jeudi 19 octobre 2017

Le partiel

 Aujourd’hui, j’avais un partiel de linguistique diachronique. Le professeur de ce cours est grand et mince. C’est quelqu’un d’élégant, il porte toujours un chapeau qui me rappelle celui du détective Poirot et, une écharpe bleu clair. J’apprécie également sa manière de parler très clairement. J’aime en effet les gens qui parlent sans beaucoup d’émotion comme Hal 9000. Avant de commencer le cours, il a enlevé ses écouteurs. J’aimerais savoir ce qu’il écoute. De la musique classique ? Un livre audio ? Mais il se peut qu’il écoute du métal à plein volume. Hier, je l’ai vu parler avec une réceptionniste au Portique.
 Je savais que ce partiel ne durerait que vingt minutes, mais honnêtement il était beaucoup plus simple que je ne l’imaginais. Le professeur nous a dit qu’écrire deux lignes était suffisant pour répondre à la première question. Étant donné que je n’ai confiance en personne, j’ai cru que c’était un piège. Maintenant, je regrette d’avoir trop écrit. De toute manière, ce partiel est fini. Vu que je n’ai pas d’ami scientifique qui possède un DeLorean, je ne peux y rien faire. Il me reste encore celui de latin mais comme je n’ai jamais eu de notes terribles dans cette matière, je suis quand même un peu soulagé. J’ai perdu l’appétit pendant quelques jours et je ne prenais que du café. Ce soir, l’appétit est revenu. J’aimerais dévorer une pile de tartes aux fraises.
 La semaine prochaine, je devrai faire un exposé sur Jack London. Je m’inquiète parce qu’aujourd’hui, le professeur de ce cours a longtemps interrogé deux demoiselles qui ont fait ensemble leur exposé. Il est tranquille et a l’air doux. Il est si mignon qu'on a envie de mettre sur les genoux mais mon état mental n’est pas suffisamment solide pour supporter un tel interrogatoire. Je m’excuse d’avance si j’ai une crise pendant ce cours la semaine prochaine.
 En attendant le bus pour rentrer chez moi, j’ai joué tout seul avec ma silhouette. En attachant les ombres allongées de mes index, j’ai reconstitué la scène célèbre d’« E.T. l’extra-terrestre ».

mercredi 18 octobre 2017

À quoi puis-je comparer mon cœur ?



Je me demande toujours pourquoi les professeurs n’ont pas l’air d’avoir sommeil lorsqu’ils donnent un cours à 8 heures. Je n’ai jamais vu un professeur bailler. J’étais peut-être fatigué, bien que je me lève toujours à 6 heures, ce matin, quand je me suis levé, mon portable indiquait déjà 6 heures 45. De plus, à ce moment-là, mon cœur était déjà rempli de tristesse. J’ai pensé manquer le cours du matin, mais je suis quelqu’un qui n’aime pas changer d’habitude ; je me suis préparé vite et je suis parti.

C’est un mystère. Lorsque je me couche toutes les nuits, beaucoup de préoccupations surgissent en moi et m’empêchent de dormir. Pendant le cours, je peux m’endormir tranquillement. Quand le professeur nous racontait la vie de Thomas Mann, je l'ai transpercé du regard ; il ressemble à Truman Capote. Cet écrivain américain connu notamment pour ''Breakfast at Tiffany's'' et ''Cold Blood'' était un homme de petite taille, en revanche, cet enseignant est grand. Le nez petit, les cheveux blonds blanchissants, le front haut et les yeux bleus sont communs.  Après m'être assuré qu’il ne me regardait pas, j'ai sombré dans un profond sommeil. J’ai rêvé qu’une enseignante inconnue mourrait d’une crise cardiaque en cours. Lorsque j’ai rouvert les yeux, une fille à lunettes était en train de faire son exposé.

Pendant le cours de latin, j’ai appliqué la règle de la main gauche de Flemming pour vérifier les mouvements d'un générateur. Le pouce indique le sens du mouvement. L’index, celui du courant, le majeur, la direction du champ magnétique. Ensuite, j’ai dessiné une courte BD sur le revers d’une feuille que la professeure avait distribuée. C’est une BD assez ridicule et pas très réussie, dans laquelle un esprit méchant apparaît de la veine du bois du plafond et enlève un garçon endormi.

En cours d’allemand, je devais faire un exposé. Parmi les sujets concernant la mode, j’avais choisi ‘’Das perfeckte Outfit fur Kunstler (La tenue parfaite pour les artistes)’’. Je ne m’intéresse pas du tout à la mode, j’avais dû choisir un sujet qui semblait me convenir le plus. J’ai comparé deux compositeurs, Beethoven et Haydn. Beethoven était quelqu’un qui ne faisait aucune attention à son apparence. Selon son secrétaire, il était « comme Robinson Crusoé ». Le plus grand compositeur de l’histoire de la musique a même été arrêté par un policier qui l’a pris pour un clochard. Plus tard, le maire de Vienne lui a présenté ses excuses. Contrairement à lui, son maître (toutefois, Beethoven prétend qu’il n’a rien appris de lui), Joseph Haydn était quelqu’un de soigné. Il mettait toujours une perruque pour composer, alors que personne ne le voyait. On connaît aussi la personnalité de ces grands hommes aussi à travers leurs portraits. Tandis que Ludwig fronce les sourcils d’un air de défi, Haydn sourit tendrement comme une grand-mère qui regarde son petit-fils jouer dans le jardin. Et j'ai conclu mon exposé ainsi : « Quelque part dans le monde, il y a peut-être un compositeur qui travaille avec un scaphandre. »

Pendant que je parlais en public, je me rendais compte que je parlais très vite comme une mitrailleuse. Plus j’essayais de parler plus lentement, plus je bredouillais. Mes mains tremblaient, je baissais les yeux, je n'arrivais pas à regarder les visages des gens. Alors qu'ils ne me prêtent aucune attention d'habitude, une multitude d'yeux me regardaient, uniquement à l'occasion de cet exposé. Je me suis senti comme Adolf Eichmann au procès de Nürnberg. Tout ce que j'attendais, c'était le verdict et la condamnation à la peine capitale.

La professeure d’allemand avait distribué des feuilles sur lesquelles on devait écrire un commentaire sur ceux qui avaient fini leur exposé. Nous devions donner des bons points et faire des suggestions. J’ai reçu les commentaires que les autres avaient faits sur mon exposé. Sans les lire, je les ai insérés dans mon cahier. Je ne les lirai peut-être jamais. J’ai aussi écrit mes impressions de trois filles qui ont fait des exposés. J’ai écrit la même chose pour ces trois demoiselles ; « Vous parlez lentement et c’est bien. » En réalité, leurs exposés étaient beaucoup plus raffinés que le mien. Elles présentaient de beaux hommes et femmes avec de jolis vêtements alors que je leur avais montré les portraits d’un homme d’âge mûr qui fait une grimace terrible et d’un autre avec une perruque comique et démodée. À ce moment-là, pour la première fois, j'ai fait des reproches à mon compositeur préféré : il aurait dû faire attention à ses habits et il aurait dû au moins faire l'effort de sourire.

Disparaître




Tant que j’avais beaucoup de choses à faire, j’étais apathique. J’étais triste sans raison. J’ai envoyé un message à une amie parisienne ; elle ne m’a pas répondu. Avant on se parlait fréquemment, presque tous les jours, depuis plusieurs mois, on s’est éloigné. Vu qu'elle me conseillait de me faire des amis à Strasbourg, elle a eu envie de m’éloigner. C’est peut-être aussi parce que j’ai refusé d’aller à Paris, ou qu’elle s’est finalement aperçue que je suis incapable de sentiments profonds. Je pourrais suggérer à l’infini les raisons pour lesquelles elle ne me parle plus, mais je me suis habitué à ce genre de choses. Avant, chaque fois que quelqu’un me quittait ou me critiquait, j’étais blessé. Je ne comprends toujours pas pourquoi je n’arrive pas à communiquer avec des gens, je sens juste que quelque chose cloche, que quelque chose ne va pas mais je ne sais pas ce que c’est. Il y a un problème d’input et d’output.

 Ce sentiment d’être étranger est de plus en plus fort. Faute de pouvoir retourner dans ma planète natale, je suis obligé à vivre sur la Terre.
Lorsque je me suis rendu compte de cela, mon cœur était couvert de plaies qui ne se cicatrisent pas, si bien qu’il n’y a plus de place pour de nouvelles blessures. Il se nécrose, se décompose petit à petit ; il tombera finalement comme une tomate pourrie.
Je me suis vaguement souvenu d’une nouvelle de Scott Fitzgerald intitulée ‘’The Rich Boy’’. Il y a un passage que j’ai lu plusieurs fois.

"Hello there, Oscar," he said to the bartender. "Mr. Cahill been around this afternoon?""Mr. Cahill's gone to New Haven.""Oh . . . that so?""Gone to the ball game. Lot of men gone up."Anson looked once again into the lobby, considered for a moment, and then walked out and over to Fifth Avenue. From the broad window of one of his clubs--one that he had scarcely visited in five years--a gray man with watery eyes stared down at him. Anson looked quickly away--that figure sitting in vacant resignation, in supercilious solitude, depressed him. He stopped and, retracing his steps, started over 47th Street toward Teak Warden's apartment. Teak and his wife had once been his most familiar friends--it was a household where he and Dolly Karger had been used to go in the days of their affair. But Teak had taken to drink, and his wife had remarked publicly that Anson was a bad influence on him. The remark reached Anson in an exaggerated form--when it was finally cleared up, the delicate spell of intimacy was broken, never to be renewed. 
"Is Mr. Warden at home?" he inquired."They've gone to the country."
 Le héros, le garçon riche, Anson Hunter rentre à New York après avoir connu quelques amours, et il découvre qu’il a perdu tout ce qui lui était précieux et que tout est fini maintenant. Il demande au barman ce que ses anciens amis font. Le barman lui répond qu’ils sont tous partis. Et Anson se rend compte qu’il n’est plus un garçon.

 Il n’y a pas de meilleur écrivain que Fitzgerald, pour évoquer la solitude de manière si raffinée et touchant. ‘’The Rich Boy’’, ‘’Winter Dreams’’, ‘’Great Gatsby’’ me rappellent que la vie n’est qu’une continuation de pertes, mais qu’il y a toujours une lumière qui l’éclaire.

“ Gatsby believed in the green light, the orgastic future that year by year recedes before us. It eluded us then, but that's no matter tomorrow we will run faster, stretch out our arms farther. . . . And one fine morning——
So we beat on, boats against the current, borne back ceaselessly into the past.”


 Je cherche toujours cette lumière verte. Je suis enfermé dans une cabine téléphonique isolée, je frappe de toutes mes forces à la porte et je crie, mais personne ne me voit, personne ne m’entend dans cette obscurité totale.

''Marque-page bleu'' Galileo Galilei



Nos sentiments s'étendent sur de nombreuses pages.
Mais pour une raison inconnue, je n’arrive pas à remplir cet espace vide.

J’y ai inséré un marque-page fait d'une fleur. 
Nous avons démarré avec un vélo qu’on a ensuite abandonné. 
On a entassé des briques oubliées, puis on les a fait tomber.

Nous devenons égaux.
Fatigués de jouer, nous ne nous souviendrons plus jamais de ce ciel d'un bleu effrayant. 

Ainsi, un faisceau de lumière s'imprime en moi.
Alors qu’on est encore ensemble, te dire « J’espère te revoir un jour », c’est comme si je n’étais plus moi-même. 

Ta main tourne une page. De tes lèvres, tu noues un miçanga de fils. 
Dis donc, aujourd’hui est comme un autre jour. 
S’il pleut, on se parlera en ligne. 
Maintenant je t’impose (Le miçanga s’est détaché sans que je m'en rende compte) 
ma gentillesse (mais je n’arrive pas à te le dire.) 
Il me semble que je ne suis plus moi-même. 

Si tu choisis quelque chose, il se cassera bruyamment. 
C’est donc de l'amour, m’as-tu dit en riant. 

Je suis finalement arrivé à l’heure. 
La ville s'endormit feignant de nous ignorer.
Allons à l’endroit où on avait entassé des briques oubliées. 

J'ai grimpé la colline surplombant la mer. Le ciel est d'un bleu effrayant.
Une bouteille de cidre dans la main droite, ma main gauche te cherche toujours. 

Avec mes mains, j’embrasse le vent printanier. 
Nous avons toujours le temps, «Un jour, nous oublierons aujourd'hui » 
Je ne veux pas que tu me le dises. 

De cette manière, ‘’l’instant’’ ne me demande rien. 
Les deux sont encore là. 
« Au fait, le mot qui peut remplir l’espace blanc… » 
Non, je te le dirai un jour. 

Ta main tourne une page. Tu défais le miçanga avec tes lèvres. Le premier train du jour et des bonheurs parsemés. 
Une journée comme une autre commence. 
Il me semble vraiment que je ne suis plus moi-même.

何ページもついやして 綴られた僕らの気分
どうしてか一行の 空白をうめられない

押し花の栞はさんで 君と転がす使い捨ての自転車
忘れかけの煉瓦を 積み上げてはくずした

イコールへとひきずられていく こわいくらいに青い空を
遊びつかれた僕らは きっと思い出すこともない

そうやって今は僕の方へ 押しつける陽射しの束
まだ二人はすぐそこにいるのに 「どうかまた会えますように」なんて
どうかしてるみたい

一ページめくるてのひら くちびるで結んだミサンガ
ねぇ今日も変わらない今日で 雨ふれば電話もできるよ
そうやって今は君の方へ(いつのまにか切れたミサンガ)
押しつける僕の優しさを(でもなぜか言えないままだよ)
本当どうかしてるみたい

どれか一つをえらべば 音をたてて壊れる
それが愛だなんて おどけて君は笑ってた

間に合ってよかった 街は知らないふりをきめて眠った
忘れかけの煉瓦を 積み上げた場所にゆこう

海を見渡す坂をかけのぼって こわいくらいに青い空と
右手にサイダー 左手はずっと君をさがしている

そうやって塞いだ両の手で 抱きしめている春の風
まだ時間は僕らのもので「いつか、忘れてしまう今日だね」なんて
言わないでほしいよ

そうやって“今”は僕の方へ 問いつめることもなくて
まだ二人はすぐそこにいるだろう 「そうだ、空白を埋める言葉は」
いや、まだ言わないでおこう

一ページめくるてのひら くちびるでほどいたミサンガ
始発電車まばらな幸せ ねぇ、今日も変わらない今日だ

本当どうかしてるみたい

''A Hard Day's Night'' The Beatles (和訳)



クソハードな一日だった。犬みたいにこきつかわれた。
クソハードな一日だった。丸太みたいに眠りたい。
でも家に帰って君の顔を見れば、これでいいんだって思える。
僕が一日中働き詰めなの知ってるだろ。それもこれも君に不自由してほしくないから。
君は僕のものだって言ってくれれば、僕としてはそれでいいんだ。
だから不満なんて全然ないよ。
こうして君と二人きりになれるだけで僕は満足だから

家に帰れば、これでいいんだって思える
家に帰って君が抱きしめてくれれば、何もかも忘れられる。

クソハードな一日だった。犬みたいにこきつかわれた。
クソハードな一日だった。丸太みたいに眠りたい。
でも家に帰って君の顔を見れば、これでいいんだって思える。
だから不満なんて全然ないよ。
こうして君と二人きりになれるだけで僕は満足さ。
家に帰れば、これでいいんだって思える。
家に帰って君が抱きしめてくれれば、何もかも忘れられる。

クソハードな一日だった。犬みたいにこきつかわれた。
クソハードな一日だった。丸太みたいに眠りたい。
でも家に帰って君の顔を見るだけで安心できる。
これでいいんだって思える。
これでいいんだって。

It's been a hard day's night, and I been working like a dog
It's been a hard day's night, I should be sleeping like a log
But when I get home to you I find the things that you do
Will make me feel alright
You know I work all day to get you money to buy you things
And it's worth it just to hear you say you're going to give me everything
So why on earth should I moan, 'cause when I get you alone
You know I feel OK
When I'm home everything seems to be right
When I'm home feeling you holding me tight, tight
It's been a hard day's night, and I been working like a dog
It's been a hard day's night, I should be sleeping like a log
But when I get home to you I find the things that you do
Will make me feel alright, ow
So why on earth should I moan, 'cause when I get you alone
You know I feel OK
When I'm home everything seems to be right
When I'm home feeling you holding me tight, tight
It's been a hard day's night, and I been working like a dog
It's been a hard day's night, I should be sleeping like a log
But when I get home to you I find the things that you do
Will make me feel alright
You know I feel alright
You know I feel alright

lundi 16 octobre 2017

Une famille de ragondins





« Une belle ville avec une belle bibliothèque. »

 Ainsi s'exprime un philosophe français, Jean-Jacques Augustin. Il a écrit cette phrase dans une lettre à un ami au cours d’un voyage à Constantinople en 1876. À ses yeux, pour être qualifiée de "belle", une ville doit posséder une belle bibliothèque, héritage et résumé de son histoire. Une ville qui n’a pas de bonne bibliothèque est à plaindre, même si son architecture et ses paysages méritent le voyage. Toutefois, d’après ses lettres, lors de ce voyage, il a découvert une pièce cachée dans une bibliothèque. Finalement, il n’est jamais revenu.


 C’est un mensonge. C'est un personnage que j'ai inventé. Mais c’est vrai que Strasbourg a de belles bibliothèques. 
 Hier, je suis allé à la médiathèque André Malraux. Je suis monté à l’étage des bandes dessinées. Déambuler devant les étagères remplies de belles couvertures est un véritable plaisir. Je pourrais passer ma vie dans cette médiathèque sans épuiser tous les livres. Au début, je pensais emprunter des BD ou des mangas mais au final, j’ai choisi trois albums de reproduction. Ces temps derniers je suis occupé, j’ai déjà beaucoup de livres à lire et je n’ai pas le temps de lire une BD. Après avoir réfléchi longtemps, j’ai choisi un album de mon sculpteur et graveur préféré, Kiki Smith, et un autre de Bruegel et de Georges De La Tour. Pliant sous le poids des livres que j’ai empruntés, j’ai longé l’Ill. Quelques minutes plus tard, j’ai vu quelque chose remuer dans l’eau. Je me suis arrêté et je me suis approché. J’ai regardé en bas, une famille de ragondins (ou un animal qui ressemble au ragondin) se baignait. Les enfants collés les uns aux autres, ne cessaient de remuer leurs pattes. Le plus grand était peut-être leur mère. Je les ai observés longtemps. 

« J'ai faim, frérot, a dit un des enfants.
- Patience, maman nous apportera quelque chose, a dit un autre.
Où est l'oncle escargot ?
- Une cigogne l'a becqueté et l'a emporté. 
- Quand papa reviendra-t-il ?
- Quand le soleil se lèvera pour la centième fois. »

Au bout d’un moment, la mère est partie toute seule en laissant ses enfants. Je leur ai dit au revoir et je me suis remis à marcher. Dès que j’ai levé la tête, le soleil m'a ébloui et j'ai fermé les yeux. La nuit, avant de dormir, j'ai pensé à la famille de ragondins. J'ai souhaité qu'ils n'aient pas faim, que l'eau ne soit pas trop froide.

dimanche 15 octobre 2017

Mozart à Strasbourg



« Tout est pauvre ici. » la déception de Mozart

 De la rive droite de Rhin, quelle impression donne Strasbourg ? Autrefois, Mozart a aussi visité cette ville. Cependant, ces deux lettres du père et du fils racontent tout.
« As-tu la possibilité de gagner de l’argent à Strasbourg ? » - Leopold Mozart
« Tout est pauvre ici. » - Wolfgang Amadeus Mozart

 Certes, c’était un court séjour, mais Mozart a passé quelque temps dans cette ville. Toutefois, comme sa lettre indique, il semble qu’il ait été plus ou moins ignoré. 2006 a marqué deux cent cinquantièmes anniversaires de sa naissance. Les admirateurs de Mozart dans cette ville auraient accueilli ce jour avec un sentiment de regret de l’attitude de leurs ancêtres : ils auraient dû le retenir plus longtemps et l’accueillir plus chaleureusement.

 Le 10 octobre 1778, après six mois de désappointement à Paris, en route pour Salzbourg, Mozart est arrivé à cette ville en diligence. Son père l’y attendait, mais il hésitait à y rentrer à cause de l’archevêque. Avec un léger espoir de réussir en tant que compositeur, il est descendu à l’arrêt juste devant l’hôtel du Corbeau (près du musée alsacien actuel). Son séjour a duré environ trois semaines (du 10 octobre à 3 novembre). Il avait vingt-deux ans. Il logeait chez l’ammestre Frank (cette maison reste encore au 7 quai Saint-Nicolas !). La dialogue « As-tu la possibilité de gagner de l’argent ? » « Tout est pauvre ici. » est sans doute sans indulgence pour une ville de commerce prospère comme Strasbourg. Mais cette impression de Mozart n’est pas incompréhensible. Après avoir séjourné dans plusieurs villes et connu la beauté du rococo, la ville relativement simple et gothique de Strasbourg aurait été pauvre à ses yeux. D’ailleurs, le compositeur strasbourgeois qu’il avait connu à Paris, Rodolf, lui avait offert un emploi en tant qu’organiste à Versailles, mais ce projet n’avait pas abouti. De plus, il avait même fait des dettes auprès d’un grand commerçant de cette ville.

 Le concert n’a pas eu un grand succès. Les gens de haute société étaient préoccupés par les mesures contre le risque d’inondation du Rhin. Parmi les trois concerts qu’il a donnés, la première a eu lieu au grand hall de la poêle de la corporation du Miroir, et a été bien accueilli. Des gens de haute société étaient aussi présents, l’ambiance était accueillante. Toutefois Mozart fut déçu de la faible rémunération qu’il reçut. Une semaine plus tard, suite aux conseils de quelques personnes, il a organisé son deuxième concert avec l’orchestre local dans un bâtiment à la place Brogile (Dans l’entrepôt de blé qui a été rénové et transformé en théâtre municipal en 1821). Mais l’audience était clairsemée ; dans une lettre à son père, il a déploré l’incompréhension des citoyens à l’égard de la musique. Déconcerté, il a pensé quitter la ville mais une inondation l’a retenu. À cette occasion, il a organisé un concert privé. Cette fois, l’audience a compris son art et il était content. Il écrivit même : « Strasbourg sans moi est impensable. »

 Dans cette ville, le développement de la musique n’était pas forcément en retard. En 1731, l’académie municipale de musique avait été déjà fondée. En réalité, Mozart a rencontré de grands hommes de l’histoire de la musique. Il a essayé le célèbre orgue d’Andreas Silbermann. Il a rencontré également le maître de chapelle de la cathédrale, François Xavier Richter. Il a même exprimé le souhait de remplacer ce chef d’orchestre âgé et légèrement alcoolique, si besoin était.

 Mozart a écrit un concerto intitulé ‘’Strasbourg’’. On ne sait pas s’il avait déjà composé à Paris ou s’il a composé pendant ou après ce séjour à Strasbourg. À la même époque, une sonate d’un autre Strasbourgeois qui vivait à Paris, Hüllmandel, a certainement inspiré Mozart. Il y a des spécialistes qui disent que l’influence de cette sonate est présente dans la sonate pour piano k310. Mozart est devenu un membre de la Franc-maçonnerie en 1784. Avant cet événement, pendant ce séjour, il fut accueilli à la loge qui s’appelait ‘’la Candeur’’. D’ailleurs, un membre de la Franc-maçonnerie et un marchand, Franz Heinrich Ziegenhagen lui a offert un poème. C'est pour lui que plus tard, Mozart a composé un morceau, k619.


 Ce dont Strasbourg peut être fière à propos de sa rencontre avec ce génie, c’est sans doute le fait que son premier opéra ‘’L’enlèvement au sérail’’ fut représenté pour la première fois en France du vivant de l'artiste, ou que l'on a joué ‘’La flûte enchantée’’dans cette ville plus tôt qu’à Paris, en 1800.

(L'extrait de ''L'histoire de Strasbourg'' d'Hidemi Uchida.)