dimanche 30 septembre 2018

La laitue


 Ce soir, j’ai essayé de manger de la laitue. Je l’ai bien lavée avec de l’eau froide et mise dans un bol. La laitue était d’un joli vert. Sa surface mouillée était si fraîche et lisse qu’aucun escargot n’aurait pu résister au désir de ramper dessus. J’ai songé un instant à l’itinéraire qu’elle avait suivi. La laitue a sans doute été élevée par un agriculteur quelque part en France. Il se peut que cet agriculteur lui eût donné un nom, Catherine, par exemple, et qu’il l’affectionnât particulièrement tel son enfant. Un jour, le moment de la séparation est arrivé. Catherine a été cueillie et chargée dans un camion. Après un long voyage, Catherine est arrivée dans ma ville et on l’a exposée dans un rayon de supermarché. Par hasard, je suis passé devant. J’ai eu envie de manger une salade. Le destin a voulu que je la prenne parmi les autres laitues. C’est ainsi qu’elle est venue chez moi et qu’elle s'est trouvé à cet instant dans un bol, en attendant d’être avalée.
 J’ai pris une bouteille de vinaigrette dans le placard. La fourchette était déjà prête. J’avais même mis de la tomate pour que la laitue ne se sente pas seule. Dans quelques instants, j’allais manger de la laitue et en savourer la fraîche saveur dans ma bouche. Heureux, j’ai secoué la bouteille de vinaigrette pour bien la mélanger. Il se peut même que je fredonnasse un morceau en la secouant comme une maraca. À ce moment-là, le couvercle de la bouteille s’est ouvert tout seul et de la vinaigrette a jailli dans l’air comme une fontaine. Le liquide qui a volé dans l’espace, est ensuite tombé sur le plancher selon la loi de la gravité de la terre, en créant des tâches brunâtres sur les carreaux. La laitue était intacte, silencieuse dans son bol sur la table. Ce désastre est arrivé parce que la dernière fois que j’avais utilisé de la vinaigrette, je n’avais pas bien fermé la bouteille. Mon esprit s’est effondré. Je me suis couvert le visage et j’ai versé des larmes métaphoriquement parlant. J'ai pris une serpillère et essuyé le carrelage. Il ne ressemblait pas à de la vinaigrette. Il en émanait une odeur acide et me rappelait plutôt de la vomissure. C’était étrange. La vinaigrette, qui a l’air appétissante lorsqu’elle se trouve sur une salade, semblait tout à coup nauséabonde sur le sol. En tous cas, j’ai essuyé le plancher. Après m’être lavé les mains, cette fois, j’ai mis de l’huile d’olive et un peu de sel sur la salade. Je l’ai enfoncée profondément avec la fourchette.

samedi 29 septembre 2018

L'atelier


 Aujourd’hui, je suis allé à un atelier de français fortement recommandé par le cours de FLE. Comme j’ai écrit hier, on m’a inscrit dans le groupe du niveau B2, bien que je possède déjà le C1, parce que je ne m’exprime pas bien en français. Je craignais que l’atelier ne soit trop facile et ennuyeux pour moi et c'était malheureusement le cas.
 J’étais avec deux Allemandes, un Russe bavard et une Colombienne (pourquoi toutes les Colombiennes s’appellent-elles Adriana ?). La prof nous a demandé si nous connaissions des chansons françaises. Les autres n’en connaissaient pas. J’en connaissais un peu. J’ai cité les noms des chanteurs français célèbres tels que Georges Brassens, Serge Gainsbourg, Claude François, Mylène Farmer, Bertrand Cantat, Boris Vian etc. La prof, douce et gentille, a eu l’air impressionnée comme si elle voyait un arbre parlant. Ensuite, elle nous a fait écouter une chanson française. Nous devions lui dire les verbes que nous avons trouvés dans le morceau, comme aimer, vivre, tomber, tourner etc. Nous avons vérifié l’infinitif des verbes ‘’croire’’ et ‘’soigner’’. Elle nous a demandé si le mot ‘’douleur’’ était un nom ou un verbe. J’ai eu l’impression d’être un bébé. J’ai eu envie de crier « Areu, areu » et de pisser dans mon pantalon comme un vieillard dément. Tout à coup, je me suis senti vide en me demandant pourquoi j’étais là et pourquoi je devais vérifier l’infinitif des verbes ‘’croire’’ et ‘’soigner’’ au bout de mes six ans d’apprentissage du français. C’est parce que j’ai bégayé en français lorsqu’une autre prof m’a adressé la parole. J’ai eu envie de mourir. Et puis, elle nous a demandé de chanter la chanson qu’elle nous avait fait écouter. C’était un morceau joyeux avec des paroles humanistes. J’ai ouvert et fermé la bouche en faisant semblant de chanter. Mon traumatisme d’avoir été obligé de chanter tout seul devant une institutrice de l’école primaire, obèse comme une cantatrice, m’a traversé l’esprit et m’a tourmenté. À la fin du cours, la prof nous a fait prononcer le mot ‘’Bonsoir’’. « Bonsoir », a dit l’Allemande. « Bonsoooiiiirr », a dit la prof. « Bonsoooiiiirrr », a dit l’Allemande. « Bonsoir », a dit la prof. « Bonsoir », a dit l’autre Allemande. « C’est bon, a dit la prof. Bonsoir ». « Bonsoir », a dit le Russe. « Bonsoir », m’a-t-elle dit. « Bonsoir », ai-je dit. « Bonsoiiiiirrrrr », a dit la prof. « Bonsooiiiirrrr », ai-je dit. Elle a eu l’air conteeeennnte.
 L'école maternelle était très joyeuse, mais je ne pense pas y revenir.

vendredi 28 septembre 2018

L'écharpe


 C’était une journée douloureuse. D’abord, je me suis trompé de la date d’un cours et je me suis rendu compte que j’avais manqué le dernier cours de cette prof sans l’avoir fait exprès. À midi, j’ai acheté un sandwich à la boulangerie. J’ai cherché une place où m’asseoir, mais tous les bancs et toutes les places de la cantine étaient déjà occupés par des étudiants joyeux et brillants. J’ai été aveuglé par leur aura positive et je me suis enfui. Finalement, je me suis installé sur un chauffage éteint et j’ai mangé mon sandwich en regardant le plancher.
 Pendant un autre cours, j’ai eu l’honneur de présenter mon exposé sur un extrait des « Confessions » de Rousseau en octobre. La littérature française est la matière pour laquelle je suis le moins fort. Il est facile de m’imaginer bégayant et prononçant mal certains mots. Si je faisais une mauvaise analyse, devrais-je recevoir des fessées devant tout le monde ?
 Pendant le cours de FLE, tandis que j’écrivais une prose niaise pour gagner des points, l’enseignante m’a tout à coup adressé la parole par derrière. Elle m’a demandé mon niveau. J’étais tendu. Après avoir dit « Euh…. », « Ah…. », j’ai finalement réussi à lui faire comprendre que j’avais obtenu le DALF C1 il y a quelques années. « B2 », m’a-t-elle dit. « Ah……, euh……..», ai-je dit. Je pouvais travailler tout seul mes production et compréhension écrites. Mais j’avais besoin d’interlocuteur pour pratiquer mon oral, ce qui explique pourquoi je ne m’exprime pas bien en français. Toutefois, je pense que l’atelier de B2 m’ennuierait beaucoup…….
 Je me demande parfois si apprendre le français était vraiment un bon choix. J’affectionne cette langue, certes. Quelques fois, on m’a fait des compliments en me disant mon français était excellent. Mais je n’ai pu me faire que très peu d’amis francophones alors que les Japonais qui ne parlent qu’un anglais approximatif ont beaucoup d’amis français. J’ai également échoué à faire le Tandem. Je ne dis pas que mon apprentissage du français était complètement inutile, car c’est surtout dû à ma personnalité. Cependant, ce qui me reste après avoir mémorisé 20 000 ou 30 000 mots est un sentiment de vide. L'apprentissage de cette langue m'a appris que ma vie est un néant infini qui durera jusqu'à ma mort.
 En quittant le bâtiment, j’ai réalisé que je n’avais plus mon écharpe rouge. J’ai encore perdu quelque chose.

mercredi 26 septembre 2018

Pnine


 Pendant un cours, la professeur nous a demandé si un personnage d’un roman de Nabokov, Pnine, un professeur d’université américaine, dont on se moque mais qu’on apprécie, et qui vit dans un univers à lui, ne faisait pas penser à des personnages d’autres romans. Mes camarades ont eu l’air pensifs. Moi aussi, j’ai pensé à tous les romans que j’avais lus jusque-là. À ce moment-là, l’image d’un Anglais d’un certain âge, aux yeux écarquillés et aux gros sourcils, vêtu comme un professeur, dont les gens se moquent mais qu’ils aiment bien, et qui vit dans un univers à lui, m’a traversé l’esprit. C’était Mr. Bean. Il me semblait que personne d’autre que Mr. Bean ne correspondait à cette description. En même temps, je me taisais, parce que même si je ne suis pas très intelligent, j’avais l’impression que Mr. Bean n’était pas la réponse qu’elle attendait. D’ailleurs, c’est un personnage d’une série télévisée, et pas d’un roman. J’ai jeté un coup d’œil à mes camarades. Ils réfléchissaient. J’ai essayé de penser à n’importe quel personnage des romans que j’avais lus. Les personnages des romans de Brautigan ? Ils ont l’air détachés de la réalité. Jose Arcadio Buendio de « Cent ans de solitude » que j’avais lu récemment ? Cependant, chaque fois que j’esquissais un personnage dans mon esprit, Mr. Bean apparaissait ; il dansait, sautait et souriait tout seul. C’était trop tard. Plus je tentais de réfléchir à autre chose, plus mon esprit était envahi par Mr. Bean. Peu après, quelques-uns de mes camarades ont cité des personnages de quelques romans. Après avoir brièvement commenté, notre professeur a dit que le roman de Nabokov lui faisait penser à des personnages de romans de Dickens. J’étais soulagé de ne pas avoir suggéré Mr. Bean.

mardi 25 septembre 2018

''Dernier train pour Busan''


 Je ne me sentais pas bien et j’ai manqué le cours d’anglais de ce matin. Ce n’est pas un mensonge. J’étais malade même si je n’avais pas de fièvre. J’avais un peu mal à la gorge et je toussais. Mais à vrai dire, j’avais eu un petit problème personnel et j’étais chagriné. Après avoir vérifié qu’il était huit heures, j’ai refermé les paupières.
 J’ai passé le matinée à regarder un film de zombie coréen, intitulé « Dernier train pour Busan ». C’est la première fois que je regardais un film coréen. C’était drôle que des gens ressemblant à des Japonais parlaient une langue que je ne comprenais pas. Ce film était d’une excellente qualité et m’a beaucoup plu. Surtout il était beau. Un beau film de zombie est rare puisque les zombies sont forcément sales. Ils attaquent des hommes en faisant jaillir du sang et un liquide organique dégoûtant.
 L’intelligence des zombies du « Dernier train pour Busan » est si basse qu’ils ne peuvent même pas ouvrir une porte. Cependant, ils sont féroces et courent vite. D’ailleurs, j’ai remarqué qu’il est impossible de les neutraliser en leur brisant le cerveau, de sorte que ce sont plutôt des zombies forts que j’aimerais éviter de combattre.
 Je ne parle pas en particulier de ce film, mais quand on regarde beaucoup de films d’horreur, l’introduction suffit pour deviner quels personnages principaux vont mourir. Par exemple, dans les films d’horreur américains typiques, le héros, le plus souvent un garçon ordinaire, ne meurt pas parce que s’il meurt, les spectateurs américains ne sont pas contents. S’ils ne sont pas contents, le réalisateur et le sponsor ne sont pas contents, donc le héros doit survivre. En revanche, un ami au héros, un type robuste, souvent membre du club de football américain meurt très probablement. S’il se moque du héros dans la première partie, son taux de mortalité s’élève à 99 pour-cent. Ce type de personnage a souvent une copine blonde sexy et meneuse. Elle meurt aussi. Un geek et un Noir hilare ont plutôt tendance à survivre, mais pas toujours. Toutefois, les personnes âgées meurent, en entraînant un ou deux personnages. Et s’il y a un shérif dans un film d'horreur, il est là pour être massacré.
 En regardant le film, je culpabilisais de plus en plus de ne pas être allé au cours d’anglais. Je me suis demandé ce que je faisais, assis devant l’ordinateur, tandis que les autres prenaient des notes et posaient des questions à la professeur. Pendant que mes parents pensaient que j’étudias sérieusement à l’université en France, je regardais un film de zombie coréen en disant : « Ah, ce gros, il va mourir », « Regarde derrière toi ! ». Le héros a versé des larmes et moi aussi.
 Dans la soirée, je suis donc allé au cours de dimensions énonciatives. Les Japonais mettent souvent un masque quand ils sont enrhumés. En France, si je portais un masque, les gens penseraient que j’ai une maladie mortelle ou que je suis infecté du virus du zombie. Ça ne me dérange pas de marcher en dispersant le virus de mon rhume dans l’air, toutefois je n’hésite pas à mettre un masque au printemps parce que l’air est contaminé par le pollen qui m’asphyxie et m’aveugle.

dimanche 23 septembre 2018

La montre


 J’étais malade et je suis resté couché toute la journée. J’ai essayé de lire un livre, mais j’ai renoncé à cette idée parce que les mots se sont détachés des pages et se sont mis à flotter dans l’air. Si j’essayais de les attraper, ils collaient à mes doigts. Le livre, perdant de plus en plus ses mots, devenait blanc.
 Pauline m’a dit : « Tu tombes régulièrement malade. Serais-tu le genre de garçons à toujours sortir en T-shirt, quelle que soit la saison ? ». J’étais déçu qu’elle me prenne pour un écolier de douze ans. Je porte un pull ou un manteau lorsqu’il fait froid. Cependant, je ne mets qu’une couverture quand je suis chez moi parce que je n’aime pas porter de vêtement, mais ce n’est pas pour la raison qu’avance Jean-Jacques Rousseau. Simplement, je n’aime pas mettre quelque chose sur mon corps comme un collier, un bracelet ou une montre. Lorsque je suis entré au lycée, on m’a offert une montre. On m’a forcé à la mettre à mon poignet et j’ai découvert que cette sensation de métal contre ma peau était fort désagréable. Je la mettais donc dans la poche de mon pantalon. Quelques jours plus tard, elle avait disparu.

samedi 22 septembre 2018

Un Pokémon rare


 J’ai rencontré une Française qui maîtrise parfaitement le japonais. Au début, nous parlions en français, mais à un moment donné, elle m’a demandé de parler en japonais. J’ai du mal à changer de mode linguistique. Tandis que je bafouillais en cherchant mes mots pour relancer la conversation, elle m’a demandé pourquoi j’avais commencé à apprendre le français. « J’étais un ‘’neet’’ et je m’ennuyais », ai-je répondu franchement. Elle a éclaté de rire et m’a dit qu’elle avait posé cette question à plusieurs Japonais, et que c’était la réponse la plus intéressante. Ensuite, elle s’est mise à parler de sa vie en japonais. Elle n’avait que très peu d’accent. L’intonation était naturelle. Elle n’a fait aucune erreur grammaticale bien que les Français choisissent souvent de mauvaises particules. Si j’avais fermé les yeux, j’aurais cru que c’était une Japonaise aux cheveux noirs qui me racontait sa vie. J’avais déjà rencontré des Français qui parlaient naturellement ma langue maternelle, mais ils avaient un parent japonais. Ce n’était pas son cas. J’ai dû constater qu’un Français qui a appris le japonais et qui le maîtrise au niveau natif n’est pas une créature imaginaire. C’est un Pokémon rare qui existe réellement.
 Ce jour-là, j’avais mal à la gorge. Je ne cessais d’hydrater ma gorge avec une bouteille de Perrier. « Pardon, j’ai un peu mal à la gorge », lui ai-je dit en japonais. « Tu vas avoir un rhume dans quelques jours. Si je tombe malade prochainement, c’est à cause de toi », m’a-t-elle dit en japonais. Elle avait raison parce que je ne me sens pas bien et j’ai le nez qui coule maintenant. J’ai de nouveau regardé « La La Land ». Je l'ai regardé trois fois et j'ai été touché trois fois. Par conséquent, dans le classement des meilleurs films basé exclusivement sur mes goûts et préjugés, « Annie Hall » a baissé et « La La Land » est monté. J'ignore si la Française est tombée malade.