frank et ils réussissent à fendre le cerveau du cadavre avec une pioche, mais le zombie n’arrête pas de bouger ! Afin de cacher ce scandale, avec le PDG de la société, ils se rendent au crématorium pour incinérer le cadavre. Le zombie est finalement incinéré, mais c’est là que l’histoire commence. Une fumée contenant le gaz sort de la cheminée et la pluie la fait pénétrer dans la terre du cimetière. Des centaines de zombies commencent à ramper sur le sol. À ce moment-là, Freddy et Frank qui ont absorbé du gaz deviennent de plus en plus malades et bizarres……
 J’ai l’impression que beaucoup de films des années quatre-vingt sont traumatisants. « Suspiria » d’Argento (très beau film), « La Mouche » de Cronnenberg (je l’ai regardé à la télé la nuit quand j’allais au collège. J’ai regretté), « La Chose » de John Carpenter. Le premier « Jeu d’enfant » est sorti aussi dans les années quatre-vingt (le deuxième ou le troisième était si grotesque que j’ai failli vomir). « L’Exorciste »…c’est un peu plus vieux. « Le Retour des morts-vivants » n’est pas un film d’horreur si terrifiant. Il y a des scènes grotesques, mais il est comique et surtout très divertissant. Comme c’est un film qui fait perdre l’appétit, on pourra sans doute perdre du poids si on le regarde tous les jours.
 Le soir, j’ai regardé « Au loin s’en vont les nuages » de l’un de mes cinéastes préférés, Aki Kaurimaki pour effacer l’arrière-goût de ce film d’horreur. Les personnages des films de Kaurismaki se trouvent souvent dans une situation difficile. Dans cette œuvre, le marié, plus très jeune, Ilona (Kati Outinen) et Lauri (Kari Väänänen) perdent leur travail et deviennent chômeurs. Ils essaient de trouver un nouvel emploi, mais en vain. Ilona commence finalement à travailler dans un restaurant tenu par un homme suspect. Finalement, ils sont expulsés de leur appartement. Il y a toujours un peu de tristesse dans les œuvres de Kaurismaki, mais ses films ne semblent pas très sombres grâce à leur atmosphère mystérieusement chaleureuse. Dans ce film, le mari n’oublie pas d’apporter un bouquet de fleurs à sa femme, même s’ils sont pauvres.
 Je trouve toujours que la cuisine dans les films de Kaurismaki a l’air bonne. Ce ne sont pas des repas copieux, ils sont même frugaux. Dans un autre film, Matti Pellonpää fait cuire du saumon avec un œuf. Dans « L’Homme sans passé », le héros, un homme amnésique fait une sorte de soupe avec une boîte de lentilles et j'avais envie qu’il m’offre de la partager avec lui.


dimanche 19 août 2018

Spectre


 Je suis allé à la cuisine commune de ma résidence pour utiliser le micro-onde. Sur une chaise longue comme un banc était assis un homme. Dans le micro-onde émettant une lumière orange tournait une tasse. J’habite dans une résidence universitaire. La majorité des habitants sont jeunes, mais il avait l’air d’avoir entre trente et quarante ans. En marmonnant, il lisait à haute voix un livre anglais qu’il tenait à la main. Sur la couverture, on voyait le plan du métro d’une ville anonyme. Sans entrer dans la cuisine, j’attendais que sa tasse soit réchauffée. Pendant ce temps, je regardais la route par la fenêtre.  « Tu viens d’où ? », ai-je entendu dans mon dos. Je me suis retourné. L’homme qui lisait le livre s’était levé et se tenait à côté de moi sans que je l’aie entendu approcher. « Du Japon, ai-je dit. – C’est loin ! a-t-il dit. – Et vous ? - Je viens de l’Ukraine », m’a-t-il dit. L’Ukrainien avait les yeux bleus et une barbe de quelques jours. Son T-shirt avait des trous. « Pourquoi on dit ‘’au Japon’’ et pas ‘’en Japon’’ ? », m’a-t-il demandé tout à coup. « Parce que le Japon est masculin. Les pays qui se terminent par ‘’e’’ sont le plus souvent féminins, la France, l’Espagne, la Chine etc, ai-je expliqué.
- Mais le Canada ? Ça se termine par une voyelle, m’a-t-il dit.
- Ce n’est pas une question de voyelle, mais de la lettre ‘’e’’.
- Et le Mexique ?
- Le Mexique est une exception. Je ne sais pas pourquoi. Parce qu’on a l’impression que c’est un pays viril ? Avec les mafias tout ça ?
- Ah », fit-il. Il avait l’air convaincu, mais son histoire ne s’est pas arrêtée là. Il a continué :
« Je pense que ce n’est pas une question de terminologie. C’est parce que quand on regarde sur la carte, le Japon est loin de la France et on dirait un point, c’est pourquoi on utilise ‘’à’’. Sur la carte, la Russie est immense. C’est pour ça qu’on dit ‘’en Russie’’ »
 C’était un point de vue très original, mais je n’étais pas convaincu, puisque selon cette logique, on devrait dire « en États-Unis » et « en Canada », alors qu'en réalité, ce n’est pas le cas. C’est donc une question de morphologie. Comme j’allais le lui dire, le micro-onde a sonné. Il a repris la tasse et, je ne sais pas pourquoi, en la regardant, il a dit « Ah, merde ». Sans que j’aie le temps de lui demander le titre de son livre, on s’est séparés.

 Le soir, j’ai regardé « 007 : Spectre ». Les scenarii des films de « 007 » sont un peu tous les mêmes et c’est ce qui est bien. Il y a James Bond, M et Q. Ils se battent contre le méchant qui veut souvent détruire ou dominer le monde. Aucun méchant ne se contente de s’amuser à massacrer des fourmis, ou de rester toute la journée au lit à regarder la télé. Ils sont très motivés pour exécuter leur projet vicieux. Au cours de l’histoire apparaît une femme mystérieuse qui aide l’agent secret et le MI6 sont toujours victorieux.
 La Bond Girl de ce film était Léa Seydoux. Tantôt elle était belle, tantôt elle ressemblait à une Coréenne qui a subi de nombreuses opérations de chirurgie esthétique. On dirait un trompe-l’œil. Dans le film, Bond a fait sombrer son Aston DB10 dans la rivière, exploser plusieurs bâtiments et a s’écraser un hélicoptère.
 Quand je regarde « 007 », je me souviens de « Casino Royale » que j’ai vu avec des amis quand j’allais à l’école primaire. C’est le premier film dans lequel Daniel Craig incarnait James Bond. La grande scène est celle où Bond joue au poker avec le méchant Le Chiffre, incarné par Mads Mikkelsen et la séquence d'ouverture en noir et blanc était vraiment cool. Parmi les nombreux « 007 », ma Bond Girl préférée demeure Eva Green.
 À l’époque, aller au cinéma une fois par mois serrant mon argent de poche dans la main, était un grand plaisir pour moi. Lorsque j’y repense, j’ai l’impression que j’étais surtout attiré par l’ambiance du cinéma plutôt que par les films eux-mêmes. Du popcorn, des hotdogs et du coca vendus au comptoir multicolore. Des affiches d’acteurs et d’actrices collés partout et les brochures exposés dans les vitrines. Les fauteuils rouges de la salle de spectacle étaient confortables, et surtout, j’aimais l’instant où la lumière s’éteignait après les pubs. Avec un cliquètement, le projectionniste changeait la pellicule, et le film allait commencer.

samedi 18 août 2018

Another day of sun


 C’était vendredi. Je suis allé faire des courses parce que mon réfrigérateur était presque vide. Devant une boulangerie se tenait un homme maigre à la peau rouge brûlée par le soleil, habillé comme un randonneur ou un SDF. Je me suis rendu compte qu’il me disait quelque chose, mais je n’entendais pas car j’avais mis des écouteurs. Je savais que c’était un SDF et pas un randonneur. Les personnes qui m’adressent la parole dans la ville ne sont que des mendiants et des fous. D’habitude, quand on me demande de la monnaie, je leur dis « Je suis désolé » et je les quitte immédiatement, mais aujourd’hui, je me suis arrêté et j’ai enlevé mes écouteurs. Comme j’écoutais à ce moment-là la bande sonore de « La La Land », j’espérais secrètement qu’il allait se mettre à danser et à chanter, mais mon attente à été déçue. Le regard mélancolique, il m’a simplement demandé si je n’avais pas quatre-vingts centimes et m’a dit qu’il voulait acheter du pain en indiquant du doigt la boulangerie. Sa façon de parler était calme et polie, un peu comme un professeur d’université. La ville était déserte et silencieuse. Un tram est passé derrière nous en faisant retentir sa sonnerie. J’ai ouvert mon portefeuille. Pendant que je cherchais quatre-vingts centimes, il m’a demandé si j’étais chinois. « Je suis de nationalité japonaise, ai-je dit. – Ah ! Je connais un peu de mots japonais, ‘’Konnichiwa !’’, ‘’Arigatô’’ ! », m’a-t-il dit. J’ai mis une pièce de cinquante centimes, de vingt centimes et de dix centimes dans la paume de sa main. L’air hésitant, il m’a bredouillé : « Euh, vous n’avez pas de vingt centimes de plus ? Parce que pour acheter une baguette… ». Sans rien dire, j’ai repris la monnaie et l’ai remise dans mon portefeuille. Il a pensé que j’étais vexé, et m’a dit : « Ah non ! C’est bon ! C’est bon ! ». « Attendez », ai-je dit doucement. Cette fois, j’ai pris une pièce d’un euro et l’ai mise dans sa main. Les poissons ont besoin d’eau. La terre a besoin du soleil. Les créatures vivantes ont besoin d’oxygène et les Français ont besoin de baguettes. « Merci ! Bonne journée ! », m’a-t-il dit et il est entré dans la boulangerie.
 Au supermarché, j’ai acheté de la nourriture pour une semaine. Comme ça, même si les zombies envahissaient soudainement Strasbourg, je survivrais au moins sept jours.

vendredi 17 août 2018

''La princesse et le mensonge'' (extrait) Yoko Ogawa


 Lorsque j’allais à l’école, je feignais souvent d’être malade. Le plus souvent, c’était pour ne pas aller à l’école. Il m’arrivait aussi de faire semblant d’être malade après le déjeuner pour rentrer chez moi. J’éprouvais un sentiment spécial quand je traversais toute seule la cour, en entendant des élèves réciter la table de multiplication ou jouer de la flûte à bec. C’était comme si le bruit que faisait ma trousse dans mon sac à dos avait un sens important, ou comme si j’étais devenue un peu plus adulte.
 Parmi mes camarades, il y avait une fille qui disait des mensonges extravagants avec lesquels mes prétendues maladies ne supportaient pas la comparaison. L’un de ses mensonges les plus impressionnants, c’était :
« Mon cousin est ami des Beatles ».
 Ni de John ni de Paul mais ami des Beatles. C’est adorable. Elle disait qu’il les avait rencontrés lorsqu’il faisait ses études aux États-Unis.
« Mais les Beatles sont anglais », a dit une autre fille discrètement, sans avoir l’air de la critiquer.
« Euh, donc, il a rencontré les Beatles pendant leur tour aux États-Unis », nous a-t-elle expliqué tout de suite.
 Je pense que tout le monde se rendait compte qu’elle mentait. Mais personne ne l’accusait en public. Au contraire, on avait peur de faire remarquer les contradictions de ses histoires, et on prenait garde à ne pas chercher trop loin. Chacun gérait ses mensonges à sa façon. Et la fille elle-même, qu’elle le sache ou non, se comportait comme si de rien n’était.
 Je ne me rappelle plus à quelle occasion, mais un jour, elle m’a proposé d’aller voir sa véritable maison. Selon elle, le logement qu’elle habitait actuellement était provisoire, et la résidence occidentale de trois kilomètres carré qui se trouvait en banlieue était sa véritable maison.
 Nous avons marché longtemps et traversé une passerelle. Nous sommes passées à côté d’un sanctuaire. Bien qu'ayant quitté la circonscription scolaire, nous soyons arrivées à une ligne de chemin de fer, on ne voyait nulle part la maison qu’elle avait décrite. Elle gardait son sang-froid, mais je m’inquiétais de plus en plus en me demandant si elle serait obligée d’admettre son mensonge. Le crépuscule approchait. Faire semblant d’être dupée était beaucoup plus facile que d’avoir la cruauté de lui faire remarquer qu’elle mentait.  
 Pendant que nous longions les rails, un vacarme effrayant s’est fait entendre et nous nous sommes retournées. Écrasé par une voiture, un homme d’un certain âge était couché au milieu du chemin. En peu de temps, les badauds se sont rassemblés, mais nous avions trop peur pour nous approcher. J’ai vu, à travers la foule, une chaussure de cuir noir à moitié enlevée.
 Naturellement, nous avons rebroussé chemin.
« J’irai à ta vraie maison la prochaine fois », ai-je dit, et elle a hoché la tête.
 Je me demande comment elle aurait fait apparaître la maison occidentale de trois kilomètres carré si rien ne s’était produit. Ou l’accident de voiture faisait-il aussi partie de son scénario ?
 Je ne sais pas ce qu’elle est devenue plus tard. Si ce n’est pas pour tromper les gens, et c’est pour échapper à la réalité, j’espère que le mensonge lui sert à quelque chose.

Le téléphone


 Pendant que je lisais un article sur la greffe du visage d'une jeune Américaine qui avait tenté de se suicider avec un fusil de chasse parce qu’elle a appris que son copain allait la larguer, mon téléphone a sonné, bien que d’ordinaire, personne ne m’appelle. J’ai eu peur et j’ai pleuré. L’écran affichait un numéro inconnu. Pendant que j’hésitais à répondre, on a raccroché. On a laissé un court message. Je l’ai écouté. La voix rauque d’un homme que je ne connaissais pas bredouillait quelque chose. L’image d’un homme d'un certain âge au gros ventre m’est venue à l’esprit. Dans ma tête, il a deux filles plutôt belles, étudiantes à l’université. Il s’appelle Jean-Luc et boit un litre de vin tous les soirs. Quand sa femme le lui reproche, il la bat et elle s'enfuit dans la salle de bain en pleurant. Je n’ai pas compris tout son message. Il disait : « Salut ! Tu m’entends ? ??????????? nouvelle ». J’ai eu l’impression que la partie que je n’ai pas déchiffrée disait : « Jusqu’où avance ta nouvelle ? ». Je ne l’ai pas rappelé.
 Quelques instants plus tard, j’ai reçu le deuxième appel de la même personne. Je l’ai ignoré. J’ai mis mon portable sur le lit et j’ai fait semblant d’être mort. Au bout de quelques secondes, la sonnerie a cessé. J’ai ressuscité. Aujourd’hui, le pseudonyme Jean-Luc m’a appelé quatre ou cinq fois, pendant que je lisais « Cent ans de solitude », pendant que je dînais. Tout d'un coup, j’étais populaire. Chaque fois qu’il m’appelait, je me cachais sous la table ou je feignais d'être mort. Jean-Luc s’était-il trompé du numéro ? Qu’est-ce qu’il avait à me dire ?
 Il y a longtemps, j’ai reçu l’appel d’une femme inconnue pendant que j'attendais le bus. Elle m’a dit : « Vous avez acheté un film protecteur pour smartphone sur Amazon récemment ? ». « Non », ai-je dit, mais elle n’avait pas l’air convaincue. Elle m’a dit que j’en ai acheté un. Et je me suis souvenu que j’en avais acheté un il y avait plus d’un an sur Amazon. Comme le film protecteur était déjà brisé quand il m’a été livré, j’avais écrit une étoile avec un commentaire critique dans lequel j’avais mis toute ma capacité littéraire et linguistique. « Pouvez-supprimer ce commentaire si on vous rembourse ? m’a-t-elle dit. – Oui, ai-je dit. Savez-vous comment faire ? m’a-t-elle dit. – Oui », ai-je dit, et on a raccroché. Le bus est arrivé à ce moment-là.. Je pensais au film que j’allais regarder ce soir-là.

jeudi 16 août 2018

Les chats











 Devant l’accueil de la résidence, quelque chose de blanc et de duveteux était roulé. Cette boule de poils m’a vu avec ses yeux dorés et a miaulé à plusieurs reprises. C’était Mimi. Je suis allé à côté d’elle et aussitôt, elle s’est mise à se frotter contre moi. J’étais étonné qu’elle ne m’ait pas oublié alors qu’on ne s’était pas vus pendant plus d’un mois. Moi, je peux oublier facilement le visage et le nom d’une personne si je ne la vois pas pendant un mois. Tous les gens se ressemblent plus ou moins. J’avais entendu dire que les chats ont une meilleure mémoire que les chiens malgré leurs petites têtes adorables. Maintenant j'ai l'impression que c'est vrai.
 Mimi a appuyé sa tête contre mon bras et a commencé à ronronner. J’ai senti le froid de son petit nez contre ma peau. Elle sentait un peu le soleil et les eaux thermales. Je ne sais pas pourquoi, mais c’était férié aujourd’hui. Il n’y avait presque personne dans la cour de ma résidence. Un homme obèse portant un T-shirt et un pantalon court blancs et un garçon habillé presque de la même façon, peut-être le père et le fils, m’ont dit bonjour. Quelques instants plus tard, j’ai vu aussi une fille aux cheveux mouillés qui venait sans doute de se doucher, et se promenait tranquillement pour sentir le vent. Tout à coup, Mimi s’est pétrifiée. J’ai suivi son regard. Un animal grisâtre à quatre pattes marchait vers nous. C'était Patience. Il s’est mis à se frotter contre moi. J’ai eu l’impression qu’il avait un peu maigri. J’ai caressé son pelage, gras et poisseux par endroits. Avait-il l'habitude de se rouler sur un sol où on avait fait tomber du coca ? Si c’était un être humain, il ne plairait pas aux femmes, évidemment. Mimi voudrait souvent s’installer sur mes genoux, mais Patience se contente de se frotter contre moi. Heureusement, ce n’est pas l’inverse. C’est-à-dire que ce n’est pas Patience qui voudrait se mettre sur mes genoux et que Mimi se contente de se frotter contre moi.
 « Les souvenirs, c'est quelque chose qui vous réchauffe de l'intérieur. Et qui vous déchire violemment le cœur en même temps », avait écrit Haruki Murakami dans « Kafka sur le rivage ». En caressant les chats, je me suis demandé s’il leur arrive aussi de se souvenir d’un temps heureux et de se sentir déchirés en se rappelant un événement amer.