jeudi 21 décembre 2017

Des hommes sans femmes



 Je suis enfin débarrassé du partiel de linguistique diachronique. Pendant le cours, je me disais que c’était très compliqué et trop difficile pour un idiot comme moi. J’ai demandé plusieurs fois à Pauline de m’aider. Elle a pris son cahier en photo et me l’a envoyé. Sa belle écriture était illisible. Elle l’a ensuite dactylographié et me l’a envoyé par mail. Cette fois, c'était lisible, mais quelques jours plus tard, elle m’a envoyé un message pour me dire que son cahier contenait beaucoup de fautes. Tant pis.

 La linguistique diachronique est en effet compliquée, mais j’ai découvert que c’est très logique et que c'est toujours la même chose.

 Le professeur nous a demandé d’écrire le numéro de notre siège sur la copie. Le numéro de mon siège était 78. C’était le même siège que lorsque j’ai passé le partiel intermédiaire de ce cours. C’est un bon chiffre, parce que le numéro du premier Gundam est aussi 78 (RX78-02). J’ai répondu à toutes les questions avant la fin, mais je suis resté assis. Ce professeur ne ramassait pas les copies. Il demandait aux étudiants de les laisser sur la table. L’examen terminé, je ne suis pas parti immédiatement. Debout près du mur, j'ai regardé Monsieur R se déplacer de table en table pour ramasser les copies. J’ai vérifié qu’il prenait la mienne, et j’ai finalement quitté l’amphithéâtre.

 Je suis allé ensuite à la BNU parce qu’hier j’ai reçu un mail disant qu’un livre que j’avais réservé était prêt. Je me suis rendu à l’accueil du niveau trois et j’ai dit bonjour à un bibliothécaire. Il m’a dit que son ordinateur avait un problème et m’a demandé d’aller vers son collègue. Il avait l’air désolé comme un père qui a perdu son fils.
À gauche était assise une femme à lunettes. Je lui ai dit que j’étais venu prendre un livre que j’avais réservé.

« Il s’intitule ‘’Des hommes sans femme’’, lui ai-je dit.
- Pour la réservation, il faut aller à l’accueil niveau deux », m’a-t-elle dit.

 Je suis donc descendu. J’ai vérifié qu’il était écrit ‘’Niveau deux’’, ou quelque chose comme ça. J’ai avancé et j’ai dit la même chose à une femme avec un pull bleu qui était là.

« Il s’intitule ‘’Des hommes sans femmes’’. Sa couverture est rouge.
- Oui, mais il faut aller à l’accueil en face, là-bas, m’a-t-elle dit en indiquant une pièce dans laquelle je n’étais jamais entré.
- Là-bas ? ai-je répété.
- Là-bas. »

 Cette fois, un homme qui ressemble à un hippie et une femme aux cheveux bruns étaient en train de bavarder. Au bout de quelques minutes, quelques livres à la main, la femme a disparu dans le fond de la pièce. J’ai donc dit à cet homme barbu, aux cheveux ébouriffés que j’étais venu chercher un livre que j’avais réservé. Cette fois, il ne m'a pas dit qu'il fallait aller à tel ou tel accueil. Il s’est levé et a disparu dans le fond de la pièce. Quelques instants plus tard, il est revenu avec un livre rouge. C’était ‘’Des hommes sans femmes’’. Sur la couverture, il y avait le dessin d’un chat noir.

 Dans le tram, une petite fille et sa maman étaient assises devant moi. La mère d’un certain âge regardait son smartphone orange. La petite fille portait un bonnet blanc et un manteau bleu clair. Elle était blanche comme une fée des neiges. La fillette est venue à côté de moi et a étalé un petit journal gratuit qu'on voit souvent en ville. D’une voix chantante, elle s’est mise à lire à haute voix des articles. J'y ai jeté un coup d’œil. Ce qu’elle disait n’apparaissait nulle part sur le journal.

mercredi 20 décembre 2017

La recette de la mayonnaise






 C’était une longue journée. Je n’ai pas du tout pu dormir la veille car j’étais excité. Je n’ai pas rêvé, je me retournais sans cesse dans mon lit. J’imagine que tout le monde a un jour ou l'autre vécu la même expérience : plus j’essayais de dormir, plus je me réveillais.

 Finalement, j’ai pu me lever à six heures et demie. Je n’avais pas sommeil alors que je n’avais guère dormi. J’ai bu un café, j’ai mis du thé vert dans ma gourde et je suis sorti. Comme l’épreuve en quatre heure avait lieu au palais universitaire, j’ai marché jusqu’à l’arrêt du tram. Dans la lumière bleutée du matin, quelques personnes attendaient le tram, immobiles comme des arbres morts.

 À vrai dire, j’ai eu un peu de mal avec ce cours. Les livres que j’étais censé lire ne m’intéressaient pas beaucoup. Je n’arrivais pas à me concentrer sur le cours. C’est normal ; chacun ses goûts. J’aime beaucoup John Irving et Carson McCullers, mais il y a sans doute des gens qui ne les aiment pas. Mais il faut bien dire qu'il est plus facile d'écrire sur ce qu'on aime que sur ce qu'on n'aime pas.

 Je ne sais pas si j’ai réussi cette épreuve. Le sujet n’était ni facile ni difficile. J’ai quand même fait un plan et j’ai développé selon la méthode de dissertation. En écrivain, j’ai tout à coup eu envie d’insérer la recette de la mayonnaise dans ma copie, mais j’ai réprimé cette pulsion. Finalement, j’ai écrit environ sept pages. Écrire sept pages à la main, c’est fatigant, surtout quand on est habitué à écrire sur l’ordinateur. De plus, comme ma manière de tenir un stylo est bizarre, mon index me faisait de plus en plus mal.

 Après cet examen, je suis allé à la bibliothèque U2-U3 pour dormir. La couverture du cahier du cinéma de ce mois est David Lynch. Je l’ai pris avec moi mais je me suis endormi sur un gros coussin sans l’ouvrir.

 Je me suis réveillé deux heures plus tard. Ma journée n’était pas finie. Je devais passer une autre épreuve en trois heures. C’était la première fois que je passais deux épreuves longues dans une même journée. J’aime bien les livres que j’ai lus dans ce cours (‘’Graziella’’ de Lamartine et ‘’La mort à Venise’’ de Thomas Mann). En endurant la douleur de mon doigt, j’ai écrit cette fois-ci environ quatre pages.

 La méthode française de la dissertation est plus rigide que la japonaise. Au Japon, il faut respecter juste l’ordre de ‘’introduction, développement, conclusion’’. En France, ou en tous cas à mon université, il faut synthétiser les thèses en trois grandes parties et en trois sous-parties, et il n’est pas approprié d’y insérer la recette de la mayonnaise si elle n'a aucun rapport avec l'œuvre.

lundi 18 décembre 2017

Aimez-vous les mangas ?

 Les mangas (bandes dessinées japonaises), ce n'est pas que Naruto, One Piece ou Dragon Ball.
 J'ai passé ce dimanche à lire des mangas de Jyunji Ito. Avec son prédécesseur Kazuo Umezu, il est considéré comme le maître du manga d’horreur. En ce qui concerne Umezu Kazuo, lorsque j’étais écolier, j’ai lu ‘’L’école emportée’’ à la bibliothèque municipale de ma ville natale. Je me suis sérieusement demandé si j’arrêtais d’aller à l’école dès le lendemain tant ce manga était si effrayant et traumatisant. Kazuo Umezu, aujourd’hui très âgé, est un homme excentrique avec une coiffure ébouriffée et un objet fétiche, un T-shirt à rayures rouges et blanches. Comparé à ce grand pionnier du manga d’horreur, Jyunji Ito semble normal, du moins en photo. Cependant, ses œuvres sont aussi effrayantes et ornées d’images incroyables. Même un ogre affamé perdrait l’appétit s’il lisait ses mangas. J’aime particulièrement son style de dessin. Les lignes qu’il trace sont claires et fermes. La perspective est toujours correcte comme dans la peinture occidentale. Les filles qu’il dessine sont particulièrement réputées, même si elles subissent souvent un destin cruel.


''Tomie''(Jyunji Ito)


 À part lui, je suis un grand fan de Yoshiharu Tsuge. Il est âgé aujourd’hui, et vit modestement avec son fils qui souffre d’une maladie mentale. Il y a plusieurs années qu’il a quitté le monde du manga. Je ne pense pas qu’il soit très connu du public, mais c’est une légende dans l’histoire de la BD japonaise. En France, seul ‘’L’homme sans talent’’ semble être traduit. Si je compare son dessin à celui de Jyunji Ito, les lignes de Tsuge sont instables. La forme des personnages et les paysages sont parfois étranges. Mais cela donne un effet spécial à son monde mélancolique et surréel. Son œuvre la plus connue est sans doute ‘’Neji-Shiki’’. Ce manga que Tsuge dit avoir dessiné à la suite d’un rêve étrange est bouleversant et mystérieux. Au début, il y a une scène où le héros dit ‘’Zut, il n’y a que des oculistes ici’’, et des panneaux sur lesquels des yeux sont peints apparaissent. Il y a en fait une scène similaire dans ‘’Le voyage de Chihiro’’ de Hayao Miyazaki. Je me demande si Miyazaki connaissait aussi cette BD. Mon manga préféré de cet artiste est ‘’L’homme-oiseau’’.
 Tsuge dessinait pour ‘’Garo’’, un magazine qui n’existe plus aujourd’hui. Ce magazine accueillait surtout des mangas dont le style était étrange, mélancolique et parfois grotesque, et qui étaient souvent refusés par les autres éditeurs. Beaucoup d’œuvres de dessinateurs comme Suehiro Maruo, Shigeru Mizuki, Usamaru Furuya, et Kazuichi Hanawa sont parues dans ‘’Garo’’, y compris celles de Nekojiru et de Hanako Yamada qui se sont suicidées.

''Neji-Shiki''(Yoshiharu Tsuge)

''Gensenkan-Shujin''(Yoshiharu Tsuge)

 Au début de sa carrière, Maki Sasaki publiait aussi ses mangas qu’il appelait ‘’non-sens’’ dans ce magazine. En fait, il n’a pas dessiné beaucoup de mangas, parce qu’il est devenu illustrateur plus tard. Cette transition ne m’étonne pas car ses premiers mangas n’avaient déjà pas d’histoire, il n’y avait que très peu de paroles et ses dialogues n’avaient souvent aucun sens. Mais ce sont ses mangas que j’appréciais vraiment lorsque j’étais au lycée. Chaque fois que j’ouvrais ‘’La ville sur la plage’’, je pouvais me perdre dans son monde : une ville européenne, une fille aux grands yeux sans expression, un monde labyrinthique qui s’étend sous terre …

''Umibe no machi'' (Maki Sasaki)

 Maki Sasaki s’est occupé aussi des couvertures des premiers romans d’Haruki Murakami, de ‘’Écoute le chant du vent’’ jusqu’à ‘’Danse, danse, danse’’, si je ne me trompe pas.
''Pinball, 1973'' (Haruki Murakami)


 Finalement, le Japon a deux grands maîtres, les dessinateurs Fujiko F. Fujio et Osamu Tezuka. Beaucoup de gens pensent souvent que Fujio F Fujio est un dessinateur pour enfants parce que son manga le plus connu est ‘’Draemon’’. Si on lisait ses recueils d’histoires courtes, l'image que l'on se fait de lui changerait instantanément. Quand j’étais enfant, je me faisais une joie d'acheter ‘’Draemon’’ avec de l'argent de poche. Plusieurs années plus tard, j’ai lu les mangas ‘’noirs’’ de Fujiko F Fujio et j’ai découvert que ce sont ses côtés obscurs qui rendent ‘’Draemon’’ attirant.

''L'assiette de Minotaure''(Fujiko F Fujio)


 Quand j’avais neuf ans, j’ai choisi Osamu Tezuka comme thème de devoir de vacances d’été parce que j’étais déjà épris de ‘’Black Jack’’ à cette époque-là. Je regrette d’avoir jeté tous les volumes usés de ‘’Black Jack’’ lorsque j’ai déménagé. Même s’il y a beaucoup de dessinateurs talentueux, Tezuka est incomparable pour l’abondance de ses créations, la diversité des thèmes (Amour, science-fiction, aventure, médecine, théâtre, littérature, horreur, philosophie, occultisme etc.) et la qualité de son travail.

''Black Jack''(Osamu Tezuka)

 Ses dessins influencés par Walt Disney sont fluides. À l’apogée de sa carrière, on dit qu’il assurait à la fois plusieurs séries de mangas dans différents magazines. On dirait vraiment Mozart réincarné en dessinateur.
 C’est vraiment difficile de choisir mes mangas préférés de Tezuka, parce qu’il y en a beaucoup et qu'ils sont tous bien. Mais si j 'en recommandais quelques-uns à quelqu’un, je choisirais sans doute ‘’Black Jack’’, ‘’Phénix’’ et ‘’Ayako’’. Il n’est pas très connu, mais personnellement, j’aime aussi beaucoup ‘’L’Ara aux sept couleurs’’.

dimanche 17 décembre 2017

Birthday Stories


 Je me suis réveillé dans une chambre surchauffée. Des nuages épais tourbillonnaient dans ma tête. Il m'a fallu quelques temps pour me souvenir de qui j'étais. 
 Dehors, de vrais nuages épais couvraient le ciel. Lever le store ou pas, ça ne changeait rien.

 J’avais légèrement mal à la tête, mais je m’en fichais parce que de toute manière, je n’avais pas l’intention de faire quoi que ce soit aujourd’hui. Hier, en marchant dans la rue qui mène à ma résidence, j’ai décidé de flemmarder toute la journée, enveloppé dans une couverture, en lisant des livres, une tasse de café à la main.

 J’ai lu en anglais une anthologie d’histoires d'anniversaires, ‘’Birthday Stories’’. C’est Haruki Murakami qui l’a éditée. Sa préface est drôle. Le jour de son anniversaire, il écoutait vaguement la radio. À un moment donné, un présentateur a dit « Aujourd’hui, l’écrivain Haruki Murakami a eu … ans.’’ Et cet incident a surpris le romancier qui prenait tranquillement un café ce matin-là.

 Je n’ai pas encore lu tous ces récits. Maintenant je viens de finir ‘’The Bath’’ de Raymond Carver. La nouvelle suivante est ‘’A Game of Dice’’ de Paul Theraux. Jusqu’ici, j’ai particulièrement aimé ‘’Timothy’s birthday’’ de William Trevor, ‘’Turning’’ de Lynda Sexson et ‘’Angel of Mercy, Angel of Wrath’’ de Ethan Canin. Je ne connais malheureusement pas ces écrivains. Notamment ‘’Turning’’ m’a laissé une forte impression. C’est une étrange nouvelle courte de quelques pages. Dans ce récit, trois vieilles dames racontent l’histoire d’un empereur qui n’a pas de peau à un petit garçon. C’est très étrange, n’est-ce pas ? ‘’The Bath’’ de Raymond Carver est aussi un ouvrage magnifique. Comme Haruki Murakami dit dans sa brève présentation de l’auteur, ‘’The Bath’’ est une courte version de ‘’A Small, Good Thing’’. Son éditeur ‘’minimaliste’’ l’a contraint à supprimer certains éléments. ‘’A Small, Good Thing’’ est la version revue de " The bath" dont Carver n'était pas satisfait. Par hasard, je connaissais déjà ces versions. Je préfère aussi la version longue qui est plus chaleureuse. C’est ce qui m’a donné envie de la relire.

 Cette anthologie se termine par ‘’Birthday Girl’’ de Haruki Murakami. J’ai dit que je n’ai pas encore fini ce livre, mais je connais déjà cette histoire, parce qu’elle était dans le manuel de japonais du collège. Le professeur de cette époque, un homme d’âge mûr, guindé nous avait dit d’un air content qu’il avait lu tous les livres de cet auteur. On le voyait rarement sourire.

 Après avoir terminé la nouvelle de Carver, j’ai fermé le livre. Sans raison particulière, j’ai demandé à Ophélie de raconter une histoire d’anniversaire. Quelques minutes plus tard, elle m’a raconté une courte histoire qui commençait par ‘’Le jour de mon anniversaire, j’étais triste car mon grand-père a été enterré la veille’’. Avez-vous aussi un souvenir d'anniversaire ?

samedi 16 décembre 2017

La bataille continue

 J’ai passé aujourd’hui le partiel de littérature générale et comparée. J’étais soulagé parce que j’avais pu me lever tôt le matin.
 Je pense que le sujet était plutôt facile. En fait, la professeure nous avait montré le sujet à la dernière séance. Donc, ceux qui y étaient présents le connaissaient au préalable. C’était une dissertation en trois parties. Le problème était plutôt la gestion du temps. Je devais rédiger trois petites dissertations en une heure. Je n’ai pas beaucoup écrit sur la première question. De plus, je ne sais pas vraiment si comparer ‘’Le monde d’hier’’ de Zweig à une BD de Shigeru Mizuki était pertinent.
 Lorsque je suis descendu rendre ma copie en bas de l’amphithéâtre, j’ai vu que tout le monde écrivait beaucoup avec des caractères si petits qu’on aurait besoin d’une loupe pour lire. Ça m’a désespéré.

vendredi 15 décembre 2017

La maison qui saigne

 J’ai passé aujourd’hui le partiel de littérature française du XVIIIème siècle. C’était une dissertation. Ce n’était ni facile ni difficile. J’avoue que je n’ai jamais lu d'auteur du XVIIIème siècle excepté le Marquis de Sade. Quand j’étais au lycée, j’ai découvert un ‘’art book’’ créé à partir d'un ouvrage de Sade à la bibliothèque. C’était un livre tout fin et singulier. Je pense que c’était ‘’Les cent vingt jours de Sodome’’, mais je n’en suis pas sûr. Au fait, si on parle de Sodome, il y a un très bon film de Pasolini. J’adore ce film. Je le regarde chaque année avec ma famille à Noël. La fin est particulièrement saisissante. Des communistes observent avec des jumelles des garçons et des filles se faire brûler le sexe et se faire arracher l’œil. Cette scène est à la fois grotesque et belle. Il y a en effet beaucoup de films d’horreur et gores, mais les films à la fois grotesques et beaux sont rares. C'est pour cela que Pasolini était à ce point un génie. Mais il était fou, a été lynché et il est mort.

 Je m’intéresse un peu à ‘’Confessions’’ de Jean-Jacques Rousseau. En ce qui concerne Rousseau, j’aime une de ses anecdotes selon laquelle il est devenu masochiste après qu’une institutrice a frappé ses fesses pour le punir dans son enfance. Sa relation avec Madame de Warens a aussi quelque chose qui attise ma curiosité. Je dois donc confesser que je m’intéresse plus à sa biographie que ‘’Le contrat social’’ ou ‘’L’essai sur l’origine des langues’’.

 Depuis longtemps, je croyais que j’étais accroc à la lecture. Récemment je doute que je suis en réalité accroc aux histoires. La vie des gens m’intéresse. Chaque fois qu’une occasion se présente, je demande aux gens de me raconter une histoire. Cela n’a pas besoin d’être une grande histoire de voyage ou une aventure d’amour. Ce que je veux, c’est n’importe quel genre d’histoire. L’authenticité du récit importe peu. Je collectionne également les histoires folkloriques sur Internet. Je mets les histoires que j’ai recueillies dans des flacons. Je leur colle des étiquettes et les cache dans une armoire.

 Il y a quelques semaines, j’ai demandé à Ophélie de me raconter une histoire. Après avoir réfléchi quelques instants, elle m’a parlé de l’histoire d’une maison qui saigne. Il y a en fait une maison qui saigne dans le nord de la France. Depuis que la famille qui y vivait a fui, personne ne veut y habiter. Alors que cette maison n’a connu aucune mort ni meurtre, du sang suinte sur les murs. Même si on le nettoie, le sang apparaît de nouveau. La police l’a examiné et elle a confirmé que c’était du véritable sang humain. Mais on ne sait pas de qui.
« L’as-tu inventée ? lui ai-je dit.
- C’est une vraie histoire, m’a-t-elle dit.
- C’est impossible », ai-je dit.
 Je suis quand même réaliste. Cela m'a rappelé la scène de ‘’Shining’’ où du sang jaillit dans le hall des ascenseurs comme une inondation, mais ''Shining'' est une fiction.

 Elle m’a envoyé un lien. J’ai cliqué. Des photos de cette maison qui saigne sont apparues. Des deux fenêtres coulait du sang comme des larmes. À l'intérieur, la couleur des murs était altérée et est devenue noirâtre. J'ai contemplé ces images pendant un moment, mais je ne pouvais en tirer aucune conclusion.

''L’œillette rouge'' Haruki Murakami

 Je me suis rappelé que je devais maintenant masser les épaules de ma mère. Je suis sorti sur la véranda ensoleillée, mais ma mère n’était pas là. Il n’y avait qu’une œillette rouge qui riait dans le jardin. Seul un coussin était laissé à l’abandon.
« Hahahahahaha » riait l’œillette à haute voix. On aurait dit qu’elle avait aligné les syllabes ‘’ha’’, et qu’elle les lisait une à une, en les détachant ; c’était ce genre de rire.
J’ai regardé autour de moi mais ma mère n’était nulle part.
« Maman », ai-je appelée d’une voix forte mais il n’y avait aucune réponse. Pendant ce temps, l’œillette riait toujours de la même manière.
« Hahahahahahahaha »
« Où est ma mère ? », ai-je demandé, debout sur la véranda, et d’un ton tranchant, à l’œillette rouge qui riait.
 Mais elle n’a pas répondu à ma question. Elle continuait à rire « Hahahahahahahaha ».
« Dis donc, tu dois savoir où est ma mère. Elle m’attendait sur la véranda pour que lui je masse les épaules. De plus, comme elle a du mal à marcher, elle ne peut pas être allée loin. Tu étais toujours là, et tu as dû voir où est allée ma mère. Arrête de rire bêtement et dis-le-moi tout de suite. Je n’ai pas de temps à gaspiller. »
« Hahahaha », a ri l’œillette encore plus fort. « Hahahahahahaha »
« Au fait, j'espère que tu n'as pas mangé ma mère », lui ai-je dit, inquiet.
« Hahahaha, hahaha, hahahahaha »
 Alors, l’œillette s’est tordue de rire plus violemment. Je ne comprenais pas du tout ce qui la faisait autant rire. Mais en l'écoutant rire, je devenais aussi de plus en plus joyeux. Mes joues se sont détendues sans que je m'en rende compte et j’ai laissé échapper un éclat de rire.
« As-tu vraiment mangé ma mère ? » lui ai-je demandé en essayant de ne pas rire, mais j’ai finalement pouffé. « Hahahaha », ai-je aussi ri comme si je lisais à haute voix les syllabes de ‘’ha’’. Lorsque j’ai ri, l’œillette a ri encore plus fort. Elle s’est littéralement tordue de rire, elle roulait d’un côté et de l’autre. Elle respirait à peine, il y avait même de la sueur sur son front. Mais son rire n’a pas cessé. Au bout d’un moment, elle s’est convulsée de rire et a sursauté plusieurs fois. Et au moment où elle s’est tordu le ventre, elle a craché ma mère.
« Oh là là, enfin », ai-je dit en secouant la tête. Ma mère est très douée pour chatouiller les gens depuis longtemps.