vendredi 19 mai 2017

''Taille-crayon (ou Noboru Watanabe comme une forme de bonheur)'' Haruki Murakami

Si je n'avais pas rencontré cet homme appelé Noboru Watanabe, j'aurais encore utilisé un taille-crayon usé et sale.
Grâce à Noboru Watanabe, j'ai pu obtenir un taille-crayon tout neuf et brillant.
Une telle chance est plutôt rare.

Aussitôt que Noboru Watanabe est entré dans la cuisine, il a aperçu mon taille-crayon qui était posé sur la table.
Ce jour-là, je travaillais dans la cuisine pour me rafraîchir.
C'est pourquoi ce taille-crayon se trouvait entre un flacon de sauce soja et celui de sel.

En réparant un tuyau d'écoulement de l'évier - il est plombier - il a jeté un coup d’œil plusieurs fois sur la table.
À ce moment-là, comme je ne savais pas qu'il était collectionneur maniaque de taille-crayons, je ne savais pas pourquoi il ne cessait de regarder sur la table du coin de l’œil, les divers objets y étaient éparpillés.

'' - Au fait, Monsieur, ce taille-crayon, il est magnifique, m'a dit Noboru Watanabe après avoir terminé la réparation.

- Parlez-vous de cela ? '' Avec étonnement, j'ai pris ce taille-crayon qui était sur la table.

C'était un taille-crayon à la main que j'utilisais depuis plus de vingt ans, depuis le collège.
Celui-ci n'avait rien de particulier par rapport aux autres taille-crayons.
Les parties en fer étaient rouillées, un autocollant d'Astro Boy était collé dessus.
En bref, il était vieux et sale.

'' - C'est un modèle qui s'appelle Max PSD de l'année 1963.
Il est en fait rare, m'a dit Noboru Watanabe. L'engrènement des lames est différent des autre, c'est pourquoi la forme des déchets de crayons est aussi subtilement particulière.

- Uh-hum, fis-je.''

C'est ainsi que je me suis procuré d'un taille-crayon du denier modèle et Noboru Watanabe a eu ce Max PSD de l'année 1963 (avec l'autocollant d'Astro Boy).
Noboru Watanabe apporte toujours un taille-crayon échangeable dans son sac.
Pour finir, permettez-moi d'insister qu'une telle chance est plutôt rare.

''Julio Iglesias'' Haruki Murakami



Après être abusé et avoir perdu tous les encens anti-moustiques, nous n'avons plus aucun moyen afin de nous défendre de l'attaque de la tortue de mer.
Nous avons tenté de nous procurer de nouveaux encens anti-moustiques par une vente par correspondance, mais comme nous avons prévu, la ligne téléphonique était déjà coupée, de plus nous n'avons reçu aucun courrier depuis six mois.
C'était normal que cette tortue rusée ne nous avait pas laissé nous échapper si facilement.
Nos encens anti-moustiques l'avaient faite souffrir de nombreux fois.
Maintenant elle doit sourire toute seule dans le fond de la mer bleue et elle doit faire une sieste pour se préparer pour cette nuit.

''- Tout est foutu, m'a-t-elle dit.
S'il fait noir, nous serons tous les deux mangés par cette tortue de mer.

- N'abandonne pas le denier espoir, lui ai-je dit.
Si nous utilisons nos têtes ensemble, nous trouverons sûrement un bon moyen de la vaincre.

- Mais la tortue de mer nous a arraché tous les encens anti-moustiques.

- Essaie de penser au principe.
Si la tortue de mer ne supporte pas l'encens anti-moustique, il doit y avoir quelque chose d'autre qui la terrifie.

- Par exemple ?

- Julio Iglesias, ai-je dit.

- Pourquoi Julio Iglesias ? m'a-t-elle demandé.

- Je ne sais pas.
Ça m'est venu à l'esprit, c'est mon intuition.''

J'ai mis ''Begin the Beguine'' de Julio Iglesias sur le plateau d'un tourne-disque et nous avons attendu le coucher du soleil.
Lorsque la nuit tombera, la tortue de mer viendra nous attaquer.
Et ce sera la fin de nos batailles.
Soit nous serons mangé, soit la tortue de mer pleurera.
Juste avant minuit, lorsque j'ai entendu le bruit de pas pataugeant, j'ai tout de suite fait tomber l'aiguille du tourne-disque.
Julio Iglesias s'est mis à chanter ''Begin the Beguine'' d'une voix tendre comme de l'eau sucrée, les pas se sont arrêtés et nous avons entendu les gémissements douloureux
de la tortue de mer.
Oui, nous l'avons finalement vaincue.

Cette nuit, Julio Iglesias a chanté vingt-six fois ''Begin the Beguine".
Je n'aime pas Julio Igresias non plus, mais pas autant qu'il répugne la tortue de mer, heureusement.

Sur la traduction

Ces quelques jours, je me suis concentré sur la traduction d'une dizaine de récits courts de Haruki Murakami.
Par hasard, j'ai découvert qu'un blogueur japonais avait mis plusieurs textes entiers sur son blog.
Le livre original s'intitule ''Yoru no kumozaru (singe-araignée de la nuit)''
Je l'avais déjà lu il y a longtemps.
C'est un recueil de nouvelles mais les histoires qu'il comprend sont beaucoup plus courtes, elles ne me dépassent pas une page.
Je me rappelle que le dessinateur Mizumaru Anzai, qui est décédé sans aucun signe il y a quelques années, avait illustré ce livre de ses dessins sophistiqués.
Il était également l’un des amis les plus intimes de l’écrivain.
J'imagine que le lecteur étranger ne le sait pas, mais le vrai nom de Mizumaru Anzai était Noboru Watanabe.
Ce nom a inspiré l'écrivain pour créer le personnage qui a le même nom (Noboru Watanabe) dans ''La chronique de l'oiseau à ressort''.
Ou même des personnages qui ont le même nom apparaissent plusieurs fois dans ses autres nouvelles.
Il y a une anecdote racontant que comme Noboru Watanabe dans ''La chronique de l'oiseau à ressort'' est un personnage vicieux, Haruki avait promis à Mizumaru qu'il écrirait ''Noboru'' en katakana (en japonais trois types de caractères existent ).
Sans doute, ce recueil ne sera pas traduit en d'autres langues car il est différent de ses romans, un peu trop facile à lire pourtant agréable et bien plus surnaturel.
J'ai choisi quelques histoires, j'ai décidé de les traduire en français.
Comme elles étaient courtes, j’ai pensé que ce ne serait pas un fardeau pour moi.

Cette émotion apparue soudainement de vouloir transférer ces récits du japonais au français ressemblait à une soif.
J'ai traduit une phrase puis une autre comme si je buvais de l'eau à grande gorgée.
J'ai d'abord écrit des brouillons dans mon cahier et le lendemain je les ai dactylographiés sur l'ordinateur.
Je les ai élaborés et des Français charitables les ont corrigés en ligne.

Ce qui était particulièrement intéressant était la traduction de mots japonais spécifiques tels que ''Chikwua (pâte de poisson)'', ''Oseibo (cadeau de fin d'année en signe de remerciement).
J'ai finalement préféré laisser le mot chikuwa tel quel parce qu'il semblait que cette sonorité composée de trois syllabes ''chi-ku-wa'' déployait un charme spécial dans son récit.
Par contre, j'ai remplacé ''Oseibo'' simplement par le mot ''cadeau'' pour faciliter la lecture en français.

Je suis bien conscient que mon français n'est pas naturel.
Par exemple, lorsque je lis un bouquin, ou Le monde, je me dis chaque fois que je ne pourrais pas écrire d'une manière si élaborée.
Même les articles d'un magazine de potins m'impressionnent.
Je fais fréquemment des fautes grammaticales, j'utilise des tournures que les Français n'auraient pas choisies.
Lorsqu'un Français me compliment sur mon bon niveau, je pense au fait que le français n'est pas ma langue maternelle et qu'il ne le sera jamais.
Toutefois j'éprouve une étrange réticence à traduire du français au japonais, alors que si je traduisais du français au japonais, je n'aurais pas besoin de demander à quelqu'un de corriger ma traduction.
Malheureusement je n'ai pas de mots pour expliquer ce sentiment.
Mais en fait, rien ne m'oblige d'écrire dans ma langue maternelle.
Certes, je n'ai pas eu le droit de choisir ma nationalité, mais j'ai le droit de choisir une langue qui sert à exprimer mes idées, n'est -ce pas ?

J'ai relu ''Le château'' de Kafka.
(Le délai de la bibliothèque s'approchait silencieusement.)
J'ai entendu une anecdote curieuse sur Kafka.
Franz Kafka était de nationalité tchèque mais il a écrit ses romans en allemand.
Par conséquent, d'après ce dont j'ai entendu parler, maintenant la plupart de Tchèques le considère comme allemand et non pas tchèque.
En plus, ils ne lisent quasiment pas de Kafka bien que ce soit l'un des plus grands écrivains du XXe siècle.
Effectivement avant sa mort prématurée, Kafka a vécu à Berlin avec sa jeune amoureuse, Dora mais du à sa santé qui s'empirait de jour en jour, ce séjour n'a jamais été prolongé.
Si bien qu'ils sont retournés à Prague, puis au final, Kafka est mort à Vienne.
Si on lui avait demandé s'il se considérait comme allemand, j'imagine qu'il aurait répondu que non.
Il n'est tout de même pas allemand.
Mais si les Tchèques ne le considèrent pas comme leur compatriote, qu'est-il ?
Cette anecdote m'a fait penser au protagoniste du Château, K.
Il est géomètre mais personne ne pense qu'il le soit dans le village, d'ailleurs K lui-même est obligé de travailler en tant que homme de servie à l'école.

Cet été, je pense à reprendre la traduction de ''Mademoiselle Nanakamado et sept adultes pitoyables''.

jeudi 18 mai 2017

''Le cor'' Haruki Murakami

Par exemple, pensons à l'instrument appelé cor.
Et il y a des gens professionnels qui en vivent.
Ce n'est pas du tout étrange comme mécanisme de la société, cependant, une fois j’ai commencé à réfléchir sur ce sujet, mon esprit s'est embrouillé comme un labyrinthe en trois dimensions.

Pourquoi cela devait être le cor ?
Pour quelle raison sont-ils devenus cornistes et pas moi ?

Il me semble que le fait qu'une personne devient corniste, comprenne une énigme beaucoup plus profonde que le fait qu'une personne devient romancier.
Une fois cette énigme résolue, il ne restera plus de mystère dans la vie.
Ou peut-être que je pense ainsi parce que je suis romancier et non pas corniste.
C'est possible que si j'étais corniste, le fait qu'une personne devient romancier me semblerait plus étrange.

J'imagine qu'un jour, il a rencontré par hasard un cor au fin fond d'une forêt profonde.
En parlant de la pluie et du beau temps, ils se sont parfaitement entendus et ainsi il est devenu corniste professionnel.
Ou il a dû bien parler de choses personnelles à ce cor, tels que son milieu familial compliqué, ou son enfance douloureuse, son complexe physique, son soucis sexuel etc.

''- Je suis ignorant en violon et en flûte, aurait dit le cor en tripotant de la terre avec un rameau.
Parce que je ne suis toujours qu'un cor depuis ma naissance.
Je ne suis jamais allé à l'étranger, je n'ai jamais fait de ski...''

À partir de cet après-midi, le cor et le corniste ont formé une paire inséparable.
Par la suite, ils ont vécu des peines stéréotypées comme dans ''Flash danse'' et maintenant le cor et le corniste paraissent ensemble sur la scène, ils jouent la première mesure d'un concerto pour piano de Brahms.

Assis sur une place dans la salle de concert, j'ai songé à de telles histoires, et aussi à un tuba qui attendait que quelqu'un passe au fin fond d'une autre forêt.

''Croquette'' Haruki Murakami

Lorsque je travaillais chez moi, une fille m'a rendu visite.
C'était une jolie fille d'environ dix-huit ou dix-neuf ans avec un manteau de laine de couleur verte.

Elle était debout à l'entrée d'un air gêné, et tripotait le fermoir de son sac à main.

''- Eh...c'est un cadeau, m'a dit cette fille d'une voix faible.

- Ah, veux-tu ma signature ? ai-je dit.

- Eh, non. C’est moi le cadeau.

- Pardon ?

- Ah, euh...alors vous avez le droit de me traiter de n'importe quelle manière.
Parce que c'est moi qui suis le cadeau.
Quelqu'un qui s'occupe des présents à la compagnie K m'a envoyée ici.

- Hum..., ai-je gémi.''

La compagnie K est une grande maison d'édition avec laquelle j'ai travaillé quelques fois.
Je me suis rappelé que lorsque j'étais ivre, quelqu'un m'avait demandé ce que je souhaiterais comme cadeau de remerciements et que j'avais répondu que j'attendrais une jeune fille.
Mais c'était évidemment une plaisanterie.
En plus, je n'aurais jamais pensé qu'une maison d'édition de premier ordre réalise une telle chose.

''- Je suis désolé mais en fait, je sus vraiment occupé maintenant.
J'ai un travail important à achever pour demain, de plus, je ne me sens pas d'humeur à faire l'amour.
De toute façon, je l'ai assez fait récemment.
Si j'avais su que tu serais venue aujourd'hui, je m'y serais préparé.

Aussitôt que je le lui ai dit, la fille s'est mise à pleurer.

- Je suis nulle.
Je ne suis même pas capable d'être un cadeau.
Je suis une bonne à rien.
Je n'ai même pas pu obtenir mon permis de conduire.''

- Ne le prends au sérieux, ai-je dit.

Mais la fille est restée debout en pleurant dans l'entrée.
Afin d'éviter que mes voisins ne se méprennent sur cette situation, je l'ai laissée entrer dans ma maison, et je lui ai servi un café.

'' - Si je n'ai pas le droit de faire l'amour, laissez-moi faire quelque chose d’autre, s'il vous plaît.
On m'avait dit de vous rendre des services pendant deux heures.
Puis-je faire un karaoké ?
Mon numéro favori est ''Ellie mon amour'' de Southern All Stars.

- Tu n'as pas besoin de chanter, ai-je dit avec précipitation.

- Alors, je ferai des croquettes.
Je suis vraiment douée pour cuisiner des croquettes.

- Super, ai-je dit.''

À vrai dire, je suis friand de croquettes.


mercredi 17 mai 2017

''NIcole la menteuse'' Haruki Murakami

Nicole la menteuse habite Jingumae 2 chômé et de temps à autre, elle me rend visite.
Je ne sais pas qui l'avait nommée ainsi mais tous ceux qui la connaissent l'appellent Nicole la menteuse.
Même si elle s'appelle Nicole, elle est purement japonaise.
Je n'ai aucune idée pourquoi elle a un tel prénom.
En tous cas, Nicole la menteuse est littéralement douée pour improviser des mensonges.
Même si on est bien conscient qu'elle ment, on se fait inconsciemment abuser.
C'est un don incroyable.
La plupart des gens n'arrivent pas à faire une telle chose.

Le mois dernier, elle m'a rendu visite et elle m'a dit qu'elle voulait me faire part d’un secret important.
Et avec un visage sérieux, elle m'a dit,

''- En fait, je suis née avec trois seins.

Je me suis dit que cela devait être une invention, car elle est la fameuse Nicole la menteuse.
Je ne suis pas si dupe.

- Ah bon, tant pis, alors, lui ai-je dit en faisant semblant d'être indifférent.

- Ce n'est pas un mensonge, m'a dit Nicole la menteuse d"un air implorant.
Ce n'est vraiment pas un mensonge.
J'ai réellement trois seins.
Tandis que les femmes normales n'en ont que deux, n'est- ce pas ?

- À ma connaissance, oui, lui ai-je dit en jetant un coup d’œil à sa poitrine.
À travers sa blouse blanche, il semblait qu'elle n'avait que deux seins.

- Le troisième est petit, m'a dit Nicole la menteuse.
Il se trouve au milieu, il a même un petit mamelon.
Je ne mens pas.
J'ai honte mais si vous le souhaitez, je peux vous le montrer.
Mais en revanche, donnez-moi 10,000 yens.''

Je ne croyais pas du tout ce qu'elle me disait, mais la manière dont elle développait cette histoire m'intéressait.
J'ai pensé lui donner les 10,000 yens.
Je venais de recevoir une certaine somme il y avait deux jours.

''- D'accord.
Si tu peux me le montrer, je te donnerai 10,000 yens.

- Pouvez-vous éteindre la lumière ?
J'ai quand même honte, m'a-t-elle dit en rougissant. ''

J'ai éteint la lampe, comme c'était en soirée, le vestibule s'est assombri mais la clarté était suffisante pour juger si elle en avait deux ou trois.
Nicole la menteuse a lentement enlevé les boutons de sa blouse, puis elle l'a écartée et fermée en un clin d’œil.
J'ai effectivement aperçu une petite masse entre les deux bonnets de son soutien-gorge.
Mais elle ressemblait à un morceau de papier mâché.

'' - Je ne peux pas juger si tu ne me le laisses pas regarder plus longtemps.
Sinon je ne pourrai pas te donner 10,000 yens, me suis-je plaint.

Nicole la menteuse s'est tout à coup agenouillée et elle a éclaté en sanglots.

- Ah, je n'aurais pas dû avoir confiance en ce romancier.
Quelle dupe je suis !
Alors que j'ai révélé mon secret le plus humiliant aux yeux d'autrui, il ne me donne même pas les 10,000 yens qu'il m'avait promis !
Menteur ! Menteur ! Pervers ! Salaud ! ''

À ce moment-là, un porteur de Kuroneko Yamato est arrivé avec un colis.
J'en ai été réduit à lui donner 10,000 yens.
Si elle avait continué à crier de telles choses dans le vestibule, le porteur aurait mal compris cette situation.
Mais c'était un morceau de papier mâché, j'en suis sûr.

''Un monde où les chevaux vendent les tickets'' Haruki Murakami

Le 7 Mai (Vendredi)

J'ai demandé à mon père, ''Où vont les gens après la mort ?''.
Parce que cette question m'intriguait depuis longtemps.
Mon père, après avoir réfléchi un certain temps, m'a répondu, ''Après la mort, les gens vont dans un monde où les chevaux vendent des tickets, ils achètent un ticket à un cheval puis ils montent dans le train.
Ensuite ils prennent un casse-croûte qui contient un chikuwa (une pâte de poisson) et un kobumaki (un rouleau de laminaire) et du chou haché fin.''.
J'ai réfléchi sur ce qu'il venait de me dire.
Mais je n'ai pas compris pourquoi on devait manger un chikuwa et un kobumaki et du chou haché fin après la mort.
Parce que l'an dernier, lorsque ma grand-mère est morte, nous avons mangé ensemble les sushis les plus chers.
Alors pourquoi les morts ne peuvent-ils manger qu'un chikuwa, un kobumaki et du chou.
J'ai trouvé ça injuste.
J'ai dit mon avis à mon père et il m'a dit,

''- Quand on est mort, on a tout à coup envie de manger un chikuwa, un kobumaki et du chou, c'est comme ça, la mort.

- Alors que se passe-t-il après le casse-croûte ? lui ai-je demandé.

- Le train arrive au terminus et tu dois descendre.
Puis tu achètes un autre ticket à un autre cheval et tu prends encore un autre train, m'a-t-il dit.

- Et devra-t-on encore manger un chikuwa, un kobumaki et du chou haché fin ? me suis-je écriée. ''
Parce que j'en avais vraiment marre de cette histoire de chikuwa, de kobumaki et de chou.
Je lui ai tiré la langue et ai dit,
'' Hem ! Je ne mangerai jamais ces trucs ! ''

Mon père m'a transpercée du regard.
Ce n'était plus mon père.
C'était un cheval.
Et il tenait un ticket dans sa patte.

''- Hiiiiii ! HIiiiii ! Ne sois pas capricieuse !
Tu dois m’acheter un ticket et prendre le train !
Et tu devras  manger à l’infini un chikuwa, un kobumaki et du chou haché !
HIiiii ! Hiiiiii ! ''

J'ai eu peur et j'ai crié.
Au bout d’un moment, le cheval est redevenu mon père.

''- Ne pleure pas.
"Hé bien, allons manger des hamburgers chez Macdonald ", m'a dit mon père d'une voix douce.

Enfin, j’ai cessé de pleurer.